CHAPITRE XVIIL Pierr6 qui roale n'amasse pas ds monsss
« Douze jours s'étaient écoulés depuis son départ précipité de GologQ lorsque André arriva à Clèves. De l'argent volé à la Yal-Grûn il ne \ restait plus que six groschen et de ses chaussures que quelques lambeaj qui tenaient à peine à ses pieds.
• C'était peu pour quelqu'un qui avait rêvé la fortune. L'entot prcM gue en était à regretter la vie du couvent, mais il n'était plus temps songer à retourner en arrière. Il fallait pourtant manger, et pour se pj curer le pain de chaque jour, il n'y avait plus à choisir qu'entre le ^ vail, la mendicité ou le vol.
■ Par goût André eût préféré le vol. Heureusement cette indu^ n'est pas sans danger, et la crainte salutaire de la potence, sur laquj il avait eu, depub quelques semaines, le loisir de méditer, effiraya le gîtif; ne voulant pas non plus du travail, il se décida pour la mendie et alla frapper à plusieurs portes.
• La récolte fut moins abondante en pièces de monnaie qu'en ataij en refus et en reproches mérités sur sa paresse. Les vrais pauvres éta^ trop nombreux pour qu'on se chargeât d'entretenir la fainéantise de | sans aveu, inconnus dans le pays, assez jeunes et assez vigoureux ] gagner leur vie à la sueur de leur front , au lieu de prélever un ii sur les charités destinées aux infirmes, aux vieillards et aux malades on le menaçait de la police s'il osait s'introduire de nouveau dan$ maisons; là on lui demandait rudement ses papiers en lui lais:>a.il rement entrevoir qu'on le prenait moins pour un besogneux que j un tire-laine ou un coupeur de bourses. Les plus charitables , eti
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donnant un verre de bière et un morceau de pain , ravertiasaient en même temps de ne plus venir les imjportuner. Quelques-uns s'oflraient à lui procurer de l'ouvrage. Tous lui conseillaient de s'adresser aux riches couvents de la ville et des environs.
» Le mendiant n'avait pas besoin de ces renseignepients ; mieux que ceux qui lui en parlaient, il connaissait les couvents et savait à quoi s'en tenir sur leur hospitalité si large et si fraternelle, mais il savait aussi que presque toutes ces maisons , échelonnées comme par la main de la Providence sur les bords du Rhin, étaient en rapport les unes avec les autres, et la distance qui séparait Mayence de Clèves , quoique considérable, n'était cependant pas si grande que le vol commis à la Yal-Grûn n'eût eu le temps de s'y être transmis de proche en proche sur les deux
' rives du fleuve , avec le signalement , par trop facile à reconnaître , de
^ Tauteor de cet odieux attentat.
• Loin de pouvoir être d'une utilité quelconque , le passeport dérobé* au prieur n'était plus qu'une pièce compromettante qui, si elle tombait
' ent^ les mains des magistrats ne pouvait que faire constater ^plus facile-
^ ment l'identité du coupable. Le fugitif résolut donc de l'anéantir : il le
déchira en mille morceaux et, par surcroît de précaution, jeta les frag-
tfents lacérés derrière un tonneau vide placé à l'angle d'un grenier à
^oin dans lequel, moyennant quelques pfennigs pour chaque nuit, l'hôte-
^ lier de la Mule^Nuire avait consenti à lui donner asile.
f Vraiment, André semblait jouer de malheur.
• Le lendemain même du jour où il avait trouvé ce moyen de faire ^ disparaître le papier dénonciateur, un marchand de Dusseldorf , au-< * quel appartenait le tonneau, ayant voulu le faire enlever, remarqua, suspendu à une toile d'araignée, les restes d'un cachet en cire rouge, fraîchement brisé et reconnut , en rapprochant les morceaux , le sceau du couvent de la Val-Grûn. Ce nom éveilla chez lui le souvenir du vol sacrilège dont il avait entendu parler à Cologne et piqua sa curioaité. Il ramassa les fragments, les rapprocha, et un examen attentif lui ayant fait
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HISTOIRE B'UNE PJPB.
supposer que la pièce ainsi restituée pourrait bien mettre sur la trace du voleur, il remit à l'hôte ee qu'il venait de recueillir, en lui recommandant de faire promptement porter le tout chez le bourguemestre.
» Maître Volfrang , le propriétaire de la Mule-Noire , avait un défaut déjà commun au moyen-âge et qui certes ne l'est pas moins aujourd'hui, celui de trancher de l'important, d'aimer à faire du bruit et de vouloir se mêler de ce qui ne le regardait pas. Au lieu de suivre les prudentes instructions qu'il avait reçues , il voulut , par lui-même, trancher du grand inquisiteur, diriger une enquête et, pendant plus d'une semaine, iî ne fiit plus question, dans les cuisines de la Mule-Noire, tout aussi bien qu'autour des tables de la salle à manger, que du passeport retrouvé, de son identité, de son importance, et de la probabilité que le voleur avait passé par Glèves.
• Toutes ces discussions, dissertations, inductions , déductions et conclusions, n'aboutirent, ainsi que cela devait arriver, à rien autre chose qu'à mettre André sur ses gardes. Depuis huit jours il avait quitté la ville, quand l'habile juge d'instruction se décida enfin à avertir les magistrats, les seuls qui ignorassent encore l'affaire et les seuls aussi qui eussent dû la connaître dès l'origine.
