‹ Histoire d'une pipe, Volume 1Chapitre 27 sur 38 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Ce qui se passa chez le changeur Aaron.

» Pendant toute la durée du moyen-âge , alors que les banquiers n'avaient pas encore le monopole du trafic de l'argent, les Lombards et principalement les juifs furent les seuls en Europe à exercer le métier lucratif de changeurs, de préteurs sur gages ou sur hypothèque, d'usuriers et parfois de faux-monnayeurs. Tolérés plutôt que protégés par les princes et les rois qui les considéraient comme une plaie nécessaire, haïs des peuples, bafoués, maltraités, pillés et souvent massacrés par la populace, ou brûlés par ordre de juges aussi ignorants que cruels, conmie empoisonneurs publics , voleurs d'enfants ou profanateurs des chose^ saintes, les juifs, dans ces temps de barbarie, rendaient haine pour haine à leurs persécuteurs et se vengeaient sur les chrétiens de toutes les injures qu'ils en recevaient en les ruinant, par l'usure la plus raffinée, et en suçant pour ainsi dire l'argent de ceux qui avaient le malheur d'avoir aflaire à eux, avec plus d'avidité que n'en met une sangsue à se gorger de sang.

» Toujours sous le coup^ de violentes représailles de la part de leurs victimes, ils avaient pris l'habitude, pour échapper au pillage , de dissimuler leurs richesses sous l'apparence de la plus sordide misère. Obligés par les lois à se soumettre à mille avanies sans se plaindre, ils affectaient la plus profonde humilité, sortaient rarement de leurs demeures et se laissaient parquer commue des animaux immondes dans des quartiers séparés, nommés Juiveries ou Getho , dans lesquels on les enfermait pendant la nuit et dont les clefs étaient remises, chaque soir, à un magistrat spécial. D'ordinaire ils portaient en public des vêtements misérables et

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souvent une sorte de livK'e grotesque, destinée â les sipaler de loin à l'horreur ou à la risée.

" Les lois mêmes, qui ne devraient avoir d'autre but que de protéger les citoyens , ne s'occupaient des juifs que pour les humilier ; elles les contraignaient à mille obligations ignominieuses ou vexatoires et, nonseulement ne leur permettaient pas d'aspirer aux honneurs d'une magistrature ou d'un emploi public quelconque, mais leur interdisaient, sous les peines les plus sévères, d'entrer dans une église, de se mêler à une cérémonie, de tester en justice et même de passer sur certains ponts, de boire dans le même verre qu'un chrétien, ou de porter d'autre» coiffure qu'une calotte jaune. Pour eux la justice était l'injustice , la règle l'ex- ' ception. Voués au mépris et aux mauvais traitements , ces malheureux n'eurent, pendant de longs siècles, que des ennemis et des persécuteurs. Seule, l'Église catholique , toujours tolérante , osa prendre leur défense contre les peuples et les rois.

— Oh ! par exemple, fit M. Sorbier, ceci est trop fort. Je m'étais promis de ne plus vous contredire, mais il m'est impossible de laisser passe''' une pareille assertion.

— Vous avez parfaitement raison , il ne faut jamais laisser passer une erreur sans la relever.

— C'est ce que je ferai, et cette fois-ci du moins, il vous sera difficile de défendre l'Églbe, car dans cette question tout le monde est unanime à la condamner.

— Qui appelez-vous tout le monde ? je vous prie.

— Qui? Mais, sans remonter plus loin, le savant Daunou , Grégoire, Dukure, Sismondi, Lambrechts et Volney, l'Institut en 1801 , tous les philosophes et une grande partie de nos modernes historiens. Qui encore? Faut-il vous le dire, l'Église elle-même qui anathématise les juifs elles déclare un peuple maudit.

— Bravo! fit Fleur-des-Pois.

— C'est tout? dit mon père.

iS8 HISTOIRE D*UNE PIPE.

— Trouveriez-vous'par hasard que ce ne soit pas assez?

