‹ Histoire d'une mère et de ses enfants. Madame GottliebChapitre 7 sur 9 · L-'iyiliiiOO by · texte numérisé non relu

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— Que Yonles-TOUB dire? Je ne comprends pas. Et Si-

mouc, naïvement élouuée, ouvrait de grands yeux.

— Âh I ne me comprenez pas, car vous étQs,dans votre brusquerie, pleine d'innocence ; et je ne tous fais pas l'injure, mon enfant, de vous accuser ni de vous soupçonner ; mais Tambition humaine a des ressources de perversité si étranges ; mais il faut souvent à la politique de si siiiifuUers, de si eflroyables moyens pour arriver à son but. Ou fait des calculs odieux sur la frivolité, sur la vanité d'une jeune fille. On croit qu'elle se laissera prendre aux étincelles des diamants, comme les alouettes au mirœr. Présenter à la cour la sœur d un journaliste!...

— Ml! si mon frère est pour quelque chose dans ma présentation, dit Simone, en intmx)mpant avec violence, vous avez raison, monsieur Tabljé, il doit s'y trouver ' quelque chose de funeste et de honteux.

— Je ne dis pas cela, mademoiselle, murmura M. Harcellin, dont le cœur palpitait d't siH'iaiice ; M. Simon luiniênie est un jeune homme mexpérimenté ; il ne sait pas les périls auxquels vous êtes exposée ; il obéit, comme vous obéissez.

— Je comprends tout, s'écria la baronne, à laquelle peut-être quelques soupçons étaient déjà venus et qui se défiait de la parole de M. Lombard. Mon enfant, écoutez M. MarcelUn, il vient vous sauver, je vous en prie, je vous en conjure, renoncez à cette idée.

— Je suis donc la seule à no pas comprendre, dit Simone avec fermeté, ou plutôt, monsieur Tabbé, et vous, madame, sacbez-le, je ne veux pas comprendre. J'irai à la cour et j'en reviendrai digue du respect des honnêtes gens.

ainoxRB d'uns uèbm

» Il vaudrait luieux ue pas y aller, mou euiaut, insinua doucement Tabbé Harcellin.

— Mais je ne puis pas reriiUM-, répliqua Simone résolùmeut. J'ai promis ; tout le monde connaît mon violent désir à cet égard.

— Eh bien ! ma fille, demanda avec liésitaliou madame de Bruval, si je vous le défendais... ou plutôt si j'avais l'air de vous le défendre?

— On ne croirait pas h celte défense, madame. Les étrangers ont des droits sur moi, je m'en rapporte aux protecteurs que tous m'avez choisis ; d'ailleurs, ajouta la rieuse enl'anl, ci'tic robe doit bien m'aller, je serai belle. Je ne veux pas manquer d'égards à la couturière du château. Rassurez -vous, monsieur Tabbé; quel qu'il soil, le saiitr (|ue j'ai dans les veines me préservera toujours d'une infamie. Vous avez bien fait de .me signaler un danger. Je veux le voir et lui faire honte. Je vous

donnerai ma robe pour faire une bannière, mais après le triomphe.

La baronne jeta un regard d'angoisse à Tabbé Marcellin ; elle s'alarmait de ropiniàlrclè de iSimone. Le prêtre se sentait vaincu.

— Ge n'est pas à vous, mademoiselle, que Dieu reprochera le scandale, dit-il avec gravilé ; mais souvenezvous un jour que nous vous aurons avertie, si vous vous sentez jugée sévèrement, si ce monde qui vous flatte, qui vous pousse, qui vous perd anjourd luii, vous abandonne et vous déchire ; si la calomuie, s'eu louant aux prétextes que vous aurez volontahrcment fournis, vous prive de toute amitié iioiiorable.

— Ah! mon Dieu, répondit en riant mademoiselle de Bruval, est-ce que je deviendrais laide et mécliaute à la cour?

— Pauvre enfant! reprit l'abbé avec une commisération paternelle, tous que j'aurais voulu voir un jour sainte et chaste épouse, aimant mieux votre mère en

acceptant des devoii's nouveaux, lière d'une union glorieuse...

— Est-ce que vous me condamnez au célibat? demanda

Simone, qui se sentait toute remuée par la pensée de son amour.

L'abbé garda le silence ; la baronne joignit les mains

et se mit à prier Dieu.

— Répondez, monsieur, est-ce que sérieusement il y aurait danger pour moi de ne pas trouver de mari ?

— Oh! des maris, on en trouve toujours, dit M. Marcellin avec une ironie qui ne lui était pas habituelle.

Simone fronça ses beaux sourcils et vint se poser devant le vicaire : •

— Si j'aimais quelqu'un, croyez-vous donc que celui-là m'estimerait assez peu pour douter de moi?

— Si vous aimiez, mon enfant, il serait de votre devoir de fiancée entretienne do ne pas exposer celui dont le nom. deviendrait le vôtre à vous défendre contre la mali- ^ité humaine. Si vous aimiez, vous ne seriez plus hbre de braver Topiniou.

L'abbé Marcellin sentait confusément qu'il y avait plus que de la curiosité dans ces questious de Simone, et que

le basard allait le servir.

Simone pâlit, puis rougit; elle bjdssa la téte, réilécbit

un peu et rej^arda U; i)rètre avec une expression de douceur et de soumission qu'on ne lui aVait jamais vue.

— Eh bien! mon père, lui dit-elle en tremblant, j*aime et je suis aimée !

HlfTOIBB D'UNB liàBB

— Ob mon Dieu! 8*écria la baraonequi se leva épou-

vanlée, est-ce un nouveau malheur?

— Non, mailanu', c'est le salut, répondit l'abbé MarceUiu qui lisait dans les yeux de la jeuue fiUe et qm voyait resplendir Pamour dans toute sa force juvénile, dans toute sa pureté.

— Oui, madame, oui,^ ma màre, dit Simone dont les beaux yeux s'empUrent de larmes, monsieur Vabbé dit vrai; si quelque chose peut répondre de moi, c'est cet amour que vous ignoriez, mais dont je n'ai pas à rougir. TaimeM. Valentin Girod, j'en suis aimée ; je me plaisais au mystère de notre petit romau,le voila liai. Quand vous le voudrez, ma mère, il me demandera en mariage.

— Quoi qu'il arrive, Simone, dit la pauvre baronne en lui ouvrant les bras, je ne te renierai jamais, tu es bien ma Me par le cœur, par la taidresse.

— Dieu permettra que je ne le sois pas parle malheur, n'est-ce pas ma mère ? dit Simone, en présentant humblement son front à madame de Bruval.

L'abbé Marcellin triomphait. Ce dénoùmenl inattendu, ce succès i'acile, dù à Texplosion d'un seuliuieut auquel il n*eût peut-être pas osé recourir, humiliait son éloquence, déjouait tout le machiavélisme de ses pauvres petites roueries, niais lui emplissait lexœur de joie et d*espérance. 11 faisait plus qu'éloigner un péril, il était envoie de conquérir une [iiiu\ Aussi, bénissant des yeux et de la main ce grou])e de la mère et de la fille ;

— Mon Dieu, dit-il à voix haute, je vous rends grâce! Dieu d'amour, c'est souvent par l'amour terrestre que vous maniieste^^ votre puissance 1 Qui m'eût dit que je trouverais un auxiliaire dans la passion qui ne sert ordinairement que la vauilé ?

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— Vous croyez donc avoir vaincu, dit Simone qui s'était agenouiUée deyant madame de Bniyal et qui se tourna à

demi en le regardant avec un sonrire.

— Oli I mon eniant, dit rat)t)éMarceIlin, vous avez déjS infligé un assez rude échec à mon éloquence, ne fiiites pas encore tort à la voix de votre cœur.

