‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 12 sur 162 · Vit <!<■ Bien · texte numérisé non relu

Vit <!<■ Bien

X llemm famil., Bpirt. VI, *. tbtd., epis).XIV.

38 HISTOIRE D-UBBArw v.

d'Avignon. .Si l'accusation était fondée, ces Papes seraient coupables. Mais qui ne sait que les barbares furent les premiers ailleurs de la ruine dos monuments anciens. Ils durent abattre un nombre pnid^ii'ux d'oiIÎTices, puisque IpsM': églises de Home furent hiïlicsrn grande |iarlie avec les marbres et les colonnes des anciens monuments, l'ius lard, Itobert tluiscard, accouru de Naplcs à la défense du Pape saint Grégoire VII, détruisit ce que le fer des barbares avait épargné. 11 incendia la ville. Tous les monuments situés entre leColiséo et Sainl-Jcan-<bvLatran périrent. Les aqueducs furent abattus; l'eau n'arrivant plus sur Ips sept collines le peuple descendit peu à peu dans ta plaine. Il conslruisiidc nouveaux quartiers dans le Champ de Mars et tout le long dit Tibre. Vinrent ensuite les sanglantes querelles des Culmina, des Savelli, des Irsins et des Conli. Ou bâtit des citadelles dans IVticeNile de Home avec les débris des monuments. Les édifices qui restaient debout furent eux-mêmes convertis en forteresses et perdirent tous leurs ornements. Innocent III éleva sur le forum de César la fameuse tour des GODti. Les Cnlonna firent une citadelle du tombeau d'Auguste et les l rsînsse fortifièrent dans celui d'Adrien. De leur coté, les Savelli s'établirent dans le théâtre de Marcellus et le dégradèrent. Ils abattirent encore tous les monuments qui couronnaient l' Avcntiti pour y construire un mur d'enceinte qu'un y YniU'ueore. Krifin. les Krangipani se reiif'.'rmiVeiit dans le Culiséo, après l'avoir fortifié. A la fureur des hommes vint se joindre le violent [tvmtiletnenl de terre du 1 ft septembre i 313. La plupart des monuments s'écroulèrent, la tour des Conti elle-même couvrit tout autour la terre île :es débris. Telles sonr les véritables muses de la perle des monuments anciens. 11 y eut si l'on veut des dégâts commis pendant le séjour des Papes à Avignon t mais qu'esi-ce à côté des ruines amoncelées par les barbares, par Itobert Guiscard, par les nobles romains? La ca-

INTPO DUCTIDN.

théJrah- d'Orviélo fut bâtie au xiv" siècle avec les marbres que les tlrsins et les Colonna envoyèrent de Rome, marbres qu'ils faisaient extraire des ruines. Il en est de même de l'escalier de l'Ara-Coili. Un riche Romain le fit construire après la peste de 13!i8. On n'y employa que le marbre des monuments «nn'eiis. Ktilin, Pétrarque parle quelque patl dus colonnes et des Statues transportées à Naples. Mais pour exeusur Iti crime de ces hommes qui lie savaient pas respecter les ruines de Home, il a soin de dire qu'ils ne portèrent pas des mains impies sur des monuments intacts, qu'ils se humèrent à enlever les colonnes et les pierres Après que les pilais, les ares de triomphe et les thennes furent renversés1. Les Papes d'Avignon ne s'y opposèrent pas, c'est tout le reproche qu'on ]«ui leur faire. Cette faute leur est commune avec les Papes qui les précédèrent, avec cens qui les suivirent immédiatement. Chacun sait qu'au xv« el au ivT siècle, on tira des ruines le marbre et le travertin pour en construire des palais et des églises. On avait fait de mémo dans les siècles précédents, lin pleine Henaissanee les l'arnèsc abattirent les ruines imposantes qui dominaient le Palatin du coté du nord et osèrent créer des jardins sur 1rs débris amonci lés du palais des Césars cl du temple d'Apollon. Le palais Fàrnèse fut bâti en entier avec les débris des monuments romains. On ne pardonnerait pas au cardinal de La Itovère d'avoir dépouillé de ses marbres l'arc de Cordien, s'ils n'avaient servi à la décoration du palais de la Chancellerie, chef-d'œuvre d'élégance et de bon goût. Plus tard, le Colisée devint comme une carrière de pierres. Clément XI en lira assez de travertin pour constroire le port de liipelta, et les neveux d'I-rbain VIII en employèrent les débris à bâtir le palais Barberini.