— Je trouverais au contraire que c'est beaucoup trop si je n'avais d'autres témoignages à opposer à ceux de quelques savants suspects, d'un prêtre apostat et d'écrivains qui ne soùt, après tout, que des échos de Voltaire.

— Ne serais-je pas indiscret en vous demandant les noms de vos autorités?

— Pas le moins du monde, mon cher voisin , et d'abord puisque vous opposez à ma défense du catholicisme l'Église elle-même , je vous dirai que je n'ai trouvé nulle part les anathèmes prétendus portés par elle contre les juifs. Le Christ, son divin fondateur, en mourant sur la croix, loin de les maudire , a dit cette admirable parole : Pardonnez-leur, mon père, ils ne savent {Ms ce qu'ils font. Et chaque année, pendant la semaine sainte, ce solennel anniversaire de la mort d'un Dieu fait homme par amour, les prêtres, en habits de deuil , mêlent à leurs gémissements une touchante pnère pour la conversion du peuple juif. Voilà ce que dit l'Église. Voyons maintenant ce qu'elle a fait :

• Vers le milieu du Vile siècle, saint Grégoire défendit les juifis et les protégea dans tout le monde chrétien.

» Au X« siècle, les évêques d'Espagne opposèrent la plus grande énergie au peuple qui voulait les massacrer. Le pontife Alexandre II écrivit à ces évêques une lettre pleine de félicitations pour la conduite sage qu'ils avaient tenue à ce sujet.

• Dans le XI«, les juifs, en très-grand nombre, dans les diocèses d'Uzès et de Glermont, furent puissamment protégés par les évêques.

1» Saint Bernard les défendit, dans le XH^ siècle, de la fureur des Croisés.

» Innocent II et Alexandre III les protégèrent également.

■ Dans le XIII^ siècle , Grégoire IX les préserva , tant en Angleterre qu'en France et en Espagne, des grands malheurs dont on les menaçait; il défendit sous peine d'excommunication, de contraindre leur conscience et de troubler leurs fêtes.

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> Clément V fit plus que les protéger; il leur facilita encore les moyens d'instruction.

• Clément VI leur accorda un asile à Avignon , alors qu'on les persécutait dans tout le reste de l'Europe. ^

> Xers le milieu du même siècle, l'évêque de Spire empêcha la libération que les débiteurs des juifs réclamaient de force, sous prétexte d'usare.

> Dans les siècles suivants, Nicolas II écrivit à l'inquisition pour l'empêcher de contraindre les juifs à embrasser le christianisme.

I Je pourrais citer encore une infinité d'exemples et, vous le voyez, je ne me borne pas à des oit dit, avec les noms je donne les dates. Mais ce n'est pas tout. Ces exemples, ce n'est pas moi qui les ai recherchés dans l'histoire, celui qui a fait ce travail , celui qui donne un si éclatant démenti aux accusations des Daunou, des Grégoire et de tant d'autres, n'est pas un jésuite, un dévot, un clérical, c'est It juif Isaac-Samuel Avigdor^ député des Alpes maritimes et orateur du grand sanhédrin ou assemblée des juifs réunie à Paris, le 30 octobre 1806.

» Et l'assemblée tout entière applaudit à ce discours, et à la suite du procès-verbal, ordonna d'imprimer l'arrêté suivant :

f Les députés de l'empire de France et du rpyaume d'Italie, au synode hébraïque , pénétré^ de gratitude pour les bienfaits successifs du clergé chrétien en faveur des Israélites des divers États de l'Europe.

• Pleins de reconnaissance pour l'accueil que divers pontifes et plusieurs autres ecclésiastiques ont fait dans différents temps aux Israélites de divers pays, alors que la barbarie, les préjugés et l'ignorance réunis persécutaient et expulsaient les juifs du sein des sociétés;

• Arrêtent que l'expression de ces sentiments sera consignée dans le procès-Verbal decejour,]90tir quelle demeure à jamais comme un témoignage authentique de la gratitude des Israélites de cette assemblée pour /es bienfaits que les générations qui les ont précédés ont reçus des ecclésiastiques de divers pays de l'Europe. »

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160 mSTOIEK d'une PIPB.

