L-'iyili^oo by GoOglc
206 HIITOIBB D*uinB Mte
— Moi! Ab ça, je tous troaye d'une curiosité extraiurdhiaire ! C'est vous qui avez uu secret.
— Nous! dit Siinoiiu ; vous faites bien de riionneur à notre sexe de croire que dous ne vous Taurioas pas livrée ce secret, s'il existait I
— Te revenu- l-on ce soir ? demanda Sophie.
— Ce soir, je ne crois pas, mais demain matin, si je puis, je viendrai vous serrer la main.
Et Valenlin ouvrit la porte.
— C'est sans doute pour cela que tu ne nous serres pas la main aujourd'hui ? .
— Ail! pardonnez-iiKii. Et le pauvre Valenlin prit les jolis doigts que Simone lui tendit, fut tenté de les manger de baisers, mais il se contenta de les serrer un peu, afin
de ne pas éveiller de soupçons.
Sopiiie lui i)r('senla le iront ; mais il i*attira à lui, la serra deux fois dans ses bras et sortit.
Mademoiselle Girod porta la main à sa joue.
— il a pleuré, s'écria-t-elie. Voilà une larme 1 Ah 1 ma chère, il se passe quelque chose !
— Il l'a embrassée pour moi, reprit Simone. Je Tai lAea vu! J'aurais dù me jeter à son cou. 11 nous disait adieu!
— Courons chez ma mère, il y est encore !
Les deux jeunes filles allèrent à l'appartement de madame Girod. Valentin n'y était pas venu.
— Tu le vois, il me trompe ! s'écria Simone.
— Le courage lui a maucpié pour tromper sa mère, répliqua Sophie en remuant la téte.
— Mais Simon est parti !
— il peut courir après lui.
— On ! je n'y peux plus tenir, reprit mademoiselle 6i-
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rod. le suis sa sœur, tu es sa fiancée : nous tk i )uyons
être compromises en allant chez lui; il iauL à tout prix savoir ce qui se passe.
Et appelant miss Simpson qui attendait dans la salle k manger avec la docilité d'un automate, les deux jeunes fiUes s'élancèrent dans Tescaiier.
— Où conrez*yous donc comme cda, mesdemoiselles T dit la pauvre Andaiso effrayée.
— A la caserne du quai d'Orsay, crièrent à la fois Sophie et Simone en se jetant dans un fiacre.*
— A la caserne ! ball)ulia pleine d'horreur miss Siiiij)son, qui n'avait jamais vu dans les romans de madame Goitin un incident pareil.
Un quart d'heure après, le portier-coiisi^iie de la cbserne répondait à ces trois dames que le lieutenant Girod était iout récemment r^tré, puis sorti à clieval pour une promenade.
— Ne pouvons-nous I attendre chez lui ? demanda Sophie.
— Mais... dit le portier.
— Je suis sa sœur, interrompit-elle avec fierté.
Le soldat s'inclina et conduisit ces trois dames à la chambre de Valentm Girod.
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Simone et Sophie trouvèrent le soldat d'ordonnance de Valentin qui mettait en ordre son ménage; les deux jeunes filles s'informèrent arec empressement des ins-
BIBTOnUi d'uhb mèbs
tructions dimaées par le Ueutenao^ de son retour probable. Qu'avait*!! dit? qu'avaiMl fait? Riai n'annonçait.
il un projet de départ?
Le soldat répondait avec le laconisme réglementaire. Les valets de caserne sont discrets, surtout quand ils ont afTaire iidcs dames; il n'y a pas de parenté pour eux ; il n'y a que le sexe. Eutrer dans des détails, c'est s'exposer à trahir l'oflBcier. Aussi, le soldat en question, tout en souriant de Fieil plutôt que de la lèvre, se renlermait-il dans des monosyllabes et avait-il peur d'en trop dire. Quand il eut fini de donner à la petite chambre une proprête relative, il salua ces dames et se retira.
— Que iaut-il croire? dit Sophie en s'asseyant sur le bort de la petite-couchette de son frère, et en donnant
son chapeau.
— Itous avons peut-être eu tort dei venir, répondit doucement Simone, qui se sentait au contraire aussi ravie.
qu'elle pouvait Tôtre au milieu de ses inquiétudes, et qui furetait des yeux dans chaque coin de la chambre.
