‹ Histoire d'une mère et de ses enfants. Madame GottliebChapitre 4 sur 9 · RI8T0IBB Ji*mÈ UÈBM · texte numérisé non relu

RI8T0IBB Ji*mÈ UÈBM

1 Ah ! s'il était aussi facile d^avoir mismi dê cette bdle

et imposante jeuin' lille que de tous ces houiuics vaniteux et intrigants ! Mais qn'est-ce que le génie, la diplomatie, toutes les puissances terrestres, près du cliamie upimàtie de ces deux grands yeux 1 Je briserais tout, je renverserais le trône, je pulvériserais Tautel si je voulais : je ne pourrai peut-être jamais obtenir qu'elle entr'ouvre ses lèvres pour me dixe : Je t'aime l...

« On parle d'une combinaison ministérielle qui ferait aiTiver Lombard au pouvoir, ^'ous combattons daus le journal pour ce résultat métveilleux. Je serais alors secrélaire griiéral, chef du cal)iueL.. Mais, d'autre part, la Congrégation n'a pas une confiance absolue diins ce nouveau converti. On lui demande des gages: J'ai été interrogé; il m'a Lieu fallu avouer que M. Loniliard ne pratique pas beaucoup. On m'a questionné pour savoir si je l'abandonnerais : le puis-je ? le journal n'est pas encore assez solide pour se i)asser de son iuiluence. Je ne crois pas, d'autre part, qu*il soit très-sensible à la menace que je lui ai faite un jour de dire tout haut ce que je l)ens(» tout bas des liens mystérieux qui nous unissent. J'ai besoin de lui... A moins d'y être contraint par ceux qui ont autorité sur ma conscience, je ne le trahirai pas...

« J'ai demandé à Simone si elle avait parlé de moi à

son amie : elle m'a avoué que non, ou plutôt elle m'a fait entendre que je. n'avais rien à espérer. Rien? J'espcre tout, au contraire, n est impossible que Dieu ne fléchisse pas ce cœur ! A (jiioi servirait donc la foi, si elle ue devait pas être récompensée?

« Valentin Girod m'accable de son amitié. Ce pauvre

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frarçon n'est pas béte, mats il est sot. n a tout juste assez

d'esprit pour être charmaut; il n'en a point assez pour ne pas devenir fade et insupportable à la longue. U me chante les louanges de Simone. S'il ne ménageait ma modestie fraternelle, il ne mettrait pas de bornes à ses conGdences, à ses hpyerboles. Ce bonheur plat et partagé m'irrite. Oh, nonî l'amour que je rossons u'ost pus soniblable à celte passion douce qui les béatiiie et qui les transporte au septième ciel. Simone, jusqu'ici impérieuse, violente, sans pitié et sans pudour, (lovioiit soniniso, paisible, pieuse et pudique. Elle trouve Tapaisemeut et la perfection dans ce péché d'intention qui m'irrite, me trouble, me rond j)arjnro à ma foi ot mo corrompt. D'où vient donc que Tamour qui me tue la luit vivre ? Est-ce seulement parce que le sien est partagé, ot ({iio le mien, honteux et furtif, doit se consumer dans Tumbro? Non ; car je sens que si cette belle et i|iiplacable jeune lille consentait à m'aimer, mon cœur se gonflerait do plus de passion et de plus de colère encore; je délierais le monde et je me vengerais de mes tortures passées.

« ... Décidément, je suis une dupe. Je sers de marchepied à M. Lombard et de complice à Simone. La baronne de Bru val ne sait rien. Il me prend des fantaisies de bouleverser tout ce bonheur que je faciUte et dans lequel on ne me fait pas ma part.

« Si, dans huit jours, Simone iTa pas usé de toute son amitié auprès de son amie, je cesserai d'être engagé par le pacte fraternel que nous avons conclu. Je me délierai de mon sormont, et je leur prouverai ([u'ils ont tort, ces charmants égdlstes, de trop compter sur moi, de ne pas compter assez avec moi.

