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simuler avec moi; je sais vos secrète mieux que vous, et en TOUS retrancbaot derrière ces petites froideulrs diplo-
maliqucs, vous retardez une coiicliisioii et vous vous exposez au petit échec d'être deviué avec eifractioa. Soyons, Simon, soyons francs, au moins entre nous I
Simon souleva lentement ses paupières, agrandit son (£ii liabitué au clignotement, croisa ses deux liras, et» regardant M. Lombard en face, loi f épondit :
— Vous allez commencer alors, monsieur, par me donner rexemj^e, et par avouer que tous êtes mon père.
Si solide et stoique qu'il fût, H. Lcmibaid tressaillit, puis, se remettant :
— En vérité, mon enfant, vous éles fort, et ce serait dommage de ne pas mettre en œuvre ube intelligence de cette portée. Mais vous savez bien que je ne puis répondre à votre question, je ne veux pas mentir : je ne sais rien.
— Ainsi, c'est vous, monsieur, qui êtes cause du malheur de notre famille. Que vous soyez mon père ou celui de Simone, vous êtes la raison mystérieuse des vengeances de M. de Bruval et des douleurs de la baronne.
— Où voules-vous en venir, mon ami?
A eeei, monsieur : la baronne, tourmentée par ses remords, peu rassurée par la tendresse de ses enfants, vous a appelé à son aide ; mais je m'imagine que ce n'est pas seulement pour des raisonsde sentiment que vous daignez vous occuper de ce petit mystère intime. Abattez votre jeu, je vous montrerai le mien. Voilà de la franchîse, j'espère!
— 11 y en a trop, mon ami, car il y en a d'inutile. Vous parlez en bomme des questions de sentiment, et vous avez parfaitement compris que, si je cbercbe à résoudre le
114 mmoM D^moi uÈtm
pioblème auquel nous nous traayons mêlés l'ua et
l'autre, c'est dans un but plus digne deiïorts virils que la fiatisfactiou de caresses iiliaies ou paternelles. Mais TOUS èUss un peu présomptueux, et le démon derorgueil vous lait commettre un péclié, dont il faudra demander Tabsolutioii à i'al^ Lemerle, quand vous me priez d'aiNUtre mon jeu et quand vous me promettes de me montrer le vôtre. Je le connais, votre jeu, vous me l'avez montré : c'est celui des avides et des impatients. Aujourd'liui l*atout est cœur : tous êtes, ou plutôt, vous tous croyez amoureux.
Simon p&Ut.
«~ Allons, mon enfànt, ne sofes pas honteux. Au seuil
de tous les paradis, il y a une femme; seulement nous savons tous maintenant qu'il est dangereux, de partager la pomme ayec elle. le ne blâme pas ce premier élan de la jeunesse; mais ce n'est qu'un élan, et la jeunesse est imprudente. Bu bonne règle, les néophytes ne doivent pas s'adresser aux vestales, mais aux prêtresses d'expérience. Une idylle est un mauvais début.
— Blonsieur, osa dire Simon, Famour est tcnqoura Tar mouT; et d'ailleurs le mariage n'est pas une pastorale.
— 11 y a eu vous uu ioudsde raison qui me donne cour fiance, mon ami. Hais, pour la moment, le sang vous étourdit le cerveau. A votre place, je me ferais saigner. Mademoiselle Girod est une sirène, mais elle ne vous nmerait pas dans TOcéan, elle vous disloquerait tous les membres sur les galets. Ahl les Muses! Dieu vous en préserve !
M. Lombard sourit et garda le silence, comme s'il s'arrêtait lui-même devant un souvenir. Simon se sentait oilensé. Ce n'était pas la Muse qu'il avait vue dans
w Ds M wmàJim 115 madenKNoeUe Sophie Girod, ma» seulement la fieni]ii&
— Je sais bien, reprit M. Lombard, que votre héroïne est fort belle. C'est un prestige que la Provideuce refuse, d'ordinaire, à ees eortes de littérateurs. Mais cette éDormitô doit vous mettre en garde, au lieu de vous séduire. Ces créatures-là n'ont de la fenuue que Tépiderme, GC«nme elles n'ont de l'homme que la vanité.
— Comment, monsieur, dit Simon avec malice, c'est vous qui calomniez la femme iolelligeute et belle? Ët ces trésors de poésie...
— Les trésors font les avares; les femmes poètes thé» sauris^t la poésie et n'eu font pas l'aumône. Je ne calomnie pas, je TOUS préviens. La femme poète est un phémonène. Quand il n'a rien de difforme, c'est un ange, une créature sans sexe, mais qu'on peut placer dans le âA. Hettes-y et laisses-y mad^onoiselle Girod, si vous voulez; quand, au contraire, le monstre n'est pas fardé, alors, mon ami, il a toutes les infirmités que développe la vie littéraire, avec les passions qu'y ajoute le dépit de la laideut. Toutes les cordes de la lyre sont des lanières, et les jolis doigts des griffes.
Ah i monsieur, essaya de dire Simon que ce tableau
humiliait, vous me rendriez amoureux des femmes poètes, par le mal que vous en dites. Gomment l c'est un académicien qm montre cette intcdérance?
— Mon cher, c'est peut-être que les académiciens savent mieux que les autres à quoi s'en tenir. Au sur* plus, ce que je vou» dis là peut trouver des exceptions ; je n'en connais pas; mais je sais des gens qui croient en avoir rencontré. Seulement, ce que je vous affirme, c'est que mademoiarile Sophie Girod n'est pas une exception. Belle, froide et fière, cette jeune muse parle in-
116 Hittoira D*oini uÈam
trô(Meiiient de l'amour, comme uneignorantequi ne Mt
pas y tourlier.
—Que m'importe, après tout ! dit Simon ; elle est belle i M. Lombard regarda le jeune bomme avec un sourire
iudéliiiissable.
— Nous en sommes convenus, leprit-il, et cela ne change rien à la question. Si c'est le plaisir des yeux qui vous tonte, écurquiiiez vos prunelles. Mais vous avez plus d'appétit que cela, mon ami, et je tremUe qu'on ne vous laisse mourir de faim. Quant au mariage, c*est là un écueil; vous n'êtes pas assez médiocre, el vous n'avez pas asses de génie pour être l'esclave ou le maître de cette belle créature. Si mademoiselle Girod arrive à la gloire véritable, son mari doit s'éteindre dans l'obscurité et disparaître dans le tourbillonnement de cet astre. Si die n'arrive qu'à cette p:loire de liuis-clus que les salons com- * plaisants ont l'air d'accepter, il faut une volonté robuste pour imposer la résignation à cette vanité déçue. Mais, dans l'un et dans Taulre cas, n'essayez pas de tirer parti, pour votre ambition propre, de cette ambition parallèle qui sera votre rivale, et qui ne peut que vous rendre ridicule, en vous dépassant ou en vous dénonçant. Pour nous résumer sur ce point, dissipez ce caprice, mon eufant,étouffez ce soupir. Si, plus tard, mademoiselle Giiod perd son ramage poétique et reste bi lle, si elle abdique de b(mne grâce cette petite royauté qui l'enivre, il sera toujours temps d'y songer, et je crois que nous y songerions avec succès. Les prétendants réels ne seront jamais nombreux. Aujourd'hui, j'ai pour vous plus d'ambition, et je sais des chemins plus rapides;
— Mais, monsieur, je l'aime! s'écria Simon, qui fut presque beau d'enthousiasme*
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— Je coimaig cet aaiour-là, reprit l'impitoyaUe M. Lombard. Gardez-le, je n*y vois pas d'mc<»iTéiiieDt^ A vous remprisonuez assez bien dans vos veines pour que ses bouffiôes ne tous moateat pas au cerveau. Mainteues Totre raison froide et sévère au-dessus de ces petites fû* blesses, de ces petits maraudages dans les vergers de de i'bumanité. Donnez au sentiment, puisque vous prêtes ce joli nom à ht fièvre qui vous tourmente, un temps égal à la part qui lui est faite dans les événements de ce bas monde. Voyez, mon ami, avec sûreté, le but qui peut tenl&t votre courage , et sachez l'atteindre sans faiblesse, sans trop vous arrêter à l'école buissonnière. On vous a présenté à la vicomtesse de BrignoUes. Son salcoi est presque un gouvernement. Ce n'est ni un jardin d'Ar- . mide, ni un Parnasse. Quant à ce cabinet, la poésie s'en est ^volée quelquefiûs ; mais je n'ai gardé ni le nid, ni les coquilles ; et les œuvres que je médite maintenant ont sixûpMé le style et remplacé les hors-d'œuvre de rhétorique par l'action. Voulez-vous de ma direction, de mon conseil, mais en me promettant une obéissance absolue ? je veux, moi, utiliser voire énergie, votre ambition. Vous m*étes signalé, et la Congrégation espère m vous.
— Qu'espère-t-on de moi?
— Je puis vous le dire, mon enfant. Ce qui manque
aux bons principes, c'est tout à la fois une oreille ouverte auprès du trône, et une voix plus puissante auprès de la foule. Nous trouvenms l'ordlle ; vous serez la voix. En un mot, il est temps d'échauffer le zèle, de menacer la tiédeur, et c'est dans ce but que la pieuse association dont vous êtes un des plus jeunes membres fonde un journal de propagande, de polémique, auquel elle vous
lis
mnomm d'omb uàm
mvUe à concourir. Des f&aoxmgis& éomeatê^ mais dont kt noms ne doîTent pas être mêlés an Inmalle des die*
eussions, vous inspireront, vous protégeront. Vous combattrez pour te trône et pour TB^îse ; c'est mériter une doiiMe fécompense, qui ne se toa pas attendre. Le Jonr* nal est Tarme des Croisés modernes. C'est une tribune et uue duùre, uu sanctuaire et une forteresse. Des coliaborateuTS de mérite teos indiqueront la route. On ne raoB demande que du zèle et toujours du zèle!
