‹ Histoire d'une grande dame au XVIIIe siècleChapitre 33 sur 69 · A HÉLÈNE · texte numérisé non relu

A HÉLÈNE

Air : Sous la verdure.

Un sombre voile Nous dérobait notre chemin ; Nous errions à la belle étoile, Mais nous arrivons à la fin

Grâce à l'étoile.

Est-ce l'étoile* Qui jadis guida vers un Dieu?

Ou de Vénus est-ce l'étoile ?

Je penche beaucoup en ce lieu

Pour cette étoile.

Auprès d'Hélène Conduit rétoile du berger; Trop heureux celui qu'elle amène Tout juste à l'heure du berger

Auprès d'Hélène.

Les jours s'écoulaient ainsi rapides et heureux

la seule ombre qu'il y eût à ce riant tableau était la santé délicate d'Hélène^ qui exigeait des ménagements que sa jeunesse et son goût pour le plaisir ne lui permettaient guère de prendre. Deux accidents successifs étaient venus détruire des espérances chères à son mari et peut-être plus encore à son beau-père, qui attendait avec impatience un iils de son bien-aimé Charles. On ordonna à la jeune femme les eaux de Spa, fort à la mode alors. Elle y alla au mois de mai 1782, accompagnée du chevalier de Tlsle et de son amie de couvent mademoiselle de Conflans, devenue marquise deCoigny^ qui était intimement liée avec les Ligne. Hélène lui écrivit pour lui donner rendez-vous. Le chevalier de Tlsle, dont la plume était toujours prête et le style familier, lui répond : € Madame de Coigny embrasse MouchetteS qu'elle exhorte à l'attendre jusqu'au quinze du mois prochain pour aller à Spa. > Hélène attendit, elles partirent ensemble avec le chevalier, il y resta peu de temps et écrivit après son retour au prince de Ligne : c Je ne vous ai point écrit de Spa, mon cher prince, parce que j'ai longtemps

1» C'est à celte spirituelle marquise que le prince de Ligue adressa ses délicieuses lettres datées de la Tauridc. 2. Petit nom familier de la princesse Charles.

espéré de vous y voir, qu'ensuite j'ai compté m'arrêter à Bruxelles, même à Bel-Œil, et que j'avais supplié madame la princesse Charles, qui dit bien mieux que je ne pourrais écrire, de vous parler de moi dans quelques-uns de ses moments perdus. Elle n'en a point? tant mieux pour elle et pourrons, tant pis pour moi. Mais j'ai bien eu mon tour à Spa, vingt fois j'ai voulu vous écrire, uniquement pour vous dire combien cette bellefille-Ià était aimable et puis je pensais que vous n'étiez pas homme à ne le point savoir, et, quand on n'a rien de nouveau à dire, il faut se taire. t>

Le prince rejoignit en effet sa belle-ûUe à Spa après le départ du chevalier.

Une ville d'eaux, à cette époque, ressemblait beaucoup à ce qu'elle est de nos jours, mais le prince la décrit avec une verve étourdissante : € J'arrive dans une grande salle,oû je vois des manchots faire les beaux bras, des boiteux faire la belle jambe; des noms, des titres et des visages ridicules; des animaux amphibies de l'église et du monde sauter ou courir une course anglaise; des milordshypocondres se promener tristement; des filles de Paris entrer avec grands éclats de rire pour qu'on les croie aimables et à leur aise, et espérant par là le devenir ; des jeunes gens de tous

les pays se croyanl et faisant les Anglais, parlant les dents serrées, et mis en palefreniers, cheveux ronds, noirs et crasseux et deux barbes de joifs qui enferment de sales oreilles.

» Des évèques français avec leurs nièces, un accoucheur avec Tordre de Saint-Michel, un dentiste avec celui de l'Éperon, des maîtres 'à danser ou à chanter avec Tuniforme de major russe; des Italiens avec celui de colonel au service de Pologne promenant de jeunes ours de ce pays-là ; des Hollandais cherchant dans les gazettes le cours du change; trente soi-disant chevaliers de Malte, des cordons de toutes les couleurs de droite et de gauche, et à la boutonnière des plaques de toutes les formes, grandeurs, et des deux côtés.

