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les Sarrasins, l'antre contre lo duc d'Anjou qui voulait sa rend re maître de la Previ'iice. Lu roi de Chypre n'avait aucune suite. Sun lils tout seul l'accompagnait. Il ressemblait moins à un roi qu'A un proscrit. La reine Jeanne, nu contraire, lit sou entrée à Home avec une pompe toute royale. Elle avait invité lous les comtes et les barons de son royaume à lui faire cortège. La Heur de la noblesse accourut à .Nazies, ci Jeanne Mitra dans Home avec une suite brillante de comtes, de barons, de dames et de chevalière éclatants d'or, de soie et de velours'. Elle se rendit à Saint-Pierre, où le Pape l'attendait, et lui offrit ses hommages*. La suite de Jeanne était si nombreuse qu'elle eut île la peine à se loger, La reine n'eût pu suffire à la dépense, si le Pape n'était venu à son aide1,
Ce voyage fin là^-milc aux b.uons ii;iix>!it:i:us. La plupart dirent touchés de la grâce en voyant et en entendant le Pape. Ils revinrent à Dieu ei s'apprut ii.'ivnt des sacrements, ils allaient partout où le Pape se munirait pour recevoir sa bénédiction, et s'indignaient contre les liomains qui déjà commençaient à se lasser du Pape et méprisaient son autorité. Ils comprenaient qu'Urbain V n'aurait pas quitté Home et l'Italie si les mauvaises dispositions des liomains ne l'y avaient comme forcé, tant il paraissait aimer Home ».
t. Lu snmc clin nicnniui, fum unn p'amie sloro li li panni ili seta anche mïssi ad oro, it- rut (telle radn» tuttt d'argento fora : Non de jinrin roman; lu prnliosu stnrn.
liistiirinAriit"»"- ■1. E nd lllu no fu ondato,
V. Mi twcretilia tasiic suvia iiiiinitalu, il. 3. J.P case da maiiwjri' fur.i ni ilin rarn per li dini
Ad nlcuiiî j a< [i i < - la rasa vinli tlnriui il iliui. II. '.. Ki! in ii" uinn h Iluinii t. i|«i>in ronfussal IV'i' tmlo siiiitii Pftni nuit dr> andai ,
La reine Jeanne se trouvait à Rome le dimanche île Lxiare. Ce jour-là le Pape donnait, suivant l'ancienne coutume qui remoni>> à saiui (Ir^goin; le llrand, une rose d'or au prince ou à la cilé qui avait, dans le courant de
donna la rose d'or a la reine de .\aplvs pour la récompenser du zèle qu'elle avait mis à venir le visiter, comme aussi pour la justilier de nouveau de l'accusation qui avait pesé sur elle. C'était la première fois que la rose d'or oiait donnée à une femme. Quelques cardinaux s'élonnèreut qu'Urbain V ne suivit pas l'ancienne coutume, ils dirent qu'on n'avait jamais vu pareille chose, que c'était faire affront au roi de Chypre et à son fils. Lrbain V répondit en souriant : « On n'a jamais vu cela, je le reconnais; mais aussi on n'a jamais vu un abbé de Saint-Victor devenir Pape '. » Urbain V reçut le matin la rose d'or des mains d'un camérier, y répandit du musc et du baume, puis alla, suivant l'usage, à Sninle-Onix di> Jérusalem. Il tenait d'une main la rose d'or et de l'autre il bénissait le peuple*. Us cardinaux, revêtus d'habits couleur de rose, marchaient àsa suite. Urbain V donna la rose à la reineJeanne
à cheval et parcourut la ville tenant à la main la rose d'or.
El anche a questo foro molli Aqmlani Mo per la punoteiiia traita nldJ pacai. Porrkhi voile noi avcnimo la benediiione Le Komani se ne ISefliiiano, lanto poco fono
El anche ia «auto Pciru aoo jardino fret: tare
Mosiijva du! fas-.ii lu npiniouc «pu
Do non Jii«an: nui Hhh:i. cornu umicii de Deu
Foti main iraiiam ia llulin do vers,
I!lu so ne t!i«, poerhi si' m: ulu'ileru. //. i. lier Italkum.
i. âméliut, XV ord».