Maisjenesaisri^ de la politique...
— Yons sanrec bientôt ce que tous vowles conquérir, et l'ambition a sa logique. Jeune et destiné à devenir riche..,
^ Moi, monsienr! mais A os testament de IL de
Bruval...
— Groyes-Yous donc, reprit en souriant H. Lombard, que les vengeances brutales de M. Quincy puissent se
continuer après la mort de ce soldat? Nous saurons bien retrouver les bribes de cette fortune. Vous ne pouvez être déshérités* La loi, la notoriété publique vous reeoB^^ naissent pour ses enfants, on prouvera que vous êtes bien à lui. Ce n'est pas la peine d'avoir avec eoi Fépée qui délie pour la terre et pour le ciel, si ce petit nœud doit nous embarrasser. Il faut que vous deveniez une puissance par la presse, parce que vous serez aussi une puissance par Fiurgent. Il faut que vous vous rendiez dvjnv de devenir millionnaire. Alors, mon ami, queUe perspective devant vous 1 On craignait le journaliste protégé par TEglise ; on vénérera l'homme opulent qui pourra mettre quelques tas d'or sous les marches chancdantes du trêne ou de Tautel pour les caler au besoin. Vous voyei Uen qu'en présence de ces destinées
I il Défaut pas tous arrêter àuue pastoral^i et YousToyes Ueû, lyrata en souriant M. Lombard, qne ai jetona
I donne la fortune de M. de Bruvai, je ne puis être ! Totre père.
Simon se sentait remué par œt enttioniiane froid. La tentation le mordait. Puissant, redouté^ riche ! C'était là son rèTe.
ntenditleedeQxmainB à M« Lombard, è
' — Je suis à vous, lui dit-il ; faites de moi ce que vous I Youdres ; je tous aj^M^tiena, « période ac cadaYer, • ajonta^t-il en fidaaiit alluaim à la fumnle d'mi antra 1 engagement.
C'est 1»^, reprit Tacadémicien. Nous allons lancer I notre journal : « la Charte eafliolicpia *. Tons auras pour
collaborateurs l'abbé Lemerle, quelques autres écrivains dioisis, et moi qui ne Yeux pas tirw de gloire de ce dé* Youement, et dont tous veceYres confidentidiement les ooramnnications. La devise est : « Tout par TEglise, tout pour le Roi ». C'est-à-dire qu'il s'agit d'empêcher l'esprit de doute et d^examen de monter jusqu'au trône, et de
circuler autour du pouvoir. Vous avez de la foi...
iima ne se crut pas dispensé d*bypocriaie, et leYa les leox au d(â UYec componction.
— Ne transigez jamais à aucun prix, dit M. Lombard ; soyez implacable, et nies tout ce qui n'est pasdans la ligna étroite du journal. Condamnes au léu les CBUTres d'ima^ gination, mes œuvres mêmes, s'il le faut. Que le clergé, comme le monde, sente le poids de Yotre plume. Faites- Yous craindre surtout de ceux que vous senrei. Bmpè-
chez-les d'avoir la tentation de Tingratitude. Je puis vous le dire, entre nous, car c'est là le fond et le secret de la politique. Legrwd art est de servir l'Eglise, de
190 KORoni Dhjim iiteB
flonrir, en ne lui livrant jamaiB le moyen de se passer de nous.
— Mais, (lit Simon avec un regard diplomatique, il me semble qu'un journal qui dit ce qull veut court trop de risques do no pas atteindre ce qu'il désire. Démasquer son but, c'est âlimuler les passiooâ jalouses. La propagande qui s'exerce à Tonibre pénètre sans péril. Bt puis, vous m'avez dit, lors de notre première rencontre, un mot que j'ai médité : « C'est une tùclie ingrate que de servir Dieu et le roi ; il 7 a plus de profit à les attaquer. » Ce furent là Tos paroles ; ce que vous me conseilles aujourd'hui est en contradiction avec elles.
—Vous êtes un homme de réflexion, repartit l'académicien avec un sourire approbateur, mais vous manquez d'expérience. Ce que je vous ai dit était une épreuve, je vous interrogeais et je vous tendais des pièges. Pourtant j'avais raison. Si nous n'avions que le journal et que nos etforls personnels, il y aurait plus de proiit à attaquer le trône et l'Eglise. L'inpiété rdigieuse -et monarchique est une séduction que le siècle dernier a mise à la mode. Et puis la menace est uu moyeu d'acbalander sa conscience ; mais cette ressource un peu banale est fxéB&k" tement inutile, et, par suite de circonstances que je vous expliquerai, vous n'aurez pas à contraindre votre foi
— Oh! je m'y risquerais, dit avec une sorte de fanfaronnade le pieux Simou, qui voulait voir le fond de la peosée de son protecteur.
Je vois, repartit sérieusement M. Lombard, que vous avez des principes.
Simon regarda attentivement l'académicien, mais ne découvrit aucune raillerie, aucune iroiue dans cette ré-
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poQseboftffoiiDe. Les deux ambitieux se comprenaient et savaient au juste ce que valait leur piété.
— Gardei ce courage, mon enfaot, continua M. Lombard, ayec un imperturbable saufr-froid, et s'il le faut, à
un moment donné, quand votre valeur sera connue, votre force qipréciée, faites sentir quel secours vous seriex pour Toppositiori. Mais, au début et surtout à Theure où nous sommes, ne contraignez pas votre ardeur ni | vos sentiments ; le danger n'est pas là. Le monde a peur de l'esprit et de la raison humaine. H se souvient que les gaietés des piiilosoplies du dix-huitième siècle ont eu un sombre dénoûment 11 s'agit aujounTliui d'imprimer à tontes les âmes inquiètes, troublées, une forte et salutaire direction. La société est hébétée de la chute de l'Empire, il s'agit de la prendre en tutelle. Le moment est propice. La monarchie légitime a besoin d'être consolidée ; elle est pour longtemps un abri et un appui ; minauder avec elle, c'est un jeu dangereux au lendemain d'une restauration. Il faut la servir plus même qu'elle ne le veut et lui faire peur de son isolement. Croyez-moi, la franchise est souvoit une ruse.
— Mais, dit Simon, qui prenait plaisir à cet entretien dans lequel il mesurait ses forces, si au lieu de ces chances d'avenir que je dois conquérir par la plume et par un procès scabreux, j'en trouvais, moi, de plus rapides et de plus commodes, ne comprendriez-vous pas que je les adoptasse.
•^Comment? mon ami, que voulez-vous dire? Et M. Lombard, fort étonné, regardait Simon, qui était plus pUe que d'habitude et qui abaissait ses paupières.
— Je veux dire, monsieur, que si je sers mon ambition
eu acceptant vos oflres, je sers également et surtout la
•vôtre. G'eti voue qui me dirigez, qui me laites mouvoir, et je ne crois pas que n'étant ni mon père, ni mon Mm^ vons ne cédiez qu'à la sympathie natuieile que j'ai pu vous inspirer.
— Bh bieni qoand oda tarait vrai, qu'en ooncinriet* YOtts? demanda l'académicien avec un peu de hauteur.
— J'en conclurais ceci. L'intérêt du trûue et de Tautel passant après notre intérêt réciproque, on plutôt n'é» tant que le prétexte de notre intérêt, ma conscience me permet de choisir le meilleur moyeu de satisfaire cet intérêt. Ce n'est plus une croisade inipêneuae qui m'ùlB toute liberté d*initiati?«.
— Et quel serait ce moyen? fit Lombard avec ironie, mais lég^emBit ânu.
— Voici un de ceux que j'imagine, reprit Simon en ailermissaut sa voix. Si moi, pauvre enfant, élevé dans la misèiei aigri par l'absence d'affection véritable, etdé» couvrant un jour l'homme auquel je dois sinmi la vie, du moins cette existence douloureuse; si, avec la rage de parvenir et de parvenir vite, je venaîa tout simplement dire à cet homme riche, illustre, tout-puissant : (t Je n*aipasle temps d'attendre; j'ai hâte de toucher au but, d(mnei-nKH tout de suite, au lieu d'un poste pour combattre, une place pour triompher : je veux la puissance et la fortune ; vous aves cela pour vous, vous pou* vei l'avmr pour moi...»
— Mais, mon cher ami, interrompit l'académicien eu ricanant, on vous enverrait promener.
— J'irais, répliqua Simon qui se prit à rire àson tour. Mais je promènerais aussi avec moi cette accusation permanente: » Vous voyez bien ce personnage grave et sérieux, ce fut un séducteur, et j'en suis la preuve; mais U
ar M «M sMVAim
wAn» de me xeeoiBiettre, dera'aider. Hé croyes pee àee
front sévère, à cette vertu entêtée! » Je la répéterais cent fins par jour, cette accusetioa à laquelle je fenû8 croire, et je ccmtretodrns le persomiage ^ qiiee^ pour achat do mon silence, ce qu'il n'aurait pas voulu me donner par «miti^ personnelle.
Bahl Vous eroyes, monpantre enfuitl Mais à qui donc imposeriez-vous ? Où serait votre autorité ?. vos preuYes ? Si Youa parliez trop fort, on vous fermerait laboucbe, elvous séries lebourfeau de Yotre mère, san» avoir égratipné celui qui n'est peut être pas votre père.