— Oui, je suis vaincue, reprit la jeune fille en se releyant; c'est l'égolsme qui a triomphé de mon orgueil, j'ai eu peur de n'être pas un jour la femme de M. Yalentin, voilà tout. Je me suis sentie faible, tremblante, quand j'ai mis en regard )a gloriole de traîner mes falbalas à la cour avec la possibilité d'être méprisée par M. Valenlin. liais la cour ! Je n'y allais que pour lui 1 s'il veut que j'y sois présentée, il m'y présentera lui-même, n'est-ce pas, monsieur l'abbé? Cela vaudra mieux. Quaut à monsieur mm frère, quant aux autres, ils seront désappointés. J'étais donc destinée à servir de pincettes pour tirer les marrons? Les misérables ! Comme si j'avaisbesoin d'autre chose que de devenir sa femme. Car vous oonsentires, n'est-ce pas, ma mère?

— Quel changement ! disait la baronne ravie. Oui, va ! je consens à ton bonheur qui te rend belle et sainte. Les autres perdent leurs enfauls quand lamour les prend; moi, j'y gagne une Me.

— C'est dommage pour la robe, dit Simone en riant, elle ni'allait bien. Vous avez raison, monsieur l'abbé, cette étoile était prédestinée. Faites-en un ornement pour la Vierge!

— OIi! non pas, il faut la i^anler jiour la corbeille, reprit le bon abbé, qui n'avait plus d'ell'ort à faire pour se mêler à la gaieté de Simone. Vous serez bien bdle avec

CCS beaux atours, madame Girod !

UlgTOlRE d'une mère

— Je lie la suis i)as encore, monsieur l'abbé!

— Maiâ me racoateraa-tu comment cet amour, dont je ii*ose pas te gronder aujourdliai, a pris naissance? deinaiida la baronne, en a lliraul à elle Simuue, (Qu'elle baisa au front avec tendresse*

— Trte-volontiers, ma mère. Ecoutez, monsieur Pabbé, c'est une coufession, et je vous la dois d uulaut plus que vous vous fttes fait de confiance num complice.

— C'est vrai ! Je suis votre complice; tâchez de ne pas me faii'o iairede gros péchés, dit avec bonhomie Texcellent homme en prenant place à côté de la baronne.

Alors, Simone raconta avec ingénuité, dans tousses détails, l'origine et les divers incidents de son amour. Elle épancha doucement son cœur devant ces deux témoins, qui se regardaient axcc un sourire et (jui priaient Dieu de la bénir. On gagua mille lieues de terrain sur le chemin du paradis pendant cette conférence. Simone se révéla tout entière avecsa nature franche et impétueuse. £lle lit pleurer des larmes de reconnaissance et de bonheur divin à la baronne, quand elle raconta comme

Tamour la puiiliait et la rendait meilleure.

— Abl si un pareil amour pouvait naître dans le cœur de Simon, s'écria la pauvre Antonine, je serais

la plus heureuse des mères, et je n'aurais besoiu de personne 1

Simone se mordit les lèvres et garda le secret de Simon.

Elle ne se cioyait pas autorisée à une indiscrétion; d'ailleurs, elle savait si bien que Famour de son frère n'éUit pas partagé, qu'elle jugeait inutile de révéler cette passion sans retour.

— Ma fille, reprit la baronne de Bruval, la main de Dieu^st dans toute cetteaventure ; sacbous mériter qu'elle

ne se retire pas de nous. C'est votre intercession, monsieur Tabbé, qui nous yaut tout ce J)onbeur.

— Ce sont vos vertus, madame, répondit l'abbé.

— Jq vais resserrer la robe .et écrire à madame de BrignoUes, dit Simone avec mutinerie en prenant sa toilette de présentation ot eu la nialniiMiaiil un peu.

— Prenez garde, mademoiselle, dit M. Marcelliu, n'ayez pas trop de dépit : je croirais à des regrets. Les bonnes résolutions doivent rester calmes.

— Vous avez peur, monsieur l'abbé, que je ne décbire votre bannière.

— Non, mais votre robe de noces, répliqua le vicaire.

— Simone, reprit madame de Bruval, c'est à moi à prévenir la vicomtesse de ton refus. Puisque j'ai une fille, j'ai le droit d'exercer les iouctious nialernelles. Je vais écrire aussi à cet amoureux qui entre Tépée au poing dans ma famille. Je dois le remercier de ce qu'il ne t a pas enlevée.

— Oui, remerdez-le, ma mère,, puisque son amour m'a convertie.

— Quant à miss Simpson... *

— Oh ! gr&ce pour elle, elle aime tant la lecture 1 D'ail-

leurs. vous n'aurez pins besoin de ses services; moi je serai longtemps encore avant d'y recourir. Laissez-la doucement prendre sa retraite. Cest bien assez de jouir de la stupeur qu'elle va nioulrer !

— Uue diia Simon? ajouta la baronne en redevenant sérieuse.

— 11 ne dira pas ce qu'il pense, soyez-en certaine; mais, au fond, il ne sera pas làcbé de ce dénoûment. Je le sers peut-être plus ainsi qu'en allant au cbàteau.

— Que veux-tu dire?

HISTOIBB d'une ukRK

— Rien ! je fais des conjectures.

— Allons 1 cliacimàsa tàclie, reprit Fabbé en selevaat. Moi, je Tais dire la messe.

— Vous prierez pour nous, dit la baronne.

— Je prie surtout pour les gens heureux, répondit l*abb6 en souriant, car te bonbeur âoigne et te malbenr rapproche de Dieu.

— Abl mouâieur Tabbé, tous deTriez me faire croire que tous n'aTes pas beaucoup prié pour moi, dit madame de Bruval avec mélancoUe.

L'abbé ne répondit rien, mais un rire silencieux et pourtant sublime conune le plus beau cantique d'actions de pràces illuiiuiici sa figure. Il eut presque une auréole Tisibie, tant son regard eut (rinfmi. Les deux femmes ftuent éblouies dé cette transfiguration de la charité, et Simone sentit son àme se fondre en prières et en adoration.

Ckmmie l'abbé M arcellin entrait à Saint-Gennain-des-

Prés, on lui remit une lettre par laquelle on le priait de passer à la Grande-Aumônerie.

w Déjà ! dit te saint homme en repliant cette lettre aTec calme.

Et il monta à l'autel sans qu'aucune agitation extérieure trahit de l'amertume et du désappointement.

- Cette lettre voulait être nue précaution, elle ne fut qu'une Tengeance. Quand il se présenta à la Grande- Aumônerie, M. l'abbé Marcellin y fut doucement et indirectement blâmé de ses tendances à s'introduire dans l'intérieur des familles; on lui fit comprendre, à demi- \ mot, qu'il déplaisait à de hauts personnages, et qutî, dans son intérêt même, on croyait devoir lui conseiller d'accepter des offres pour une ^permutation qui l'euTer-

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rait en proTinoe et appellerait à Paris un jeune prêtre dont le ïèle pouvait être utile.

M. Marceiliu accepta les remontrances avec la placidité d'un esprit supérieur aux railleries humaines ; il ne

fît aucune objection et comprit fort bien ijuc cette priùre pour une permutation deviendrait le lendemain un ordre de changement, surtout quand on apprendrait son

triompbe.

£a eilet, le lendemain, Tabbé Marcellin fut informé qu'il deyait quitter Paris. Cet homme, que les bourreaux et la tyrannie avaient respecté, était chassé par quelques brouillons de sacristie. Mais, comme nous Tavonsdit, cette rigueur arrivait trop tard et manquait d'è-propos. Simone refusa absolument de se laisser présenter, et les càlineries de madame de firigoolles, les pièges qu'essaya de lui tendre M. Lombard fùrent impuissants devant sa résolution froide et arrêtée.