Des cardinaux et des barons napolitains la suivaient. Le roi de Chypre élait a ses cotes el relevait l'éclat de celle marche triomphale.
Encouragée par la bienveillance que le Pape lui montrait, Jeanne implora son appui contre le duc d'Anjou, qui voulait se rendre maître de la Provence. Ce prince avait rilimi des troupes dans la ville de Mines. Du Cuesclin, qui venait de recouvrer la liberté, s'était joint à lui ainsi que le maréchal d'Audenobam. [>u Guesclin fit passer le Rliône à l'armée du duc d'Anjou et vin! mettre le siège devant Tarascon. C'était au commencement du mois. Le 11 avril suivant, il commença le siège d'Arles, qui n'aurait pu résister longtemps si le Pape ne s'était interposé et n'avait forcé le duc d'Anjou à se désister de son entreprise1.
En même temps Urbain V assurait les droits du roi de Hongrie sur le royaume de Naples. Le roi de Hongrie prétendait h la succession de Jeanne, si elle ne laissait pas de postérité, au préjudice de Marie, srcur puînée de Jeanne. Au milieu du triomphe do la reine Jeanne et aux plus beaux jours de sa vie, quand un saint Pontife l'honorait devant toute l'Eglise et la planait, an-dessus des autres souverains de l'Europe, elle voyait commencer cette longue querelle qu'elle n'aura pas la force d'assoupir lorsqu'elle sera privée do l'appui d'Urbain V. Le roi de Hongrie réclamait ses droits, et Charles de Durazzo, fils de Marie et neveu de Jeanne, s'apprêtait à soutenir les siens contre le roi de Hongrie et contre Jeanne dlt-mOme ;i laquelle il devait ôter le trône et la vie. Mais alors Jeanne ne se doutait pas du sort qui lui était réservé. Elle avait obtenu du Pape tout ce qu'elle désirait et retourna joyeuse dans sa capitale.
Le roi de Chypre n'avait pas été aussi heureux que Jeanne. 11 ne put obtenir du Pape aucune espèce de secours.
Urbain V avait besoin de tous ses soldais. Il ne pouvait les céder au roi : le devoir de veiller à la tranquillité de Home et ait salut de l'Église dut remporter sur le désir qu'il avait de défendre le royaume de Chypre contre ses ennemis. Le roi de Chypre sortit de Home avec son fils. Il visita Galéas Visconti et Barnaho. Les grandes richesses de ces deux princes lui inspirèrent te rlésir de s'allier avec eux. Il demanda à Galéas la main de sa fille Valentine pour son fi I s aîné. Sa demande fut rejetéc. Valentine de Milan épousa plus tard le duc d'Orléans, troisième fils de Charles V, et transmit à la maison d'Orléans ses droits au duché de Milan. Pierre de Lusignan rentra enfin dans son royaume. Sa femme, Éléonore d'Aragon, troubla les derniers jours de sa vie par ses nombreuses infidélités. Surprise en adultère, Pierre la fit juger par son conseil qui refusa de la condamner par respect pour la dignité royale. Le roi en conçut de l'ombrage, crut qu'on le trahissait, se monlra sévère envers les grands, et mil ie comble au mé-
point du jour, les conjurés envahissent les cachots où les prisonniers d'État étaient renfermés, les délivrent, et, conduits par le frère du roi, le prince de Galilée, ils se portent sur le palais, en dispersent la garde cl arrivent jusqu'à la chambre du roi; ils entrent. Le roi se lève, s'habille à la hâte. Il comprend bientôt les projets des assassins. Comme il avait du cœur, il prit son épée, fondit sur eux et voulut défendre chèrement sa vie ; mais bientôt il fut enveloppé par les conjurés et tomba à leurs pieds percé de coups de poignard.