On ne (inirait pas si on voulait retracer toutes les dévns-

i. Epiatola /lorfaiorin, p. 5TO.

la lion S commises avant comme après les Papes d'Avignon. J'ignore la raison pour iaqu. Ile Urs hismi ii ns attribuent à ces Papes lapertedes monuments du Boum, quand leur époque est peut-f-ire celle où l'on a commis le moins de dégâts. On s'en convaincra aisément si on lit une description de I tome insérée dans le Diarium Itiilieum de Monlfaucon'. L'auteur est du un* siècle, car, en parlant du palais de Latran, incendié en 1308, il dit que je Cape y fait sa demeure habituelle.

Parmi les monuments encore debout, il cite Ifi palais, 11 ores de triomphe. 7 thermes et autant de théâtres. Un siècle plus tard, c'est-à-dire 22 ans après la mort de Grégoire XI, un autre voyageur, un Grec. Emmanuel Chryso- 1 1 n'as . vinl aussi ;'i lit.mie. Il vil la plupan des iiie-numeiils décrits dans Montfaucon. La magnificence de Home le frappa tellement qu'il écrivit à IVmpereur Iran Paleologue une longue lettre pour la décrire-. Il retrace les nombreux portiques, les palais, les divers forums, les thermes, les théâtres, les t, mples, les airs dr Iriouiplie, les milliers île

statues et de colonnes qu'il a vus. Home lui parait encore si imposante qu'il ose la comparer à (Imistanlinople alors dans toute sa splendeur. C'est la preuve que le séjour des Papes à Avignon n'a pris émise, comme on l'a prétendu , la ruine de tous les monuments. Sans les deux

iiieeudit's ilf SaiiU-Jeau-de-l.ati'au et le liviublimieul de terre île 13(j'J, ils eussent laissé Home, à pou de chose près, dans l'étal où ils l'avaient trouvée.

Pétrarque la vit plusieurs fois, la parcourut dans tous les sens. Aucun de ses monuments, aucune de ses ruines ne lui est inconnue. Avec quel accent de vérité il nous retrace la beauté de Rome! Les thermes de Dioctétien étaient encore intacts, il monta souvent sur la voùtc de cet édifice

a. Codini Exctr&a de aniiquitalihtu Coûtant, p, 135,

pour respirer un air pur et jouir dos points de vue ravissants que présentent la campagne de Borne, les montagnes de la Sabine et du l.atium. L'arc (le triomphe cl le porti-

dela Terre, de la Paix et de la Fortune étaient encore debout. Pétrarque l'atteste.

J'ai sous les yeux, au moment on j'écris, un plan <!e Home dessiné en 1551 . Home ignorait encore les outrages que lui p iv pan il h nwiir-;iiîn!i rtes temps modernes plus redoutable pour elle que le fer des barbares. On y voit une foule de monuments qui ont disparu depuis : les thermes de Dioclélicn, le grand Cirque, une partie du palais des Césars, le temple de Diane et les restes de ceux de Jupiter Stator, de la Paix, de Vénus et Rome. 11 est impossible de (ont nommer.

Mais remontons un siècle. l,e témoignage du Pogge s'accorde parfaitement avec ce plan de Rome. I.e Pogge fit plusieurs fois le voyage de Rome, il habita cette ville sous le pontificat de Martin V et de Nicolas V qui le choisit pour secrétaire. Il en explora les ruines en H30 ; il vit le portique du temple de Mercure, les thermes de Dioctétien et ceux de Carncalla ornés encore de leurs marbres et de leurs colonnes. Il en était de même des arcs de triomphe de (iallienet de Marc-Aurèle. Le cirque agoual n'avait pas beaucoup souffert, on y donnait encore des fêles au peuple romain, L'mip'is.v.il aqie-ilur hrMi par Agrippa apportait encore à Itome les eaux de la Vierge. La première fois qu'il vil Rome, le l'ogge trouva debout lu temple de la Concorde. Rien n'y manquait. Étant revenu quelque temps après, il le chercha vainement. Les Romains l'avaient abattu pour faire de la chaux avec ses colonnes et ses basreliefs. Trois colonnes au plus restaient encore debout et soutenaient une partie de la frise avec ces lettres : S. P. Q. H. C'était comme un acte d'accusation que les nobles ruines porlaient contre les seigneurs et le peuple de Rome

assez oublieux il leurf[l"ire pour détruire un pareil monument. 4viéas Sylvins, qui fut témoin de ces actes de barliarie, eu a flétri les auteurs dans ces vers énergiques :

Obltrut me, noms, tuai jpoetare ruina»,

Ei cujus Isjmu glorta prise» palet.