Miss Simpson ne dit rien ; mais elle soupira en remarquant (réiiormes pipes appliquées au mur. Ces instruments la choquaient beaucoup plus que les pistolets -et les épées qui formaient un trophée au-dessus de la cheminée.
— Si nous nous étions alarmées inutilement? dit Sophie qui voyait toutes les armes en place.
— Mais tu m'as dit toi-méuio qu'il avait pleuré en t'embtassant, reprit Simone.
* — C'est vrai ! Et son inquiétude? et cette activité fiévreuse? Où peut-il être ? il est sorti à cheval, seul ; ou ne part pas ainsi en voyage.
— Oh ! ma iMHme Sophie, s'il allait simplement rentrer
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d'une proineiiade, que dirail-il en nous voyant ici? C'est lui, à son tour, qui se douterait de quelque chose.
— Nous myenterions quelque bounc histoire de surprise. Tu as voulu voir sa chambre de tiarron ; d'ailleurs, miss Simpsou et moi, nous ôtous toute iucoaveuance à ta Tisite.
— Mais s'il ne rentre pas seul?
— Eh bien i il nous présentera à ses amis ; nous sommes pGTés^tables.
Lcsdeux jeunes fdles, rassurées par l'ordre de la petite chambre, commençaient à sourire ^et à ne plus voir que le côté aventureux de leur escapade. Simone, avec la curiosité un peu jalouse d'une fiancée, faisait Tinventaire.
— Quel est ce portrait-là? dit-elle en apercevant de
loin une miniature.
— C'est le mien, ma chère, reprit Sophie.
— Ah \ comme j'ai eu peur !
Elle s'arrêta devant un angle qui paraissait le sanctuaire du jeune oilîcier : une petite table, avec un tapis qui avait été autrefois un chàle sur les épaules de sa sœur ; un encrier, des plumes, du beau papier satiné dont la vue rappela à Simpne ses billets des Tuileries; quelques livres de théorie militaire mêlés à quelques Almanachs des Muses; un roman de cabinet de lecture; de petits colifichets de toilette, et, au-dessus, tout un musée de fétiches, de fleurs desséchées, accrochées au mur avec des épin^jfles; des bouts de ruban, un petit sncbet. je devrais dire un reliquaire, renfermant quelques cheveux dont la nuance ne devait pas éveiller la jalousie de Simone ; toutes les sublimes niaiseries de l'amour, toutes ses superstitions, tous ses ex-voto étaient là.
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Simone regardait, dôYorait, faisait rinspection; rien ne mancfuait à rappel.
— Vuilii le ruban que je lui ai donné, mumurait-eile avec des tentations de le reprendre pour s'en fadre à son tour un souyenir. Comment I il a gardé aussi les fleurs! Le l)a livre garçon! Va il est temps qu'on nous marie, car sa cluunbre deviendrait une boutique d'iierboriste
Et elle riait doucement... pour ne pas pleurer.
Sopiiie, rêveuse, la cuutemjjlail avec mélancoiie. Ce boniieur selon le monde et selon Dieu la rendait saintement jalouse. Serait-elle jamais aimée ainsi? Avec sa beauté, son esprit, pouvait-elle trouver dans le mariage cet idéal poétique qui l'entraînait par l'imagination à travers des régions plus tumultueuses ? La visite commencée sous des appréliensions sinistres prenait un tour charmant. Ces belles jeunes ûlles que tous ces objets, témoignages d'amitié fraternelle ou d'amour béni, encourageaient à la curiosité, ouvraient tous les tiroirs. Qui sait si une secrète envie de provoquer un désappointement, si le sentiment qui pousse toute créature humaine à gâter sa joie n'éveillait pas eu elles cet âpre besoin de * tout connaître? Une chambre de caserne habitée par un frère et un fiancé, c'est bien tentant pour Hnquisi lion lémiulue ! Mais , Yalentin était eu règle avec sou devoir. Aucune trace n'était visible. A pehie si Ton retrouvait dans ses armoires quelques-unes de ces broderies emblématiques : bonnets, panlouiles, bourses, etc., qui soutde temps immémorial les gages donnés aux chevaliers français. Et encore ces témoignages, par leur abandon et leur vétusté, étaient-ils surtout la preuve de sou amour nouveau et fidèle.
Sophie et Simone ne songeaient plus à s'en aller.
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— Attendons-le, se disaient-eUes, nous saurons bien
ce qui le préoccupe.
