‹ Histoire d'une mère et de ses enfants. Madame GottliebChapitre 6 sur 9 · L-'iyiliiiOO by · texte numérisé non relu

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avaient rinnocence de la vertu. Quand il fut devant la porte de madame de Bruval, il se trouva aussi dépourm

qu eu sortant de chez M. Lombard.

— Bah! murmura-t-il avec un sourire de résolution gaie et vaillante, en agitant la sonnette, le bon Dieu m'iuspirera ; cela vautjbicn les inspiiations du diaUe.

Et le saint homme en Ira chez la baronne en fredonnant lin verset du psaume : c'était sa « Marseillaise ».

Madame de Bruval était au salon avec Simone. Elles examinaient ])r(''eisémciit ensemble une rohe ma^^nilique, commandée pour la cérémonie de la présentation. La jeune flile s'extasiait avec un abandon sans arrière-pensée, quand elle songeait que cette jupe splendide traînerait sur ses talons, que ses épaules s'épanouiraient, dans ce corsage, que cette ceinture élégante mesurerait sa taille ; elle sautait de joie et était presque tentée d'embrasser la robe. M. Marcellin sentit que le combat serait violent. L'étoffe était un adversaire. Toutefois, décidé à tout et se jetant à corps perdu dans la bataille, il salua avec un sourire si complètement épanoui, que la baronne, peu habituée à cette belle humeur, courut à lui, en tendant les deux mains, comme pour recevoir un présent.

— Monsieur Pabbé,lui dit-elle, vous nous apportes une

bonne nouvelle; parlez vite !

— Oh! répondit M. Marcellin, qui profita finement de Toccasion, je n*ai pas besoin d*apporter de la joie, j'en

trouve assez.

— Ne redoutez pas l'abondance, dit avec un accent mélancolique la pauvre baronne, et ne craignez pas de nous rendre trop iieui'eux!

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— C'est que je n apporte aucune nouvelle, répondit Tabbé qui voulait faire le rusé et l'ii-ouiquc. Je savais qu'on était ici en grande gaieté,*je me suis mis d'avance à l'unisson, Tollè tout!

Il est imposiiible de décrire le ton inoilensif avec lequel fut débité ce petit sarcasme que M. Marcellin cru fort méchant.

La barouuo, étouuce et désap])oiiitéc, poussa uu soupir ;.quant à Simone, qui avait à peine fait une révérence au vicaire et qui s'était remise à àdorer sa robe, elle regarda rabl)é avec des. yeux êliiicelants d'orgueil et les lèvres frémissantes d'un sourire triomphant.

— Est-ce que vous nous blâmez? demanda-t-elle.

— De quoi vous blàmerais-je? répliqua M. Marcellin, qui était enchanté du tour de la conversation. Les belles Tobcs ne sont jamais trop belles pour parer les anges!

Simone contempla d'au air effaré Tabbé pour bien s'assurer que c'était lui qui parlait, et, se retournant vers la baronne:

— Maman, dit-elle, voilà M. Marcelliu qui me débite des galanteries... angéliques.

— Pourquoi pas, mademoiselle? riposta le saint homme qui tâchait de grimacer un sourire profane. Pensez- vous qu'il serait plus à propos d'entamer un sermon devant

ces brillants préparatifs?

— Tenez, monsieur l'abbé, vous en voulez à ma robe, dit Simone en riant, vous machinez quelque anathéme. Allons, parlez, tonnez, je suis brave, et je suis entêtée.

— Oh ! je me garderais bien de lancer i'aualbème contre une si belle étoSé, répondit M. Marcellin en continuant sou badinage, elle est innocente, et elle lïd pas de mauvais desseins i

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— J'entends, reprit Simcme avec un rire qui fit vibrer ses belles dents, c'est moi la coupable!

— Vous, coupable l s'écria Tabbé en protestant avec sincérité, et sans plaisanter cette fois. Non, mademoiselie ;

victime! peut-être. '

— Abl mon Dieu, cette robe aurait-elle des 'poisons, des philtres?

— Que voulez-vous dire, monsieur? demanda avec inquiétude la baronne, qui étudiait, depuis son arrivée, Taccent persifleur de son vieil amî.

L'uijbé garda un instant le silence ; il se demandait, avec un yéritable battement de cœur, s'il devait dire lout ce qu'il savait, tout ce qu'il soupçonnait. L'instant était décisif. Ces petits propos étaient le cliquetis de la bataille, fallait-il escsËrmoucber encbre ou attaquer de front 2

— Bah! en avant! et Dieu me soit en aide! se dit mentalement le saint homme, qui reprit avec une dignité toute paternelle :

— Mademoiselle Simone, vous êtes Tu re i't])rave ; si je vous demandais une grande preuve de courage qui lût eu même temps une action agréable à Dieu, me la donneriez-vous? •

— Monsieur Tabbé, s'il n'y a pas de piège sous vos paroles, je vous réponds, oui !

— EIi bien, donnez-moi cette robe!

— Voyez- vous, le traître 1 s'écria la jeune Me. Qu'en feriez-vous de ma belle robe, monsieur l'abbé ? une cha- • subie? une bannière?

— Mon, mademoiselle, je la suspendrais derrière Tautel de la Vierge, comme font les marins qui ont échappé à un naufrage.

Quelle tempête me menace?

RitTaiBx n*mm mèbb

Ce n'est pas la tempête que je redoute pour tous ; vous avez dans l aiue quelque chose d'iiéruiiiiie qui uiéprise le danger violent, apparent ; mais, à votre âge, mon enfant, il y a des périls secrets, des dangers masqués par uu plaisir. Eu uu mot, je vous le demande avec l'autorité d'un ami qui ne s'est jamais senti mieux inspiré, n'allez pas à la cour !

La baruuue avait liàli et reirardait l'abbé avec terreur. Pour que M. Marcellin se prononçât avec cette décision, après avoir fait un violent effort sur lui-même en affectant une gaieté si étrangère à ses hal)iludes, il fallait qu'il y eût un péril réel, pressant. Uuel était-il ? qui l'avait révélé ? Elle n'osa interroger et s'assit muette et tremblante.

— Gomment, monsieur Marcellin, disait Simone avec un ton charmant de reproche, vous, un homme d'expérience, Youî^, un sage, vous en êtes encore à ces i)réjugés sur la cour ? Mais c'est un endroit fort honnête i On y Êût

son salut tout comme ailleurs. Ne craignes rien, monsieur l'abbé, et laissez-moi ma robe.

— Mademoiselle, je ne parle pas de dangers imaginaires. Je n'ai pas l'esprit lugubre, j'ai vu trop de choses

terribles pour ci'la. Je parle de dangers certains.

— Expliquez- vous alors. Quel danger me menace?

— Et si je ne pouvais pas m'expliquer, dit l'abbé en secouant tristement la tête.

— Vous voulez que je m'immole de confiance. Ëh bien, non ! Je sais ce que je suis, je sais ce que je veux, je ne crains pas la cour, et, pour quelques co(juelteries, je ue serai pas perdue.

— Mais s'il suffisait de votre présentation seule pour qu'un scandale eût lieu ?

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