Sert Idu> hic populua mnris dsfbt»» retuHli

Cutdl in obiequluni inarmora Uura coquil. Impiu liT milum si >ir iinis i^cvis annos,

Nullum hinc iiidirium nobitiUlii orii.

Ces vers furent une prophétie. Mais il fallut moins de temps pour voir jxîrir ions les monuments de Home. Deux siècles de civilisation firent plus de mal à cette ville que dix siècles de barbarie. Sans h vidlamv des derniers Papes, à partir de Benoit XIV, nous clie relierions en vain l'ancienne liomedans la Home moderne. Ella aurait disparu.

En voilà assez pour venger la mémoire des Papes d'Avignon ; personne , je l'espère, ne viendra encore leur demander compte des anciens monuments de Rome. On peut aussi les défendre contre ceux qui les nectiseni d'avoir laissé tomber en ruine les grandes basiliques. Un incendie consuma eu 1308 la basilique do Saint-iuan-de- Latran, ainsi que le palais de Constantin où les l'apes faisaient leur résidence. Clément V consacra de grandes sommes d'argent h la restauration du temple, Benoit XII y employa 50,000 florins. Sons Clément VI . Snint-Iean-de- Latran était sorti de ses ruines et brillait d'un nouvel éclat. Mais, en 1360, il devint une seconde fois la proie des flammes. Le tremblement de terre de 15Û.9 ébranla les basiliques de Saint-Pierre, de Saint-Paul et de Sa in te- Ma rie- Majeure. Nous les verrons plus tard restaurées par le Pape Urbain V. Ainsi, les Papes d'Avignon n'oubliaient pas la ville de home: ils voyaient toujours dans Home le siège de leur autorité et dans l'Église de celte ville leur épouse de prédilection.

Mais qu'importe la perte des monuments et celle des

IBTfLODUCriOff. ilS

temples chrétiens eux-mêmes si la foi et la vertu demeurent! Rome pouvait perdre ses palais, ses temples, ses théâtres, ses basiliques et faire toujours l'admiration de

l'univers. Si e|]f eïit gardé c<>s vertu1; citivl ir-iir.is, rr iiîide courage, cette foi vive et ces mœurs austères qui la rendirent illustre aux premiers siècles de l'I-^lise, elle eût encore attiré les regards des peuples. Hélas ! clic en devint le scandale par son avarice et sa corruption. Le peuple, les prêtres, les religieux, les vierges sacrées elles-mêmes, lie connaissaient plus le frein du devoir, et Rome chrétienne différait peu de Rome paienne. Si vous lisez les révélations de sainte Brigitte, vous serez effrayés de Ions les crimes dont elle accuse les Romains '. Vous fermeriez bientôt le livre, plein de dégoût et d'horreur; vous blâmeriez le zèle qui la poussait à parler, à écrire ainsi, si vous ignoriez qu'elle fi'if inspirée, si vous ne voyiez briller son image sur les autels. On attribue généralement l'effroyable corruption de Home à l'absence trop prolongée des Papes. C'est une injustice. Les Papes d'Avignon firent tout ce qu'ils purent pour corriger les mœurs du peuple et du clergé. Us avaient à Rome un vicaire qui châtiait les crimes autant que pouvaient le permettre les malheurs des temps, lioccare attribue la rmniplion de Home, de l'Italie et de toute l'Europe à la pesle de 13(|8, et son témoignage a quelque valeur. Pourquoi accuser les Papes de négligence quand Rome n'était ni meilleure ni pire que les autres cités? Si Boccace a raison, la présence du Pape et des cardinaux n'eût pas garanti les Romains de la corruption générale. Mais le Pape habitait Avignon, ci pmiLint les meeurs s'y relâchèrent comme partout après la peste. Us lettres de sainte Catherine de Sienne le prouvent.

On le voit, si l'absence du Pape nuisit à la ville de Rome, les auteurs exagérèrent lo mal. Les suites ne furent pas

hh histoire d'urbain V.

aussi funestes qu'on l'a supposé. La sagesse des Papes d'Avignon pourvut à tout, el une absence de soixante-dix ans n'eut pas tous les résultats fâcheux qu'on devait attendre. Je vais plus loin. Cet exil eut pour l'Église Ot pour le monde d'heureux résultats. Il fut dans les desseins de Dieu le moyen dont il se servit pour donner à l'Église la paix et la liberté, pour lui préparer dans les siècles suivants d'éclatants triomphes.

