‹ Histoire d'une grande dame au XVIIIe siècleChapitre 19 sur 69 · A MADAME DE ROCHECHOUART · texte numérisé non relu

A MADAME DE ROCHECHOUART

Tout un peuple naissant est formé par vos mains,

Yous jetei dans son cœur la semence féconde

Des vertus dont il doit sanctifier le monde.

Ce Dieu qui vous protège, ici, da haut des deux,

A commis à vos soins ce dépôt précieux.

C'est lui qui rassembla ces colombes timides

Afin que vous soyez leur secours et leur guide.

Grand Dieu que ses bienfaits aient place en ta mémoire!

Que les soins qu'elle prend pour soutenir ta gloire.

Soient gravés de ta main au livre où sont écrits

Les noms prédestinés de ceux que tu chéris !

Tu m'écoutes, ma voix ne t'est point étrangère,

Je t'implore souvent pour celle qui m'est chère;

Elle-même t'envoie ses plus tendres soupirs;

Le feu de ton amour allume ses désirs.

Le zèle qui l'anime au lever de l'aurore,

Au coucher du soleil, pour toi l'enflamme encore.

Tu la vois tous les jours donner de grands exemples,

Baiser avec respect le pavé de tes temples.

0 vous, qui vous plaisez aux folles passions

Qu'allument dans vos cœurs de vaines fictions.

Profanes amateurs de spectacles frivoles

Dont Toreille s'ennuie aux son de mes paroles,

Fuyez de nos plaisirs la sainte austérité :

Tout respire ici Dieu, la paix, la vérité a.

1. Ce bizarre mélange du prologue à*Esther et d'autres vers de Racine avait été accommodé par M . de La Harpe.

L'ÂBBAYE-AUX-BOIS. 165

> Je pleurais en finissant^ et madame de Rochechouart aussi. On chanta le chœur et on dansa un ballet pendant lequel je m'habillai. Après le spectacle, madame de Rochechouart, dès qu'elle me vit, me tendit les bras : je m'y précipitai, elle me caressa beaucoup. Elle ne cachait point qu'elle me préférait à toutes.

> Je me trouvais alors si heureuse, que j'aurais voulu que ce temps durât toujours. On m'avait mise enfin à l'apothicairerie *, l'objet de mes vœux ; j'y vivais bien agréablement. J'étais là avec madame de Choiseul, mesdemoiselles de Conflans, mademoiselle de Montsauge, mademoiselle de Damas, toutes jolies et aimables.

» En dames religieuses, madame de Saint-Côme était d'une amabilité rare, madame de Saint- Laurent, qui était une Cossé, était spirituelle et étourdie. Madame Sainte-Marguerite n'avait que seize ans, venait de faire profession et ne son* geait qu'à s'amuser. Madame Sainte-Yéronique était une vieille ridicule, elle n'avait pas le sens

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