Mais ce n'était là qu'un prétexte pour rester. Elles n'étaient plus inquiètes. Q était impossible qu'on fût sorti d'une cliaiiihrettc si gahimmenl ornée pour courir à de sombres vengeances. L'amour, le bonheur, la vie resiûraient là, et les armes elles-mêmes, arrangées avec coquetterie, paraissaient un tropliée sentimental, et n'avaieat pas Tair de vouloir servir à autre chose qu'àiigurer dans les dépouilles opimes du mariage.
Pendant (jne Sophie et Simone se rassurent et échangent des commentaires ou des confidences à chaque amulette de la chambre de Valentin qu'elles découvrent, disons le vrai motif de la promenade du jeune officier. Une mahi inconnue lui avait également iait parvenir le numéro du journal où sa sœur était insultée. Valentin n'élail pas sûr que le coup parlit de Simon. Il ignorait la scène violente des derniers jours; toutefois, sachant bien que Simon était un des rédacteurs de « la Cibarte catbolique, » il courut chez lui pour solliciter des explications. Simon était parti depuis trois heures environ. Il ne fallait pas songer à le rejoindre. Le plus pressé pour Valenlin, c'était d'cmpéclicr que cette lâche calomnie ne se renouvelât et c'était tout d'abord de la venger.
Il alla donc au bureau du journal, et demanda le rédacteur en chef. M. de Nolpac le reçut.
— Monsieur, lui dit Valentin, je suis le frère de mademoiselle Grirod, que TOtre dernier numéro a indignement insultée.
M. de Nolpac ne broncha pas ; ses joues en avaient reçu bien d'autres. On n'a pas une femme et une
conscience cotées sur les marciies pour sourciller au
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premier mot. Le pàle ambitieiix sourit, salua et attendit.
— Je viens, monsieur, coiUiiiua Valentin, vous demander le nom de l'auteur de cet article; pour le reste, c'est à lui-même que je m'adresserai. .
— Vous mudemaudez précisément l'impossible, répondit M. de Nolpac avec cette politesse visqueusç des scélérats du meilleur monde. Aucune loi ne nous oblige à signer. La responsubiblé de cet arlicie pèse sur toute la réaction.
— Alors, monsieur, je me suis bien adressé, reprit le jeune lieuteuaut avec une culere mal contenue ; c'est vous qui, comme rédacteur en chef, me donnereas la satisfaction que j'attends.
— C'est encore là une erreur, monsieur, répliqua M. de Jiolpac ; je rédige' le journal, mais je ne le signe
pas.
— 11 n'y a donc personne alors pour répoudre de vos crimes et de vos basses actions?
Et Valentin s'avançait comme pour forcer le blême écrivain à se redj esser sous sa provocation.
— Vous ailes être satisfait, monsieur, rqirit celui-ci avec son même sourire et en s'inclinant.
11 sonna. Le sacristain de l'antichambre entrebàillà la porte.
— Faites venir M. Briet, dit M. de Nolpac.
Le colosse, qu'on venait tirex sans doute de quelque méditation, profonde comme un sommeil, fit son entrée.
— Monsieur Briel, dit M. de Nolpac, en se levant pour se retirer, voici M. Girod qui a quelques réclamations à vous adresser à propos d'un article du dernier numéro. Il paraît que vous avez sijxné des offenses envers une personne qui lui est chère. Veuillez vous entendre à ce sujet.
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— Quelle est cette comédie, monsieur? demanda Valentin, en pâlissant de culùre et en mettant la main sur le bras de M. de Nolpac. Je n'ai pas affaire à cet homme, mais à vous. C'est assez d'ironie comme cela ; je ne sors pas d'ici que \on> ne m*ayez rendu raison !
— Monsieur, je vous ai déjà dit quelle était la règle du journal, répondit M. de Nolpac. Nous nous conformons à la Charte qui est notre principe et notre devise. Nous régnons, mais nous ne sommes pas responsables.
— Mais, dit le jeune- bomme qui perdait patience, si je me moquais de celle fiction. Vos joues, monsieur, sont bien h vous, et quand on les soufflète, est-ce aussi monsieur qui les venge?
— Peut-être, dit avec humilité M. de Noipac, qui fit un signe au gérant
M. Briet, spectateur impassible ju8que4à, frappa sur l'épaule de Valenlin. On lui disait d'agir, son rôle commençait. ^
— Vos armes, jeune homme? demanda-t-il.