Si le SaiM-Ksprit assiste le pontife romain et le garde de toute erreur quand il i;iiseignf> rKgliv, la divine Providence veille sur lui et intervient dans le gouvernement iiénéral de l'I^lisf. Iiinu '■s! uvee l'Irise. I v ]u)iilife romain fut établi pour la gouverner; il faut en conclure que Dieu

tendre qu'à la gloire de Dieu, au salut di s finnjs, à l'exaltation de l'Kglise, à la ronversi'in des iiilldclcs. Or, il serait étrange que durant l'espace de soixante-dix ans cette assistance divine eût fait défaut aux pontifes romains: qu'ils fussent devenus une pierre de scandale pour les chrétiens ; que leurs actes et pai'ticu!iùrcm<.-lll lniir éloigneuirni de Home tendissent à la ruine des anics, au relâchement des mœurs, à l'asservissement de l'Église. On ne pourrait le croire sansêtre téméraire. Non. l'assistance divine n'a pas manqué à l'Église pendant les soixante-dix ans de la etiptiviiè, de Babylone. Dieu qui suscita Constantin pour donner la paix à l'Église et fonder la grandeur temporelle des pontifes romains; Dieu qui prépara de longue main la puissance de Cliarlemagne et fit de lui un défenseur de l'Église; Dieu

L'i i I Zûd t. ■

quienvoyaà l'E^iisc menacée parla puissance irapérialedes chefs et des défenseurs tels que Grégoire VII, Alexandre III, Innocent III, i'l les opposa tumiiii' d<>s niiirs d'airain aux empiétements toujours croissante des pi'im-es ; Dieu permit la translation du saint-siège à Avignon [mur donner le repos à l'Église romaine agitée par les factions de l'Italie; pour resserrer le lien de l'unité prêt à se rompre; pour faire re/leurir les arts, les lettres, lus sciences, près de périr au milieu des guerres atroces qui désolaient l'Europe; pour démontrer enfin aux futurs artisans des troubles de l'Italie que le Pape ne peut vivre à Homo sans en être le prince temporel, et fournir un argument sans réplique aux sectaires qui cherchent à détacher les peuples de la foi catholique, en leur disant que le pouvoir temporel du saint-siége est l'unique obstacle à l'unité de l'Italie. Telles furent les conséquences naturelles du séjour des Papes à Avignon.

Soit que ces pontifes aient poursuivi l'une ou l'antre de ces fins, soit qu'ils aient vu seulement la nécessité présente et négligé l'avenir. Dieu les a fait servir à ses desseins, comme on ne peut en douter ; ce long exil de lu Papauté entrait daus le plan général du gouvernement de l'Église.

Les cardinaux assemblés à Pérouse ne pouvaient s'entendre pour une élection. Benoit Xi venait de mourir. Le poison mit fin à sa vie après neuf mois de pontificat ; il ne put voir le jour anniversaire de son élection. Sod prédécesseur immédiat, lloniface VIII, avait vu la majesté pontificale outragée en lui. Le conclave fut long et orageux, comme on le voit toujours dans les temps difficiles. Les cardinaux ne saiaient à qui donner leurs suffrages. Ils cherchaient inutilement autour d'eux un homme capable de porter le poids des affaires et de faire face à tant de difficultés. Le plus habile politique du sacré collège, le cardinal de Prat, proposa Bertrand de flot. Ce nom fut accepté de tons les cardinaux. Ils comprirent qu'au milieu des troubles de Rome et de l'Italie

entière il fallait un appui à l'Église, que l'élection d'un Pape hostile à Philippe le Bel serail désastreuse. Ils imitèrent la sagesse pi la modération de Benoît XI et répudièrent 'a politique de Boniface VIII, Dans leur pensée, le choix d'un Évoque français devait plaire à l'iiilippe le Bel et l'engager à défendre l'Église. Ils étaient sûrs d'ailleurs de la vertu de Bertrand de Got ; ils savaient qu'il ne faiblirait pas devant le roi de Fiante, qu'investi de l'autorité souveraine il se souviendrait du courage et de la liberté chrétienne avec lesquels il avait défendu la cause de Boniface VU! contre Philippe le Bel, quand il vint à Rome, malgré le roi, siéger au concile convoqué par le Pape.