— Oti 1 sans doute, répliqua Simon, dont Taudace se démasquait peu à peu, si moi, Simon de AruTal, Uml seul, tout isolé, j'osais m'attaquer à un homme illustre, considérable, je ne serais pas écouté, pas entendu; au moindre choc je aérais teieé peut^tre. Mais je ne sois pas seu : vous l'oubliez, monsieur. J'appartiens à une armée mystérieuse et toute-puissante quinemejuge pas comme le pâoB indigne de aes soldats. Je me nomme Légion. Je sais que, malgré vos repentirs, vous êtes suq^t à cette % pieuse association. Je sais qu'une arme contre vous serait Inen accueillie; je sais que si vous fondes un joumali si vous voulez utiliser mon zèle, c'est précisément pour donner des gages devenus plus que jamais nécessaires, ïrouves-vous que je sois tout à fait^ à mépriser? et i«p» poses-vous que, si j'étais décidé au scandale, je ne trouverai» pas des oreilles pour m'écouter, des voix pour répéter ce que j'aurais dit?
— Qttd scélérat vous faites! s'éoîa M. Lombard avec une colère, mêlée d'un peu d'admiration
Prenei garde ! dit Simon. Si vous déoovLVriei euamte que vous êtes mon pérel
1S4 Hivioiiui DHm Mftn
— Bb MHnine, nMmieiir, acceptei-Ttms ou tà&i m^ia-
cez-vous ? demanda l'académicien.
— J'ai accepté depuis longtemps, repartit Simon avec une doQceiir iromqne ; j'ai tenu amilement à tous prou- YW, monsieur, que cette acceptation est libre et volontaire ^ que je ne suis pas absolumentaudépourvu, et que, sans Tooknr m'affirauchir de la leconnaimance, j'ai le droit d'en tempérer l'expression. Je m'incline devant votre expérience; j'en ai besoin comme vous avec besoin de ma jennease. Bnooie une fois, disposez de moi^ monsieur.
— Ce que vous m'avez dit, mon cher Simon, me refirmditunpeu.
— Ce que je ferai, monsienr, quand je pourrai agir, écliaulîera votre zèle.
— Ah ! TOUS joues àla diplomatie aToc moi i
— C'est pour tous ôler, monsieur, la tentation de jouer à la tendresse.
— Est-ce que je tous ai paru po«:lier de ce c6té-là.
— Aujourd'hui, non! Maisqui sait si demain cette fantaisie ne vous serait pas venue.
— £t elle eût été bien inutile, n'est-ce pas? ^ Dame ! TouspouTez en juger.
— Savez-vous, mon cber Simou, que nous nous entendrons à merveille.
— Je le crois, monsieur.
— Nous avons la même façon de juiicr les sentiments... ^ Et les bommes, ajouta iinement Simon.
— Et les hommes, répéta H. Lombard, qui lui tenditla main.
— C'est peut-être la voix du sang qui établit entre nous cette affinité, dit Simon.
Sr DB 818 BIfFAlITS
— Ma foi 1 je serais tenté de le croire^ répliqua H. Lomhui.
Et CCS deux parfaits hypocrites éclatèrent d*uu rire silencieux qui était aussi sincère que leur amitié.
^ Maintenant que nous sommes d'accord sur tous les
points, reprit Tacadémiden, parlons un peu de mademoiselle Simone.
— Ah l c'est Yrai, dit Simon en tressaiUantf yous tous
intéressez aussi à elle.
— C'est qu'elle aura aussi sou rôle, mon ami, rûle glorieux, mais difficile,
— Esl-ce aussi un rôle de journaliste ?
— Vous raillez ; mais je compte sur votre bon sens pour saisir la grandeur du plan que nous ayons conçu; je dis: « nous »), parce que tout un parti a jeté les yeux sur cette belle jeune Hlle; parce que le salon de madame de BrignoUes i*a proclamée; parce que TBglise la suit ayec
complaisance.
— £st-ce qu'on veut en faire la « Jeanne d'Arc » des saines doctrines?
— Pas tout à fait, répondit M. Lombard avec un sourire équivoque; mais il y a un autre rôle, digne de la beauté, celui d'Bstber...
— Auprès d'Assuérus? continua Simon, qui commençait à comprendre; — Je doute seulement que Simone soit bien Tbérolne dont vous ayez besoin.
126 HISTOIRE D'UltB MÈBE
— fkm H formerons !
— C'est une nature rebelle !
— (jM une nahtfefièceet aoibitieiise, teiirift M. hmbard.
— Mais elle a aussi un amour...
Je le sais biea. Gdai-Ui non plus n'est pas dangereux et peut nous servir.
— Tout vous sert! repartit Simon.
— C'est précisément là le secret, le fin des fins ! Bappelez-vous ce principe essentiel, mon cher enfant. Il n'appartient à personne, si fort qu'il soit, si prévoyant qu'il puisse être, de créer les drconstances et de les di* riger. LTiomme babile est celui qui a des gages partout, des arrhes distribuées à toutes les chances. Vienne un mom^t décisif, m utilise toutes ces lessmifces. Les badauds crient au prodige. Ils admirent celui qui exploite si bien les événements qu'il semble les inventer. M. de Talleyrand, par exemple, n'est pas^ un sorcier. C'est un homme de jarret et de décision prompte, qui a toujours un four allumé et qui y jette à propos ce qui lui semble bon à cuire. U a aidé le roi Louis XYUi à remonter sur le trOne; mais s'il se vante aujourd'hui d'avoir préparé longuement cette restauration, d'y avoir songé avant nous, il foit un glorieux mensonge, et il s'attribue des félonies dont il n'a pas le mérite. Son esprit n'est pas un télescope, c'est un thermomètre. Le premier jour, il songea à maint^ir Bonaparte ; le second jour, à la régence de Marie-Louise; le troisième jour, enfin, il lui sembla qu'il y avait moins de risques a ramener les Bourbons. Son habileté c'est de n'av(»r jamais de regrets, et de s'accommoder toujours du présent. Sa profondeur véritable, c'est l'esprit d'à-propos. Mais il vaut mieux avoir des
» M Mi MMim
fkms inutilefl sur réduquior que de les oiéoager... VoHà po«n|Qoi DMkdemohene MBMme peut vendre des eenrioee,
et voilà pourquoi la chance vaut la peine d'être courue.
MaiS) moDftieur, Simone est vm pauTre igaoïaate qvi n'a <piè son anumr en fête, qui n'entend lien à la po-
litique, ài'ambition, qui ne voudra pas...
— Enfant que vous êtes t comment conaaiseci vons si fbnia ooQupagnede inotre «ifimee ! Bbdemoiseile Simone a des instincts de domination que Ton peut surexciter. * Ëile est coquette ; le vertige la prendra, quand elle se rem k la coor; et que fuit-il pevur Vj oonduiret rien, ' peu de chose, un placet à présenter au roi, une demande en mise en possession de la fortune de IL de Bruval... Le foi sera tmehé de cette beantA*.. nous nons arrangerons pour qu'il en soit touché. Quant à ce que nous
I exigerons de mademoiselle Simone, en retour, c'est, » vérité, peu de chose : nous dire tout, et ne dire au loî
' que ce que nous voudrons faire dire.
Mais, je ne sais jusqu'à quel point ma conscience
I minitoriBe à participer à des projets coneemant ma scenr,
1 dit Simon.
I — Puisque moi, qui ai plus de chance pour être son père que toue n'en aves pour être son frère, je ne Tois aucune diflîcuUé, d'où viendraient vos scrupules?
M. Lombard regarda Simon avec une singuiiâfe et cynique expression de dâfl. Ces deux coquins s'entendaient à j merveille.
^ D'ailleurs, mon ami, continua Tacadémicien, notre pauvre roi est un père pour ees sujets etses « sujettes i. La vertu de mademoiselle de Bruval ne sera pas eu péril. On ne lui demande que de la d^rence.
^ Simone ne consentira jamais. Son amour...
1S8 mtTCNBS D*im idu
— * Bbl c'est précisémeiit cet amour qui peut nous myfarl Bile aime, n'est-ce pas, ce petit bellâtre de Va-
leatiii Girod? un soldat de parade! Pour son héros, les cbampsdetetaiUe8ontdan8iesantkbaaibres;lagloire se lève et se condie aux Tuileries. Si mademoiselle Simone, ce que je ne crois pas, aime réellement, elle se dévouera à ravancement de ce petit jeune homme ; quant à cdui-ci, je TOUS le donne pour un paon de Pespèoe de sa sœnr. n a moins de litlérature ; mais il a des épaulettes : pourvu qu'on l'admire, il sera content. Nous l'admirerons et nous le ferons admirer. Il sera le premier à conduire sa fiancée ou sa femme aux Tuileries... Savez- vous une idée qui m'est Tenue, mon ami ? par malheur, elle offre des difficullés que vous ne sauriez surmonter. Quel dommage qu'on ne puise faire de vous le mari de mademoiselle Simone!
— Epouser ma sœur !
— Mais vous savez bien qu'elle n'est pas votre sœur, qu'dle ne peut pas l'être ; tous ne savez même que cela, relativement à la famille. Toutefois, le monde n*en sait pas tant que vous et croirait à un inceste, ^'y songeons pas.
— Peut-être feriez-Tons bien, monsieur, de ne pas
songer non plus au rôle d'Esther ? Je crains bien que, de ce côté, vous n'ayes pas de chances.
— Et moi aussi, je le crains ! mais, en politique, les bonnes combinaisons oiirent toujours une alternative favorable. Admettons que mademoiselle Sinme ne veuille rien entendre ni rien comprendre à nos idées sur elle; est-ce qu'il ne suffira pas, pour notre crédit, qu'on ait peur de la voir arriver au sommet que nous ambitionnons ? La coterie qui pousse madame du Cayla se sentant
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menacée par cette concurieDce de la jeunesse et de la beauté, sera amenée à des oAes, à des transactionB.