Cette mort excita une vive indignation dans tous les royaumes de l'Europe. On la compara à la mon d'Abel. massacré par son propre frère. Il y eut de grands troubles dans nie de Chypre. Le prince d'Antioche, frère du roi et
régent du royaume, voulut, en profiter pour détrôner le jeune roi, son neveu. Il écrivit un Pape pour lui faire connaître l'élat du royaume. Urbain V l'engagea à faire couronner prompte nient le jeune prince, ce qui devait mettre fin aux troubles du royaume.
Cependant h fatigue des fêles, les soins de l'administration et le voyage que le Pape venait do faire avaient altéré sa santé. 11 tomba malade le lundi après le dimanche de Quasimodo et ne Tut guéri que deux ou trois jours avant la Pentecôte. Les médecins lui ayant ordonné d'aller respirer un air plus pur que celui de Home, il vint à Mon te fi a scène. Celte ville est bâtie sur les bords du lac de Ilulséna, à quelques milles du \ ilirbe. ICI le couronne le sommet d'une colline d'où la vue s'étend sur les eaux du lac, sur une campagne riante, sur les Apennins couverts de neige. Urbain V l'aima. Il y lit bâtir un château. Comme il était naturellement libéral, il voulut donner à Montefiaseone un ti-iinii^iiatrc d'.-ilïec-lion et l'érigea en évêché. C'est à Monlefiascone qu'il termina la fameuse querelle des Frères Prêcheurs et des Cisterciens de Fosse-Neuve, au sujet des reliques de saint Thomas d'Aquin. Cette affaire agitait l'Italie et l'Église entière.
Saint Thomas d'Aquin, ayant été appelé au second concile de Lyon par le Pape Grégoire X, était parti pour s'y rendre. Surpris par la maladie, il mourut en route au monastère de Fosse-.\euve, dans les Marais Pontins. C'est en vain que les Frères l'i leheni s rée-lamèa-nt son corps. Les Cisterciens de Fosse-Neuve refusèrent de le donner. Ils le considéraient comme un trésor sacré que le ciel leur avait envoyé. L'n moment, sous le pontificat de Benoit XI, qui était de l'ordre des l'ïères Prêcheurs, ils craignirent qu'une sentence apostolique ne vînt les obliger a rendre cette précieuse relique. Ils séparèrent la léle du corps, la chair des ossements, afin de cacher le tout plus aisément.
En 13ii9, lu comte de Kondi était en guerre avec le
seigneur de Piperno. Comme Fosse-Neuve dépendait de Piperno, le seigneur promit de livrer pour une forte somme d'argent le corps de saint Thomas a Louis de Tarente, roi de Naples, qui aimait les Frères Prêcheurs et voulait leur remettre ce trésor. Le comte de Fondi craignit avec raison que l'or de Louis de Ta rente n'aidât son en- Neuve de garder pendant la guerre la précieuse relique dans son château. Les Cisterciens acceptèrent cette offre et lui remirent le corps du saint. Quand la guerre fut terminée, le comte de Fondi retint la relique ; il ne voulait la rendre ni aux Cisterciens, ni aux Frères Prêcheurs, ni à Louis de Tarante qui lui offrait l.t.000 florins. Le ciel le punit. Il tomba de cheval, tout son corps fut brisé ; il faillit mourir. Ce fut alors qu'il ût vœu, s'il guérissait, de rendre aux Cisterciens lo corps de saint Thomas. Il guérit et il apporta la relique à Fosse-Neuve. C'était la nuit, il la remit à l'abbé en présence d'un religieux du monastère, et tous les trois cachèrent le corps du saint dans le mur de la tour de l'flglisi-. L'.'ibUé mourut ainsi que le religieux. Personne, à l'exception du comte de Fondi, no savait où reposait le corps du saint docteur. Les Frères Prêcheurs persuadèrent an comte de Fondi de l'enlever et de le remettre entre leurs mains.