L'honneur et les intérêts de l'Église 'romaine étaient sauvés, lo choix de Bertrand de Got était à la fois le plus habile et le plus heureux qu'un pût faire. Mais les desseins conçus avec le plus de sagesse ont toujours des suites qui déconcertent l'esprit humain. Le Pape Clément V alla plus loin que les cardinaux. Il crut que le roi de France ne serait pas assez puissant pour défendre contre les Italiens révoltés l'autorité du saiut-siége; que ses armées arriveraient trop tard, quand le mal serait fait et qu'il n'y aurait plus de remède. Dans sa prudence, il jugea que l'Église romaine devait attendre en France la fin des troubles de l'Italie. Les Papes, qu'on a vus jusqu'alors errer de ville en vilio , de royaume en royaume, trouvèrent en Fiance le calme el le repos. Ils mirent de la suite dans leurs desseins et purent accomplir les actes les plus hardis sans craindre pour leur vie ou leur liberté.

Un ordre militaire, qui formait à lui seul comme un État puissant et pouvait lever des armées, fut aboli; les coupables furent saisis, jetés en prison, condamnés, quelques-uns livrés aux flammes, sans qu'il y eût la moindre tentative de révolte. Qu'on se figure Clément V a Borne, condamnant les Templiers, fermant leurs maisons, supprimant leur ordre, on le verra aussitôt assiégé dans

son palais, peut-éire banni du Home par les mêmes hommes dont il voulait châtier les crimes, et l'Église gardera dans son sein tes impies qui la déshonorent.

Représentez-vous encore, au milieu de l'Italie en feu, Jeao XXII condamnant les l'ïatieclles rt leur fauteur, Louis de Bavière; l'empereur envahissant l'Italie et tramant à sa suite l'écume des cloîtres, une troupe de prêtres sans Toi et sans mœurs, di's évoques d.'posés et (nippés d'anathème, Rome envahie par cette horde, et songez au sort réservé au Pape. Les impies livrèrent aux flammes son image: ils auraient mis sur lui une main sacrilège; ils se seraient rendus maîtres de l'élection de son successeur.

Mais qu'est-il besoin de prévoir de si loin et de nous livrer à tant de suppositions? N'esi-îl pas évident qu'où temps de Clément V le Pape nVtait plus libre dans Rome? Les Colonna, les Savelli, les Ursins, y dominaient; quelquefois, c'était le peuple qui s'uni.-s.iir lonire eux et les chassait tous après des luttes sanglantes. Si les Papes fussent restés à Rome, on eût vu de nouveau les scènes scindai eu ses du \° siècle. Les factions se sciaient rendues maltresses de la tiare. Il y aurait eu des élections tumultueuses, où la plèbe se serait arrogé la principale part. On eiïl vu peut-être qiidqur nouvelle Marozie, quelque Théoilora ; peut-être des Papes comme Kergius NI, Jean Ml et Benoit IX eussent monté sur le siège de saint Pierre I Dieu eut pitié de son Kgliso et lui épargna cet alîrcux malheur. Quand les factions populaires se livraient dans les rues de Rome des combats acharnés. Dieu inspira à ses pontifes une pensée salutaire, ils vinrent chercher en France leur salut. Avignon fut comme le port où la barque de Pierre trouva un refuge contre la tempête.

L'Église aime la paix et la liberté. Chaque jour elle la demande au ciel dans ses prières. Quoi d'étonnant si elle la cherche an prix de tous les sacrifices? Pour avoir la paix et jouir de la liberté, elle sacrifie aux princes ses biens, ses

monastères, ses temples infime quand l'honneur de Dieu )e permet. Elle va plus loin : elle fera aux princes l'abandon de ses prérogatives les plus sacrées el leur donnera le droit d'élire les pasteur. îles peuples. Il esl naturel qu'elle soit venue chercher en France la paix que l'Italie ne pouvait plus lui donner. Les Papes samlièreul ainsi le devoir de la résidence, au besoin qu'ils avaient de repos et de liberté.

Ils trouvèrent en France la paix qu'ils cherchaient. La* France offrit quelque chose de plus au saini-siége : elle lui n-mlil S'j:i unique fjSoitv el r.Vin: qu'il avait jeié am temps

des Grégoire VII, des Alexandre 111, des Innocent III. Les Papes d'Avignon purent relever la majesté de l'Église romaine humiliée dans Célestin V et r.onifacc Vlll. L'Église reprit cette autorité qu'elle avait exercée autrefois sur les rois el sur les peuples. Elle fit de nouveaux césars; elle précipita comme autrefois les rois de leur trône. Chose merveilleuse ! les semences prononcées par Jean XXII, par Clément VI, par Urbain V, tinrent, et ce que ces trois pontifes délièrent sur la terre fut délié dans le ciel.

Il y avait cinq ans a peine que régnait Clément V, et déjà l'Italie révoltée contre l'Église sentait la nécessité de s'humilier devant elle. Les envoyés de Venise vinrent se jeter aux pieds de Clément V et implorer au nom de leur république le pardon, l'oubli du passé, la paix avec l'Église.

