‹ Histoire d'une grande dame au XVIIIe siècleChapitre 16 sur 69 · Jacques de Ghoiseul, comte de Stainville, frère cadet du · texte numérisé non relu

Jacques de Ghoiseul, comte de Stainville, frère cadet du

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> m'en parlent jamais et, quand j'en ai parlé quel- 3 quefois, j'ai vu que cetle conversation déplais » sait; mais, à présent que je me retrace tout

> plein de choses qui ont été dites devant moi, je

> crains que ce que m'a dit mademoiselle de Lévis 1» ne soit vrai. » Alors elle me dit : < J'étouffe, » j'ai une envie de pleurer.excessive et je me con-

> trains ici. > Je fus à la mère Quatre-Temps et je lui disque je demandais la permission d'aller chez madame de Rochechouart, à qui j'avais quelque chose à dire. Elle me le permit. Mademoiselle de Choiseul fut demander de son côté à madame de Saint-Pierre, qui était fort sévère et qui répondit qu'elle pouvait bien attendre jusqu*au soir à l'appel pour parler à madame de Rochechouart.

» Choiseul, dont la vivacité était extrême, ne put y tenir et éclata en sanglots. Madame de Saint* Pierre 4ui dit qu'elle avait de l'humeur et lui ordonna d'aller se mettre à genoux, elle obéit. Toutes les pensionnaires la plaignaient, la caressaient; on reprochait à Lévis que c'était elle qui était la cause de tout cela, elle était dans un coin, n'osant pas se montrer. Mademoiselle de Choiseul médit tout bas: < Puisque tuas la permission, va

duc de Choiseul. U devint maréchal de France, et mourut en 1789.

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Y chez madame de Rochechouart, conte-lui ce qui » m'arrive, prie-la de me faire demander, mais

> ne nomme pasLévis, puisque je lui ai promis ]) le secret. »

» Je courus donc chez madame de Rochechouart; je ne la trouvai point à sa cellule, mais seulement madame de Sainte-Delphine qui me dit : c Âh ! c'est vous, mon chat ; je suis bien

> aise que vous veniez, car je m'ennuyais comme B un chien, en attendant ma sœur. Contez-moi » quelque chose qui m'égaye, je vous prie, car je )» suis dans un abattement extraordinaire. »

> Alors je dis à madame de Sainte-Delphine v « Mademoiselle de Choiseul et moi avons quelque

> chose à dire à madame de Rochechouart, mais » elle n'a pas obtenu la permission de venir; si

> vous aviez la bonté de la faire chercher par

> sœur Léonard, en disant que madame de Roj chechouart la demande, on ne mentira pas » puisque c'est votre nom. » Elle y consentit et peu de temps après madame de Rochechouart rentra.

> Mademoiselle de Choiseul arriva en ce moment et nous contâmes à madame de Rochechouart ce qui était arrivé. Elle eut l'air d'en être outrée : ( Et qui est-ce qui vous a dit pareille chose? ^ demanda-t-elle. Nous refusâmes constamment de

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le dire. Là-dessus, madame de Rochechouart, qui ne voulait pas se compromettre vis-à-vis de mademoiselle de Choiseul, lui dit : € Je me suis

> retirée du monde, de pareilles aventures ne nous j parviennent pas-; mais dites-moi à quelle per- » sonne de votre famille vous voulez que j'écrive, ï elle pourra vous donner quelques éclaircisse-

> ments. y Mademoiselle de Choiseul demanda que ce fût à madame la duchesse de Gramont, sa tante *.

> Madame de Rochechouart lui écrivit donc, elle vint le lendemain et, mademoiselle de Choiseul lui ayant dit le sujet de son chagrin, madame de Gramont lui dit : « Je ne veux point vous trom-

> per, vous commencez à devenir grande, il faut

> vous éviter une ignorance qui pourrait vous 1» mettre dans le cas de dire des choses déplacées.

1. Béatrix de Choiseul-Stainville, née à Lunéville en 1730. Elle était chanoinesse de Remiremont et n*avaît que sa prébende pour toute fortune. Ambitieuse, d'un caractère forme et dur, d'un esprit masculin propre aux affaires et aux intrigues, elle forma bien vite le projet de gouverner son frère; mais il fallait pour cela, un grand nom et une fortune; de plus, Thomme qui les lui apporterait devait être sans moyens, pour ne pas porter ombrage au duc de Choiseul. £lle trouva toutes ces qualités réunies dans le duc de Gramont, qu'elle épousa le 1G août 1759. Le crédit de la duchesse de Gramont sur son frère devint absolu, au grand désespoir de la duchesse de Choiseul, qui adorait son mari et se vit supplantée par sa dominante belle-sœur.

> Il est très vrai que rinconduite de votre mère a » forcé sa famille à la mettre au couvent. Vous

> avez une sœur ^ qui est élevée dans un autre

> couvent et que Ton mettra à TAbbaye-aux-Bois, » avec vous. La conduite que vous avez à tenir est j> donc d'en imposer assez aux pensionnaires

> pour que personne ne se permette de vous par-

> 1er de cet événement; et surtout point de confi-

> dences. Vous pouvez imaginer que ce ne doit » pas être un sujet de conversation agréable pour

> votre père ; ne lui parlez donc point de cela, à

> moins qu'il ne vous en parle le premier. » Mademoiselle de Ghoiseul demanda s'il ne lui

serait point permis d'écrire à sa mère. Madame de Gramont lui répondit qu'elle ne pouvait pas prendre sur elle de lui donner cette permission^ mais qu'elle en parlerait à sa famille.

< Mademoiselle de Ghoiseul vint me raconter cela, et nous convînmes que nous aurions l'air d'avoir oublié ce qui était arrivé et que, si les autres nous en parlaient, nous aurions Pair de le trouver mauvais. »

i. Thérèse-Félicité de Choiseul-Stainville, née en 1767; elle épousa en 1788 le prince de Grimaldi- Monaco. Diaprés les témoignages contemporains, elle était jolie et douée des qualités les plus attachantes. Elle fut guillotinée en 1793.

Malheureusement, le méchant propos de mademoiselle de Lévis n'était que trop fondé et les aventures romanesques de madame de Slain* ville, leur dénouement surtout avaient fait grand éclat.

Lorsque le duc de Choiseul devint ministre delà guerre, à la mort du maréchal de Belle-Isle, il lit nommer son frère, le comte Jacques de ChoiseuU Stainville, lieutenant général. Le comte n'avait pas de fortune, on songea à lui faire contracter un mariage brillant et on jeta les yeux sur mademoiselle Thérèse de Clermont-Rével, héritière d'une grande fortune et douée d'une figure charmante. Le duc négocia habilement les conditions du mariage, qui fut décidé. Le comte avait près de quarante ans, sa fiancée en avait quinze et n'avait jamais vu son futur mari. Il obtint un congé, arriva à Paris, et, six heures après, le mariage était célébré ^

La jeune comtesse de Stainville fut conduite dans le monde par sa belle-sœur, la duchesse de Choiseul, et y réussit à merveille; elle dansait comme un ange et était éblouissante de grâce et de beauté. On devine aisément qu'elle ne tarda

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