Notre journal sera une première puissance; on voudra nous empêcher d'en créer une seroude. Quand on apptrendra que le salon de madame de firignoUes a un candidat au rôle en question, les offres nous viendront vite pour une abdication qui ae sera pas sans dédommagement. Vous YOf es donc bien qu'à tout prendre, 70tre « sœur » (et M. Lombard appuya sur ce mot ) ne court aucun danger, et que votre conscience aurait bien tort de s'alarmer.
— Aussi ne s'alarme-t-élle pas, reprit Simon : je suis prêt à vous suivre, quoi que vous décidiez.
— Eh bien, mon ami, nous allons nous mettre en campagne. Vos collaborateurs sont prévenus; allons les
trouver.
H. Lombard sonna, fit atteler sa voiture ; car ce philosophe avait peur de la boue des ruisseaux, et sortait rarement à pied. Simon était radieux et faisait tout son possible pour bien cacher sa joie. Gomme il était par
hasard, appuyé sur la cheminée, il regardait dans la glace et essayait de comparer son visage à celui de l'académicien, pour y chercher des traits de ressemblance, il était convaincu, ce matin-là, què c'était bien là son père. Geleconl'ormité d'ambition lui tenait lieu de la voix du sang. Jamais Simon n'avait parlé avec tant d'audace; jamais on ne lui avait parlé avec cet abandon. Ce complice de ses rêves était un confident instinclil, et il s'estimait à un plus haut prix lui-même, d'être le fils d'un homme si habile, que le fils de M. Quincy de Bruval, ce colonel peureux, tué par la déchar^re d'une disgrâce. On alla au bureau de rédaction du journal projeté,
lao
« la Charte catholique »>. A cause du caractère de certains collaborateurs, le bureau était situé dans une des rues qui ayoinne&t Saint^Sulpice. Tout le personnel « apparent • du journal avait été oonvoitué, et était sons les armes. On n'atteudait plus que M. Lombard pour noircir du papier. Le corpa officiel de rédaction ne se composait que de laïcs; Tabbé Lemerle et les autres pouvaient toujours nier qu'ils lissent partie du journal.
Simon eut une émotion presque pareille à celle que le salon de madamede BrignoUesluiavait inspirée, quand il franchit le seuil de cette maison. Au rez-de-chaussée, un maixband d'images pieuses, de bimbeloterie chrétiennei de chapelets d'ivoire, commençait la sanctiOcatioa de cette propriété ; et la boulitiue élait l'arsenal au-dessous du conseil de guerre. Uue allée noire, dont la profondeur servait de cachette certaine,conduisait à l'escalier. Au premier étage, s'ouvraient les bureaux interdits public : la rédaction, la salle du conseil, le saint des saints ; et, sur le même palier, mais en regard, les bureaux du vulgaire, le capliarnatim, l'endroit où les sympathies pleurent des larmes métalliques, et où le livre de vie s'appelle le livre d'abonnements.
M. Lombard et Simon entrèrent dans le sanctuaire.
Le garçon de bureau — J'allais dire le sacristain — était dans ranticbamlnre, attendant les fidèles. D'une figure douce et béate, il devait tendre les plumes comme on tend l'eau bénite et recevoir uue lettre comme on reçoit l'absolu ti(m. Vétu de noir, les cheveux collés aux tempes, il jouissait d'une de ces physionomies insignifiantes qui peuvent symboliser, tour à tour et tout à la fois, la sottise, la candeur, la bassesse, selon qu'on interprète cette i^addilé. U avait les mains jointes sur son gilet noir
boutonné jusqu'au menton. Bien qu'il ne fût à son poste que d^ttis le inatia, il aTaii déjà la nuance du lieu. Cette bannonie qui a*élablit à la longue, entre les meuMee, lea
tentures et les liabilanls. 1 enveloppait déjà.
— GeamesaieuiB aont-iis là? demanda M. LcHnbardayec cette hanter qne lea paihiti chiétiens de cette trompe
affectent toujours.
Le garçon de bureau ainclina silencieusement et mnit la porle du sanctuaire. M. Lombard mtra sui"?!
de Simon.
Trois personnages d'allure différente, mais qu'un aigm^ particulier de la physionomie tialiissait comme assodéi,
(étaient assis autour d'une table recouverte d'un tapis vert, et se levèrent avec empressement à Titrée de l'icedémidoi.
— Messieurs, dit M. Lombard, voici M. Simon de Bravai, dont nous avons parlé; c'est un ami, aujourdlnii ; demain, ce sera un des plus vaillants soutiens de
l'Eglise et du trône. Veuillez avoir conliance en lui. Kotts sommes pariaitement d'accord sur toutes les questions.
Les trois rédacteurs s'inclinèrent, Simon salua, et M. Lombard le présenta à chacun d'eux individuellement.
Le premier, M. de Nolpac, était grand, maigre, le front dé^rarni, les yeux clî^rnotants, la lèvre pincée. C'était lui qui devait exercer une sorte de tutelle apparente envers Simon, dans les premiers temps des débuts. 11 était le rédacteur en chef, peut-être provisoire. Mais avec une certaine élégance austère, il cherchait la dignité pour son nadntien, et les mots sentencieux pour ses petites lèvres pâles. Ambitieux toujours déçu, assex habile pour servir les autres, manquant de force pour réclamer sa part, le
188 amoiBB D^inni MftmB
jour du gâteau; dédiouoré par des palinodies, et ae
déshonorant luiijours pour faire disparaître les anciens torts sous les torts aouveaux; iils de jbonae famille, ruiné, marié à une femme belle et galante qui était à la fois sa plaie et sa ressource, il semblait se donner volontairemeut à tous les pouvoirs, taudis qu'en réalité, c'était sa femme qui le livrait. On commençait à dire de ce couple: « Madame se loue, et monsieur se vend. »> Mais, louage ou vente, chaque marché était une escroquerie. Madanae ne valait pas l'amour ; monsieur ne valait pas la crainte. Pourtant, ou allait chez eux, sous la Restauration, comme on y avait été sous TËmpire. Les maîtres du logis étaient si bien compromis, qu'on semblait ne plus ae compromettre en les visitant. Ils avaient donné et repris tant de gages, que personne ne se risquait réeUemeat en les fréquentante C'était un terrain plat et battu que chacun piétinait et sur lequel on se donnait rendez-vous. M. Lombard avait proposé et fait accepter H. de liolpac comme rédacteur en chef.
— Il est bien frùté, avait dit madame de Briguolles, avec un petit geste de dégoût.
— Raison de plus pour nous en s^vir comme nous voudrons, et pour ce que nous voudrons, avait répliqué M. Lombard. Si nous étions des républicains, des gens à théories, il nous fiiudrait un honnête homme, un sage, pour garantir notre honnêteté et nôtre sagesse. Mais, Dieu merci, le principe que nous défendons est trop audessus et trop indépendant des instruments qui le servent, pour être compromis. M. de Nolpac peut nous être utile. II prend notre drapeau; nous n'endossons paa son habit, tant de fois retourné. Le jour oti nous jugerons à propos de nous en passer, nous le renverrons
Digitizod by GoOglc
sans scandale, sans ménagement et saus indemnité.
L'boffline qu'on traitait ainsi se savait jugé avec ce sans-façon, et ne protestait pas. Criblé de dettes, dévoré de cette artieur de relations qui est pour les sots l'illusion de ia célébrité^ il ne demandait qu'à être utilisé, espérant bien, àforee de bassesses, conquérir enfin la liti^'re de ses vieux jours. Sans talent, comme saus scrupule, il avait la &dlilé d'élocution, de style, des gens qui ont exércé leurs langues et leurs plumes, sans avoir jamais eu Tinquiétude d'une réiléxiouet sans avoir jamais été euibarlassés par une paisée.
Td était l'homme que M. Lombard ayait choisi pour introducteur direct, pour plastron, en quelque sorte, à Simon de Bruval. 11 y eut entre les deux futurs collaborateurs une étreinte glaciale des mains, un échange plus glacial encore des regards. Ces deux vipères s'étaient devinées.
Le second rédacteur du journal, cehii qui devait foire
l'escarmouche à tous les augles de la feuille monarchique, déncmcer un fonctionnaire ou un livre, défendre Tortho* doxie religieuse, littéraire, politique ; injurier à droite, répondre à gauche, montrer le poing ici, les dents là-bas, discuter les nouvelles étrangères et commenter le « Moniteur » ; l'écrivain inférieur, mais réellement utile, qu'on ne laisse jamais à la première place et qui sait faire redouter la seconde, était un homme court, robuste, fait, en apparence, pour d'autres pugilats. Son visage apoplectiqu où chaque vice avait allumé un lilct de sang et mis chacun un coup de pinceau, était grotesque au premier regard, formidable au second. C'était un tempérament fougueux, précipité, comme par un coup de foudre ou de cruche, du cabaret dans ia sacristie. Cet homme-Ui
devait damner à leur de bras et Imrler l'anathème comme m reiraiu Lacbique. il avail moaé autrefois une \m Sûxl joyeuae et fort peu catholifae; il avaiti disait-on, au
heures folles de la République, poussé la charrette de la déesse de la Raison. Je ne sais s'il n'y avait que dea tacbee de lie à sés maios, et s'il n*y ayait pas aussi des
taches dc^saug. Mais, un i)eaLi jour, le citoyen Lucien Labiie avait jeté sa carmagnole, mis de Veau béoile dans son Tin, et amsacré à la bonne cause les restes d'uM fureur qui n'était pas près de s'éteindre. On dit qu'une indigestion lui donna la peur de Teuier. Quoi qu'il en lût des motib de sa conyerslon, si elle n'élait ni raisonnée, ni tolérante, elle était sincère. Cet inquisiteur boule-e&* train ue plaij>auUul pas sur ses ao^aaces. il assommait ses adveisaires avec uue compoiiction gaillarde et f lilni* nait ses sentences dans le plaisant langage de Rtf)daîa. H. Lombard tenait beaucoup à ce Marat-boufiba.
