‹ Histoire d'une nuitChapitre 11 sur 27 · I. Voir le Pendu de la Forêt noire · texte numérisé non relu

I. Voir le Pendu de la Forêt noire

ttlStOlRE D*tJNE NÙlT. ^3

placé Gînevra à sa droite. En face de lui, Madeleine avait pour voisin le banquier Alvarez et le comte de Lhimours.

Ce dernier était un grand jeune homme maigre, un peu raide de ton et d'allures, mais plein de verve et d'esprit, sans jamais pourtant se permettre de sortir de^ plus strictes lois de la politesse. Bien fait de sa personne, il possédait une physionomie originale qui n'était point de celles qui passent inaperçues dans un salon. Il était presque tout à fait chauve, quoiqu'il n'eût pas vingt-cinq ans, et cette calvitie précoce, par un de ces indéfinissables caprices de la nature, n'ôtait rien à la noblesse ni à la finesse de ses traits qu'elle ne vieillissait nullement. Ses yeux étaient bruns, petits et pleins de raillerie ; son nez assez grand, légèrement recourbé, surmontait une longue et soyeuse moustache que le • comte caressait souvent avec plaisir ; ses dents blanches, un peu longues, indice d'un caractère friand, ornaient sa bouche petite, aux plis ironiques.

A côté de lui se trouvait Olympe ; près d'elle, un petit être à la tète intelligente et imberbe, au sourire railleur, à l'oeil petit et brillant : on le nommait Finet. Il aspirait à devenir auteur dramatique, et s'était faufilé dans l'intimité du duc d'Ambre, grâce à la grande fortune que possédait son père, gros négociant en rouennerie, ainsi que par [sa gaieté et son esprit naturel qui avaient le don précieux d'amuser beaucoup ces dames. Près de lui était assis Gaston d'Arteville. Ceux qui ont déjà daigné lire les précédents récits de l'auteur de ce roman le connaissent, ainsi que son voisin Georges de Maurange. Leur rôle dans les drames qu'il raconte aujourd'hui ne devant être que secondaire, il croit ne pas devoir s'étendre sur eux davantage.

A côté de Georges se trouvait le comte Fabiani, qui mérite une mention spéciale. Fabiani, depuis quelques années, avait fait parler de lui par le jeu effréné qu'il jouait non seulement dans les tripots allemands, mais encore dans les clubs parisiens. Il ne refusait pas leur revanche à ses adversaires et payait ses pertes dans les vingt-quatre heures. Il n'en faut pas plus à Paris, — et, par le temps athénien qui court, ces qualités même ne sont pas minces — pour se faire admettre dans le monde des cercles aussitôt que Tun d'eux s'est .ouvert devant vous. A Hambourg et à Bade, il avait fait sauter plusieurs fois la banque. On citait de lui des traits de persévérance terrible au tapis vert. Douze heures ne l'avait point lassé en un jour. Chacune d'elles, il est vrai, lui avaient rapporté 100,000 francs. On faisait foule pour le voir entamer contre la banque ces duels terribles qui ont pour armes redoutables le maximum et le refait. Agé de trente-cinq ans environ, d'un physique fort ordinaire, peu gracieux même, et d'un esprit plus que médiocre, le comte Fabiani, grâce à la sorte de notoriété qu'il s'était ainsi acquise, était un de ces hommes que les gens en dehors tiennent à produire en leur qualité d'excentriques. '

Et, maintenant, écoutons les convives, après avoir épargné au lecteur la relation des propos fort insignifiants qui, comme toujours, avaient accompagné l'absorption des premiers plats et des premières bouteilles.

Il était trois heures du matin. Deux garçons ser- •vaient ; l'un était Auguste, le second était Jean Lenoir. Depuis une heure, sa visite aux Compagnons du Glaive étant terminée, Jean Lenoir était revenu reprendre son poste. Son visage avait repris son exprès-

sion ordinaire, et si, par impossible, un des convives se fût occupé de lui d'une façon spéciale, il n'eût pu qu'à grand'peine remarquer sur la physionomie du père Jean, ainsi que l'appelaient les autres garçons, les traces du profond désespoir auquell'ancien marin s'était abandonné dans la salle basse de la maison mystérieuse de l'île Saint-Louis.