IX De vieilles duchesses revenant de la promenade avec un grand bâton à la Vendôme, et trois doigts de blanc et de rouge ; quelques marquises faisant des parolis de campagne. Des visages atroces et soupçonneux au milieu d'une montagne de ducats, dévorant tous ceux qu'on mettait en tremblant sur un grand tapis vert. Deux ou trois électeurs habillés en chasseurs, petit galon d'or et couteau de chasse, quelques princes incognito qui ne feraient pas plus d'effet sous leur vrai nom. Quelques vieux généraux et officiers. retirés pour

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des blessures qu'ils n'ont jamais eues, quelques princesses russes avec leurs médecins, et Palatines ou Castillanes avec leur jeune aumônier.

n Des Américains, des bourgmestres de tous les environs, des échappés de toutes les prisons de l'Europe, des charlatans de tous les genres, des aventuriers de toutes les espèces, des abbés de tous les pays; vingt malades qui dansent comme des perdus pour leur santé, quarante amants ou qui font semblant de l'être, suant et s'agitant, et soixante valseuses avec plus ou moins de beauté ^t d'innocence, d'adresse et de coquetterie, de modestie et de volupté. Tout cela s'appelle un déjeuner dansant. >

Puis, sortant du palais thermal, le prince va nous conduire sur la Sauvetière, rendez-vous élégant des baigneurs : a Le bruit, le bourdonnement des conversations, le tapage de la musique, la monotonie enivrante de la valse, le passage et le repassage des oisifs, les blasphèmes des joueurs, les sanglots des joueuses et la lassitude de cette lanterae magique me firent sortir de la salle. Je m'assieds, et je vois quelques buveurs compter religieusement leurs verres et leurs pas et 8'applaudir, cependant un peu tristement, des

progrès de leur estomac. Quelques femmes viennent les joindre :

j> — Les eaux vous passent^èlles, Madame? » — Oui, Monsieur, depuis hier.

» — Votre Excellence commence-t-elle à digérer? dit-elle au ministre d'une cour ecclésiastique.

» — J'aurai l'honneur de répondre à Votre Excellence, dit celui-ci, que je transpire depuis huit heures du soir jusqu'à dix, et que je sue tout à fait depuis dix jusqu'à minuit. Si je n'avais pas tant d'affaires pour monseigneur, je me trouverais bien tout à fait de ma cure. »

Hélène retourna à Spa en -1783; elle y retrouva madame de Sabran, née d'Andlau% qui plus tard devint marquise de Boufflers. C'était une des personnes les plus aimables de son temps, elle plaisait à tous ceux qui la voyaient, par sa figure, son élégance et sa bonté parfaite. Le petit Elzéar de* Sabran, son fils, était avec elle, ne se doutant guère du rôle politique qu*il devait jouer plus tard ; il se bornait pour le moment à apprendre

1. Madame d'Andlau était fiUe du célèbre Helvétius et de mademoiselle de Ligneville. Elle avait fort bien élevé sa ÛUe, madame de Sabraa; madame d'Andlau ne partageait en rien les opinions de son père.

le rôle de Chérubin, dans le Mariage de Figaro^ la princesse Charles étudiant Suzanne, et madame de Sabran la oomtesse; car, au retour de Spa, on devait représenter la pièce nouvelle à Bel-Œil.

On reçut à ce moment la nouvelle de l'arrivée du comte d'Artois dans les Flandres \ et les princes de Ligne partirent aussitôt pour le recevoir et l'accompagner dans sa tournée à Rocroi, à Spa, et le ramenèrent à Bel-Œil.

La princesse Hélène revint à Bel-Œil avant les princes pour préparer la réception de Mgr d'Artois; mais à peine ful-il arrivé qu'il tomla gravement malade. Le prince avait préparé des fêtes qui lui coûtèrent cinquante mille francs, il n'en parla pas même au comte d'Artois, qui ne pouvait en profiter. Une seule eut lieu, Tillumination féerique du parc; le prince n'en profita pas, car il ne quitta pas un instant le comte d'Artois, et repartit avec lui pour Versailles.

Le chevalier de BoufQers et madame de Sabran succédèrent au comte d'Artois à Bel-Œil ; le prince

1. On lit dans la Canette des Pays-Bas du jeudi 17 juillet 1783 : a Lundi, Mgr le comte d'Artois, toujours accompagné des S. s. Gouverneurs généraux, a tu ce que les environs offrent de plus remarquable. Le lendemain, le prince est parti avec Leurs Altesses royales pour le château de Marimont, d'où il devait se rendre à Bel-CEil. a

qui savait le chevalier eo garnison àValenciennes, lui avait écrit pour lui proposer de le rejoindre à Tournai et, de là, revenir à Bel-Œil. Le chevalier lui répond :

( Tout ce que tu me proposes me tente, mon brave Chariot; mais, en examinant de près ton ordre de marche, je crois qu'il n'y a que mon régiment que je ne verrais pas. Mandemoi quand tu vas à Tournai, je prétends aller te défier à la tète de ton armée, et, si je la trouve sur deux Ligne^ j'essayerai de les enfoncer.