^1 — Ma foi, dit mon onde, voilà qui est clair, et pour ma part, j'avoue

que je serais assez porté à croire que les juifs en savept au moins autai^

sur leur histoire que le trè&^vant M. Daunou. L'ex-notaire ne répondit rien. Évidemment il perdait chaque jour dfl

son assurance ^et cette dernière défaite le rendit singulièrement défiant|

a Tendroit des récits de ses auteurs favoris. Quant à Henri Sorbier, il prétexta une migraine pour sortir, et Finira

des-Pois prit la prudente résolution d'éèouter, dorénavant, sans rien

dire.

■ Grâce aux indications que André avait reçues, continua mon père, et â la connaissance parfaite que chacun, dans Cologne, avait de la de-! meure du riche Aaron , André arriva focilement à la maison du chao^ geur. L'apparence plus que modeste du palais d'un des plus opulents banquiers de la viHeeùt pu faire croire à tout autre qu'il s'était trompé, mais l'ex-novice, qui avait eu l'occasion d'entrer quelquefois chez les changeurs de Mayence, savait à quoi s'en tenir sur ces apparences de pauvreté et, sans hésiter, il s'engagea dans une allée humide et étroite, au bout de laquelle s'élevait une vieille maison à deux étages, éclairée par de rares et étroites fenêtres garnies de forts barreaux de fer. Arrivé au bout de ce couloir, il frappa d'une main résolue à une petite porte cuirassée de plaques boulonnées de gros clous à tête saillante et attendit. Quelque? instants s'écoulèrent, puis des pas traînants se firent entendre et un judas en fer, percé de trous, qui permettait aux personnes de l'intérieur de voir sans être vues, s'étant ouvert sous la pression d'un ressort, une voix chevrotante demanda à l'étranger ce qu'il désirait.

' » — Changer de l'or pour de l'argent, répondit André. » — - Une forte sonune î continua la voix, j» — Non, quelques pièces seulement.

» — Les avez-vous sur vous 1 » — Oui.

■ — Ètes-vous seul?

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HISTOIRE D'UNE PIPB, i6l

» — Mein Got! vous le voyez bien.

• — Alors, c'est bon, attendiez un instant.

» Le judas se refenna, les verroux furent tirés, puis les pas s'éloignèrent, qne corde, tendue de l'intérieur, souleva lé dernier barreau et la même voix, mais plus éloignée, cria : poussez la porte et entrez.

V — Que de précautions , pensa le jeune homme, on dirait que ces gens me prennent pour un Il n'acheva pas et entra brusquement.

i Un petit escalier tournant, en pierres, aux marches humides et usées, était devant lui; il grimpa jusqu'au premier étage et s'arrêta devant une seconde porte, fermée comme la première, mais qui s'ouvrit d'elle-même au premier coup qu'il frappa.

» La chambre dans laquelle il se trouva alors était si sombre que d'abord il se crut seul, mais bientôt il reconnut qu'il était dans le cabinet d'Aaron. Quelques grossiers escabeaux et une petite table sur laquelle était scellé un encrier de plomb, en formaient tout l'ameublement. Au fond et près d'une étroite lucarne grillée , le vieux banquier, vêtu d'une longue houppelande en haillons et enfermé, comme un animal malfaisant, dans une cage de fer, grififonnait, assis devant un bureau sur lequel étaient entassés des registres graisseux, quelques sacs d'argent, des papiers, des plumes et une balance à peser l'or.

» — Que désirez-vous de moi, jeune homme? demanda le juif qui, sans relever la tête, examinait avec soin , par-dessus ses larges lunettes, la physionomie de son visiteur.

» — Changer quelques pièces d'or pour de l'argent.

f — De l'or pour de l'argent. Hélas ! tout le monde veut changer l'or et l'argent se fait rare, bien rare, jeune homme, et j'en ai bien peu. Il est vrai , c ontinua-t-il en poussant un profond soupir, qu^ je n'ai pas beaucoup d'or non plus. Cependant il faut bien vous obliger. Voyons, votre or. Là faites-le glisser par ce guichet.