Un détail à mentionner encore, c'est que le duc d'Ambre, après avoir invité le comte de Clamelle, à la prière de ce dernier, lui avait garanti que le nom du docteur Sergent ne serait pas prononcé, et en effet, il avait facilement obtenu de ses convives la promesse d'observer cet engagement. Toutefois, il était convenu de part et d'autre que, si les hasards de la conversation amenaient la question du procès ou de l'exécution, tout le monde pourrait en causer en ne désignant Sergent de Clamelle que sous le nom du condamné.

Seule, Madeleine, du reste, parmi les convives, savait qii'il existait entre Achille et André un lien de parenté. Ce dernier n'avait jamais été désigné dans le procès que sous' le nom du docteur Sergent, et l'instruction n'avait pas, pour des raisons que la suite de ce récit fera bientôt connaître, cru devoir s'appuyer sur la parenté qui unissait le marquis Anselme à l'homme qui, croyait-on, l'avait empoisonné.

Le souper s'animait. Finet, prenant la parole, proposa un toast :

— Aux dames, dit-il, à ces êtres charmants et irrésistibles qui sont les caméléons des sentiments, comme les conservateurs sont les caméléons de la politique.

— Bravo! bravo ! Et les coupes s'entrechoquèrent ^

— Finet aurait dû dire cela en vers*

— Oh î oui, des vers, c'est charmant, fit Olympe.

— Mais pas quand ils sont vides, n'est-ce pas, Georges, dit d'Arteville. Allons, Auguste!

— Vous ne versez pas, ajouta le duc en s'adressant aux garçons.

— Que donnait-on ce soir à TOpérar demanda Yanka qui craignait que son silence" ne fût rémarqué.

— Les Huguenots f répondit Fabiani.

— L'histoire d'une femme qui trompe son mari ! ajouta de Lhimours.

— Ah 1 vous avez vu la Dame aux camélias, monsieur le comte ? interrompit Madeleine.

— Je l'apprends par cœur tous les soirs.

— C'est le cas de dire avec Dumas fils alors, une femme qui trompe son mari, c'est si commun, remarqua Finet.

— Il y a mari et mari, lança Madeleine.

Yanka la remercia du regard.

— C'est commun lorsque le mari se. fâche.

— Il y en a.

— Les imbéciles !

— Oh ! Gaston.

— Eh certes. Quand on l'ignore, c'est peu de chose, et quand on le sait, ce n'est rien.

D'Arteville fut acclamé pour ce paradoxe.

— Il a raison, s'écria Finet. La vie n'est qu'une vaste plaisanterie. Au diable les esprits moroses qui croient qu'il faut se conduire dans le monde comme les héros des drames de l'Ambigu. Soyons jeunes, soyons riches, soyons fous, aimons, soupons, chantons et narguons le chagrin, comme dit un refrain connu.

— Ce qui prouve qu'il n'est pas de toi.

— Je demande que Tinterrupteur soit rappelé à Tordre. D'Arteville passe les bornes.

— Au contraire, je suis si gris que déjà je cause avec elles.

— Décidément je change de place, reprit Finet. Qui veut de Gaston ?

— Moi, fit Madeleine, et elle se leva.

D'Arteville qui se trouvait à côté de Ginevra, s'écria :

— Bien répondu et merci.

— Mettez-vous là, répondit Madeleine en lui désignant la chaise que venait de quitter Finet pour aller prendre celle qu'elle avait laissée vide à côté du duc d'Ambre ; ce qui fit que la Cagnotte se trouva à côté de Ginevra ; alors au milieu des quolibets qu'échangeaient tous les convives sans s'arrêter sur aucun sujet et sans même daigner s'écouter les uns les autres, la conversation suivante fut entamée par Madeleine qui, s'adressant à la maîtresse d'Achille, lui dit :

— Que vous êtes silencieuse, chère madame.

— Pardonnez-moi, tout ce bruit m'étourdit, répondit Ginevra avec un embarras marqué.

Achille avait suivi Madeleine des yeux; il chercha à deviner, au mouvement de leurs lèvres, les paroles qu'échangeaient les deux femmes et dès cet instant s'isola pour leur prêter toute son attention.