» Cher prince, je t'aime comme si je te voyais tous les jours de ma vie. C'est qu'après toi il n'y a rien qui plaise autant que le souvenir qui en reste. Envoie-moi ton ordre de marche pour que je te joigne quelque part, et que, s'il se peut, je ne te quitte nulle part^ »

Le chevalier arriva à Bel-Œil à temps pour

1. Le prince de Ligae aimait BourOen d'une affection particulière ; il paraît cependant que le chevalier avait Thumeur très inégale; car madame de Sabran, dans une des charmantes lettres qu'elle lui adresse, en trace le portrait suivant : c Ce n'est pas non plus tes manières de Huron, ton air distrait et bourru, tes saillies piquantes et vraies, ton grand appétit et ton profond sommeil quand on veut causer avec toi, qui m'ont fait t'aimer àla folie : c*est un certain je ne sais quoi, une certaine sympathie qui me fait penser et sentir comme toi ; car, sous cette enveloppe sauvage, tu caches Tesprit d'un ange et le cœUr d'une femme. »

prendre part à la représentation dix Mariage de FigarOy qu'on joua avec grand succès sur le joli théâtre de Bel-Œil. Hélène jouait Suzanne, madame de Sabran la comtesse, Elzéar Chérubin, et Boufflers Figaro; quant au prince père, il dut se contenter du rôle modeste du greffier Doublemain ; car nous devons avouer que, s'il donnait de bons conseils aux autres S il jouait fort mal luimême. On lui donnait généralement l'emploi du notaire qui rédige un contrat, ou du laquais qui apporte une lettre, et il manquait réguUèrement son entrée; mais, en revanche, une fois en scène il n'en voulait plus sortir et disait tout bas, d'un ton suppliant, aux autres acteurs : « N'est-ce pas, que je ne vous gène pas? »

Hélène joua avec une malice et une gaieté qui rappelaient la rieuse pensionnaire de l'Abbayeaux-Bois, avec quelque expérience en plus; le petit Elzéar fut délicieux dans Chérubin, mais le chevalier l'emporta sur tous par la verve endiablée avec laquelle il débita son rôle. Ce fut un spectacle assez curieux et un signe des temps, que de voir l'aristocratique auditoire de Bel-Œil applau-

1. Voir ses Lettres à Eugénie sur les spectacles. Paris, Valade, 1774. .

3v4 LÀ PRINCESSE CH. DE LIGNE.

dîr le monologue de Figaro récité par un grand seigneur.

Le prince Charles, sans prendre une part active aux plaisirs de sa femme, s'y prêtait volontiers; mais il fallait d'autres aliments à son intelligence sérieuse. Il s'intéressait particulièrement à toutes les découvertes scientifiques et suivait avec grand intérêt les progrès de l'invention nouvelle des aérostats par Charles Pilatre de Rozier et MonlgolGer. Il assista aux premières expériences tentées à Paris, et entre autres à l'ascension faite le 21 novembre 1783 par Pilatre de Rozier et d'Arlandes, au jardin de la Muetle,dans une montgolfière libre. Les aéronautes coururent de grands dangers, le feu ayant pris à leur ballon ; ils parvinrent cependant à l'éteindre et descendirent sains et saufs à Gentilly. A ce moment-là ^ on considérait une ascension comme l'entreprise la plus hardie, et personne ne se souciait d'accompagner les aéronautes. Mais le prince Charles, doué d'un courage et d'un sang-froid à toute épreuve, résolut de prendre part à la troisième ascension, qui eut lieu à Lyon le 4 9 janvier 1784. Les voyageurs étaient au nombre de sept : Mongolfier l'ainé, Pilaire de Rozier, Fontaine, le prince Charles et trois autres personnes qui voulurent monter au

dernier moment. Quoique la montgolfière f&t énorme, le nombre des voyageurs était trop considérable; de Rozier Pavait prévu et ne voulait pas permettre aux deux dernières personnes de monter. Montgol6errengageaàcéder;mais,àpeine enlevée et après être montée à cinq cents toises environ, la montgolfière se déohira insensiblement, et ils durent redescendre précipitamment à une lieue de la ville, non sans péril. Ils furent acclamés par toute la population à leur retour à Lyon. Au mois d'avril 1784, le prince Charles fit lancer sur la place de Mons, devant l'hôtel des États, un aérostat superbe, construit à ses frais. Il avait invité, pour assister à ce spectacle, alors si nouveau, le duc et la duchesse d'Aremberg et un grand nombre de personnages de distinction de la cour de Bruxelles et de celle de Versailles, qui revinrent à Bel-Œil après l'ascension du ballon ^

i. Voir la Galette des Payt-Bas, du lundi 5 avril 1781, n' XX Via.