Au milieu des mmbles qui agitaient le inonde, l'autorité spirituelle s'était relâchée. La querelle de Philippe le Bel augmenta la confusion. Ou craignit le schisme, quand on vit un concile convoqué a Lyon pour juger le Pape. De plus, on prévoyait le moment où le Pape privé de son domaine temporel ne pourrait plus soutenir les dépenses qu'exige h- gouvernement de l'Eglise. La première année de son règne. Clément V éprouva des embarras financiers assez grands pour gêner l'expédition des affaires occlési -.istiques. M-iis ce Pape, dans une bulle spéciale,

et Jean XXII, dans les savantes règles de la chancellerie apostolique, se réservèrent la collation Je tous les bénéfices m n je nre, des dignités, dos personnatset des alibnyes 1 . Cette mesure eut des résultats étonnants. Les églises les plus éloignées furent unies par des liens intimes à l'Église romaine. Il y eut partout des n présentants du saint-siège. Les clercs vinrent en plus grand nombre à Avignon qu'antrefois à Home. Le Pape était en communication directe avec toutes les églises, une vie nouvelle circula dans ce vaste corps. Comme les clercs ne pouvaient rien obtenir que par le sié^u «posiulique, ils s'unirent davantage au pontife romain. Dans un siècle aussi agité, la réunion d'un concile (ecuiiiéniqne paralssnii impossible, et pourtant Clément V put le convoqueï. Toute l'Église assemblée à Vienne exprima son dévoilement au Pape. Un peut dire même que ce concile est celui de lous où les prérogatives pontificales brillèrent du plus vif éclat. Les décrets des conciles sont d'ordinaire approuvés par le Pape, qui leur communique l'autorité d'une doctrine de foi. A. Vienne, on vit quelque chose de plus. Les décrets du concile furent corrigés, amplifiés par le Pape, qui se montra par là supérieur au concile, et les décrets de Vienne s'appelèrent du nom de Clément V.

La réserve des bénéfices majeurs est un autre résultat non moins important. Clément V exigea les revenus d'un

an de tims les bénélices conférés par le né-v apestoliqne,

rien Je plus juste. L'Église romaine exerçant dans l'Église universelle pour le bien de l'imité, l'autorité souveraine ne doit pas supporter seule les charges qu'impose l'exercice d'une juridiction aussi étendue. Il est raisonnable que les

I. Extra aio.,Conimunes, lir.I, t. III, c. ri. Dmti, liv, I, i. V, c.imii 3. FJonry ; W<iU,inslkimi TlMiim^in, Discipline, I. III.

églises de Lout l'univers euntnbuent aux diîpen ses générales. Elles le font en payant les annales; cet impôt esi moins lourd qu'il ne semble au premier abord. Ceux-là seulement y sont soumis qui jouiront de longues années des revenus de l'Église. Les tributs payés par les peuples aux souverains atteignent les pauvres comme les riches. Il n'en est pas ainsi des annales. Ce sont les clercs les plus riches qui les payent.

On se récria en France contre les annales. Les docteurs de T Université de Paris demandèrent même leur suppression dans le concile de Constance, oubliant qu'un Pape français les avait établies et que l'Église de France les

obéissance à l'Église romaine. Il faut bien cependant que les annates soient fondées en droit pour qu'on les ail maintenues en France sous un nom supposé quand on abolissait l'ancienne juridiction ecclésiastique, et que le concordat de François I" faisait place à celui de 1B01. Quand le Pape Clément V établit les annates, elles étaient

princes le rang qui lui est dû. Enfin, les annates permirent à Clément V et à ses successeurs de tenter de grandes choses. Les merveilles des siècles de foi se renouvelèrent - La guerre sainte fut do nouveau proclamée. Le Pape libru de toute crainte, n'ayant plus à veiller à sa sûreté personnelle au sein de la guerre civile et des trahisons, ne songea plus qu'au bien de l'Église et à celui de l'Europe. Us trésors de la chambre apostolique l'aidèrent à exécuter les plans les plus hardis. On revit l'ancienne gloire des croisades. Rhodes fut prise sur les Turcs, Alexandrie tomba au pouvoir des chrétiens, la puissance ottomane fut refoulée en Asie et la chute de Constat) ttûople retardée d'un siècle. D'un autre coté le saint-siège, qu'avait humilié dans

Boniface VIII une pnigné" de tralitvs et d'aven lu rie rs, faii sentir sa puissance en ltulie. Les Vénitiens s'diaienr rendus maîtres de Ferrare an mépris des droits de l'Église. Le cardinal de l'élagruc est envoyé pour les combattre. Il vient camper sous les murs de Ferrare avec une armée nombreuse et bien disciplinée, il livre bataille aux Vénitiens, les (aille en pièces et leur enlève Ferrare. Toute l'Italie applaudit an kiuvv= de? rirtiv-s de l'Église. Florence décerna un triomphe au cardinal victorieux. L'Église avait repris sa place en Italie. Nous la verrons briller du même éclat sous le pontifical de Jean XXII et d'Innocent VI.