— Seriez-vous souffrante? reprit Madeleine avec un accent d'intérêt marqué.

— Oh! nullement, répondit Ginevra, mais c'est la première fois que je me trouve...

— En si nombreuse compagnie, interrompit la Cagnotte.

Pçut-être l'adjectif qui précède ne rendait-il pas

exactement toute la pensée de Ginevra, néanmoins elle parut l'accepter.

— Ne trouvez-vous pas ces messieurs très amusants? poursuivit Madeleine.

— Mon Dieu ! je vais vous paraître bien naïve, mais ils disent des choses qui m'étonnent plus qu'elles ne me divertissent.

— Oh ! mais il ne faut pas les prendre au pied de la lettre.

— Certes, non.

— Et sachez que le duc est, trop homme du monde pour tolérer à sa table le moindre propos qui puisse nous blesser. Parlons bas. Comment le trouvez-vous .>

— Qui cela > demanda Ginevra.

— Le duc?

— Il me fait l'effet d'un vieillard très poli et très bien élevé.

Madeleine se mordit les lèvres.

— C'est un vieillard vert en tout cas, dit-elle.

— Ah I fit Ginevra pour répondre quelque chose.

— Après d'Ambre et M.Alvarez, c'est le comte de Lhimours qui est le plus riche des invités du duc, reprit la Cagnotte.

— Vraiment.

Madeleine s'aperçut que Ginevra ne l'écoutait qu'avec une distraction marquée ; elle suivit la direction de ses regards, Ginevra regardait Achille.

— Étourdie, reprit la Cagnote, j'oubliais le marquis de Clamelle. •

— Le comte, voulez-vous dire, reprit Ginevra en cessant de regarder son amant.

— Comment ?

— Oui. Je ne sais pourquoi vous donnez tous à

M. Achille un titre qui ne lui appartient pas. Il n'y a qu'un seul marquis de Clamelle, c'est le marquis Anselme, l'oncle de M. Achille, et ce n'est qu'après lui que ce dernier pourra prendre le titre de marquis.

Ces paroles confondirent la Cagnotte. Ginevra ignorait donc la mort du marquis Anselme ! Tout le bruit qui s'était fait autour du procès qu'on avait appelé l'affaire du château de Clamelle n'était donc pas parvenu jusqu'à elle ! Par quel stratagème Achille était-il parvenu à laisser la jeune femme dans une ignorance aussi complète? Madeleine ne put résoudre ce problème, mais elle rendit hommage à la finesse du comte. Cela lui prouva qu'elle avait eu raison d'ajouter foi à l'étrange proposition qu'il était venu lui faire, aussi reprit-elle :

— Toutes les femmes sont folles de M. de Lhimours.

— Cela doit bien faire souffrir celle qu'il aime,

— Voilà un vrai mot de jalouse, ou je ne m'y connais pas. Le seriez-vous?

— Je n'en sais rien.

— Vous êtes donc bien sûre de l'amour du comte Achille ?

— Oui. Je lui ai consacré ma vie, il me doit la sienne.

— Évidemment, reprit Madeleine sans manifester le moindre étonnement, mais s'il vous trompait?

— Il ne me trompera pas, puisqu'il m'aime.

— Maintenant, c'est possible, mais plus tard, quand il vous aimera... moins.

Ginevra pâlit.

— Qu'avez-vous ? lui demanda Madeleine.

— Parlons d'autre chose, je vous prie, madame.

— Oh ! pauvre petite, reprit la Cagnotte en embrassaot la jeune femme avec effusion ; je vous ai attristée, pardonnez-moi I Mon Dieu ! ètes-vous sensible, je ne pouvais m'en douter. Sentiments ou chiffons sont les thèmes ordinaires de la conversation des femmes ; j'avais choisi le moins banal.

— Je vous en remercie ; mais vous m'avez rappelé un pénible souvenir ; et Ginevra poursuivit comme si elle se parlait à elle-même :

— Il ne faut même pas aimer moins pour tromper, il faut seulement en aimer un autre davantage ; puis elle resta pensive et Madeleine ne jugea point nécessaire de troubler sa rêverie.