Le prince Charles achète un hôtel à Paris. — Naissance de Sidonie. — L*insurrecUen des Flandres. — L*biver à Vienne. — Joseph II et sa cour. — La première représentation dé Don Juan. — Haydn et Mozart. — La comtesse de Kinsky. — Une passion du prince Charles. — Départ d*Hélène pour Yarsoyie.

Le prince de Ligne et sa belle-fille avaient une grande sympathie l'un pour l'autre. La jeune femme se plaisait beaucoup à Bel-Œil quand son beau-père y était ; mais elle n'aimait pas Bruxelles^ leur résidence d'hiver. Nous savons déjà, d'après son propre aveu, qu'Hélène était têtue comme la mule du pape : elle ne perdait pas de vue son idée fixe de s'établir à Paris. Son mari redoutait beaucoup ce séjour peu en harmonie avec ses goûts, il n'avait jamais vécu en France et s*y sentait dépaysé.

Il redoutait la comparaison avec Télégance suprême, le ton spirituel et léger des brillants gentilshommes de la cour de Versailles. Mais, comme ce que femme veut, Dieu le veut, le prince Charles finit par céder; il acheta, en septembre 1784, un fort bel hôtel, situé rue de la Ghaussée-d'Anlin*.

Il est inutile de dire avec quelle joie Hélène s'installa à Paris, elle y retrouvait la plupart de ses anciennes amies de couvent, et, présentée sous les auspices de son beau-père, elle fut accueillie et fêtée partout.

Admise dans les cercles les plus brillants, à Chantilly, chez le prince de Condé, à Petit-Bourg, chez la duchesse de Bourbon, au Temple chez le prince de Conti, la jeune princesse se livra tout entière au tourbillon des fêtes et à Tenivrement du succès. Séduite par la grâce et l'amabilité des jeunes gens qui la courtisaient, Hélène se laissa aller à un instinct de coquetterie qui ne demandait qu'à se développer; elle ne distinguait personne, mais cherchait à plaire à tous ; elle ne rentrait chez elle que pour s'occuper de sa toilette, et voyait à peine son mari, qui, absorbé par ses travaux, ne l'accompagnait que rarement. Le carac-

1* Cet hdtel occupait remplacement compris entre la rue de Provence et celle de la Victoire.

tère solide du prince Charles, son goût pour rétude joint Hu tour romanesque très allemand de son esprit formaient un constraste complet avec le genre léger, persifleur et superficiel des hommes de la cour. Hélène, avec Tétourderie de son âge, décida en elle-même que son mari était ennuyeux, et, sans la crainte d'offenser son beaupère, elle ne se serait point gênée pour lui adresser quelques railleries.

La position du prince Charles à Paris était difficile à soutenir, comme mari d'une femme jolie et fort à la mode.

Fils d'un père étincelant d'esprit, et qui jouait partout le premier rôle, il était forcément réduit à un rôle secondaire et effacé, qui n'eût rien coûté à sa modestie, s'il n'avait senti qu'il l'amoindrissait aux yeux de sa femme. En se mariant, il n'éprouvait aucun sentiment d'amour pour Hélène qu'il avait à peine entrevue, mais il s'y attacha très vite d'une affection presque paternelle. Il l'avait laissée jouir d'une grande liberté à Bel- Œil tout en cherchant à développer en elle des goûts sérieux, un peu étouffés par la passion du plaisir. Il commençaità y réussir lorsque les trois hivers passés à Paris vinrent détruire son œuvre ou du moins la compromeltre fortement. Hélène

était trop jeune pour comprendre et apprécier ce que valaient l'intelligence supérieure et le caractère élevé de son mari.

Cependant un événement désiré depuis longtemps rapprocha pour quelque temps les deux époux. Le 8 décembre 4786, Hélène mit au monde une petite fille qu'on nomma Sidonie. Ce fut une grande joie pour le prince Charles, qui obtint assez facilement d'Hélène de ne pas revenir à Paris et d'aller dès le printemps à Bel- Œil. Elle consentit volontiers à s'installer de très bonne heure à la campagne, d'autant plus que son beau-père venait de quitter Paris et de partir pour la Russie, où il était appelé par une invitation de l'impératrice Catherine.