• André fit glisser sur la planche intérieure les cinq pièces d'or qu'«l avait volées à l'économe des pauvres de la Val-Grùn. Le juiL, dont les

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162 HISTOIRE d'une PIPI.

doigts erochus ressemblaient aux dents d'un râteau, les attira aussitôt à lui avec une joyeuse avidité.

■ — Hum! fit-il en les soupesant dans sa main osseuse, or de

Mayence, mauvaise monnaie.... Elles sont bien légères N'y en a-t-il

fias de fausses, au moins?

» — Je ne le pense pas.

» — Ah! vous ne le pensez pas... Vous «n'en êtes donc pas sûr? En« fin, nous allons voir, reprit le changeur qui essaya chaque t>iéce sur li pierre, les fit tinter, les examina à la loupe, les pesa avec un faux poids et naturellement les trouva légères.

• — Voyez-vous ça, jeune homme, on vous a trompé. Ces pièces sont pOgnées, et puis, pour une si petite somme, il m'est impossible de vous faire une remise. Si vous en aviez beaucoup, je ne dis pas, mais si peu... Enfin, comme je vous Tai déjà dit, je; tiens à vous obliger. Je vais vous donner en argent les trois quarts de leur valeur légale. C'est une mauvaise affiiire pour moi, car par les cornes de Moïse, c'est plus qu'elles ne pèsent en réalité.

» André avait bâte d'en finir. Il débattit un peu pour la forme et finit par en passer par où le juif voulait.

• — Hum ! hum! fit Aaron, voilà un gaillard qui ne connaît pas trèsbien la valeur de son or, je soupçonne qu'il ne doit pas lui avoir coûté cher.

» Et tout en passant les pièces d'argent à son visiteur, qui empochait sans compter, il ajouta :

» — C'est une bien petite somme qi^e je vous donne-là.. Si vous aviez d'autre or ou des objets de valeur, je vous ferais une forte remise. Voyez, cherchez bien, je vous engage à profiter de l'occasion, car tous les jours vous n'en trouverez pas une pareille.

• -^ J'ai bien aussi une pierre que j'ai trouvée et que que je

vous vendrais volontiers.

» — Une pierre, dit le juif de sa voix la plus mielleuse, voyons-la.

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HlSTOIlil D*UNB PIPE. 163

liutement un seignear m'en a demandé plusieurs pour faire une parure sa fille qu'il va marier. Nous pourrons facilement nous entendre. Le igneur dont je vous parle est riche, il ne marchande pas avec moi et vous ferai partager le profit.

» — Vous paierez en argent comptant.

> ^ Or ou argent, à votre choix.

■ Andr^ fouilla dans sa poche, et au lieu d'une pierre en retira deux, bs pbs grosses.

I — Dieu de Jacob, s'écria le changeur, voici une perle d'une ieauté rare, mais le diamant est merveilleux! Quel malheur que tous n'ayez que ces deux-là. Quelques autres pareilles et votre fortune kait faite.

• — J'en ai bien quelques autres encore, fit le voleur ébloui.

• — Voyons ! voyons ! nous en ferons un seul bloc.

> André, tremblant d'émotion, étala ses richesses sur la planche. IL y irait dix-huit pierres en tout.

— Vous n'avez rien de plus?

> - Absolument rien, continua le jeune homme en retournant sa poet pour voir s'il n'y en était point resté.

» — Tant pis, quoique déjà il y en ait là pour une grosse somme.

■ — Combien les estimèz-vous !

» — Mais, à vue d'œil, il y en a>bien pour dix mille ducats.

> - Dix mille ! Elles en Valent plus du double. .

» — C'est possible , je ne les ai pas encore bien examinées, mais ce soir je vous en dirai la valeur au juste.

" — Ce soir, c'est impossible, je pars dans une heure.

> — Alors, à votre retour.

» — Non, non, lout à l'heure ou point du tout.

" — Soit. Vous savez qu'il y a quelques formalités à remplir.