Valentin eut un sourire de mépris.
— Eb bien 1 soit, dit-il à M. de Nolpac, commençons par cet imbécile. Mais quand je l'aurai tué, monsieur, je viendrai vous retrouver.
— J'espére que les explications de M. Briet vous ôteront toute envie de revenir, dit avec un sourii'c atroce le rédacteur en chef.
— Vous êtes de làcbes gredins ! s'écria le jeune officier, vous déslionorez le nom de Français! Voihi uu ancien soldat dont vous avez fait un bravo. Allons, brute, si tu as tenu un sabre dans ta vie, avant de porter un cierge ou un balai, dis-moi à quelle heure je puis te couper les oreilles, avant de couper celles de monsieur ?
214 HISTOIRB D'UNB MÈBB
— Tantôt, cinq heures, bois de Vincennes, porte de âaiutrMandé, à l'arme que vous voudrez, répondit le gérant qui ne parut pas ému.
— Soit' j'aurai mes témoins, tâche d*en trouver pour ton compte qui n'aient pas été aux galères; nous nous battrons à Tépée.
Et Valentin, passant devant M. de Nolpac qui n'était pas encore sorti, lui dit en ouvrsmt violemmenl la porte:
— Au revmr, mcmsieur.
— Adieu, monsieur, dit le journaliste.
C'était une heure après cette visite que Valentin était entré chez sa sœur. On comprend dés lors scm émotion et cette feinte promenade pendant laquelle les deux jeunes filles, de plus en plus rassurées par leur besoin de bonheur, causaient et fouillaient dans sa chambre, ne se doutant pas, ne voulant pas se douter du danger ' que pouvait courir leur frère et leur fiancé.
Le jour baissait et Yalentin ne rentrait pas.
r- Allons, dit Smone avec tristesse, il nous faut partir. Adieu ! pauvre petite chambre où j'ai retrouvé ses rêves de bonbeur et d'union... je ne f oublierai jamais !
— Qud dommage qu'il ne nous ait pas surprises, répondit Sophie.
^ Laissons-lui nos noms, ajouta Simone.
Bt les deux jeunes filles griffonnèrent sur une belle feuille de son plus beau papier quelques doux reproches pour son absence prolongée ; puis au grand contentement de miss Simpson, elles se disposèrent à partir.
Le soldat de Valentin parut sur le bord de la chambre. U était ému et cherchait à cacher son embarras.
— Mesdames, dit-il, je crois que le lieutenant ne rentrera pas ce sok.
Digiti^co by
ST DB SES El^FANTfi 215
— Lui serait-il arrivé quoique cliose? demanda Simone toute trissoiuiaate devaat le trouve du soklat.
Ce dernier hocha la tète.
— Où est-il? s'écrièrent les deux jeunes filles, devinant tout à coup qu'uu malheur le menaçait et que leurs prèssentimeats ne les avaient pas trompées^
— Je ne sais pas, murmura le soldat, mais le chirurgie esten haa qui va partir à cheval.
En une minute Simone et Sophie eurent descendu l'escalier. Sous la porte cochère de la caserne, un groupe était formé. Des olïiciers causaient entre eux, et on sortait des écuries un cheval pour le chirurgien. L'aspect des deux jeunes lilles qui accouraient pâles et gémissantes interrompit Tentretien. Ou s'écarta avec respect.
— U est mort? balbultia Sophie en interrogeant rapif dément du regard les officiers présents.
Simone était presque évanouie et se cramponnait au bras de miss Simpson.
— Grâce au ciel, non! répondit le chhrurgien, qui se pilépara à monter à cheval.
Simone se redressa.
— Emmenez-nous, monsieur, dit-^lle d'une voix brisée. Voici sa sœur, je suis sa fiancée.
~ C'est que... rémotion!
— Courez! nous vous suivrons, interrompit éncrgiquemcnt Sophie; où est-il?
— Dans le pr^er pavillon du bois de Yincennes, à droite, après la porte de Saint-Mandé, répondit ie chirurgien, qui était en selle et qui n'avait pas le temps de discuter Topporlunité de leur présence.
il partit au grand galop.
— Une voiture, par pitié! demandèrent les deux jeunes Mes.