En ce moment, Jean Lenoir, portant sur un plateau d'argent un morceau de papier plié négligemment, se pencha à l'oreille du duc d'Ambre, celui-ci désigna du geste Achille de Clamelle ; Jean s'approcha de ce dernier et lui présenta le plateau :

— Pour vous, monsieur le marquis, dit-il.

— Qu'est-ce ?

— Ce papier.

C'était un fragment de journal.

— Que signifie? demanda de Clamelle,

— La personne qui attend en bas a écrit au crayon sur la bordure blanche.

Achille déploya le papier;' trois lignes au crayon avaient été tracées au-dessus de l'imprimé. L'écriture devait être bien connue par le comte, car à peine l'eut-il aperçue qu'il tressaillit. ^

Voici quelles étaient ces trois lignes :

« Je veux te parler, j'ai besoin d'argent. Viens, dans

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quelques heures, il n'y aura plus au monde que des gens intègres.

« Ton vieux.,.

« Boulin... »

— Lui! murmura Achille, et il se leva ; Ginevra le questionna du regard, elle seule avait suivi l'incident avec intérêt ; le comte passa près d'elle :

— Je reviens à l'instant, ma mignonne, lui dit-il, et il quitta le cabinet suivi par Jean Lenoir qui, depuis le moment où le duc d'Ambre lui avait désigné de Clamelle, ne l'avait plus quitté des yeux.

Dès qu'il fut dans le corridor, Achille passa la main sur son front, et, froissant avec rage le morceau de journal qu'il tenait toujours, en fit une boule qu'il lança au loin avec colère. Il descendit aussitôt. Jean Lenoir attendit qu'il eût disparu, puis ramassa la boule, la déroula et lut à son tour les lignes tracées au crayon.

— Voici un étrange billet, dit-il. Est-ce que le frère Clément Morin aurait raison ?

Il retourna le papier, c'était précisément l'entête du journal, la date y était : 30 décembre; Jean.Lenoir mit le papier dans sa poche et rentra dans le cabinet.

Rejoignons Achille de Clamelle ; sur le palier de l'entresol, celui qui avait écrit au comte l'attendait; c'était un homme de quarante ans environ, dont la mise à la fois élégante et misérable achevait de donner à toute sa personne un caractère singulier; la physionomie de cet homme était étrange : des yeux battus, à moitié éteints, un teint bistré, des cheveux et des favoris roux taillés à l'anglaise ; un nez long projetant une ombre étroite sur des lèvres rasées de près et des-

sinant un sourire railleur, la composaient ; il portait un gibus graisseux, un paletot bien coupé, mais usé aux manches et dont plusieurs boutons manquaient.

— Bonsoir, mon vieux, dit-il ^u comte.

Achille ne lui répondit pas, et s'adressant à un garçon qui passait :

— Ouvrez-nous un cabinet, lui dit-il, j'ai à causer avec monsieur.

— Par ici, messieurs, répondit le garçon, et il leur ouvrit une petite salle située au fond du couloir.

— Laissez-nous, reprit Achille.

Le garçon sortit.

— Combien voulez-vous? Parlons bas, dit-il, dès qu'il fut seul avec l'auteur du billet.

— Minute, cher ami, comme tu y vas. Combien voulez-vous ? Suis-je un chien auquel on jette un os à ronger ou un associé auquel on doit rendre des comptes? Je t'ai adressé dix lettres à Venise, et point de réponse. Tu reviens et tu n'as garde de me le faire savoir ; j'ai pourtant à causer et à compter avec toi. Il faut qu'un hasard me conduise ici au moment où tu pénétrais dans ce restaurant avec ta bien-aimée.

— Où voulez-vous en venir ?

— D'abord dis-moi : toi, puis donne-moi vingt-cinq louis. Je viens de souper avec mon infante et je dois en avoir pour pas loin de cent francs,

— Soit, fit Achille, mais ne reviens plus à la charge d'ici à quelque temps.

— Ouais dàl Achille, est-ce que tu voudrais flibuster ce bon petit Boulingrin.^ Faudrait pas, tu sais, ce ne serait pas gentil, puis je suis bon garçon, mais au fond je me fiche de la vie comme d'une guigne et si tu ne me la rends pas agréable je pourrais,,.