— il est bon de faire voir, disait-il, que nous avons aussi de l'esprit iptulois à nos heures ; que les philosophes '
ue possèdent pas seuls le monopole du rire et de la plaisanterie, et qu'il n'y a pas que des béats iml)éciles pariai nos sacristains!
Simon fut un peu étonné de ce confrère; mais, plein de confiance dans la pénétratiou et daus l'babileté de H. Lombard, il se dit que ce soldat n'était pas inutile,
puisqu'il était enrôlé.
Le troisième personnage était cet élément indispensable de toute entreprise, le travailleur naïf, honnête, qui fait la besogne, qui y croit, qni répond de la sainteté de Tcauvre au-debore, qui fait la propagande des indiscrétions discrètes, et qui peut toujours témoigner qu'il m s'esL rien passé de mal, parce qu'il n'a rien vu.
Ge eomptne devait iMifer hs bdte-Parfai, \m eêÊn-
filets; c'était le casseur de pierres, le caulouiiier du journal; U oomblâil les otiiitra et liaiayaii Ua coiqH^'CBîl btnal fiit jelé à ee personnage subalterne.
— Je ne vois pas notre gérant, deuiuudaM. Louibaid. M. de Nolpac soiirit, €ooiiiie il powail sourire, c'est-
à-diie que ses lèms se eontraclèrait awe unpUasement sinistre, et il alla ouvrir une porte donnant sur une sorte de cabinet qui communiquait diroctemtfit 4'antie part avec Vanticbambre.
— Monsieirr Briet, dit-il, on vous demande.
Un colosse auquel on causait un pr^tjudice réel en le montrant pour rien, se leva avec un grognement respectueux, et ûx à M. Lombard et à M. Simon le salut militaire.
-Voilà Vépée! fit racadémicieiL C'est Briet qui
signe le journal.
— ]lai8ilnelelitpas?dananda&im(m.
— lamais ! je le lui défends, répliqua H. Lombard ; cela pourrait le troubler dans Texercice de ses fouciious.
^ Quelles sont ses fonctions?
— n répond de tout. Cest à lui que les plaintes sont * adressées, et^nous l'avon.- choisi un ]kmi suukI. Quand les réclamations deviendront trop bruyantes ou trop indiacrëtes, il n*attra qu'à se lever et qu*à fisdre peur de sa grande taille. Si l on persiste, il décru* liera ce lleuret que vous voyes là. ^ous vivons dans un temps, mon ami, où les préjugés violents, où ks goûts militaires ont gâté toutes les relations. Le duel est un argument qu'il iaut savoir accoter ou proposer. M. Briet est un aaciea soldat : sa conscience hà permet des actes qui seraient en debors de nos babitudes. U a une consigne, li la fera
BI8T0IBB D'miB idttB
respecter. C'est d'aUleurs un chrétlea sélé et m royaliâle fidèle : n'est-ce pas, monsieur Briet?
Le colosse rougit pudiquement, leva de nouveau la main à la hauteur de son front pour saluer, et se rassit sans avoir articulé une seule parole.
— S'il est sourd de nature, il a le bon esprit ds iaire le muet, dit Simon en souriant.
— Oh ! nous Tavons choisi complet, reprit M. Lombard. Simon regardait avec une ironie mêlée de respect ce
singulier personnage. La force brutale loi paraissait mériter à la fois son mépris et son hommage. Il comprenait que ce « bravo » avait un côté utile et pratique, et qui sait, si, dans sa pensée, il n'opposait pas cette épée mercenaire à celle qu'il voyait briller au côté de son nouvel ami, Yalentin Girod !
Gomme on entrait dans la salle de la rédaction, Simon dit tout bas à Lombard.
— Ce dernier collaborateur est peut-être le plus sérieux.
— Pourquoi? parce qu'il tue? Laissez faire le temps, et votre plume vaudra son épée.
— Messieurs, ajouta tout haut l'académicien, avec la solennité d'un installateur, vous vous connaissez tous maintenant. Demain nous nous mettons à l'œuvre. Notre premier numéro est attendu avec impatience. J'espère que vous n'oublierez jamais pour qui vous combattez,
— Nous espérons aussi qu'on ne l'oubliera pas, en nous voyant combattre, insinua le pàle M. de Nolpac.
M. Lombard fit un signe de téte qui valait une promesse ; et l'on se sépara. Simon revint dans la voiture de son protecteur, qui le reconduisit rne Taranne et qui monta chez Antonine. 11 n'y avait plus d'inconvénient à
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sa présence chez la baronne. Les deux enflants ne pou- Taient plus guère s'étonner de l'y rencontrer. Pourtant,
madame de Bru val l ui surprise, quand on lui annonça H. Lombard et quand elle vit entrer l'académicien avec Simon. Il lui sembla cpie le regard de son fils Taccusait.
M. Lombard annonça la fondation du journal et le poste que Simon devait y occuper. Mais Antonine, qui vivait depuis la veille dans la pensée, dans Tillusion que Simone était tsa (ille, reçut celte nouvelle avec une sorte d'indifTérence; peu lui importait qu'on Ht de l'enfant de M. de Bruval un journaliste ; pourvu qu'elle fût aimée, comprise et pardoiuiée par Simoue. M. Lombard pénétra ce touchant égoïsnie.
— Madame, dit-il avec une froideur cérémcmieuse qui
était cruelle, j'ai voulu reconduire M. Simon, afin de vous témoigner toute l'estime que j'ai conçue pour son caracet de vous assurer combien un pareil fils doit faire
envie.
Anlonine regarda M. Lombard avec des yeux effarés : tant son sang se glaça dans ses veines.
— Ah! madame, continua riiomme illustre, si j'avais le bonheur d'avoir un liis, je ne le souhaiterais pas autre que M. Simon.
Et complétant avec un imperturbable sanji-froid celte atroce et sacrilège comédie, l'académicien tendit la main à -Simon. Celui-ci la reçut avec une grimace de reconnaissance et de tendresse qui faillit tuer la baronne.
— Mon Dieu 1 se dit-elle, J'aimerais peut-être mieux Simone !
Et la sainte femme, qui se sentait déchirée et brûlée par le doute, fit un suprême efibrt pour refouler ses lèves, ses espérances de la veille.
- MousieuTf lépoadit-elie d'uue voix cDtrecoupéc, je aiûi \àm beuieusède ce témoignage de la part d'un homme comme vous;- et je vois bien que je dois être fière de mes deux eu£aats. Car, hier, c'était Simone que vous trouyies digne d^enyie. J'apprends avec joie que
mou (ils a mérité la morne faveur.
<«- C'est vrai, madaioe; ou ne saurait être plus belle que mademoiselle Simone. Mais les qualités solides de M. Simon et la sympathie qui s'est révélée entre nous me font plus particulièrement regretter de n'avoir pas un iil$ comme lui.
Anlonine se leva tout à coup. L'affirmation précise qui se lisait dans les paroles de M. Lombard lui dictait son devoir. Puisque cet homme, dans la pénétration duquel elle avait confiance, attestait que c'était là son fils, elle devait tendre ka bras à son enfajnt.
Simon vit le mouvement, comprit, et en pénétra les secrètes tortures. Il recula d'un pas, et répondit avec humilité à M. Lombard :
— Vous dites trop de bien* de moi, monsieiir. Prenes garde de faire du mai à ma mère.
Cette remarque ironique pénétra comme un glaive dans le cœur d*Antonine, qui ferma les yeux et se laissa retomber dans son fauteuil, avec un petit géoxissèment.
M. Lombard ne jugea pas à propos de prolonger l'entretien. 11 salua la pauvre martyre presque évanouie et se retira. ^
Simon reconduisit M. Lombard, et lui demanda ^ route :
Puisque je suis votre élève, vous voudres bien, n'est-ce pas, m'expliquer les secrets de votre art que je
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n'aurais pas compris ? Que signifie, par exemple, cette épreuve sur la sensibilité de la baroime?
— Il n'y a pas d'épreuve, mon enfant; je ne me fais pas ua jeu de mauvais goût des angoisses maternelles. J'ai exprimé smcèrement, sinon toute ma pensée, au moins une partie sérieuse de ma pensée. J'ai promis de faire part de toutes mes conjectures à la baronne. Hier, la beauté de mademoiselle Simone m'a flût hasarder une
parole téméraire. Aujourd'hui, après renlrelien qne nous avons eu ensemble, après une conférence qui m'a révélé eu vous un bomme d'énergie, j'^rouve des doutes fur mes conjectures précédentes, et je devais loyalement en avertir madame de Bruval.
Simon écoutait, sans paraître convaincu.
— D'ailleurs, continua M. Lombard, il est bon pour l'avenir, pour le rôle auquel vous êtes destiné, qu'on vous redoute un peu dans cette maison; je veux dire qu*on vous considère comme le maître. Le fils de M. Quincy n'est rien et ne doit rien être. Le fils de madaoïe de Bruval a seul droit à ma protection. Voilà pourquoi, sans avmr une certitude absolue, je devais mettre en lumière une hypothèse qui nous donne la liberté d*agir ensemble et qui renverse biai des obstacles.
— Paime mieux cette raison que la première, dit Simon.
— Ëst-ce parce qu'elle vous dispoise de tendresse filiale & mon égard?
«— Non, monsieur; c*est au contraire parce qu'elle m'impose une reconnaissance profonde pour vos bontés. M. iKunbard sourit : il trouvait que son élève fiiisait
des progrès rapides en dissimulation.