L'n soir, il vient à Fosse-Neuve avec quelques hommesde guerre. Il dit qu'il est poursuivi et demande, les clefs de la tour pour s'y défendre. Il y passa toute la nuit et creusa le mur pour en extraire la relique. I.e bruit des cloches qu'il avait fait mettre en branle couvrait le bruit du marteau. Les religieux n'entendirent rien. Aux premières clartés du jour le comte prit la fuite et emporta le corps de saint Thomas. Quand le sacristain vint sonner l'office, il vit des pierres à terre, le mur démoli, un tombeau vide. Il courut avertir les religieux, qui Turent dans la désolation. Mais comme ils redoutaient la colère du peuple, ils fermèrent
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le tombeau, réparèrent lu mur et no parlèrent pas du vol dont ils venaient d'être victimes.
Lu comte de l-'nndi garda , lYspacc de dix ans, le corps de saint Thomas d.ms son château. Sa mère étant tombée malade, saint Thomas lui apparut, lui lit entendre (jue le comte n'avait pas assez do respect pour ses reliques, la toucha du doigt et la guérit. Lu an après, il lui apparut une seconde fois en disant que ses ossements devaient Être ailleurs. Dès ce moment, le comte se proposa de remettre aux Frères Prêcheurs le corps de leur docteur. Il vint à Roino presque en munie temps que le Pape Urbain V. Il eut plusieurs enlreliens avec le général des Frères Prêcheurs, élu par le chapitre général d'Avignon, le frère lîlic Raymond. On fixa le jour où le corps serait remis au général. Le comte de Kondi étant retenu auprès d'Urbain V, délégua un abbé, un chevalier et un écuyer qui devaient, en son nom, remettre le corps de saint Thomas un iîenij'id di>s Frères Prêcheurs, lequel se fil assister du provincial de Maphs ut du prieur de Fondi. Le comte leur recommanda le secret le plus absolu; il redoutait la colère d'Urbain V qui appartenait à l'ordre do saint Benoit et devait être favorable aux Cisterciens. Pour mettre la responsabilité du comte à couvert, les Frères
vint trouver les Cisterciens de Fosse-Neuve et leur dit qu'il pouvait, s'il le voulait, leur faire rendre le corps de saint Thomas. Les Cisterciens lui en témoignèrent leur reconnaissance et le reçurent dans le monastère. Comme il savait l'endroit où le corps de saint Thomas fui autrefois placé, il alla à la tour, ôta la pierre du tombeau et prit la fuite. Il arriva tout essoulllé à Gaete, où l'attendait le général do l'ordre. Il tenait uu rameau à la main et il criait : Victoire! victoire! le corps do saint Thomas n'est plus à Fosse-Neuve. Toute la ville fut dans la joie et ou chanta le Te Deum.
HISTOIRE u'unBAl.l V.
Les moines de fosse-Neuve jetèrent de hauts cris, feignirent qu'on venait de leur enlever le corps de saint Thomas et porfi'-rcm la canso an tribunal du Pape. Ils craignirent sa colore fi a-Ile du pi'iiplc, s'ils disaient que depuis dix ans ils ne possédaient plus cette relique, lis accusèrent le maitre général des Frères Prêcheurs d'avoir force" la tour de leur église, enlevé le corps do saint Thomas et commis un véritable sacrilège, l e Pape apprit cette nouvelle le jour des Cendres. Il s'irrita contre le général des Frères Prêcheurs, remit au cardinal de Beau fort l'examen de cette
iITiik H |<u • i,j..i.-nrt f .h ■■ f. (* [.lii.» l-il |p- t:-T\-< du saint docteur aui nuiiiies dr !-'»sse-Neuve.