— Tais-toi, je t'en conjure, interrompit le comte. Je n'ai pas d'argent pour le moment.

— Mon petit, ce n'est pas mon affaire.

— N'as-tu pas reçu quinze mille francs à mon départ }

— Sur l'affaire Saint-Till ?

— Oui.

— Du tout. Cet affreux filou de Mercadier n'a voulu m'en compter que cinq mille, remettant le reste de ma commission à l'échéance des billets.

— Mais cette échéance est arrivée.

— Oui, mais inutilement, le petit Gabriel n'a pas payé. Son tuteur, le d'Avilar fait un procès. Dieu sait les désagréments que nous allons avoir.

— Nous ! en quoi puis-je être mêlé en tout cela?

— Nous, c'est-à-dire Mercadier et moi.

— Eh bien ! je te donnerai de l'argent.

— Quand ?

— La semaine prochaine.

— Je veux vingt-cinq mille francs! dit impérieusement Boulingrin.

— Y songes-tu ?

— Je ne songe qu'à ç^ ! vingt-cinq mille francs!

— Mais je ne les ai pas !

— Trouve-les.

— Impossible.

— Par tous les diables ! il me faut vingt-cinq mille francs dans huit jours, ou je jabotte.

— Boulingrin! Plus bas, malheureux!

— Tu as raison. Est-ce dit?

— Que vais-je faire ?

— Voyons, mon petit, il mç semble que je nç swi^

pas un créancier exigeant. Me dois-tu, oui ou non, un million ?

— Je ne conteste pas ma dette.

— Eh bien, alors, fais en sorte de me donner ce faible acompte.

— Ne peux-tu attendre ?

— Eh non ! attendre, toujours attendre, c'est vieillir. Les cheveux gris arrivent, mon estomac s'en va, au troisième verre d'absinthe j'ai parfois des crampes et au second baiser je passe la main. Je veux jouir de mon reste. Puis j'ai une affaire qui me tente. Une martingale superbe, infaillible.

— Le jeu, encore I

— Tu ne vas pas me faire de morale, j'imagine.

— Non.

— A la bonne heure! elle serait trop forte, celle-là, Achille de Clamelle déguisé en Mentor 1 Va, ne crains rien, tes vingt-cinq mille francs feront des petits. Avant un an, j'aurai fait sauter toutes les banques d'Allemagne. En attendant donne-moi mes vingt-cinq louis.

Achille tira de sa poche un petit portefeuille en cuir de Russie, l'ouvrit et prit un billet de banque et le tendant à Boulingrin ;

— Tiens, lui dit-il.

— Merci, A quand l'acompte?

— Donne-moi quinze jours.

— Impossible.

— Je t'en prie.

— Ah ! fit Boulingrin, te voilà tout à fait gentil. C'est bien, je te donne jusqu'au 10 janvier.

— C'est convenu ; adieu î

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— A propos, c'est pour ce matin, reprit Boulingrin en baissant la voix.

— Quoi ! demanda le comte.

— Là-bas! place de la Roquette. Iras-tu?

— Non... Oh ! non!

— Peureux. J*irai, moi.

— Tu oeerais ? reprit le comte en frémissant.

— Il n'y a que les morts qui ne reviennent pas ! Je veux faire provision de tranquillité.

Une pâleur extrême s'était répandue sur les traits d'Achille.

— Pauvre André! murmura-t-il.

Boulingrin lui adressa un regard de stupéfaction ; un sourire de pitié erra sur ses lèvres minces, et se diri' géant vers la porte :

— Au 10 janvier, dit-il, puis il sortit.

Le comte de Clamelle regagna le cabinet du premier, où régnait une grande animation au moment où il y rentra.

Tous les convives du duc d'Ambre avaient quitté la table et ils se tenaient groupés autour d'un divan sur lequel était étendu un jeune homme de vingt ans environ dont l'état d'ébriété complète contrastait singulièrement avec le calme relatif des assistants ; ce jeune homme était le souscripteur des billets dont venait de parler Boulingrin, Gabriel de Saint -Till, le frère de Marguerite, dont était épris Rodrigue d'Avilar.

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