216 HJBTOIBS D*UN£ M£BS
Le soldat d'ordonnaacu de Valonlin s'élanra sur le quai ; qudifaes minâtes après, il ramenait un fiacre dans lequel se jetèrent Sophie, ^moiie et wiaè Simpson.
— Nous arriverons trop tard ! s'écria Sophie avec des «(Dgloks.
— Ne craignes rien, madflmoisdle, reprit le soldat en
grimpant sur le siécre, à côté du cocher, je suis là. Et, en effet, par un iiasard qui donna raison aux promesses audacieuses de cet homme, le fiacre partit ayee
rapidité.
Sopiùe et Simone se jetèrent dans les liras Tune do l'autre, ne trouvant pas un mot à se dire, craignant d'échanger leurs terreurs et pleurant, invoquant Dieu par des supplications entrecoupées. Ija route parut bien longue, n était nuit close quand le fiacre s'arrêta à la porte du bois ; le garde, prévenu par le chirurgien, attendait. Les jeunes filles n'osèrent pas Tinterroger. U salua, et, ramassant la lanterne qu'il avait posée digos l'herbe, à ses pieds, il prit une allée à droite et les conduisit vers le pavillon où le blessé avait été tranq^rté. '
La nuit était obscure, l'ombre du bois l'épaississait encore. Se serrant l'un contre l'autre, mais u ayant plus de ^larmes dans les yeux, tant l'épouvante les comprimait, arrivées à ce point de douleur et d'effroi où la raison a Iranchi les bornes humaines et retrouve une lucidité sinistre et calme dans une sorte de vision de l'infini,. Sophie et Simone marchaient la téte baissée, d'un pas ferme, comme les martyrs qui vont au supplice. Le garde les précédait ; et sa lanterne, balancée par le rhy thme àk ses bras, semblait secouer la silhouette des arbres qui menaçaient tomber sur eux. Miss Simpson suivait avec le soldat.
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Ou arriva au pavillon. Le cheval du chirurgien, tout fumant d'une course rapide, était attaché à un arbre.
.— J'ai peur ! souiBa Sophie à Toreille de Simone au moment où le garde poussait la porte.
— Moi, je n*ai plus^peur, répondit la pauvre Simone d'une voix étrange qui sifflait entre ses dents.
Il fallut monter un petit escalier encombré de fagots et de feuilles sèches. Dans la seule chauihre du premier étage, sur un lit, auquel on avait mis des draps à la h&te, Vak iitin était couché. Le chirurgien, debout à son chevet, lui tenait la main. Un médecin amené sur le terrain par M. Briet, venait de se retirer. Deux jeunes officiers, dont l'un avait été témoin du duel, étaient à quelques pas du lit, absorbés dans une contemplation muette.
A genoux, devant une chandelle placée sur une table boiteuse, uu prêtre, le curé de Saint-Mandé, vieillard à cheveux blancs, phait dans un gros livre d'beures, à tranche rouge, qui semblait avoir pris du sang aux lin* ges jetés dans un coin.
Quand Sophie et . Simone parurent, le chirurgien fit un geste pour recommander le silence. Le blessé paraissait assoupi. Mais la recommandatiou était inutile. Les deux jeunes filles s'arrêtèrent au milieu de la chambre, dans une rigidité de statue. Leur âme oppressée était atteinte de cette catalepsie des premières heures de deuil qui étonne parfds le vulgaire, et passe pour de Tindifiérence. Elles voyaient tout, elles se rendaient compte de tout. Le piètre qui attendait une agonie; les amis qui n'attendaient plus rien ; le chirurgien qui faisait son devoir jusqu'à latin, rien ne leur échappa ; l'une et l'autre elles
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sentirent que tout était dit, que la mort était venue avant elles, que la lutte était impc^sibie ; et rangoisae qui glaçait leur sang dans les veines leur donnait en même temps une perception uette et distincte de tout ce qui se passait dans la chambre.
— Mon Dieu ! pensa Simone, mouira-t-il sans m'ayœr vue?
On eût dit que ce vœu avait une force attractive, Talentin souleva sa paupière, fit un mouvement pour
se touraer de côté et aperçut les deux jeunes filles.
— Simone! Sophie! munnura-t-il, et, défrageant «a main que le ciiirurgien avait priâe, il la leur tendit eu essayant de sourire.
Les purs senti monts sont toujours héroïques. Les deux jeunes Mes s'avancèrent avec ia résolution de lui cacher sa propie agonie.