HISTOULB D'intS MÈRS
XU
Le journal «« la Charte catholique » s^annonça avec éclat. Dans te premier numéro, Simon débuta par un petit article que IL Lombard tooIuI bien revoir et
corriger.
Le sakm de madame de firignoUes déclara que te jeune jounaUste serait une des premiftres plumes de la Congrégation. Cet arrêt fut accepté et devint le signal d une admiration qui ne soufiùit plus de réserves et qui ne demanda plus de preuves.
Seul l'abbé Marci lliii apprit avec froideur, avec un sitence qui valait un reproche, le parti que M. Lombard voulait tirer de Simon. D ne^mmuniqua pas toutefois ses dcfianics à la baronne deBruval,que les déclarations contradictoires de Tacadémicien avaient bouteversée; mais il se promit d'observer et de ne pas craindre la lutte, si celle-ci devenait nécessaire.
Les intrigues contre te ministère étaioitplus ardentes, plus actives que jamais; on parlait de M. Lombard pour un portefeuille. Quant à la pensée de fermer autour du trùne toute issue à l'esprit philosophique, elle était devenue unanime dans la petite armée des fidèles. La • Charte catholique » duiiiiait le mot d'ordre, indiquait les diverses évolutions stratégiques. Quant à la partie du complot qui regardait plus directement te cœur de Sa Majesté, elle était aussi Fobjet de délibi ra lions approfondies. Le salon de la vicomte&àe qui avait autrefois, maia inutite-
XT I» ni wKwàxm 141
ment, eongé à madonoiflelle Sophie Girod, reportait maintenant toute sa ferveur et tous ses vœux sur Simone,
Gelle-ci ne se doutait pas des bonneurs auxquds on la destinait. Mais, aGCoeiUie, fêtée, entraînée, complimentée partout, elle ne savait à quel motii attribuer cette indulgence uniYerseUe^ et elle en jouissait avec Tégolsme naïf d'une enfant gfttée. La baronne eût bien voulu s^enfermer dans sa retraite d'autrefois, mais elle n'osait contrarier M. Lombard, et elle suivait beaucoup plus qu'elle ne conduisait mademoiselle Simone dans tous les salons dont la clef était cbez la vicomtesse.
Plusîms sâxuiines s'écoulèrent. Une sorte de calme, de tréTe semblait enchaîner les douleurs dans la maison de madame de Bruval. Simon passait les journés dans le bureau du joumaL II prenait goût à cette vie de lièvre et de colère. Le soir, il allait recevoir le mot d'ordre de quelques hommes politiques, et contempler mademoiselle Girod, à laquelle il n'avait pas encore oSô dire un mot de son anK>ur.
M. Yalentin Girod continuait, de son côté, à brûler pour la belle Simone, il ne prévoyait pas les glorieuses destinées qui menaçaient son bonheur. Sans doute que, malgré sa vanité et son désir de parvenir, il ne les eût pas souhaitées ;.mai8, ravi de raccueiliait partout à celle qu'il aimait, il y voyait une raison d'aimer davantage.
Antonine trouvait ses enfants un peu adoucis pour elle, et la malheureuse mère savait gré de cet adoucissement à l'influence de M. Lombard. La vérité était que Simon et Simone n'avaient plus le temps de la faire souffrir.
Nous serons d'ailleurs initiés aux sentiments du frère
el de la sœur par la lettre suivante, que Simone écrivait
à nm àb tes «mies, éloignée de Ftrie^ mi nmenTiiM
après les éréuemeuts que uuuls veuous de raconter :
« À mademoiselle Hortense de L...
« Ih cbète ftnrleABei
« Tu m'avais fait promettre d'aller te voir à la campagxie, et j'avais juré qu'aux premières fleurs j'accourrais dans tes bras. Délie-moi de mon serment Oto-moi le remords de te mauquer de parole \ car il m'est impossible de quitter Paris*
a Ge n'est pas « qa'bn » n*oppOÊe à mcm départ. Quand je dis « on », j'entends la baronne de Bruval, ma mère. Je suis toujours aussi libre, aussi indisciplinée qu'au tonps où je mettais le couvent en influnectîM. Iteia... mais... comment te dire cela, sans t'ellaroucher?... Je ne te le dirai pas : devine !
t Tu te rappelles Sophie Girod, celle qui jouait AUndie et qui fait des vers? Elle est presque une célébrité aujourd'hui ; en tout cas, c'est la Muse des salons les {due illustres* Bile rend des oracles, elle chante tons les événements ; on lui trouve du génie. Moi, qui ne m'y connais pas, je me contente de la trouver belle et bonne comme autrefois. Ses succès ne la rendent pas fiëre, et c'est vraiment une déesse de bonne composition. Je l'aime beaucoup, presque comme une sœur.
« Ne Ta pas croire que c*est à cause de sou frère I ou bien, si, crois-le, si tu veux; car voilà mon secret. J'ai le cœur transpercé : j'aime, ma pauvre eniant. Je suis comme la nymphe Eucharis <kns le chant de « 'Mémaq ue • qu'on nous empêchait de lire et que nous apprenions p«u'
oœar; mà^ nMdaine Yéoi» m« fût l'hoDneurdem'acoq^
ter comme novice dans sa Congrégation ; comprends-lu cela 1 moi, Tétouxdie, la folle, la • rieuse, l'inseiiaible, faime; et, bien que je me plafieàinaidte cet événement du côté souriant, c'est là un amour profond, définitif, qui fiera ma yie..« ou ma mort.
« Ne tremble pas, toutefois, mon belan^ ; iln'eetpae
question dese tuernidemonrir.M. Valentin Girodestd'une santé robuste qui a inspire aucuneinquiétude^ je me porte à je ne oonikais persomie, personne, ^tend»4tt Moi? qui puisse s'opposer à ce que je devienne madame Girod Mon roman n'est pas romanesque, il a son dénoi^ment tout préparé, et, en attendant, je griffcmne des billets à mon héros. Nous nous manfreons du regard dans les salons où nous nous trouvons en présence. Il est beau comme sa eoeur, et il m fait pas de yen; il m'a même avoué qu'il les détestait. C'est un jonne homme parfait; aussi... Voilà ce qui me retient à Paris; ce qui me met du plomb aux saneUes, quand je m'éloigne ; ce qui me iait pousser des ailes quand je vais où je dois le rencontrer.
« M, Vaientin est oflîcier. 11 a de jolies petites moustacbee qu'on dirait faites à l'encre de Gbine, comme ceUes que je me mettais aux lèvres lorsque je jouais le rôle d'Abner. Quant à ses joues, jattends que je sois sa femme pour les mordre, et m'assurer que ce ne sont pas des pèches. J'ai cru qu'il mettait un corset, tant il a la taille bien prise. Sophie m'a juré sa parole d'honneur qu'il n'en mettait pas. Je suis rassurée, car ceci était bien grave. Tu comprends, ma chère, que si je tiens à ce que mou mari ait la taille bien faite, je tiens aussi à ce qu'il ne se fosse pas la taille* Quant à Fespiit, je ne t'assure pas que mon Valentia soit un aigle ; mais il est
RKOUUS d'une mère
bon, il est brave, il aime la gloire, il m'aime; que puia» : je souliaiter de plus ? ie ne suiapas pédanlef je n'aimerais paa un pédant
« Gomment cet amour est-il Tenu ? Il nous est venu à Tun et à l'autre par les yeux. J avais autrefois aperçu H. Valentin au pailoir du couvent, et j'avais gardé de sa clianiiante personne un .<uuvcnir que je croyais sans ^ danger, il l'était en effet, car je ne sais pas quel danger il peuty avoir à aimer de toute son âme unbeaugarçon qui vous aime bien. Je rencontrai M. Valentin aux Tuileries. Ah ! les Tuileries ! ma chère, quel jardin l pour moi,ie trouve que la nature est plus belle là que partout ailleurs; les marronniers donnent des conseils et font entendre des flatteries \ les orangers invitent à Tamour, beaucoup plus qu'aux oranges; et il n^ pas jusqu'aux statues qui ne se rendent complices des teudies senti- n ments.
« Tal«itin eut une façon de se prommier, de tourna
autour de moi qui m'éclaira; j*avais déjà d'ailleurs une fenêtre ouverte dans Tesprit. Un jour, le croirais-tu? il eut l'audace de prendre mon sac pour une boite aux lettres. Il me jeta un billet en passant. J eus l'audace plus grande encore de faire aussi le facteur à mon tour. De ce jour-là, tout fut dit. Il n*y a plus qu'à sonner les cloches et qu'à donner des gants blancs au suisse de Saint-Germain-des-Prés.
« Miss Simpson, ma pauvre pfouvemante, qui croit comprendre le français parce qu'on devine son anglais, sera bien sunorise d'apprendre que tout cela s'est passé à son nez qu'elle a fort loii^', et à sa barl)e qu'elle oublie de raser. Elle ne se doute de rien, lacaudide brebis ! Les ânnoyantes infortunes d'Amélie de Manrfteld me font
BT BS BBS WAIITS
cmicurreiice et l'occupent Irien davantage. Tu ne Bannis
croire la consommation de romans que fait la pauvre Sioipfion. lladame Gottin me préserve de sa surveillance. Aussi, je jure bten, quand je serai mariée, d'adieter toutes les œuvres de la brave dame, de les faire relier magnifiquement, de ne pas 1^ lire, mais de les enfermer dans une boite aussi belle que la cassette qui recevait TAristote « d'Alexandre-le-Grand »>, et d'écrire dessus : — A madame Ck>ttin, les amours reconnaissants, ou reconnaissantes !
