LA BRECHE ET L INCENDIE DE LA PORTE DU NORD
HlSTOIRl' d'une FOPTnRESSE. l85
action décisive rendrait les Bourguignons maîtres de la baille, pour peu qu'ils agissent a\'ec \igueur, mais il fallait leur faire pa3'cr cher ce succès.
Anscric, bien déterminé à résister Jusqu'à la dernière extrémité et à périr sous les ruines de son donjon, se félicitait de Tabsence d'EIienor et regrettait que ses enfants ne fussent pas avec elle.
La noble dame n'était pas loin cependant.
Le soir de cette journée tout employée en préparatifs pour Pattaque et la défense de la baille, elle était arrivée avec son escorte chez le vavasseur Pierre Landry. Aussitôt celui-ci avait dépêché un messager sûr vers le château.
A la base du donjon était percé un trou oblique d'un pied six pouces de côté qui, donnant dans la salle basse, aboutissait sur le chemin de ronde laissé entre la grosse tour et sa chemise extérieure. De ce chemin de ronde, un souterrain, établi le long des fondations du mur romain, descendait la rampe du plateau sur une longueur de dix toises et débouchait dans une vieille carrière tout encombrée de broussailles. Deux bonnes grilles de fer fermaient le souterrain. Des guetteurs étaient nuit et jour postés dans ce souterrain ; on les faisait couler et on les remontait par la trémie du donjon au moyen d'un charriot mù par un treuil.
Anseric avait, à plusieurs reprises, fait sortir et rentrer des espions par cette voie, lesquels, la nuit, se glissaient entre les postes d'investissement des Bourguignons. Or, à la nuit close, le messager de Pierre Landry se présenta au débouché du souterrain, fit l'appel convenu et remit au guetteur une petite boîte, disant qu'il attendait la réponse, caché dans la carrière. La boite fut aussiiôt transmise à Anseric. Élienor le prévenait de son retour, et qu'elle ferait en sorte la nuit suivante de rentrer au château par la
iSf) HISTOIRE d'une FORTERESSE.
poterne du donjon avec son monde. Anseric ne savait trop s'il devait se réjouir ou se désoler de ce retour. Mais le baron lui fit observer qu'Élienor avait joint au bout du velin une fleur qui était un signe de bonne nouvelle.
Le matin, 6 juin, les Bourguignons ne se pressaient pas d'attaquer, ils se contentaient d'envoyer des traits en dedans du retranchement, avec leur arbalète à tour et force carreaux et sajettes du haut des tours abandonnées. On leur répondait du haut de l'église, du bâtiment des écuries et des grosses tours de la porte château. Vers trois heures après midi, les mineurs attachés à la courtine Nord-Ouest, ainsi qu'il a été dit, firent tomber un pan de cette courtine. Le duc avait ainsi trois débouchés pour entrer dans la baille-, cette dernière brèche, celle ouverte l'avant- veille, et la porte. Le baron Guv conseilla de ne pas perdre son temps et du monde pour défendre cette seconde brèche puisqu'on était retranché en arrière, mais grâce à la tour du coin, il put s'opposer à la prise immédiate du chemin de ronde des courtines de ce côté. Les défenseurs occupant la tour Y' étaient ainsi coupés. Anseric, au moyen d'une flèche, leur fit envoyer un billet, recommandant de tenir ferme, aussi longtemps que possible. Heureusement, cette tour n'avait pas de portes sur la baille et n'était en communication apparente qu'avec les chemins de ronde. Or, ceux-ci, attenant à cette tour, restaient encore au pouvoir des gens du château, les Bourguignons ne possédant que les défenses de la partie centrale du front, ^^ers cinq heures, le signal de l'assaut fut donné. Trois colonnes débouchèrent en bon ordre par les deux brèches et la porte, et se précipitèrent, garanties par les écus et pavois, contre la paUssade, se jetant résolument dans le petit fossé, malgré les traits que leur envoyaient par derrière les dé-