La paix, l'unité de l'Église, la ruine de ses ennemis, t^els étaient les fruits de la politique de Glémenl V. On peut dire que ces résultats furent la suite naturelle et le résultat du séjour des Papes à Avignon.

Un si grand bien ne devait pas périr. Il dura, il survécut aux Papes d'Avignon, et la paix que l'Église trouva an France ne fui plus troublée après les querelles du grand schisme. Les Papes d'Avignon fondi-renl en quelque sorte la paissante temporelle du saint-siège eL surent tellement dompter l'esprit dos Romains qu'ils n'osèrent plus se révolter depuis, el jusqu'à ce jour ils demeurèrent constamment lidèlesà l'Église. Home et l'Étal l'ccllsinslique depuis la donation de CtiaHcinnsiiK' n de Pépin, et même avant, appartenaient d« droit au saint -siège, liais souvent le fait ne fut pas d'accord avec le droit. Rome était impatiente du joug des Papes. Il est peu de Papes qui n'aient vu éclater quelque émeute dans Rome, il en est peu aussi que l'inconstance des Romains n'ait forcé à s'exiler. Les plus grands Papes et les plus révérée de l'Église universelle , ceux même qui déposaient les princes, n'étaient pas obéis dans Home. Aucun Papo ne put former une armée régulière pour faire valoir ses droits. Boniface VIII le tenta, mais son entreprise contre les Colonna fut plutùt une croisade el une guerre sacrée qu'une guerre politique. Quand les car-

dinaux rebella eurent fait leur soumission, l'armée ponti-

troupcs, livra des batailles et s'empara de vive force des eilés rebelles; son successeur immédiat. Jean WJI, imita son exemple. L'armée de l'Église commandée jiar lu cardinal Poyet parcourut la Lombardie cl les légations, rétablit partout i'auiorili' pontificale. Knfin , mieux quêtons les autres, les deux Papes Innocent VI et Urbain V consti-

Les premiers ils inaugurèrent In ]>r<>foi i d L- politique suivie par Alexandre VI, Jules 11 et Sixte-Quint.

Le Pape compta dès lors parmi les princes temporels de l'Europe. On lit des lignes et des alliances avec lui. Les empereurs d'Allemagne ne réclamèrent plus la suzeraineté de Rome. Ils vinrent encore y recevoir la couronne et l'onction sacrée, tuais ce fut à la condition qu'ils sortiraient de Home le jour même de la cérémonie. Les Romains, les peuples des Marches et de la lîomagne commencèrent â redouter la puissance de l'Église et ne songèrent plus à se révolter après les brillants exploits du légat d'Innocent VI et d'Urbain V, le cardinal Albornos, en qui Papencotdt reconnaît le fondateur des États (io l'Église. Ajoutez à lentes ces raisons que Home, réduite à la pratique du devoir par soixante-dix ans do guerre civile, de solitude et de misère, comprit que sn richesse, sa gloire cl son repos étaient inséparables du pouvoir temporel di's Fnpes. V.Wc n'appréhenda rien tant que d'être privée de leur présence et no montra plus cet esprit d'indiscipline et de révolte qui avait contraint ses iKMUifes de s'éloigner. Leur juste sévérité valut à l'Église trois siècles de gloire, qui sont les plus beaux pour elle, après les siècles de persécution. Au milieu du calme que Rome leur offrait, les Papes purent combattre l'hydre du protestantisme, diriger les travaux d'un concile qui dura vingt-trois ans, combiner les plus sages mesures pour la

conversion des peuples nouveaux, répandre une vie nouvelle dans l'Église par le moyen des nouvelles [«milles de religieux qui s'élevèrent à l'ombre du saint-siége, donner enlin une impulsion nouvelle à la science, ei faire de Borne un foyer de lumière qui éclaira toute l'Église.

L'action que l'Église romaine devait exercer dans loule l'Europe, quand le protestantisme parut, se lit sentir à la France avanl celle époque, et l'on peut dire que la France doit la conservation de la foi au séjour des Papes à Avignon.