M. Valentin Girod vint foire sa cour en fomille et fut officiellement accepté comme prétendu.

Que pensa Simon du refus de sa sœur? nous ne pourrions le deviner au juste, si nous n'avions pas la ressource dont nous avons déjà usé de feuilleter les pages de son journal intime.

Voici ce qu'écrivait Simon de Bruval :

« Je sors de chez M. Lombard ; malgré son masque, j'ai lu sur son visage; il est cruellement désappointé du refus de Simone. La combinaison ministérielle dans laquelle

il devait entrer est compromise par cet échec; persouue ne yeut plus le souteair, depuis qu'oa sait que madame du Gayla n*aura pas de rivales. Le salon delavicomtessede liriguoiles est eu llammes; c'est un cooeert de malédictions contre Tacadémicien assez maladroit pour arraoger cette intrigue qui échoue au moment décisif. La yicomtesse, qui devait présenter Simone, est furieuse; si l'on ne commençait pas à se dire à Toreille que je ne suis pas le frère de ma sœur, je crois que je serais oiYeloppé dans ia disgrâce.

« ... Fragilité de Tambition humaine ! voilà un des hommes les plus habiles de ce temps-ci qui dresse des plans merveilleux; il met tout cm œuvre, il s'associe toute une coterie active, puissante, il Tintéresse à sa réussite, et il suffit de l'entêtement d'une jeune fille amoureuse et des scrupules d'uu lionnéle liomme pour que cet échafaudage s'écroule, pour que ces dipliHnates soient vaincus! C'est risible, mais aussi c'est effrayant! La vertu est décidément une force, et je comprends la politique de madame de Maintenon.

« M. Lombard s'est vengé, en faisant éloigner l'abbé Marcellin. Il espère peut-être ainsi, eu isolant la baronne de Bruval, avoir de nouveau raison de Simone; vain espoir! C'est moi, maintenant, qui l'exhorterais à la résistance.

« Cette aventure me tiendra lieu d'enseignement. Les femmes sont de mauvais auxiliaires; on ne peut rien

appuyrr de stable sur l'édilice de leur vanité. L'amour de l'Eglise est, au fond, la seule base inébranlable. M. Lombard est tombé, mais le |yarti auquel il avait foit

des promesr^i^s reste di'bout, je m'y attache plus que jamais. Ce pauvre M. Lombard, avec son esprit, son au-

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dace, il fait pitié. J'ai trouvé le défaut de la cuirasBe de cette morgue, de cette majestueuse suffisance : la peur

du ridicule, (j'importe à M. Lombard qu'on Teslime pou, pourvu qu'où le trouve fort! mais s'il devient ridicule, il eét mort. Et je sens bien que cette crainte le tounnente. S'il avait réussi, tous les gens le proclamaient le rivai heureux de M. de Talle^Taud. La déconvenue de Simone Texpose à des reproches qu'on entend déjà siffler aux oreilles : « Ce pauvre M. Lombanl, dit-oii lout bas, de « laçQU à être entendu, depuis qu'il n'a plus Téchelie « des grandes dames, il en est réduit à escompter le crédit « des ingénues, mais les ingénues lui font bautiuc^ « route.»

« Je vois bien à sa pâleur que cet incident Texaspèrc. 11 ne remettra plus les pieds chez la baronne de lirnvai...

« Simone est radieuse, depuis que son amour a la sanction de la baronne, depuis que le mariage est une chose ollicielle, elle éclate d'orgueil et de Joie \ elle a des airs de bienveillance et même d'amitié pour moi; on dirait qu'elle me protège. Ge bonheur trivial ne me rend pas jaloux; cette ambition de ménage me parait plaie, et quand je vois Simone sourire finement à son Yaienliu qui lui sourit bêtement, je suis tenté de rire aux éclats.

« Car, je ris, je prends ma part extérieure de cette féle de famille; mais je souffre; Sophiene fait pas attention à moi, elle me traite comme un être sans danger pour elle ; quelquefois imurtant il me semble qu'elle lit ou qu'elle veut lire dans mon cœur. Alors elle se détourne, s'éloigne; je lui inspire de la peur ou delà répulsion. Tai été tenté de lui écrire, de lui raconter mes tortures, mes rages, de lui dire : « Ayez pitié de moi ! je suis mauvais, vous me rendries bon !» — Hais elle rirait de ma lettre ;

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c'est bien asses d'aYoir la foUe d'écrire ces confessions

pour moi seul, saus courir le risque de me confesser encore à elle!

« Sopbie Tient presque tous les jours; die cause avec

Simone du trousseau, des apprêts du mariage. Ou fait devant moi mille projets, et jamais on ne m'y associe. Je suis là, j'écoute, je fais seoiblant de lire; quelquefois la patience m'échappe, je veux me môler à ces jeunes ûlles, mon approche les glace. Simone fait un effort visible pour ne pas s'en aller, et Sopbie a une réserve dédai- ^nieuse qui me remplit de colère. Je suis donc maudit ! j'ai donc en moi un signe fatal qui éloigne la confiance et l'affection ! Oh! si je me venge jamais de ces moqueries, je les ferai trembler toutes deux! E.-t-re que Dieu, qui punit les fautes des pères dans leur poslérilé, frappe en moi l'en&nt de l'amour auquel il refuse l'amour?...

« Je viens de rencontrer Sophie et Simone se préparant à aller aux Tuileries; elles étaient belles, et c'était

vraimeut un couple à ravir Tœil d'uu iieintre que ces deux jeunes iilies éclatantes, Simone blonde, Sophie brune, toutes les deux montrant leurs dents blanches à chaque mot, c'est-à-dire à chaque sourire, se serrant Tune contre l'autie, comme pour mieux faire ressortir le contraste de leurs charmes différents! J'ai offert de les accompagner. Mademoiselle Girod ui'a refusé avec un grand sérieux, j'ai cru qu'elle tressaillait d'effroi sous mon regard. Simone m'a dit :

• — Nous ne voulons pas, mou cher, t'eulever à les travaux ; la conversation de deux jeunes folles comme

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nous ne serait d'aucun profit pour un honune politique

comme toi !

« Et me (lisant adieu de la main, Simone a entraîné son amie. Miss Simpson m'a Mt la révérence. Je suis resté dcijout, seul, les regardant fuir, en me laissant un parfum et un murmure de leurs robes de soie, qui me poursuivent encore. Le soleil les enveloppait ; la brise fusait voler derrière elles le bout de leurs écliarpes, qui semblaient des ailes.

« J'ai senti mon cœur se gonfler, déborder d'admiration et d'amour. J'ai pleuré, oui, j'ai pleuré des larmes qui mebrûlaient les joues! Obi je serai aimé ou je serai baï! mais je ne veux pas être indifiërent à cette jeune iille. Ce soir elle doit veuir diner h la maison, j'éloignerai bien Simone pendant un quart d'beure ; je veux lui dire tout ce que j'ai dans l'àme.