« Sophie connaît notre amour; elle veut bien Thonorer de son approbation. Hle, la pauvre et cb^ belle, on Tadmirc trop pour rainer peut-être jamais. Elle m*a avoué que le besoin de régner toujours lui ôtait le courage de s'bumilier sous les regards d'un bonune, et qu'elle considérait le mariage comme une platitude consacrant une folie. Je ne suis pas assez spirituelle pour la c(Hnprendre. Je la plains, comme une bonne béte queje suis. La beauté passe, les vers font des envieux. Elle sera seule un jour; elle enlaidira vite quand elle se sentira vîmlle. Mais, qu'est-ce que Je dis?... Elle sera la tante, la bonne tante de mes enfants. Elle élèvera mon lils et ma fille, car j'aurai l'un et l'autre ; elle leur écrira des petits livres, des n Contes à mes neveux », et tout sera pour le mieux dans mon joli petit ménage.
(« Quand je dis que Sophie ne sera jamais aimée, j'entends qu'elle ne le sera jamais ccmime elle mérite de Tétre ; car je connais quelqu'un qui la regarde avec des yeux gourmands. Cet alTamé est monsieur mon frère.
« Tu te souviens de Simon. Je le baissais bien, au grand scandale de nos amies, car pas une ne savait les raisons que je pouvais avoir de ne pas traiter fratemel-
146 HIBTOIBB D'UNB UÈJBtE
lement mon prétendu frère. Aujoiircrhui, Simon m'est devenu presque indiilérent, et, s'il te voulait, je pourrais l'aioM. I«paiiyi«garçoftn'eit pat beoieuxaTeeb passion qui l'a foudroyé. Je ii ai i)as encore osé en parler à Sophie. J*ai promis à âimon de préparer doucement le cfaenrinde soa amour; mais j'ai graQd*pear q^'il ne
puisse jamais ])reudre le chemin qui y arrive, et que notre l)eUe amie ne consente jamais à l'attendre. £a attendant, il est maigre comme un bup. Quand Sophie vient nous voir, il la mord des yeux. Oh 1 ma chère, ce n'est pas gai Tamour d'un calard 1
« D'ttDeuTB, Simon fait un métier <iui aiguîn lea dents. H est journaliste depuis quelques semaines. Ce serait une bistoire bien l(mgue que de te raconter comment nous aTons tous les deux un protecteur inconnu que madame de Bruval connaissait, et qui nous lance, moi dans les salons, Simon dans les antichambres ministéridles ; noua devenons qudque cboee. On m'a demandé si j'aurais du plaisir à être présentée à la cour !... Compiends-tu cela, toi la cour ! un endroit où Ton dmt fttire des révérences irréprochables, et ne pas marcher sur la queue de sa robe I J'ai d'aboîd répondu non. Cela m'intimidait. U n'y a que des vieilles gens à la cour; on doit s'y ennuyer majestueusement, et moi, j'aurais des attaques de nerfs, si l'on me forçait à rester immobile, drdte, à iàire l'exerdoe de l'étiquette; mais j'ai réfléchi. Puisque je dois être la femme d'un officier, je ne dois avoir peur de rien. D'ailleurs, mon cher Valentin aura besoin d'avancement Neveux être au moins « générale » quelque jour f. Il ne sera pas inutile que sa femme, qui n'est pas vilaine à montrer, connaisse tous les moyens d'entrer et de eortirt de spUiciler dans ce grand laby-
rinthe où tous les chemuiâ se croiseiit, et dmi le roi est le reades-Yous.
• riiai donc à la eour, ma chère ; je garai présentée. Madame de Bruval s'épouvante de ces hautes destluées, mais on lui a Mt concevoir qu'elle n'avait pas à s'émou* voir ni surtout à se déranger. Mon protecteur répond ds tuul, et la vicomtesse de Biiguoiies me présentera. Sophie (Hrod s'est mise à sourire quand je lui ai raconté mon ambition, et la belle robe qu'on me préparait.
« — Prends garde, m'a-t-elle dit, la cour est comme l'antre de la Fable. On voit tâm comment on y eniiei on ne sait pas comment on eu sort!
« Mais je t'avoue, eutre nous, et bien bas, que j'attribue à un peu de déiHt cette réserve de ma cbèra So»
pliie. Il parait qu'on avait beaucoup parlé d'elle au château, et que c'est le roi lui-même, qui, ayant lu ses Ters, a déclaré qu'il trouvait inutile la prt«snt8^n de cette petite Muse. Il aurait dit, assure-t-on :
• — i'aimelea femmes assez spintuelies pour être un peubétes.
« L'esprit de ma belle Sophie se refuse à celte concession ; le mien m'y porte. ïu dois bien rire de m'entendre parler de la cour, du roi, de tout ce monde si éloigné de nous, quand nous étions au couvent. C'est que les distances se sont singulièrement rapprochées, depuis peu ; c'est qu'on m'a frappée d'une petite baguette, et qu'on m'a transportée dans un milieu d'élégance, d'aristocratie, où je suis saluée par des ministres, et traitée ccmime si je n'étais pas une pauvre petite demoiselle, presque orpheline et déshéritée, selon toute apparence. Il m'est venu tout à coup un désir de paraître, de briller, de vivre dans ce luxe, sur c^ hauteurs qui aboutissent au ch&teau ;
Hi tt ou M i D'un UÈKm
non par ambitkm personneile, mais par lendraaBe pour
mon Valentin.
* « Ua fait des miradeSfCelMauYaleQtin; je crois qu'il m'a rhanpré le cœur. Je «ens que j'edeTiens bonne à mesure que j'aime davantage. J'ai pitié de celte pauvre madame de Bni?al, qu'on ne m'avait pas habituée à traiter comme une mère ; j'éprouYe des tiraillements de charité pour SifliOQ. L'amour qui Ta mordu le rend quasi rcspectable, biea qu'il Tait rendu un peu enragé. Abi ma chère, qu'on est riche et généreux quand on aime! comme on voudrait faire participer tout le monde à sa joie ! J'invite l'univers aux noces secrètes de mon âme, en attendant que les noces offiddles soient scmnées. Je ne savais pas rougir autreiois ; on prétendait que j'étais bardie comme un page, if parait maintenant que je rou* gis au moindre mot. Si j'allais devenir timide !
« Tu sais que je n'étais pas très-pieuse ; je passais même pour le contraire. Nos aumôniers étaient si laids, et j*aimais si peu Simuii, que tout ce qui me rappelait Téglise ou la soutane me mettait eu fureur, c'est-à-dire en gaieté. Eh bien! ma chère, je te le dis tout bas, je sens que je deviens bigote. J'ai des superstitions ; je fais des vœux pour que mon mariage réussisse, et, tout en me moquant de Simon, je lui dérobe de petites médailles, que je porte secrètement à n on cou. Quclquetois, au beau milieu d'un salon, pendant qu'on débite autour de moi toutes sortes de fadaises, je me surprends à joindre les mains dans un mouvement de ferveur, et à murmurer, des lèvres, des bouts de prière.
« Ah î ma chère amie, quand on ne sait comment corriger, comment adoucir un caractère indompté, on de- | mit lui suggérer Tamour. C'est une pasâon qui tient
lieu (le vertu. Je deviens donc la plus vertueuse des créatures. Tu comprends, dès lors, ma toute belle, que j ai besoin d*édifier, par mes exemples, ce Paris corruuipu, et (4ue je ue puis pas aller passer avec loi les quelques jours que je t'avais pnmiis.
• Excuse-moi dOTC, envie-moi, re^rrette-moi, el sache te rendre digue, par radmiratiou, du bunlieur que j'épiouye, et qui peut Varrirer aussi... si tu le mérites.
« Je relis ma lettre, et je crains de te scandaliser. Tu étais un peu prude, et on nous a fait si souvent peur au couYent de l'amour et des hommes, que j'ai peut-être évoqué des loups-garous eu t'en pariant. Mais, va î rassure-toi! Quand l'heure n'est pas venue, le cœur est d'amiante pour les flammes des autres ; si les hommes sont de irrosses bèlos, ils ne sont pas frroces, et il est bien facile quand on a des yeux comme les tiens de^leur couper les griffes et de les empêcher de mordre.
«< Je te lienilrai au courant des péripéties de mon roman, ^ue je voudrais bien voir terminé par un dénoùment historique et enregistré. *
« Adieu, mignonne; tu viendras à I4 noce, n'est-ce pas?
« Ton amie, .
« SIMONB DË BRUVAL. »
On voit par cette lettre, mieux que nous n'aurions pu le montrer par un commentaire, Tinfluence do Tamour, même le moins poétique, sur l'âme loyale et indisciplinée • (le Simone. Poar ia première lois, elle comprenait la vie ; et le rêve qui égare le plus les imaginations de vingt ans, la ramenait, au contraire, dans le chemin pratique,
ICK) uisToiuE d'une mère
dans la réalilr. Ci'Cdnir énorfiique et mal réprié trouvait presque daoâ 8011 épauouissemeat la mesure, Tordre, rapaisement que Véducatioo n'avait pas su lui donner. Son amour était sou prcmior accès de sensibilité véritable. La tendresse inquiète et hésitante de la baronne était faite pour rai^rrir, pour la troubler; et Tinfluence ironique du baron s'était surtout appliquée à dessécher, à flétrir ce cœur, bon par instinct. L'amour pouvait la sauver, s*il ne la perdait pas ; il ne devait point passer impunément sur sa vie. Serait-il assez fort pour tenir jusqu'au bout la vanité en échec, et pour Tempécher de confondre jamais les triomphes du monde avec les triomphes de i âme ? G était là le seul péril qui parût a éviter.