188 HISTOIRE d'une MKiiE

« J*ai encore eu aujourd'hui uno lonjîue conférence avec M. Louibard. Cet homme veut me jouer. Je lui ai demandé quelques avances de bonheur ou d'ambition sur la destinée qu'il me promet, il m'a encore parlé de l'avenir. J'en ai peur, de l'uvenir. Je veux des joies présentes. Depuis que j'ai perdu Tenthousiasme pour les seules âtveurs du ciel, depuis que la tentation a pris une grande part daus ma vie, j'ai une impatience de désirs, un âpre besoin de satisfaire cette foim, cette soif, cette colère de mon cœur qui ne me permet pas d*attendre. Malheur à eux, si je ne puis parvenir à me faire aimer 1 Je les empêcherai tous d'être heureux et d'atteindre àleur réve L..

« Je n'aurais que bien peu de mots à dire pour ftiire vaciller i'aml)ition de M. Loml)ard et chanceler le bonheur de Simone !

« C'est décidément dans huit jours que Simone est présentée au château. Ah ! si cette sotte lille pouvait me comprendre !... Elle ne se doute guère qu'elle a un ministère dans le pan de sa robe et que le Mm a besmn de son sourire!...

« Quelle comédie ! il me prend des envies de la siffler d'avance. »

Les divers firagments qui précèdent nous permettent

de pénétrer les sentiments, les luttes, les agitations dont le cœur de Simon est le loyer. Nous ne cherchons pas l'antithèse ni la symétrie dans le développem^t des caractères ; mais, en prenant ceux-ci comme la passion les transforme, nous voyons Simone monter peu à peu vers des régions plus pures, à mesure, au contraire, que Simon devient sombre, farouche et sent l'enfer au foncl de son cœur.

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ET DE g£S EKFAKTS 159 • -

Au milieu de ces rOvcs, de ces lièvres, la baronne de firuval, qui avait commeacé par espérer, par attendre la lumière, se sentait plus seule et plus abandonnée que jamais. Ses doutes s'étaient fortifiés par les renseignements contradictoires de M. liOmbard. Où était son en* tant ? Simone, il est vrai, s'était sensiblement adoucie pour elle; mais la folle jeune fille se sentait attirée vers le monde. Sa l)eauté, les hommages qu'elle recueillait, le complot dont elle était Tinstrument à son insu, tout contribuait à lui montrer des visages souriants, parmi lesquels le visage de Valentin avait le plus beau sourire. . Toujours en féte, en visite, officiellement patronée par madame de Brignolles, Simone voyait à i)eine la baronne de Bruval, qui renonçait à la suivre dans son tourbillon. Une courte visite le matin avant la promenade, le soir un seul baiser, un peu plus attendri qu'autrefois il est vrai, c'étaient là tous les rapports entre la mère et la fille. Quant à Simon, on ne le voyait plus. Son journal, ses conférences avec les hommes politiqnes étaient les raisons de son absence. 11 ne consentait à rester à la maisou que quand il pouvait espérer y voir la belle Sophie Girod.

Antoniue soulïrait de cette sobtude.

— U m'a pris mes enflants, il ne m'en donne aucun, disait la pauvre martyre, à propos de H. Lombard.

Celui-ci paraissait, en effet, devenu un centre d'attracioû. Simon et Simone, introduits par lui, flattés par lui, le recherchaient sans l'aimer, ét le mystère dont souffrait la baronne paraissait se compliquer, au lieu de s éclaircir.

L'abbé Marcellin se repentait de la démarche qu'il avait conseillée ; mais son âme était trop fortement trempée |)onr qu'il se résignât à déplorer en secret et en silence les douleurs de son amie, de sa pénitente.

HISTOIBE D UNB MÀRS

— l^uisque j'ai lait le mal, se disait avec une compcHictioa touchaale le saint bomme, c'est à moi de le léparer.

Il s'alarmait de Tesprit d emancipaliou que la présence • de M. Lombard avait apporté daos la maison de la rue Taramie. Les gaietés de Simone, les allures de Sroon lui faisaient pressentir des intriiîues qu'il résolut de pénétrer. Pour la première fois de sa vie, il écouta les chucliotte* ments de sacristie ; quelque répugnance que son noUe cœur éprouvât à descendre dans les hontes des manœuvres coûgréganistes, il parut complaisant pour des petitesses qui l'initièrent ; il lût et chercha à comprendre le journal auquel collaborait Simon ; il se raj)proclia de rabi)é Lemerle, dont il se savait bai, et il espionna saintement, au profit de la pauvre baronne.