« M. de Nolpac, qui doit trop à M. Lombard pour ne pas

le détester, m a raconté sur mou prolecleur des anecdotes, des bruits, des cancans qui sont la parodie de sa dignité extérieure. Il parait que cet bomme ne renonce pas à plaire; mais, liélas ! à qui plait-il? Et dans quel but ? La galanterie appliquée à la politique est la plus cruelle, la plus dégradante, la plus lourde des épreuves. ^ M. Lombard est un faux lionune supérieur; il a une théorie qu'il applique à toutes les femmes, et dont il prétend se faire un moyen de parvenir. Cette débauche calculée et appropriée à l ambition me lait pitié. Hypocrite envers les femmes pour les intéresser, à sa vanité, M. Lombard est obligé de se montrer encore une fois hypocrite envers Je monde pour lui cacher ses désordres. Cette double byprocrisie trahit la faiblesse. L'homme

BI8T0IBB d'UNS ld»B

Téritablement habile n'a qu'un masque; c^est l'intrigant

qui eu me t plubieurs *

Nous n'aurons plus besoin, sans doute, de faire des

oïiipruiits au journal iulinii' de Siuion, car désormais les événements vont se précipiter. Les conséquences de toutes ces passions en éveil Tont se dégager des prémisses. Nous le répétons, on ferail injure au simple narrateur de cette bistoirc en s'oHusquant des laideurs qu'il a dévoilées. Le monde est une vallée d'hypocrisie ; ce n'est pas oulrager Dieu que d'en être persuadé. L'iiniiiuralité consisterait à présenter cette liypocrisie comme uéc^* saire; mais, en l'étudiant comme une maladie, on rend

Iionnnaiic à la vérité, à la iraiicliise ipii est la santé de l'àme. Encore une fois, M. Lombard, Simou et quelques autres sont les malades; Simone est en voie de guérison;

a baronne de liruval vit déjà de la vie immortelle; Tabbé Marceliin est le guérisseur; c'est lui mon héros.

Lôs deux jeuni's filles rentrèrent de celle jiromeuade aux Tuileries dout parlait Suuon, avec cette lleur de gaieté, avec cette bonne humeur souriante qu'elles apportaient depuis quelque temps à la [)auvre Antonine, comme uue espérance, comme une consolaliou. La baronne avait pleuré le départ de Ù. Marcellin; cUe lui écriviiil. Mais ces lettres ne remjilarnient pas ces entre liens dans lesquels le saint bomme la soutenait et la dirigeait. Isolée au milieu d'un honheur si nouveau pour elle qu'elle n'osait y croire, jouissant de l.amitié de Si-

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monê, mais se demandant paifds avec temor cé qu'elle

deviendrait si elle découvrait un jour que Simon seul était son enfant, madame de Bniyal .était inquiète et sentait le yide' autour d'elle. Quand elle Toyait Simone, quand elle entendait ce ramage des amoureux, alors elle osait réyer à l'ayenir ; mais la figure froide et p&le de Simon apparaissait-elle au milieu de ce tableau, la pauvre mère était reprise de ses elirois et se disait que le repos n'était pas fait pour elle.

Simone et Sophie passaient presque toutes les journées ensemble. Depuis surtout que mademoiselle de Bruval avait nettement annoncé son refus d'aller au chkr teau, mademoiselle Sophie admirait et adorait son amie. L'une ne devait pas être plus présentée que l'autre : dés lors, phis de jalousie. Au retour de la pr(»uenade, les deux jeunes filles s'étaient installées dans le salon, et leur babil uiurdaut et enlrecouiié de beaux rires sonores abrégeait les instants. Sopliie, quand elle n'était pas ^ur son trépied de pythonisse, était une bonne et charmante jeune lille. La précocité de ses sensations et de ses analyses ne lui faisait tort que quand elle se tralnssait en vers. Hais* lorsqu'elle oubliait son esprit, pour laisser aller son cœur, cette enfant que la gloire n'avait pas encore gâtée était aiïectueuse et simple.

Simon rentra de meilleure lieuie que de coutume; il salua silencieusement les deux amies et s'installa dans un fauteuil. La gaieté se glaça tout à coup aux lèvres des deux jeunes fiùes. La. phrase commencée fut interrompue.

Je vous géne, dit Simon qui était plus pàle que d'habitude et qui baissait les yeux.

— Uu peu, dit Simone.

IM Biifom d'unb ichoi

— Fort peu, ajouU Sophie.

— Eb Ineii ! je m'en vais, reprit le flournois qui ne fit

aucun mouvement pour s'en aller.

Ou attendait. Après quelques minutes de silence, ▼oyant que la promesse éè Simon était une feinte, ks

deux amie? ?e re^rardèrent en soupirant ; elles n^osaient reprendre devant lui le cours de leurs foUes confidences. Sopbie, déiHtée, se leva, fit le tour du salon, heurta dans un angle une harpe qui poussa un soupir, et s'arrètant aussitôt, elle se mit à tirer quelques sons de Tinstroment, alors fiMrt à la mode. Elle en jouait, sinon avec liabileté, du moins avec LTàce.

Tu as raison, dit Simone qui Tencouragea du regard.

Les doigts de la Muse paicouraioit avec une vivacité qui tenait de la colère toutes les cordes, leur arracliant des cris plutôt que des sous, les irritant, pour ainsi dire, afin de les mettre de moitié dans sa mauvaise humeur.

Simon souriait de ce dépit; il s'approcha de sa sœur, et, pendant que Sophie accumulait préludes sur préludes et cherchait une mélodie qui traduisît sa pensée, il dit à Simone :

— Je vous suis donc bien insupportahle ?

— Non, mais tu nous a surprises dans des caque tages qui ne méritent pas une oreille masculine.

^ Écoute, Simone, si tu as quelque pitié dei^ouleurs des autres, regarde-moi et écoute-moi.

Simone leva les yeux et vit du £eu dans les prunelles de son frère.

— Tu aimes, et cet amour te rend indulgente. Viensmoi en aide. Tu sais si ce quej'éprouve est un sentiment profond et sincère !

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— Je sais, mon pauvre garçon, dit la jeune lillc en lui pressaat les maios, que lu n'es pas aiméf que tu ue le seras jamaif.

— Te l'a-t-elle dit? demanda Simon dont la lèvre trembla, et peudaut que Sophie plaçait avec fureur les cordes de la harpe. .

— Est-ce que j'ai besoin de l'interroger? reprit Simone avec un sourire tout iéaùuin.

Eh bi^, dit Simon à l'oreille de sa sœur, je Finterrogerai, moi, aujourdliui, ce soir. Après le diner, la harouue a Thahitude d'aller à l'égiisCi tu oous laisseras seuls un instant, je te le demande au nomde Um amour heureux et accepte! Si je n'ai rien à attendre, c'est bien! je me résignerai.

n 7 avait si peu de disposition à la résignation dans le regard animé de Simon, dans l'agitation fiévreuse de tout son corps, que Simone tressaillit et eut peur.

— Prends garde! lui dit-elle, j'ai de mauvais pressentiments; à quoi bon vouloir la contraindre à te dire de vive voix ce que je sais bien, ce qui est trop visible? Va, crois-moi, étouffe cet amour !

— Non, reprit Simon, c'est cet amour qui m'élouifera, sije ne puis rien obtenir. Promets-moi seulement de nous laisser seuls un instant. Je n'oserais pa« devant toi lui rien dire.

— Je te le promets, dit avec tristesse Simone qui le plaignait. Mais^ je t'ai prévenn. Écoute, Simon, je ne sais si la douleur t'éclaire ; mais moi je sens que mon bonheur m'illumine ; j'ai mal commencé la vie dans ma famille, je n'ai pas aiiûé ma mére ( car c'est la seule mére que nous puissions connaître) et toi, je l'avoue, je t'ai haï. Aujourd'hui, je veux t'aimer comme un frère; si tu

souffres, je le consolerai ; si tu espères, je t*aiderai \ mais, je i*en conjure, n'iosiste pas. Sophie a de l'orgeail, \u\ moi hlossaiit vous ferail ennemis irrécouciliables... Souvieus-loi qu'elle va (Icvcnir ma sœur!

% — Bnnemis irréconciliables ? oui, c'est ce que je yeux, dit Simon avec une énergie concentrée.

— Eh bieul alors, je resterai, si tu parles ainsi, répliqua Simone, je ne la laisserai pas insulter.

— Oh non ! tu as raison, je suis fou ; mais je vais prier et je serai calme, je te le jure !

