TERRAIN A VENDRE
Puis, presque effacés par les pluies, ceux-ci encore : S*ad...scr . M® A,,ain notaire voie.
En les reproduisant, il est bien entendu que nous unissons les deux inscriptions en une; car dans la première, les deux mots terrain et notaire étaient seuls visibles, et dans la seconde n'existaient que les fragments de mots que nous avons ajoutés.
La maison des Compagnons, entourée de planches, avait l'aspect que présentent d'ordinaire les constructions en voie d'exécution depuis de longues années ; les passants et les habitants du quartier s'étaient parfois demandé pourquoi elle restait inachevée ou ne tombait pas complètement sous la pioche, et pourquoi aussi ce terrain improductif, à vendre depuis si longtemps, n'avait pas encore trouvé d'amateur. Elle se composait d'un rez-de-chaussée surmonté de deux étages ayant chacun trois fenêtres donnant sur la berge. Aucune lumière n'éclairait les croisées de sa façade. Celles du rez-de-chaussée étaient hermétiquement closes par de solides persiennes, qui, vu la solitude ordinaire de cet endroit de l'ile Saint-Louis, ne pouvaient faire naître aucune supposition gênante. Les fenêtres des deux étages contre lesquels des volets intérieurs avaient été poussés négligemment, laissaient apercevoir, à travers leurs vitres, des rideaux blancs jaunis par le soleil, le temps et la poussière. Un jardin assez grand, entouré d'un mur s'élevant à la hauteur du second étage, empê- •chant le regard des curieux d'y pénétrer, bordait la
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tnaisoa. Si quelqu'un, du reste, s'était introduit dans • les allées incultes de ce jardin, où Therbe et la mousse avaient tout envahi, il n'eût aperçu à travers les croisées que des chambres vides et délabrées, ou quelques meubles boiteux qui ne se tenaient plus debout que par habitude. Jamais aucun bruit venant de l'intérieur n'arrivait au dehors. Une tombe n'est pas plus silencieuse. Les voisins croyaient généralement que, depuis plus de dix ans, cette maison était inhabitée, car jamais aucun d'eux n'y avait vu entrer personne.
Lorsque nous y pénétrerons, on comprendra, par les précautions qu'ils avaient prises, comment les Compagnons du Glaive pouvaient, depuis fort longtemps, tenir dans cet endroit leurs terribles séances, sans que rien n'eût pu jamais y signaler leur présence.
En province, malgré son aspect relativement honnête;^ une maison se trouvant dans des conditions semblables* eût certes éveillé rapidement l'attention des curieux, mais, à Paris^ le fait avait à peine été remarqué.
— Cette maison-là doit appartenir à quelque vieux maniaque, disait-on, et c'était tout.
Maître Allain et son compagnon venaient à peine de s'engager dans le long corridor dans lequel la porte qui venait de se refermer sur eux donnait accès, lorsqu'on frappa une troisième fois à cette porte de la même façon que l'inconnu et maître Allain avaient frappé euxmêmes.
— Encore un frère, dit le Compagnon qui leur avait ouvert.
— Sois prudent, répliqua Allain; et toi, suis-moi, ajouta-t-il en s'adressant à Rodrigue.
Guidés par la lumière d'une lampe fumeuse qui éclairait le corridor, Allain et Rodrigue poursuivirent leur
chemin, tandis 'que le frère introdutteur regagnait la porte de la rue. Le cœur de Rodrigue battait avec force. Si résolu qu'on soit, au moment d'entamer une lutte sérieuse, on ne peut souvent vaincre une sorte d'effroi. Les lèvres du jeune homme, fébrilement agitées, murmuraient un nom, comme si ce nom, répété par lui, eût été pour son cœur une sorte de courage. Ce nom était celui de Marguerite, et chacune des syllabes qui \q composaient passait sur les lèvres de Rodrigue comme une bouffée d'air bienfaisant :
— Mafrguerite ! Marguerite !
Celui que nous avons appelé le frère introducteur slétait dirigé vers la porte de la rue, il y arriva et après l'avoir entre-bâillée :
— Qui es-tu ? dit-il au troisième visiteur nocturne.
— Compagnon, répondit celui-ci.
Mais tout à coup, ayant éclairé le visage du nouveau venu, le frère introducteur poussa un cri d'étonnement.
— Jean Lenoir !
— Oui, moi !
— Qui t'amène ?
— Le Désespoir ! Pitié pour un renégat !
Et lorsque le frère introducteur lui eut livré passage^ Jean Lenoir s'engagea aussi dans le corridor de la mairson des Compagnons du Glaive.