‹ Histoire d'une grande dame au XVIIIe siècleChapitre 17 sur 69 · Le 3 avril · texte numérisé non relu

Le 3 avril

136 L'ÂBBâYE-âUX-BOIS.

pas à recevoir les hommages des hommes les plus à la mode ; les mémoires contemporains prétendent même que son beau-frère» le duc de Choiseul» osa lui faire une déclaration qui fut fort mal accueillie; Lauzun, dit-on, fut mieux traité; mais ce goût passager fit bientôt place à un autre sentiment. On sait le rôle que jouaient alors les acteurs dans la haute société, on ne comptait plus leurs bonnes fortunes. Clairval était à ce moment le comédien à la mode et le favori des boudoirs. Il joignait, à un talent incontesté, une charmante figure, une tournure élégante et une audace que rien ne pouvait intimider. Il ne tarda pas à s'apercevoir du penchant qu'il inspirait à madame de Stainville et se décida à tout braver pour en profiter. Une femme de chambre et un laquais furent mis dans la confidence, et madame de Stainville poussa la folie jusqu'à recevoir Clairval chez elle, dans l'hôtel qu'elle habitait alors ^

Quelque temps s'écoula, madame de Stainville mit au monde une seconde fille et rien ne trahissait en apparence l'éclat qui allait se produire; mais la liaison de Clairval et de la comtesse s'ébruita peu à peu, la duchesse de Gra-

1. Elle avait quitté Thôtel Choiseul et.habitait rue du Faubourg-Saint-Honoré, n* 7.

mont en fut instruite des premières, elle détes* tait sa jeune belle- sœur et ne manqua pas défaire part à son frère des bruits fâcheux qu'il ignorait jusqu'alors.

Le comte était à l'armée et devait revenir pour assister à une fête dont tout Paris se préoccupait. La maréchale de Mirepoix préparait à l'hôtel de Brancas un bal costumé extraordinaire. Des danses de caractère devaient-ètre dansées par vingt-quatre danseurs et autant de danseuses en costumes chinois, indiens. On les répétait depuis huit jours.

c La coupable et infortunée madame de Stainville, dit madame du Deffand, devait figurer avec le prince d'FIénin, elle assistait tous les jours à ces répétitions. Le mardi, avant-veille de la fête, tous les danseurs et danseuses soupèrent chez la duchesse de Yalentinois, on remarqua la tristesse de madame de Stainville, qui avait sans cesse les yeux remplis de larmes. Son mari était arrivé le matin. » Le lendemain mercredi S à trois heures du matin, madame de Stainville était enlevée dans une chaise de poste et conduite, par son mari luimême, au couvent des Filles de Sainte-Marie à

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