Pour tout esprit familier avec l'ambition humaine, la découverte de la vérité, c'est-à-dire des projets de M. Lombard relativement à Simon et à Simone, n'était pas une œuvre bien difficile. Mais nous avons fait entendre que l'abbé Marcelliu marchait davantage dans le bleu du ciel que dans les boues de la terre. 11 fut lent à deviner, mais il devina. Il entendit faire des vœux pour que le roi fût sensiblt; à la beauté de mademoiselle Simone^ les bruits de changement ministériel coïncidant avec les manœuvres donrM. Lombard était le centre et le pivot, lui apprirent tout. On parlait aus>i dans le monde de réirange et mystérieux testament de M. Quincy deBruval, de la facilité probable avec laquelle ces dispositions, encore inconnues, seraient réformées. L'abbé eut peur des mécomptes terribles que tous ces calculs ménageaient à son amie, et il résolut de lutter. *

Mais comment? sans force, sans âioyea d'action, à qui

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devait-il s'adresser ? Dire toat à la baronne, c'étsiit écraser inutilement ce pauvre cœur déjà si meurtri ! Falhiit il tâcher d'émouvoir Simon ? espoir chimérique ! Prévenir Simone, c'était peut-être, au lieu de la sauver, achever de la corrompre, si son esprit était perverti par la vanité et l'ambition. U fallait heurter de iront M. Lombard. En conséquence, l'abbé Harcellin se présenta chei racadémicien.-

Ce dernier soupçonua le but de la visite. 11 reçut le vicaire avec une bienveillance discrète et un peu hautaine, et il se félicita de l'heureuse circonstance qui le rapprochait d'un homme si recommandabie et si rarement entrevu:

L'abbé Marcellin ne fut troublé ni par le compliment ni par l'accent avec lequel il fut débite.

— Monsieur, répondit-il gravement, je ne sais si j'ai besoin de m'excuser d'une démarche que je considère comme un double devoir, et que j'accompUb comme chrétien, comme ami de madame de firuval.

— Ah ! monsieur Pabbé , interrompit gracieusement iM. Lombard, ne justiliez d'aucun titre pour venir me voir et pour me parler ; le respect que j'ai pour votre caractère, l'estime que j'ai pour votre personne, me rendent d'avance docile à tout ce que vous pouvez me demander.

L'abbé Marcellin sourit ikiblement. Malgré sa candeur,

il comprenait que cette courtoisie dissinnilait la ferme volonté de i'éconduhre, et que M. Lombard promettait trop dé l'entendre pour n'être pas disposé à ne point l'écouter.

— Je vous écoute, continua l'académicien en préseutant un fauteuil au vicaire et en s'asseyant lui-même.

— Monsieur, reprit l'abbé Marcellin, vous n'ignorez pas

que c'est sur mon conseil, sur mou injoucUon paternelle qae madame de Bruval a eoUicitô de tous une entrevue qui devait lui être bien pénible. J'avais pensé que vous pouviez être d'mi grand secours à celte mère malheureuse et impuissante à diriger ses deux oiiliants. J'attends de votre loyauté quelques explications pour savoir si je dois me repentir de mon conseil et le mettre au nombre des fautes dont je demande le. plus vivement pardon à Dieu.

— Je ne sais, monsieur l'abbé, répliqua M. Lombard d'un ton légèrement ironique, à quelles conditions vous prétendiez me voir exercer la tutdie que madame de Bruval m'a remise. Je regrette de n'avoir pas reçu à cet égard vos instructions, je veux dire vos conseils.

— Mes conseils, monsieur, euœmt été bi^ simples. Faites, vous aurais-je dit, que ces enfants soient dignes de leur mère ; faites que cette pauvre martyre n ait pas à rougir plus tard de celui des deux qu'elle devra presser sur son cœur.

— C'est-à-dire, répondit Tacadémicien, qu'on m*a pris pour déchiUrer une énigme, et que je dois démêler un secret que la voix du sang n'a pas encore livré, le vous dirai, monsieur Tabbè, que je me suis très-scrupuleusement occupé du problème, et que le doute est plus violât que jamais. Quant à ces enfants, qui doivent être orphelins (et le prudent M. Lombard appuya sur ce mot)> quant à ces deux jeunes gens qui n'auront jamais de père, je me suis efforcé de leur créer des relations, et de les présenter dans un monde où ils pussent trouver un jour un appui solide, une protection certaine.

Je sais, dit l'abbé en regardant l'académicien avec tristesse, que vous avez ajouté Tambition à leurs défauts; je sais que M. Simon embrasse une carrière qui n'adou-

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