La maison de Lorraine avait beaucoup contribué à bannir
Son palais, d'une architecture très simple, n'annonçait pas l'habitation d'un souverain. Un détachement de la garnison de Vienne en avait la garde, quelques trabans placés aux portes dans l'intérieur veillaient au bon ordre et à la police des appartements. L'état de maison de Joseph II était très peu dispendieux, il avait cependant de grands oilficiers de la couronne, tels que grand maître, grand chambellan, grand écuyer, etc. Mais ils ne remplissaient leurs fonctions qu'aux jours de gala.
La cour de Vienne, malgré sa simplicité et sa bonhomie, était composée de fort grands personnages ; on y voyait bon nombre de princes souverains, des frères de rois ou d'électeurs, au service de l'empereur, et une foule de grands seigneurs, tels que les princes de Ligne, d'Aremberg, de
de la cour de Vienne la sévère étiquette qui y régnait aupara-* Tant.
François I*', père de Marie-Antoinette, admettait à sa table les principaux officiers de sa couronne et y laissait régner la plus grande liberté. Marie-Tbérèse admettait dans son intimité la plupart des dames de la cour; elle faisait même, pendant Tété, des séjours assez fréquents chez plusieurs d'entre elles. On la voyait se promener en tricotant dans lès jardins, ou lire, assise sous une tonnelle, sans être suivie d'une seule dame d'honneur. Marie-Antoinette avait donc pris, dès son enfance^ les habitudes d'abandon et de familiarité qu'elle apporta en France et qui la firent juger si sévèrement.
Lichlenslein, Esterhazi, Colorado, Palfy •, et d'aulres qui, par leur rang et leurs richesses, étaient des sujets presque égaux à leur souverain. Quand il le fallait, c l'empereur savait donner à cette cour, qui avait l'air d'un couvent ou d'une caserne toute Tannée, la pompe et la dignité du palais de Marie-Thérèse ».
Hélène assista pour la première fois aux fêtes du jour de Tan à .Vienne. La plupart des magnats hongrois* venaient à la cour, ce jour-là, dans leur élégant costume, parés de leurs plus beaux bijoux. Le prince Esterhazi entre autres avait un cheval richement caparaçonné, couvert d'une i
housse parsemée de diamants. L'habit du prince était d'une richesse proportionnée à celle du harnachement de son cheval : c Je ne pouvais pas le fixer, il m'éblouissait, > dit Hélène. L'empereur Joseph, simple dans la vie privée, était en grand uniforme brodé d'or, ayant, sur son habit, ses
1. La princesse Euphémie de Ligne épousa, le 11 septembre 1798, le fila aine du comte de Palfy, Jean-Baptiste-Gabriel.
2. La garde noble hongroise n'accompagnait Fcmpereur que dans les grandes cérémonies. Elle était entretenue par les États de Hongrie, qui mettaient un grand amour-propre à la beauté des chevaux et à Tétat des uniformes,
La garde polonaise, créée après le premier partage de la Pologne (1772) était composée de jeunes gens de la noblesse et rivalisait avec la garde hongroise.
cordons et son chapeau, pour dix-huit cent mille livres de diamants ; les boutons, les boutonnières, les épaùleltes, la ganse et le bouton du chapeau étaient en diamants. Cejour-là, les domestiques de la cour et de la noblesse avaient une livrée de soie brodée d'or et d'argent.
Le prince de Ligne a laissé un intéressant portrait de Joseph H, qu'il a vu dans la plus étroite intimité. Lord Malmesbury lui demandait, un an avant le règne de cet empereur, ce qu'il en pensait : € Comme homme, répondit le prince, il a beaucoup de mérite et de talent; comme prince il aura toujours des ambitions et ne se soulagera jamais; son règne sera une perpétuelle envie d'éternuer. »
L'empereur Joseph aimait la société des femmes aimables et distinguées; mais jamais une intrigue d'amour ne prit naissance dans son cercle intime. On remarquait à sa cour la princesse Einsky, née Hohenzollern, et sa sœur la princesse Clary *. La première était simple, affable, fort instruite, douée d'un jugement sûr, et passionnée de lecture et de conversation. La seconde, modeste, douce et gracieuse, écoutait plus volontiers que sa sœur