» Un mois après, il y avait descente de justice à l'écurie de la Mule- Noire, La police avait fait les choses en conscience , examiné la pièce, discuté son authenticité ; les afvocats avaient écrit des mémoires pour et contre, les juges avaient fait des enquêtes et des contre-enquêtes, sali beaucoup de papier et perdu beaucoup de temps pour arriver en tout résultat à savoir ce que tout le monde savait : que le tonneau derrière lequel avaient été trouvés les fragments dn passeport, appartenait â maître Julien Reifenberg, honorable marchand et habitant de la ville de Dusseldorf, fils en légitime mariage de feu Yilhem Reifenberg et de Claudine Vestermayer, etc., etc., etc., et que la cour ayant fait cette importante découverte, il y avait lieu d'enquérir quel était l'inconnu qui avait lacéré ledit passeport et dans quel but, etc., etc.» etc.
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j» Or, pendant que les prudents magistrats procédaient avec cette régularité d'une lenteur toute germanique, l'inconnu, non encore soupçonné, venait, après un court séjour à Utrecht et â Leyde, deux des principales villes de ' la Hollande actuelle, de s'engager, comme mousse, à bord d'un vaisseau armé pour la pêche de la baleine et naviguait en toute sécurité à la hauteur des îles Orcades.
. > C'est un rude métier que celui de pécheur, pénible et dangereux sur la côte, où Ton risque trop souvent sa vie pour un misérable gain, mais bien plus périlleux encore dans les parages du Nord quand, dans un vaisseau, il faut affronter les rigueVirs de l'hiver, la foreur des vents et des flots; braver la faim et la soif, éviter les écueils cachés sous les vor gués et les blocs flottants de glace, poursuivre dans un frêle canot et attaquer, à demi-longueur de lance , ces géants de la mer dont un seul coup de queue peut en un instant broyer hommes et embarcations. Oui, c'est un rude métier qui demande une âme et un corps de fer ; mais aussi après la vie du pirate, celle du baleinier est bien la plus entraînante que puisse désirer une nature ardente et avide d'émotions.
» Après quelques mois d'un noviciat, toujours pénible pour tout marin qui n'a pas été bercé par léâ vagues depuis sa première enfance, le fugitif de la Val-Grûn avait pris goût à sa nouvelle profession. A vrai dire, la nature semblait l'avoir taillé pour en faire un vrai marin, et Isaac van Stiewen, un vieux loup de mer, auquel sa prédilection pour son costume goudronné avait valu le sobriquet de Père-la-Cape, répétait, en voyant l'engagé prendre un riz dans les voiles hautes, par la plus forte brise :lPour sûr l'enfant est une canaillle, mais c'est aussi un fameux mousse.
» Aux yeux de tout l'équipage, un pareil mot dans la bouche du Pèrela-Cape valait un ordre du jour appuyé d'un bon de double ration, payable a vue sur la cambuse.
• Ce n'était cependant pas par vocation, que André avait embrassé cette carrière. A Utrecht comme à Leydô, il avait espéré trouver, comme
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ouvrier relieur, un emploi, au moins momentané , qui lui permît de se remettre un peu en fonds.
» L'art de l'imprimerie, nouvellement importé dans ces deux villes savantes, venait de donner un développement extraordinaire à Tindustrie des parcheminiers et autres habilleurs de livres. Les ateliers regorgeaient de travail et les bras manquaient. L'occasion ne pouvait être plus favorable. André offrit ses services à tous les maîtres successivement. Personne ne voulut de lui.
— Et pourquoi cela? demanda Vincent.
— Parce que les règlements s'y opposaient, reprit mon père. Âujour d'hui , tin ouvrier, s'il est bon travailleur, trouve partout à se placer ; alors, il n'en était pas ainsi. Rien n'était plus difficile que de se faire agréer par une corporation autre que celle de la ville ou de la province où on était né. Chacun chez soi, disait la règle. Règle égoïste à laquelle les associatiohs tenaient cependant si étroitement qu'on plusieurs occasions et notamment à la prise de Calais par les Anglais, on vit les villes françaises d'alentour refuser d'admettre dans leur sein les ouvriers fugitifs, et qu'il fallut toute l'autorité du roi de France pour contraindre les maîtres des corporations à donner de l'ouvrage à leurs compatriotes dans la détresse.
— C'est abominable, cela, fit Bastien. Entre camarades on doit s'aider, tous les ouvriers sont des frères.
— Très-bien! mon ami, dit le colonel.
— Et encore mieux , en mettant le mot hommes au lieu d'ouvriers, répartit mon père, car il n'y a plus sur la terre que des frères depuis que Jésus-Christ nous a légué, du haut de sa croix, la fraternité en héritage.
L'auditoire battit des mains, mon père continua :
^ « Ne nous hâtons pas trop cependant de condamner l'exactitude scrupuleuse avec laquelle les prévôts des marchands et les syndics des corporations veillèrent à l'observation et au maintien de droits et de privilégii péniblement, acquia et sourant itUquii et ne taxons pas & la lëgéra