> — Lesquelles? demanda le jeune homme qui commençait à se sentir mû à l'aise.

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164 HISTOIRB D'ONB PIPB.

> -^ D'abord, me dire comment vous tous trourez porteur d'un p reil trésor. %

» -— Je vous ai dit que je l'ai trouvé, répondit André dont le visaj

pâlissait affreusement. I

» — Et où cela, s'il vous plaît, continua le vieillard d'une voix railleu^

» — Peu importe où, reprit le voleur essayant en vain de se remed

de son trouble ; je n'ai pas le temps de conclure! le marché, ainsi je vol

le répète, peu vous importe où j'ai ramassé cela. I

» — Il importe beaucoup, mon maître, et je tiens à le savoir.

» — Et moi je refuse de répondre; vous n'êtes pas mon juge. j

» — Si je ne suis pas votre juge, vous êtes, vous, mon prisonni^

répartit le juif, et avant une heure vous serez, si je le veux, dans la pnd

du Saint-Office,où les magistrats vous forceront^ bien i répondre , <j

aux restes de monture, fraîchement brisée, de ces pierres, je reconni

qu'elles ont été volées dans une église. I

» — Misérable! hurla le jeune homme en se précipitant sur les barr

de fer, rends-moi mon bien ou je te tue.

» — Ah ! vraiment, ricana Aaron. Calmez-vous , mon habile trouve)

de perles et de diamants. La colère est très-mauvaise pour la satit

Adieu, au revoir, dans la prison ou à la potence ; je vais faire avertir I

pplice. I

» — Brigand ! essaie un peu de sortir.

» — C'est ce que je fais, répartit le juif d'une voix railleuse, et faisai jouer un bouton placé derrière lui, le changeur disparut par une petij porte secrète.

>» — Infâme brigand! rugissait h voleur pris au piège, en secouant aT^ rage la cage de fer, ah ! si je te tenais sous mon genou, abominable sc^ lérat, monstre d'enfer, voleur, damné ! I

» n écumait de colère; ses yeux, injectés de sang, lançaient des édaî^ ft ses mains crispées se déchiraient aux angles des barreaux, sans pou voir les ébranler.

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HISTOIRE D'UNR PIPE. 165

• Sa colère était trop grande pour pouvoir durer. Lorsque épuisé d'une jile fatigue, il reconnu^ enfin qu'il ne pouvait pas se venger, il s'ac- * I lainnême d'imprudence et d'imbécilité , s'arracha les cheveux, puis iMneoup, se souvenant de la menace que lui avait faite le juif, d'aller rtir la police , il s'élança comme un fou vers la porte d'entrée, desidit l'escalier en courant, souleva les barres intérieures, et, arrivé au Bt de l'impasse, se dirigea rapidement vers le Rhin, k La porte de la cage du vieil Âaron communiquait avec une sorte de liaire servant d'antichambre aux somptueux appartements de ce roi I finance. Le banquier, après s'y être débarrassé de sa houppelande h reste de son travestisse^ient, traversa un somptueux salon tendu t tapisseries brodées â l'aiguille et orné de tableaux de maîtres, de ibleg en ehêne sculptés, de bahuts garnis de massive argenterie , et ^ doucement dans une chambre attenante , meublée avec plus de |liâté, oÂ, près d'une fenêtre enguirlandée de fleurs, une jeune fille, De éelatante beauté et vêtue du pittoresque costume israélite, travailiataise à son métier.

^— Tiens, dit-il, Rebecca, voici les j»erreries que je t'ai promises en ia&çmt à ton cousin Samuel; elles sont plus b^les que je ne l'avais

) En voyant pleuvoir perles et diamants sur son canevas la jeune fille Ra un cri d'admiration , et jetant ses bras autour du cou du vieil-

— Merci, grand-père, s'écria-t-elle ; mais en vérité, ces pierres sont libelles.

• —Il n'y a rien de trop beau pour toi, mon enfant , reprit Aaron en Mriant; d'ailleurs, elles ne m'ont pas coûté cher : rien qu'un merci, et kmémecela. •

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