— 'A cette condition, je consens, dit Simone.

Simon sele^a, serra la main dé sa sœur et sortit brua. quement. Sophie, qui le suivait du regard, lit vibrer un accord, passa son ongle sur les cordes et quitta la harpe.

— Enfin, dit-elle, il est parti ! Qu'a-t-il donc, ton frère?

— Ce qu'il a, répondit Simone qui dcTenait révense, il te le dira, sans doute; mais moi, je me sens triste, tu m'as horriblement agacé les ner£s avec tes gammes; je voudrais pleurer, ma bonne Sophie» j'ai peur, il me semble que nous sommes en danger.

^- Allons, tu es folle ; c'est quelque méchanceté que * t'aura débitée ton amiable frère.

* — Olinon! reprit avec vivacité Simone, il se corrige bien, ce pauvre Simon, il fait de son mieux. Je suis convaincue qu'il a un cœur, tout comme un autre.

— 'C'est possible, dit Sophie vu l'aisaiil la moue, mais il ne l'a pas placé comme celui des autres.

— Tu le détestés donc ?

— Moi!... Tu me lais des questions indiscrètes, ma chère Simone.

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— Et tu me fais, toi, des réponses bien cruelles.

On passa dans la salie à manger, bimoa vint s'asseoir avec la placidité ténébreuse qui était le signe habituel de sou visage. Soit qu'il eût puise dn calme dans la prière, comme il ravait dit, soit qu'il eût couceatré toute sa puissance pour dominer le tumulte de son cœur, il fut

triste, mais froid; personne n eùl soiJ])ronné les fureurs qui couvaieut dans ses veines. Simone, qui le guettait, ne surprit rien de suspect.

— Il 1 ennuiera, se dit-elle inlérieurenieut, mais il ne l'irritera pas; ]e puis les laisser ensemble.

Gomme l'avait fait remarquer Simon, la baronne de Bru val, en qnitlaut la tal)le, prit son livre d'heures et annonça qu'elle allait à Téglise. Elle avait fait un vœu qui devait durer jusqu'au mariage de sa fille. Simone offrit gaiement lie l'aire les honneurs du salon à son amie et à son frère ; puis, tout à coup, teignant de se souvenir d'une lettre à écrire :

— Je vous laisse uu instant, dit-elle à Simon et à Sophie.

— Je vais avec toi, se hftta de dire mademoiselle Girod.

— Et moi, je ne veux pas de toi, répliqua la pauvre Simone, dont le cœur battait fort; je ne sais pas écrire « devant un témoin; tu m'empêcherais de chercher mes mots dans le dictionnaire.

Sophie se résigna et vint s'asseoir devant un guéridon chargé d'albums. Une lampe placée sur cette table la mettait en pleine lumière; Simon dans Tomhre, presque dans l'obscurité, la regardait avec ivresse. Elle lui semblait ainsi vêtue de clarté. Il se sentait presque défaillir au moment de tenter l'épreuve suprême.

— Si je n'allais pas pouvoir me lever ! se dit-il tout à

coup en remarquant le tremblement de ses jambes. Si la Tolx allait me rester dans le gosier ! peiua-(41 en se

trouvant la bouche amère et sans salive. Il serra son front dans les deux mains, remua les lèvres comme s'il disait une prière et appelant tout son courage, tout son amour et toute sa haine à son aide, il quitta sa chaise et vint lentement se placer devant Sophie,

Celle-ci, qui avait entendu le mouvement régulier de ses pas, leva la tôle et rencontra son regard. Ce qu'elle lut dans ses yeuiL lui parut sans doute effrayant, car elle poussa un petit cri et voulut sortir.

Simon s'empara doucement de la main de Sophie.

— EstH^ que je vous tus peur? dananda-t-il avec une

voix entrecoupée.

— Peut-être, répondit presque involontairement mademoiselle Girod.

— Comment, moi le frère de votre amie, moi l'ami de votre frère, moi qui serai de votre lamille par le mariage de ma sœur, je vous inspire de Veiïtoi i fit, en arracliant ces mots du fond de sa poitrine, Simon pâlissait encore.

— De l'effiroi? Non, monsieur, vous ne m'en inspires

pas, répoiulit Sophie qui reprenait son air de reine et de Muse; je me suis kal expliquée, c'est de l'embarras que je voulais dire.

Il y eut un intervalle de silence.

— Pourquoi donc étes-vous embarrassée devant moi ? reprit au bout de quelques mstants Simon qui étranglait.

— Parce que vous ne me traitez pas comme l'amie de voCre sœur, comme la sœur de votre ami, répondit So-

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pliie avec un. doux accent de reproclie; parce qu'au lieu d*étre avec moi simple, franc, nalarel, yous m'aboidei

avec la réserve d'uu étrauger, les réticeuces d'un ennemi.

— Un ennemi, moi i s'écria Simon en joignani les

liiaius.

^ Oui, un ennemi, répéta Sopiûe Girod en le regardant en face; on en a de plusiears sortes; je sens que tous

êtes le mien.

— Moi, reprit encore Simon, vous liair 1 Mais au contraire, si TOUS saTîei, Sophie, quel secret m^étooflé, me

torture et me donne cet air contraint que vous interprétez si mai...

— Votre secret, monsieur, je ne tous le demande pas,

se hâta de dire Sopliie qui voulut se retirer.

— Il faut pourtant que vous le sacliies, contiima résolùment Simon en arrêtant ses regards grands ouTerts et comme tout eiïarés sur mademoiseiic Girod et en lui barrant le passage.

— Je logeais peut-être, répondit Sophie aTec une expression de dédain qu'elle ne sut pas réprimer.

— Yous savez que je vous aime? demanda âimon qui assembla tout son courage.

— Oui, je le sais.

— Et je vous fais horreur, n'est-ce pas? Ohl ne répondez rien, ajoutM-il, un mot de mépris me tuerait Laissez-moi vous dire ce que j'ai souffert, ce que je souffre... Mais, puisque vous savez que je voua aime, qu'aije besoin de rien ajouter? C'est Simone qui tous a prévenue?

— Simone ne m'a rien dit, répondit Sophie Girod, mais je tous ai deviné.

192 "histoire d'une MèHB

— ËL*. VOUS me haïssez, vous! dit Sifflou en prenant ta deux mains de Sopliie dans les siomes.

— Pourquoi vousliaïrais-je? vous ne m'avez fait encore aucun mal. (Elle appuya sur le mot « encore ». ) Je vous plains, Yoilà font.

— Vous me plaifmez ! mais celui qu*il faut plaindre c'est celui qui passe iudiilérent auprès de vous. Âb 1 vous ▼oir, TiYie de l'air qne tous respires, presser Totre main, c'est déjà une récompense ; c'est dans une torture inouïe, une joie suprême.

— Ibnsieiir Simon, dit iroidement la belle Sophie, laissez-moi me retirer ; je regrette que tous «fn rompu un silonre qui, en respectant nos sentiments réciproques, permettait des rapports de famille et d*aaûtié désormais imposables.

— Oli! vous ne vous en irez pas sans m'avoir dit un nu)t, une parole d'espoir, de consolation.

~ Je m'en irai sans avoir répondn à des confidences qui m'ont attristée d'abord, qui m'outrageraient en se renouvelant, reprit Sophie avec hauteur.

— Je vous en conjure ,'dites-moi qu'un jour, à force de sacriiices, d'amour, d'adoration et de larmes, j'aurai raiwoa de cette firoideur. *

— Jamais ! dit implacablement Sopbie.

— Jamais?... répéta Simon dont l'œil brillait, dont le visage pàle s'animait, dont la fièvre envahissait le cerveau. Jamais!... C'est un mot impossible!... Je veux que vous m'aimiez, Sophie ; vous m'aimerez !