— Sois calme, dit Sophie ; monsieur assure qu'il n'y a pas de danger.
— Menteuse, dit avec un reproche attendri Valentin en lui caressant les cheveux. Dites-lui donc, major, que je suis un soldat.
Simone agenouillée regardait Valentin avec des yeux aLTandis et fixes qui eussent voulu lui conmiuiiiquur la vie. Son désespoir participait d'une sorte de jalousie. £lle enviait la mort qui lui prenait son fiancé, son mari. Quant à Valentin, il avait peur de mourir, s'il la regardait, et il ferma les yeux.
— Simone, lui dit-il, vous ne seres pas veuve.
— Non, répondit-elle, car vous ne mourrez pas.
— C'est, au contraire, parce que je meurs avant le mariage.
Simone eut la teutation de se jeter à soû cou, de l'étouffer dans un dernier baiser, et de demander à Dieu la inorl dans ses bras. Mais celte pensée lui sembla uu sacrilège, elle joignit les mains avec piéié et s'approchant sur les genoux.
— Valentiu, lui dil-ello, regardez-moi.
Le blessé comprit au son de cette voix, qu'il y avait dans le cœur de Simone une vaillance sublime et qu'il pouvait la voir sans faiLiir ; il ouvrit les yeux, fit un effort pour s'accouder.
— Gomment ayez-vous su?... lui demanda-t-il.
— Est-ce que vous iiuuviez nous tromper? rrpondit Simone qui frissonna en voyant blêmir les lèvres de Valentin.
— Eh bien î j'aime mieux cela, reprit-il ; j'aurais trop souffert de ne pas vous voir.
— Ne parlez jias, dit le chirurgien.
— Oh ! je n'ai rien à lui dire, major, je veux seulement la regarder, vous ne me le défendez pas.
Un spasme fit tressaillir les muscles de son visage. Simone crut que le moment était venu.
— Mon père, dit-^Ue en se retournant vers le prêtre, ne pouvez-vous pas nous unir?
— Ma fille, je puis vous bénir, dit le salut homme qui s'approcha du lit.
Simone colla sa lèvre à la main moite de Valentiu. Le curé murmura une prière. Un peu de force rentra dans la poitrine déchhrée du mourant.
— Ah ! que la mort est douce, balbulia-t-il. Sophie, tu me pardonnes d'avoir voulu te venger. Tu diras à ma mère que je n'ai pas osé lui dire adieu... J'avais pour moi la justice; c'est ce qui m'a donné trop de confiance,
RntOIBB D*0NB ItftBS
•lit
je me suis mal défendu... D'ailleurs, je ne lui en Toulais
pas, à cet homme... Il a pleuré quand je suis tombé.. ^ Vous écrirez à Simon que je ne le maudis pas. Ce nom, à ce moment suprême, fit tressafllir les deux
jeunes filles.
Valentin était épuisé par ces quelques paroles, il laissa retomber sa t^te sur Vordller. Un peu de sang lui vint
aux lèvres.
— Mesdames, éloignez-vous, dit le chirurgien.
— Ne craignez rien, monsieur, dit Simone, nous
sommes digues de rester. Et, se raidissant contre la douleur, rhérolqueenfantregarda avec une avidité iiévrQUse le beau visage de Valentin qui se décolorait.
Le râle commençait. Le prêtre lut les prières de Tagonie. Sa voix tremblotaate, entrecoupée par la respiration baletante du moribond, troublait seule le silence de cette veillée solennelle. Le chirurgien, qui avait sans sourciller pansé. bien des blessés et vu bien des morts sur . les champs de bataille de l'Empire, mordait ses moustaclies, et deux grosses larmes coulaient le loûg de ses joues.
Tout à coup, Valentin parut vouloir se dresser, son
souffle s'arrêta, ses mains s'êlcndirLiil, cliercliant dans le vide, ses yeux tournèrent dans leur orbite, une grimace, l'empreinte formidable de«la mort qui prend possession de la vie périssable du corps, tordit sa bouche, il retomba; un peu d'écume lui vint aux lèvres. Tout était iini, Simone était veuve.
Alors, par un phénomène assez ordinaire, la stupeur qui enchaînait les larmes disparut. On eût dit que les jeunes filles ne redoutaient plus' de scandaliser Pâme éternelle qui avait pris sou vol. L'horrible vision de ce