EXÉCUTION DU DOCTEUR ANDRÉ SERGENT
« Ce matin, à six heures, a eu lieu, place de la Ro^ quette, l'exécution du docteur André Sergent, l'assassin du marquis Anselme de Clamelle.
« On n'a pas oublié que, loin de se défendre devant ses juges, André Sergent avait spontanément avoué son crime ; malgré les instances réitérées de son défenseur, ainsi que celles du vénérable aumônier de la prison, après avoir refusé de se pourvoir en ciàssation, il n'aVâit point voulu signer son recours en grâce.'
HISTOIRE d'une NUIT. Il3
« A minuit, l'échafaud a été dressé au milieu d'une foule de curieux déjà considérable et dont Tattente, cette fois, n'a pas été vaine comme les deux ou trois nuits précédentes. A quatre heures du matin, Taumônier de la prison, suivi du chef de la police de sûreté, du directeur de la Roquette, de l'exécuteur des hautes œuvres et de quelques privilégiés, au nombre desquels nous avions obtenu, non sans peine, la faveur de nous glisser, pénétrèrent dans le cachot du condamné.
« Ce cachot, le plus éloigné de la porte d'entrée, est le même qui servit de demeure au célèbre Ratisson, l'assassin monomane qui étranglait les femmes blondes dans les omnibus. Lorsque la porte s'est ouverte, André Sergent dormait profondément ; le digne aumônier le réveilla. Le condamné comprit immédiatement que son heure était venue, et il s'évanouit pendant quelques minutes; l'aumônier resta seul avec André Sergent pendant une demi-heure : celui-ci était calme et semblait complètement résigné lorsque nous rentrâmes.
« Il s'habilla sans proférer une parole et se rendit à la chapelle accompagné de l'aumônier ; bientôt après commença la sinistre opération de la toilette. Au moment où l'exécuteur des hautes œuvres donnait Tordre à un de ses aides de lier les jambes du condamné, André Sergent lui dit :
« — A quoi bon, monsieur, je ne m'enfuirai pas. « L'exécuteur lui ayant répliqué que le règlement lui interdisait de conduire à l'échafaud un condamné sans entraves.
¥. — Faites donc alors, lui répondit le docteur avec résignation.
« Quelques minutes après, il se levait soutenu par les deux aides, et le sinistre cortège se dirigeait vers la
porte de la prison, qui fut ouverte aussitôt ; à la vue de Téchafaud, André Sergent pâlit horriblement et baissa la tête en fermant les yeux. C'est ainsi qu'après avoir embrassé Taumônier, il arriva sur la plate-forme de réchafaud ; il fut immédiatement poussé c'ontre la planche à bascule, et quelques secondes après, ce grand coupable était devant le Souverain juge!...
« Une foule nombreuse assistait à cette exécution, qui, à partir du moment où le condamné a mis le pied sur la première marche de Téchafaud, n'a pas duré plus de douze secondes ; ce qui nous force à rendre hommage aux perfectionnements qu'on a apportés depuis quelques années à l'instrument de mort... »
Un autre journal, peut-être mieux renseigné, disait aussi le même soir :
« L'exécution du docteur André Sergent, qui devait avoir lieu ce matin, a été. définitivement ajournée. Une personne digne de foi nous affirme que la condamnation à mort qui devait le frapper, a été commuée en celle des travaux forcés à perpétuité. Il faut en conclure que le Docteur a enfin consenti à signer son recours en grâce, ce qu'il s'était opiniâtrement refusé à faire, ainsi que nous l'avons déjà annoncé. »