— Prenez garde, monsieur ; au nom de votre sœur, de votre mère, de Dieu, de tout ce qu'il y a de plus sacré au monde, je vous adjure de ne plus dire un mot, de sortir d'ici ou de me laisser libre d'en sortir.

— Prenez garde à votre tour de me braver! reprit Simon doat Tamour furieux et provoqué brisait eulia toute entrave et qui arrivait à ce paroxysme de réaction violente qui c?tle déiioùment du « TartulTe. » Ah ! vous invoquez ma sœur qui n'est peut-^tre pas ma sœur, et ma mère qui n'est peut-être pia» ma mère i Est-ce que j'ai d'autres sentiments , d'autre amour, d'autre foi dans l'àme que votre pensée? Vous m'avez détourné de toutes mes résolutions, vous avez troublé ma piété, vous avez compromis mon salut éteruel. Je veux du bonheur pour tout cela !

— Taisez-vous ! taisez-vous , monsieur', dit Sophie avec indignation, vos propos sont des oflenses; je ne faisais que vous plaindre, je vais vous mépriser!

— Eh bien ! méprisez-moi donc pour quelque chose, dit Simon, liors de lui, en essayant de prendre Sophie^ dans ses bras et de l'approcher de ses lèvres.

— Au secours ! au secours ! s'écria Sophie qui se raidit contre l'étreinte de Simon et lui mit ses deux mains crispées sur le visage.

La porte s'ouvrit avec violence, Simone entra, et, comme une lionne, se jeta sur son frère, qu'elle s'efforça de repousser.

Simon lAcha prise, en poussant un cri. Il sentit une

goutte de sang sur sa joue ; les mains de Sophie l'avaient déchiré. L excès de sa fureur le calma tout à coup. U recula, regardâtes deux jeunes filles qui se pressaient dans les bras l'une de l'autre et dont la sainte colère transfigurait la beauté; il se sentit bas» misérable, écrasé devant cette double et resplendissante image de la jeunesse pudique,

IM nsTOiM D'uni MàBS

— > Gtl je me vengerail et vous me paieres cbet cet affiront, leur ditril des dents serrées avec rage.

Pull», se cucliuui lu figure daus les mains, il sortit.

Eu se retrouvant seules, Simone et Sophie se regardèrent avec une sorte d'épouvante. Puis les larmes vinrent détendre leur courage.

— Oh ! le monstre I s'écria Simone en sanglotant sur Tépaule de son amie; pardonne-moL

— Pourquoi te pardoniii'rais-je? répondit Sophie.

~ Je vous avais laissés seuls, parce qu'il m'avait suppliée de lui permettre cet entretien. J'espérais que l'amour Tavait purifié, adouci. Mais non, Dieu n'accorde pas à tous ce miracle, j'aurais dû te prévenir.

— Me prévenir? C'était inutile. Je savais bien quel sentiment M. Simon avait pour moi. Qnandlunous a laissés, je m'attendais à ses paroles, ie ne t'en veux pas; je te plains d'avoir un tel fréré.

— Oh ! il n'est pas mon frère, dit Simone avec énergie, j'en atteste tous les élans de mon coour qui m'éloiguent de lui ! C'est une fotalité qui nous bit vivre sous le même toit.

^ Qu'all(His*^ous devenir, ma pauvre Simone? Je ne peux plus m'exposer h te rencontrer. Tu viendras me

voir. Le regard tiu'il nous a je^é eu s en allant, ni a dvum^ le frisson. 11 se vengera.

— Ne crains rien, reprit Simone avec un mouveps^t

BT DB BBS BBrAMTt 195

de tète héroïque. Les hypocrites n'ont plus d'armes quand ils sont démasqués. Nous ayons pour nous défendre, toi, ton frère, moi, mon liancc, et Dieu qui héuit la jeunesse ' et l'amour. Je ne le crains pas 1

— Oh ! dit Sophie ayec mi air de doute, il nws mm iatal.

— Tais-toi, tu es folle, répondit Simone en eiBayant de , eourire, mais en pâlissant; tu m'ôterais de mon courage, avec tes idées noires. Je me fais un plaisir de voir sa mine quand nous nous retrouYeronsen présence. Je crois que tu Pas un peu égratigné, et j'ai la preuTe maintenant qu'il a un peu de sang dans les veines !

Ne plaisante pas, Simone ; 0ttplut6t ne cherche pas à me tromper; au fond, tu as aussi peur que moi.

— Eh hien, c'est vrai 1 reprit Simone en frappant du pied : je ne veux plus rester dans la même nudsw que lui ; je m'en vais avec toi.

Sophie réfléchissait.

— Ecoute, dit-elle après quelques miihites de médita lion, il y a peut-être un moyen de l'empêcher de nous nuiie ; c'est de paraître indillérentes à son injure. Si nous gardons un secret absolu sur ce qui s'est passé, ai tu n'en parles pas à la baronne de Bruval, que ce récit affligerait hien inutilement ; si^ quand tu le reverras, tu n'as ni raillerie cachée, ni mépris apparent dans tes paroles, peut-être bien que, se sentant moins embarrassés moins humihé, il préférera l'oubli à des menaces et à l'hostilité. Le ridicule peut le rendre impitoyable ; mais imposons-nous la contrainte de le traiter gravement, sézieusem^t : peut-être alors nous saura-t^il gré de notre réserve!

— Lui pardonner ! s'écria Simone dont les iastinct.

iiefs reprenaient le dessus; trembler devant lui I moi qui la prenais en pitié et qui lainiais presque l

^ n ne e*agit pas de lui pardonner, mais il s'afi^t de mettre ua peu de prudence dans notre conduite. D aiileorSf si mon frèie savait ce qui s'est pass^ croîs^ta qu'il n'aurait pas le droit de s'offenser? Pense à ton amour, ^ ton mariage, ma cliùrc Simone; ne semoos pas de baine entre nos deux familles* C'est hiea ai»ei des rancunes de M. Simon !

— Tu as raison, ma chère Sophie, tu es la sagesse dans toute sa beauté. C'est dommage. Il est bien dur de

garder en soi taul de nir])ris. Mais, j'y pense : comment expiiquerartrii ses égratignures , car il est décidément balafré?

— Ne ris pas ainsi, dit Sophie, je croirais que tu as toujours peur, et je tremblerais à mon tour.

— Pourquoi trembler? Parce que tu as légèrmieot éraillô son masque béat ; ce sont les seules traces de Tertu qu'il puisse port» au Tisage 1 Tu l'as décoré, ma chère.

— Chère folle ! tu es vaillante. Donne-moi de ta force, dit Sophie en Tembrassant.

— Ma vaillance est peut-être de la poltronnerie ; mais, à nous deux, nous saurons bien le vaincre.

Les deus amies se séparèrent, gardant chacune au fond de l'âme une angoisse, une terreur. Elles sentaient bien que Simon était incapable de pardonner, et elles s'attendaient à quelque représaille soumrâe ou violente.

Pourtant, les apparences semblèrent faites tout d'abord pour les rassurer. Le lendemain de la scène que nous

venons de raconter, Simon écrivit à la baronne de BrU'-

val que ses occupations néli^essitaieat uûe habitatioa

temporaire de sa part au bureau du journal ; et huit jours upfès ce premier avis, il proiita de l'absence de Simone pour y&ûr annoncer Tespectueusement à la baronne qu'il quittait la France. M. Lonfbard était chargé d*une mission extraordinaire en Russie, et Teminenait cooune secrétaire,

Madame de Bruval dit à Simon, en lui tendant la main:

. — Je Tais prier Dieu, mon fite, pour qu'il Teille sur

vous.