L'amour de Simon le poussait vers une voie difTérentc. On eilt dit que ses instincts jaloux, haineux, trouvaient leur aliment naturel dans cette - passion qui lui brûlait les veines. Son désir s'au'zmenlail et s'irrilail en secret. Mais en présence de mademoiselle Girod, il éprouvait uu implacable embarras et n'osait rien laisser voir de ses sentiments. Alors, il fuyait avec des larmes de ra^e. M. Lombard, qui voyait cette torture, ne faisait rieu pour Tapaiser. n sentait trop que la verve et le fanatisme de son élève emprunlaieut quelque ciiose à ce désappointement de chaque jour. Toutes les fois que Simon essayait une plainte devant lui, l'académicien lui disait :
— Patience 1 triomphons ! et le jour de la victoire vous aurez par surcroit ce bonheur qu'on vous refuserait aujourd'hui.
Mais Simou n'était pas dupe de cette promesse. Il comprenait que sa passion était fort indifférente à M. Lombard ; tout en feignant de croire à celui-ci, il uourrissail
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Tespérauce de trouver une occaskNi d'engager seul la lutte; il 8'appliquail à acquérir dans son journal et en
dehors de son journal assez d luiluence pour se venger de M. Lombard et le contraindre à Taider aut)e8oin.
Simon n'avait pas d'amis. Depuis qu'il se sentait un amour fatal dans le cœur, il u osait le confesser à l'ablie Lemerle ; il avait peur .que la Congrégation ne lui disputât ce sentiment profane. On lui permettait l'ambition, on ne lui permettrait pas l'auiour. Si aniouj'eux qu'il fût, il n'était pas bomme à entrer en rébellion contre Tabbé. Lemerle et contre rin visible et ton te- puissante société qui l'avait choisi et armé pour la bataille ; il aima mieux dissimuler, liais rbypocrisie, qui lui était pourtant si familière, lui devenait pénible quand clic servait à cacher un sentiment ({u'il eût voulu dévoiler, montrer à tous comme un défi, comme une ménace. Il trouvait donc encore, dans l'obligation de se taire, un surcroît de i'erment pour sa colère et pour scn dépit. Toutefois, le besoin des confidences l'amena à rédiger une sorte de joui nal secret de ses impressions. Depuis qu'il devenait un 'éoivain, la plume lui tenait lieu d'anû. Tous les soirs, retiré dans sa chambre, pendant que madame de Bruval priait ou pleurait, que Simone souriait en écrivant à M. Yalentin Girod, Simon prenait dans un tiroir dont il portait toujours la clef sur lui un manuscrit rempli de ses impressions, et se hâtait d'y enfouir le cri de fureur, la plainte, Tangoisse qu'il rapportait des salons où l'insensible mademoiselle Girod se faisait admirer. Quelquefois ses opiuious vraies, sincères, sur les hommes et sur les choses, entrecoupaient ces expansions fébriles, ^ous ne songeons point à allonger ce récit par des em-
152 aiSTOiBB dHjnb uèmb
prunts nombreuiL au journal intime de Simon, n nous sera nécessaire pourtant d'y recourir pour éclairer facilement quelques points- obscurs de cette étude et pour éviter les dissertations psydioiogiques qu'un aveu, recueilli, surprix à propos, pinil avaulaixeusement remplacer. Voici donc quelques extraits de ce jouruaL. Isous prenons dans toutes les pages et nous y puiserons toutes les ibis que les néeessitOs de clarté et de précision nous en feront un devoir.
Fragments duioumai intime de Simon.
« ... A quoi bon écrire mes impressions! L'homme vraiment fort est celui qui ne laisse pas surprendre son secret. Confier au papier les mouvements de sa pensée, c'est créer des ténu)ins, des accusateurs, peut-être, bêlas ! aussi des défenseurs !
«... Fburquoi &uis-]e né? pour souiTrir, pour envier? | A qui suis-je donc redevable de cette existence tour- '
mentée qui m'oppresse? Est-ce loi pauvre femme, si ^ faible, si soumise, si meurtrie, qui es ma mère? Est-ce toi qui as conçu dans la honte cet enfant qui traverse h vie, inquiet et sombre comme un remords? Mon père est-il cet iiomme de grand esprit et de grande ambitioa i qu'on admire et que je méprise, qui se sert de moi et qui veut se servir de Simone? ou bien le baron de liruval,
ce soldat sans ôdées, était-ii bien mon père? je serais
alors le fils d'un hasard ; ma mère serait peut-être une vivandiiTe de la *rraiule arimc. Que m'importe après tout ! ai-je besoin de savoir d'où je viens? le passé, la filmille onl-ils besoin d'exiï^ler? Je eors de la nuit, je vais à la lumière; malheur à qui me barrerait la route ! « Mais la lumière, quelle est-elle? Ah ! misérable am-
l'iiieiix, lu veux duinliiei' les bunnnes et lu ne sais ([ue ramper; tu veux soumettre les pj&ssious des autres, et tu ne sais pas étonCTer dans ton làcbe cœur cette passion, cet amour, ce caprice, te péché iiideux qui ta provoqué un jour i...
• Est-ce de l'amour ou de la haine que j'ai pour cette jeune liiie? aimerais-je mieux la posséder que Tauéantir? je s^s qu*elle est un obstacle, une chute, une honte
dans ma vie: je voudrais qu'elle ne fût pas, et pourtant je ue respire que quaud je la vois; je ue trouvc^e clarté dans le ciel que quand die me sourit...
« Je me demandais pourquoi j'étais pris de cette vanité puérile et dangereuse d'écrire mes impressions, de tenir
un journal de nies eonibals intérieurs? Mais, fou ipie je suis 1 c'est cet amour damué qui me conseille, qui me pousse, qui crispe mes doigts autour de la plume, qui m'attire vers Tenere, roninie vers le bénitier de l'exordsme. J'ai besoin de parler d'elle, d'écrire son nom. Il me semble qu'elle se fait visible alors, et si je mets les lèvres sur ce mot que j'écris, il me semble que j'euteuds frissonner les lettres comme deux lèvres qui me comprennent... — Sophie! Sophie! Sophie!...
« ... J ai le vertige et des éblouissemeuts qui me fou-
diment qaand je pense trop i cette jeune fille. Imbédle
et plat aiiioiireiix ! pourquoi ne lui dirais-je pas que je l'aime? Au lieu de creuser mcm Irouet décrier au papier qne j'ai des ordUes d*àne, pourqud ne pas lui dire de la voix la plus douce , la plus persuasive que je pourrais prendre, du regard le plus attendri, avec, la prière la plus ardente et la plus humble, que je l*dme, que je Tadoret que je donnerais tout pour toudier sa main ? Est-ce que si je me débarrassais de ces façons confuses, est-ce que si j'avais Taudace de marcher, de parler, de me camper, comme ce petit fat de Valeutiu Girod, ]e ne le vaudrais pas, et je ne mériterais pas un regard, un sourire d'une femme ? mais je n'oserais jamais. J'ai horreur de ces fadaises, de ces phrases mondaines qui peindraient mal ce que j'éprouve. Je n'aurais rien à lui dire, je n'aurais qu'à la regarder, qu a lui tendre les bras, qu a remporter avec moi 1...
« ... Vmlà pourquoi je souflBre, voflà pourquoi je me
ronge en secret, voilà pourquoi je prends sur mes nuits pour raconter à cette ieuilLe de papier, moins blême que moi, les angoisses et les fureurs d'un sentiment quil fout deviner en moi, mais que je n'avouerai jamais à celle qui rinspire !...
« ... M. Lombard et Simone savent mon secret. Le premier en rit, la seconde n'en rit plus ; mais aucun des * deux ne veut me servir. Je ne suis pourtant pas indigne d'elle ! n'ai-je pas la jeunesse comme elle? suis-je donc un monstre ? et les élans de mon cœur sont-ils donc inférieurs à ces rêves de romance qu'elle raconte en vers?...
• Je n'ose plus me confesser. L'abbé Lemerle me par-
lerait de m'immolcr, il me coudamaerait encore à ces lectures, à ces méditations dont j'ai horreur... Prier ! j'y
pense bien ! esl-ce qu'il y a sous le ciel quelqu'un qui mérite une prière, si ce n'est elle? est-ce que Dieu est digne de plus d'hommages ? Dieu, quel mot 1 quelle Cormule ! M. Lombard lenlend à sa façon, Simoue à la sienne... Mais est-ce que Dieu n'est pas la jeunesse, la beauté, Tamour ? n'est-ce pas lui qui met ce feu dans mes veines et qui m envoie ces tortures? il est le tentateur, il est le plaisir, il est rassouvissement 1
« Je blasphème ! j'ai de l'ambition, et je ne sais pas étouffer ces vapeurs des voluptés terrestres qui m'étourdissent le cerveau l
« En vérité, le monde est un enfer ridicule !... mais combien il est facile d'y surprendre l'estime, i cton ne- • ment de ces pantins à téte de bois creux qu'on appelle
les hommes !
« Je ne sais rien, je ne veux rien de précis ; je n'ai ni expérience, ni idée préconçue ; je marche à tâtons dans
ma l oute ; mais parce qu'il y a ([uelques éclairs au bout de ma plume lorsque j'écris, parce que je trompe ma fièvre par quelques articles de journal, on crierait volontiers au prodige, et il y a des gens qui se reposent sur moi (le la fatigue d'avoir une opinion et des principes* Les niais!
V Ils ne voient pas que mon enthousiasme pour la bonne cause, que ma haine du ministère, que mon zèle pour l'Église, que mon culte Uttéraire, que tout ce que j'aime et tout ce que je hais, c'est l'expansion au dehors de cette colère, de cette rage, de cette passion, de cet amour.