Quand !a reine Jeanne et le roi de Chypre vinrent à Home, le général les pria de calmer la colère du Pape. Ils ne purent rien obtenir, Urbain V ayant défendu de pro-
ie Pape avait prononcé contre lui une sentence d'excommunication. Après avoir hésité sur le parti qu'il devait prendre, il vint à Home, s'y tint caché et eut plusieurs
Aïscelin, d'Aigrefcuille et de Saint-Martial lui promirent d'arriver avant lui au palais, te qu'ils lirent elTeciivrmeiit. Il les trouva dans la salle d'attente que le Pauo devait traverser pour se rendre dans la salle où il donnait audience. Le sênéral leur dit : . » pense™» pai que je ferais
il sera perdu. S'il parait commit. apprl'V.-umi. » lit il sortit. Le Pape entra d'un air gai, les cardinaux prévinrent le général. Mais au moment où le général se disposait à
entrer, jvintt à la porlc le pineiireur fiscal dis Cisterciens qui venait prier le Pa]H' du faire rendre le corps de saint Thomas au monastère de Fosse-Neuve. « De. grâce, » dit le général au gardien de la porte qui s'appelait Bertrand, » ne laissez pas entrer cet homme. S'il voyait le Pape o après moi , notre cause serait perdue, n Bertrand poussa IcMctni'iil le pin. 'nil dans h salle d'aiidieni'e et farina la porte au procureur, puis il dit au gênerai ; « Le Pape m'a « tantôt fait venir dans son appartement, j'en suissorli avec « lui et, chemin faisant, il m'a demandé s'il y avait aujour- « d'hui à l'audience beaucoup de cardinaux. J'ai répondu « a [fin native nient. En ce cas, a-t-il ajouté, si, par hasard, ■ le procureur fiscal des moines de Fosse-Neuve venait à •< l'audience, arrangez-vous de manière a le faire attendre « longlenips. h
Rassura par ces paroles, le général entra citez le Pape à la suite des cardinaux. Il se prosterna jusqu'à terre en disant : « Très-saint Père, que Dieu accorde à Votre Sain- « lelé une vie longue el lic-tireu.se. « Le Pape entre en colère et l'apostrophe ainsi : « Vous venez ici bien a propos. « Quoi ! vous êtes à Home? C'est vous qui avez enlevé le n corps de saint Thomas. » Le général répondit : « Très- « saint Père, c'est notre chair et notre frère, a 11 ne dit pas un mol du comte de Fondi. Le secret le liait, un changement subit s'opéra dans l'esprit du Pape. Il admit le général au bassement ries pieds, de la main et de la bouche. 11 fit ensuite l'éloge des Frères Prêcheurs et dit : « Je ne « crains pas les hérésies, tant que cet ordre existera, n Enfin, il invita le général a sa table pour le dimanche suivant, à la grande surprise des cardinaux.
Urbain V, avant de rendre une semence définitive, voulait que le corps fût rendu , conformément au droit, aux premiers possesseurs. Mais le général, craignant de perdre pour toujours celle relique, s'il la rendait aux moines de Kosse-Neuve, ordonna dans tout son ordre des prières
HISTOIRE d'uhbaik v. 385
extraordinaires. 11 engagea surtout le bienheureux Raymond de Capouc et sainte Catherine de Sienne, dont la sainteté commençait d'éclater, à prier pour le succès de cette affaire. De leur côté les Usli'rcitms niellaient tout en œuvre pour faire triompher leur cause. On ignorait de quel côté le Pape ferait pencher la balance, et l'fgiïse entière attendait son jugement.
Enfin , le jour de la Fête-Dieu , le maître général des Frères Prêcheurs arriva à MoiitHiasconc. Après les vêpres le Pape donna, dans la chapelle, audience aux cardinaux. Le général vint se jeter à ses pieils et lai rappela que saint Thomas avait compose l'ofliec île ce jour par l'ordre d'Urbain IV; que, sur l'invitation du même Pontife, il avait écrit son exposition sur les quatre Évangiles; et comme Urbain V avait succédé au nom et à l'autorité d'Urbain IV, il le priait de récompenser le grand docteur de tous ces travaux.