— Et pour qu*U me tienne éloigné le plus longtemps possible, n'est-ce pas, madame ? répondit Simon aTec ironie.

— Si TOUS devez, en effet, n'avoir jamais pitié de moi, repartit la baronne avec une dignité triste, il Tant mieux,

• pour les lois sacrées de la famille olVensée par vous, que TOUS restiez longtemps éloigné. La solitude ne fait souffrir que moi; nos réunions sont des outrages à Dieu.

— Je vous laisse Simone, qui charmera cette solitude.

— Simone est ma seule joie , ma seule espérance, et je pourrais dire mon seul enfant, mon lils, si je n'étais disposée à tous aimer aussi, quand tous m'ai* mercz ; mais Simone va me quitter; elle se partagera entre deux familles ; elle aura d'autres devoirs. Je vais être bien seule. Pensez quelquefois à cette solitude. A distance, les torts s'amoindrissent et disparaisscul ; vous mè pardonnerez d'être votre mérei quand vous ne me Terrez plus.

— Vous parlez toujours, madame, comme si nous pouTions être tous les deux tos enfants. 11 me semble

wanonWÊ d'unb mè»m

que Siame est trop visiblement recounue pour que je wo&B autre chose qu'un étranger dans sa fàmiUe.

— l>u étran^rer ! vous, Simon? Ah ! vous méconnaissez mou cœur. Par les larmes que vous m'avez coûtées, par le supplice dont tous atei étérinstninient providentiel, par les doutes que je n'ai pu dissiper, vous niùtes cher, et si, daus votre enfance, j'ai eu des torts, si je n*ai pas à Corée de tendresse, oontiaînt votre affiacticm, mon lefeur

tir, ma duulcMir devraient vous attendrir.

C'est précisément par respect pour cette douleur que je m'éloigne. Je sens bien que je suis un embanas dans cet intérieur ; quand Simone vous lait sourire, j'arrive comme une omi)re lugubre, et j'eiface la joie. Mon d^^t vous délivre. Je serais un épouvantail pendant la noce. D'ailleurs, vous avez voulu que j'eusse de l'ambition, yen ai 1

— Partez dmic, mon enfuit, et quelque sentiment que

vous ayez dans l 'àme, comme je ne puis être votre juge, je vous bénis du fond du cœur.

Simon s'inclina et baisa la main de la baronne. Comme

il se relevait et se disposait à se retirer, madame de Bruval lui dit .

— Tous n'attoides pas Simone pour lui ftdre voa

adieux ?

— Oh ! Simone ne me tiendra pas rigueur. EUe n'est pas trop exigeante sur les devoirs firateinels, répondit Simmi avec un singulier sourire.

Madame de Bruval n'ajouta pas un mot. Me le suivit du regard, se demandant tout bas si die devait voir dans ce dépari une menace ou un alléiiement à ses douleurs. Ignorant ce qui s'était passé, elle ne a'expUquail pas ibcilément que Simon, appuyé par ime coterie

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imiseante, pouvant faire soa cbemin sous l'habile direction de Tabbé Lcmcrlu cl du salon de madame de Brignulles, apparteaaal à la rédaction du jourual qui comptait dans Topinion, sacrifiât tous ses avantages'pour suivre M. Lom- Lard en Russie. Elle ne savait pas non plus que Simon était une sorte de sentinelle placée auprès de Tacadémidenpourle surveiller, beaucoup plus que pour l'aider.

Quand Simone apprit que son frère partait le jour même, qu'il était parti et que son absence pouvait aussi bien durer quelques années que quelques mois, elle eut un soupir de satislaction, un éclair de joie, un dégonflement du cœur qui se traduisit par des chants. Ainsi, le mauvais génie était vaincu! Il se retirait de la hitte; plus de crainte, plus de ces causes d'irri la tiou qui aigrissaient à chaque instant sa belle humeur. Elle courut à la baronne, et, lui embrassant les deux mains avec une vivacité enfantine :

— Oh ! maman, lui dit-elle, comme nous allons être iieureuses! Je suis bien votre enfant, moi, toute seule, Simon n'est rien, il n'est pas votre iils, pas mon frère, c'était un étranger qui vous torturait. Il est parti. Bon voyage ! nous pourrons nous aimer !

— Taiâ-toi, Simone, disait la pauvre Automne en souriant à demi, ne tente pas le niallieur, et prends garde de dire des paroles téméraires ; jusqu'à ce mailieureux testament, il nous faut tout redouter.

— Oh ! pour ma part, je ne crains rien ! Il ne sera dono pas là comme un témoin sinistre, quand je me ma* lierai! J'avais peur de sa présence. Je regrette que M. Lombard soit absent ; j'aurais eu du plaisir à roflusquer de mon mariage ; nous iérons venii' Talibé Marcellin. Kcrivez-lui ma mérc ; moi je cours prévenir Sophie, et

BI8T01BB P*UMB UÈBE

si je rencontre M. Valentin, je lui dirai que vous Tatlradez, u'est-ce pas? pour flxer déliaitivement le jour.

Ta me donnerais confiance, si je pouvais espérer du bonheur, dit la baronne.

— Pourquoi ne pas espérer, ma mère? L'espoir est une prière ; désespérer, c'est blasphémer !

Et Simone s'ôchai>[)ii du ?;ilon en appelant à grands cris miss Simpson, pour qu'elle l'accompagnât chez soi^ amie. La pauvre miss Simpson, qui n*osait plus oaviir

un livre, depuis qu'elle savait à quel point sa lecture lui avait fait oubUer ses devoirs, était tou^jours préparée, équipée pour des promenades et des courses. Car Diea sait si les préparatifs du mariage nécessitaient des sorties fréquentes!

Simone entra comme un tourbiOon .dans la chambre, dans le sanctuaire de la jeune Muse :

Victoire 1 victoire! s'écria- 1- elle, nous triomphons!...

Elle s'arrêta tout à coup. Mademoiselle Sophie Girod, surprise, dans les larmes, se levait pâle et les traits contractés, pour lui tëndre les mains, en essayant de cacher quelque chose.

— Qu'as-tu donc ? demanda Simone alarmée!

• — Rien, rien, tu le sauras plus tard ! Mais que disaistu donc en entrant, quelle est cetijC victoire?

— Oh! ma chère, plus de terreur! Simon est parti pour longtemps ; il est en Russie, et ne reviendra peutêtre pas avant un au.

— n est parti, dis-tu? répliqua Serbie Girod avec précipitation. Oh! alors, je comprends tout, et je puis tout te dire ! Le lâche ! il s'est bien crueUemeut vengé !

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^ Mon Dieu 1 qu'estrii donc arrivé ? Parle, parle vite !

— Tiens, regarde. Et Sophie prit sur une table, derrière elle, un journal froissé par ses mains convulslTes.

— Qu'est-ce que c'est que cette feuille ?

— Lis!

— Est-ce que je fenj, lire ? J'ai le sang à la tôte^ des larmes dans' les yeux ; dis-moi ce quil y a là.

— Ce jourualest relui auquel M. Simon travaille, et ce qu'il y a là sur cette page, qu'une main perfide m'a adressée, c'est ma honte, c'est mon déshonneur, c'est un article iiilViine qui calomnie toutes mes aspuatioos, qui interprète odieusement tous mes succès.

— Et c'est Simon! Oh! le làdie! n part après la tengeance et avant le cliûtimeiit !

* — Avais-je raison de trembler? demanda la pauvre Sophie en éclatant en sanglots et en tombant dans un fauteuil.

— Pardonne-moi, s'écria Simone ea se jetant à ses genoux, c'est moi qui t'ai exposée à ses insultes ; mais,

Ta 1 je te vengerai.

