‹ Histoire d'une pipe, Volume 1Chapitre 12 sur 38 · HISTOIRE D'UNI PIPI · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'UNI PIPI

» le progrès effrayant de la folie marchant de pair avec d'autres progrès. » Depuis quelques années surtout, le nombre des aliénés augmente d'une • manière extraordinaire et inquiétante. Ainsi en 1846, le nombre des » fous traités ou entretenus dans les établissements départementaux était » de 10,525, tandis qu'en 1848 il s'élevait à 26,286, et aujourd'hui on I en compte jusqu'à 40,000, dont plus de la moitié ont été conduits à » l'aliénation par le spiritisme. »

— Peste ! on ne m'y rattrapera plus ! s'écria le colonel, se faire mordre pour devenir fou, ce a'est pas la peine. Adieu, alors, l'histoire de la pipe.

— Pourquoi cela, colonel ? si vous y tenez tant, nous savons son âge, sa patrie, et si on ne peut pas la faire parler, on parlera pour elle.

— M. Sorbier a une excellente idée qui m'en donne une autre, reprit vivement ma mère. Théodore cherchait un sujet de conférence pour ses ouvriers, l'histoire de la pipe en sera un très-bon.

— LfCS conférences tiennent donc toujours ? demanda l'ex-notaire.

— Je le crois bien, au commencement les ouvriers^ y venaient en petit nombre ; à présent, il n'y en a pas quatre qui y manquent, et je vous assure qu'ils y profitent beaucoup. Vous ne sauriez croire combien ces braves gens aiment la vérité et sont désireux de la connaître.

— La vérité un peu arrangée, hem ! fit le notaire ; un cours d'histoire comme l'enseigne M. le curé, n'estril pas vrai, voisin? Après tout, ajouta-t41 en clignant de l'œil, vous trouvez votr^ intérêt à ce que le peuple ne soit pas trop instruit. Et peut-être avez-vous raison.

— Je n'ai jamais eu qu'un but en causant avec nos ouvriers, répondit vivement mon père, dissipe^ leurs préjugés et leur faire voir clair en morale et en histoire.

— Oui, oui, clair à votre façon, je comprends, à la façon du catéchisme des frères ignorantins. Je voudrais vous entendre d'un petit coin lorsque vous leur parlez des moines, de l'inquisition, de l'esclavage, de la Saint-Barthélémy, de la réforme, des philosophes, du grand Voltaire,

des principes de notre ^immortelle révolution. Nous ririons ensemble après cette petite leçon de famille.

— Eh bien ! monsieur, si vous voulez rire, voici une belle occasion, Dès demain je commencerai l'histoire de la pipe, et je m'engage à traiter les sujets dont vous venez de me parler. Je les traiterai l'histoire à la main, et quand je dis l'histoire, c'est dé l'histoire vraie que je parle. ' Je vous invite à nos conférences ; venez-y, non pas dans un petit coin, mais i la place d'honneur ; menez avec vous qui vous voudrez : je parlerai devant vous à cœur ouvert.

— Les objections sont-elles permises?

— Non-seulement permises, mais demandées. .

— Alors, c'est un duel à mort que vous me proposez.

— Un tournoi à armes courtoises, seulement.

— Et dans lequel je servirai de parrain à M. Sorbier, ajouta le colonel.

— Quels seront les juges du camp? demanda ma mère.

— Nos ouvriers, repartit mon oncle, puisque c'est pour eux que le combat aura lieu. Allons, demain nous verrons comment se servent d'une pipe les gens qui ne fument pas.

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