Urbain V répondit : « L'ordre de saint Benoit est pins « puissant que l'ordre des Frères Prêcheurs et pourra » mieux rendre à saint Thomas les honneurs qu'il mérite, u « Je l'avoue, reprit le général, notre ordre est à coté de « celui de saint Benoit comme une vile poussière. Mais « l'ordre de saint Benoit, qui est tout-puissant, a aussi un « nombre infini de saints, et l'ordre des Frères Prêcheurs « que vous aimez n'a que deux saints : saint Dominique et « saint Thomas. Si vous nous donnez le corps do saint u Thomas, nous lui rendrons de Ires-grands honneurs. »
Le Pape se tut, médita quelque temps la réponse qu'il devait faire, puis il fit signe de la main à tous ceux qui étaient dans la chapelle de s'approcher de son trône, et ouvrant la bouche il prononça cette sentence : « Par l'auu torité de Noire -Sdiïiiiïur Jcsus-Christ, parcelle des saints ■ « apôtres Pierre et Paul et par la nôtre, nous vous accordons " et nous vous donnons, à vous le maître général des Frères « Prêcheurs, et à votre ordre, le corps de saint Thomas
« d'Aquin dos Frères PnVheuis, afin que vous le fassiez « porter à Toulouse ou à Paria, comme il vous plaira le a mieux à vous ei au chapitre général de votre ordre, au « nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. «
Tous les assistants répondirent : /line». Le général, rempli de joie, tomba au* pjeds du Pape, lui témoigna sa reconnaissance, puis il se relira. Le lendemain, quand il revint, le Pape lui dit qu'il voulait lui épargner la peine de choisir entre ces deux villes, qu'il donnait lui-même ce corps sacré à Toulouse pour récompenser la piété de ses habitants et faire du corps de saint Thomas le garant de la saine théologie qu'on y enseignait.
La léte de saint Thomas était t-neoru à l'iperno. Urbain V prit des mesures pour la faire rendre ai;x h ères Prêcheurs. 11 voulut reconnatire lui-même la relique, fit apporter devant lui le corps et la tête de saint Thomas, les vénéra et les exposa dans la chapelle du château. Enfin, le h aoilt, fétu de saint Dominique, les Frères Prêcheurs reçurent des mains des cardinaux Alsoelin et Marc de Viterhc le corps et la tête du saint docteur. Les saintes reliques furent remises secrètement par le général à deux religieux qui les portèrent à Toulouse en passant par Florence et Bologne, à travers mille dangers pour eux et pour les reliques qu'ils portaient. Ils arrivèrent à Toulouse à la fin du mois de janvier 1369. Une foule immense assista à la translation des reliques, qui furent placées dans l'église des Frères Prêcheurs. Cent cinquante mille hommes environ étaient accourus pour honorer le saint docteur. Le duc d'Anjou, plusieurs évêques, une foule du religieux et de clercs assistèrent à la procession.
Ainsi fut- terminé ce grand procès. Urbain V y fit briller sa prudence ordinaire. S'il sacrifia les intérêts de son ordre, il eut égard a ceux do la France, et il dota sa patrie d'un trésor inappréciable. Les Bollandistes , qui font un long récit de cette allaire, donnent trois bulles d'Urbain V à ce
. La seconde iliancelier de orp.de.ii.it
d'excommunication majeure, de rien extraire de ce corps
Tandis qu'Urbain V faisait rendre 1rs plus grands honneurs au docteur angélique, il défendait sévèrement aux Frères Prêcheurs ainsi qu'aux Augustins de la Ilomagne d'honorer d'un culte public deiu religieux morts en odeur de sainteté, connue on le prétendait. 11 ordonna à l'archevêque de Ravenne de sévir contre ces religieux s'ils persistaient à s'arroger le droit de juger ainsi de la sainteté des serviteurs de Dieu '.
Il fit de même pour Charles de Blois, mort en défendant ses droits au duché- de ((retaille. I.i s religieux des quatre ordres, mendiants l'honoreront comme martyr et lui érigèrent des autels. Urbain V condamna ces moines et pressa les évoques de Bretagne de faire cesser ce culte irrégulier. En mf me temps il commença le procès de sa canonisation, afin de lui faire rendre, suivant les règles, les honneurs dont il le croyait digne.
t. lïoynoldi.