Avant de partir, le prince avait eu tout le temps de faire arranger le berceau de roses promis aux enfants de son Charles, et, dès le mois de mars, on voyait une belle nourrice brabançonne promener un frais poupon dans les jardins de Bel-Œil. L'été promettait de se passer à merveille, et, sauf l'autorité un peu trop absolue de la princesse mère sur la nourrice et le poupon, qui impatientait la jeune mère, l'harmonie et la paix régnaient à Bel-Œil. Tout à coup, au milieu de l'été (1787), une insurrection grave éclata dans

les Flandres. Elle se préparait sourdement, depuis longtemps. Joseph 11 était atteint de la manie de toucher à tout; ses intentions étaient en général excellentes; mais, plus habile en théorie qu'en pratique, il négligeait souvent d'examiner si un système utile en lui-même ne devenait pas dangereux en l'appliquant à un terrain mal préparé. Les réformes qu'il voulut introduire dans les Flandres sont un exemple frappant de ce défaut.

Longtemps soumis à la domination espagnole, le peuple flamand était religieux jusqu'à la superstition et aussi attachée ses anciens privilèges politiques qu'à ceux de l'Église. Joseph II, après la mort de Marie-Thérèse, commença par abolir certaines processions, certains pèlerinages et un grand nombre de confréries. Ces coutumes et institutions, à coup sûr trop nombreuses et inutiles, faisaient partie intégrante des mœurs nationales et cette abolition froissa vivement le peuple. Le clergé ne fut pas moins blessé de l'arrêté qui supprima la société des Bollandistes, de nombreux couvents et abbayes et tous les séminaires diocésains.

Enfin l'empereur, toujours animé ^ plus libérales intentions, jugea c qu'il était de sa charité d'étendre, à l'égard des protestants, les

eflets de la tolérance civile qui, sans examiner la croyance, ne considëce dans l'homme que la qualité de citoyen :». Il leur accorda donc une existence civile qui leur était refusée jusqu'alors.

Les évêques s'opposèrent hautement à ces mesures et furent sévèrement réprimandés. Non content de toucher aux privilèges de l'Église, Joseph II bouleversa l'organisation judiciaire et supprima en quelque sorte la nationalité des Pays-Bas, qui furent déclarés province autrichienne et divisés en neuf cercles, gouvernés par un intendant et des commissaires autrichiens qui ne relevaient que delà cour de Vienne. C'était fouler aux pieds la Joyeuse Entréey cette grande Charte des privilèges du Brabant et autres Étals des Flandres*.

L'irritation des esprits était à son comble, et Joseph avait trouvé mçyen, par ses réformes diverses, de s'aliéner toutes les classes de ses sujets.

i. Les privilèges du Hainaut entre autres sont fort curieux. On 7 trouve l'ancienne formule du serment que prêtait l'empereur à son inauguration comme comte du Hainaut. On verra plus loin les détails de cette cérémonie qui datait de Gharles-Quint

Les États du Hainaut prirent une part active à la révolte et refusèrent, en octobre 1788, de voter les subsides demandés par reiqpereur. Ils avaient été mortellement offensés de voir un commissaire autrichien prendre la place de leur ancien gouverneur et grand bailU, le prince d*Arember^.

Un avocal de Bruxelles, Van der Noot, publia un manifesle d'une extrême violence ou il démonlrait rillégalité des innovations introduites par Joseph IL Ce libelle fut approuvé par les États, mais Fauteur, menacé d*èlre arrêté par le gouvernement, s'enfuit en Angleterre. C'est au moment où se fomentait la Révolution que la famille de Ligne, effrayée de l'agitation qui régnait en Belgique, se hâta de rejoindre le prince Charles à Tienne, où il avait été rappelé par le maréchal Lascy. On organisait déjà, par les ordres secrets de Tempereur, l'armée destinée à combattre les Turcs, le printemps suivant.

Les princesses de Ligne arrivèrent à Vienne à la fin de l'été. Hélène y avait fait un court séjour au moment de son mariage et n'en conservait pas un agréable souvenir. Les mœurs et les habitudes viennoises différaient trop de celles de la France pour pouvoir lui plaire. Elle eût beaucoup préféré passer l'hiver dans son hôtel de Paris; mais elle n'osa pas le demander à son mari, que son service retenait à Vienne.

La cour de Tempereur d'Allemagne n'avait pas la représentation brillante qu'on pouvait attendre de la première puissance de l'Europe *.

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