— Âh ! ne sois pas sa sœur et ne me venge pas, dit avec vivacité Sophie Girbd ; à quoi me servirait de l'humilier encore ? La blessure en serait-elle moins reçue, et le monde en aura-t-il moins envenimé la plaie ? S'il était resté, j'aurais fait tous mes efforts pour te cacher ce nonviniu cliagrin. Moi, qu'une vocation lalale ciitralue peut-être, je suis destinée à bien d'impudentes railleries. C'est là ma première épreuve. La gloire des femmes par- .ticipe toujours du martyre, et je suis tentée de croire à mon avenir, puisque je commence à être outragée.

Sophie Girod, en parlant ainsi, était radieuse* de défi.

d'eutiluusxitôme pour la souffrance. Simone 1 embrassa en se rderant.

— Mais que faire ? demanda^t-êlle.

— Garder à nous deux ce secret que je voulais d'abord garder seule. Puisque M. Simon est parti, je te ie confie sans crainte. Tu ne compromettras pas ton bonlieur en cberchantà meven^trer.

— Gommât! c'est à moi que tu songes?

— Pour qui tenx-tu donc, ma pauvre Simone, que j'aie des égards? Aous serons sœurs dans quelques jours. Hais surtout que mon frère et ta mère ne sachoit rien. Qu'il n'y ait pas entre Yalentin et toi ce souvenir que ton frère a peut-être vuulu laisser. La baroune n'a pas besoin de ce nouveau calice. Le mal est fait, empêchons qu'il ne se propage. Tai un orgueil qui me guérira. D'aîUeurs, ajouta-t-elle avee tristesse, hors toi et mon frère, je n'aime personne et personne ne m'aime. Je ne suis pos fiancée, je ne le serai peuMtre jamais. Une jeune fiUe poète, cela fait peur, quand cela ne fait pas pitié. Cette calomnie infernale ne bouleverse rien dans ma vie. Laissonsla tomber. J'ai ma conscience qui m'absout, ton amitié qui nie venge, la vue de lou bonheur qui me consolera^

— ûb 1 tu es un ange ! reprit Simone en lui baisant les mains. Je comprends qu'il n'ait pu te voir sans t'aimer; mais je ne conipremls pas. si lâche, si misérable qu'il soit, qu'il ait cru t'aimer, sans se sentir transformé et sanctifié par toi 1

Les deux jeunes filles continuèrent pendant quelque temps^cet entretien, où les imprécations contre Simon se mêlaient à des rêves d'avenir. Biles se sentaient l'une et l'autre atteintes d'une flèche empoisonnée, et elles s'efforçaient de l'arracber ou de se persuader qu'elles n'en

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mourraient pas : mais, comme après la scène violente de la rueTaranne, elles gardaient bien, des alarmes sous leur assurance de couvcntioii, et la vérilé grondait, conune un pressentiment sinisire, sous le mensonge de leur confiance. On vint les prévenir que M. Yalentin les attendait au salon.

— Il sait tout, dit Simone, en se dressant pàle et tremblante. Il vient te jurer qu'il te vengera, c'en est fait de notre amour.

— Pourquoi cesserait-il de t'aimer pour un crime dont tu es la première victime? dit Sophie, qui commençait à

trembler aussi; allons, du courage! A nous deux, nous viendrons à bout de sa colère. Et, d'abord, . n'ayons pas l'air d'avoir pleuré. Sourions : tiens, remets tes cheveux en ordre; prends ce bouquet, cela le donuera une contenance et cela te cachera le visage. Moi, je n'ai besoin de rien. Tu vas voir si je suis forte !

£t, se tenant par la main, modulant un rire, comme une « prima donna » module une gamme avant d'entrer en scène, pour s'essayer et se préparer, les deux jiMines filles, les deux sœurs, allèrent au salon où M. Yalentin les attendait. Elles firent à la porte une courte station, échangèrent un rc^rard, un baiser des yeux, et elles entrèrent eu riant. Ce fut eu riant et en chantant aussi que M. Yalentin les accueillit.

— Il ne sait rien, se direul les jeunes fdles en échangeant un signe rapide.

— Elles ne savent rien, se dit Yalentin qui leur serra la main avec transport.

Des deux parts, on se trompait avec tendresse.

— Qu'est-ce que j'apprends,' s'écria le jeune officier, ce sournois de Simon, qui part sans me dire adieu 1

d04 HinojBB D'uim màsb

c'est mal. Aussi je vais lui écrire uae grosse lettre d'in» jttfes I

Et il riait plus fort, en pressant les mains de Simone. le ne meaUût pas, d'ailleurs ; il était résolu à souffleter de loin son futut beaa-f)rère par une lettre : it venait d'apprendre qu'il était parti depuis trois heures.

— > Qu'est-ce qui nous vaut ta visite? demanda Sophie avec nne ombre de soupçon.

— Qu'y a-t-il d'étonnant dans la visite d'un frère? Et puis, je savais que tuu'éUis pas seule ; madame de Bru* val» qui m'a envoyé un petit mot, m'a annoncé que mademoiselle Simone était ici. Je ne suis pas de service aujourd'hui, je ^^ens passer uue iieure avec vous. £st-ce que je vous dérange?

Tout en parlant ainsi, an lieu de s'asseoir, Valentin se prunionait à grands pas, fredonnait tour à tour dix refrains différents, venait regarder l'heure à la pendule, et tambourinait avec ses doigts sur le globe de verre.

— Si tu n'es pas de service, lui dit sa sœur, tu n'as pas besoin alors de foire tant d'exercice ; ces marches et ces contre-marches nous étourdissent. Assieds-toi.

Valentin s assit, joignit les mains, ût craquer ses jointures, bourdonna quelques notes, et se leva tout à coup repris de sa tarentule. '

- Décidément, dit Simone avec un eflfort, vous ne pouvez pas rester en place.

- C'est que j'ai trop de bonheur, reprit Valentin. Vous savez que madame de Bruval m'a écrit pour fixer le jourje viens de la voir, d'en causer avec eUe, et je vais en parler à pia mère. Ah » je compte les minutes qui me ranprochcut de ce momeal tant désiré t

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VF 98 SK8 XNFAIITS

— Yous êtes bon de m'avoir choisie et aimée, dit Simone avec une càlinerie qui était un piéi^e, moi qui n'ai pas de fortune, qui vis daos un mystère que je vous ai confié, moi qui n'ai peul-éire pas le droit de porter le

nom que je porte, moi ijui suis une orpheline. Vous me donnez un nom, une famille, de la gloire... car vous en aurez!

— Moi, de la filoire? répondit Valenlin. Un militaire sait-il jamais si une balle ne fauchera pas demain ses lauriers! n est Trai, se hftta-t-il d'ajouter, que nous sommes

en paix, que la j:uerre est finie, et que j'ai toutes les facilités pour faire mon ciiemin... aux Tuileries. Cette gloire-là ne fera pas de jaloux.

— Eh bien! jem*en conteiite, dit Simone qui cherchait à lire dans ses yeux. Et je suis bien cerlaine que vous me sacrifieriez tout, si je vous le demandais : votre ambilion aussi bien qu'autre chose, vos alTeclious aussi bien

que Yosbaines.

— Que dites-YQus là, ma .chère Simone? je n'ai pas de

haine dans le cœur, puisque votre amour n'y laisse plus de place.

Valentin, en achevant ces mots, dits avec une galanterie qui était une précaution, se dirigea vers la porte.

— Tu pars déjà ! s'écria sa. sœur en courant à lui, où vas-tu?

— Je vais chez ma mère.

^ Tu avais une heure ù nous donner; tu nous redois, cinquante minutes.

— Ah ! c'est que le temps passe vite auprès de'vous.

— Valentin, lu es trop galant aujourd'hui pour ne pas vouloir nous tromper. Tu nous caches quelque chose?

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