La France est nécessaire â l'Église. C'est de la France que partent ces légions d'apôtres et de vierges sacrées qui volent à la conquête de nouveaux peuples. 11 y a dans notre nation connue une force d'expansion qui la pousse à se répandre partout, et Dieu lui a prodigué Ions les dons qui attirent et qui gagnent le cœur des hommes. Le courage impétueux des Français et leur désintéressement ont sauvé l'Église dans les temps de trouble. Depuis le jour nù Clovis, courbant le front pour recevoir l'eau du baptême , eût voulu se trouver avec son armée à coté de Jésus-Christ pendant sa passion pour lu défendre, nos rois oui volé au secours de l'Église toutes les fois qu'elle a couru quelque danger.

Qu'on se figure la France séparée de l'Église romaine, devenue proies! a nie, propageant partout le schisme et l'hérésie, on tremblera à la pensé" des malheurs que l'Église aurait à déplorer.

Mais la France resta fidèle à sa mission quand Luther parut. De toutes les nations catholiques elle fut la plus

acharnée contre la nouvelle série. El le n'opposa pas aux Ilots des nouvelles doctrines tomme en Espagne, la digue de l'inquisition. Elle fit mieux, elle leva dos armées pour les combattre el foira île se traduire au grand jour îles champs de bataille les sectaires que l'ombre et le silence favorisent. Li s provinces méridionales plus que les autres devaient redouter les nouvelles hérésies, ayant, toujours conservé le ferment des ancionnes. Heureusement pour elles, les Papes avaient l'ait no long séjour à Avignon. Ile là ils avaient rayonné sur tout le midi de la France, ranimé la foi dans les Ames, resserré les liens qui unissaient les peuples au saint-siège. A 'moins de méei m naître l'autorité divine de l'église, il faut admettre que le vie:iire de Jésus- Christ attire une bénédiction spéciale sur les peuples parmi lesquels il vit. La foi est plus vive à sa source. Ils croient mieux fi Jésus-Christ, ceux qui votent tous les jours son vicaire el reçoivent immédiatement de sa bouche ses oracles et ses enseignements. Plus on l'approche, et plus on est sûr d'avoir la vie de la foi. L'esprit s'éclaire, les doutes se dissipent, les préjugés tombent. Une expérience de chaque jour démontre que les protestauls venus à Rome déposent peu à peu leurs erreurs, ne croient plus à la parole de leurs docteurs et rentrent dans leur pairie convaincus de la véritable foi. Si vous voulez savoir pourquoi l'Italie, pnrinï tant d'erreurs politiques, a conservé pourtant un esprii.de foi qui fait envie aux autres nations calho- 1 irpies. j'en ai dit la raison.

Or, celte puissance de la foi, nus «mirées l'ont senlie. La présence du Pane en France y produisit les mêmes effets qu'en Halte. La foi s'y est raffermie, les liens qui

les peuples élaieoi prémunis cou Ire l'hérésie protestante.

Ce qui dislingue ectte hérésie de loutes les autres, c'est qu'en s'attacha nt à nier l'autorité de l'Église pour mettre au-dessus de toul l'autorité des livres saints, elle combat

nécessairement eeiui qui est à la ii:t-i ilel'Église puissance, c'est ruiner aussi l'autorité de l'Ëglis<

faillibiliié. puisqa'eri lii se résument les l'ùros, lu tradiiion, les conciles. Si le Pape nVsi pas lu clief de l'Éylisr. s'il n'a pas droit au respect l'I à l 'obéissance, il n'y a plus d'Église, elles livres inspirés deviennent nos seuls guides. C'est pourquoi les protestants montrent tant d'acharnement contre le chef de l'Église. Ils ont dirigé de ce côté toutes leurs attaques. Leurs théologies -et les catéchismes mêmes qu'ils mettent aux mains des enfants «mi! pleins de blasphèmes contre le Pape. Il est à leurs y eu* l'antechrist prédit dans n"s livres saints : Hume est la imiivclv liai iv Une. ].<• saintsiège est le tronc do Satan, le Pape porte tous les caractères de la bête. .11 Pour détruire la doctrine catholique, « disait Luther, il faudrait abolir la Papauté, et celui qui « parviendrait à arracher la vie au Pape ferait une œuvre « méritoire. Le Pape est l'ennemi de la chrétienté, l'ennemi « de Jésus-Christ plus que les Turcs eux-mêmes. "Ces blasphèmes sont l'essence du protestantisme, faux qui ne reconnaissent pas à do pareils traits le pontire romain ont abjuré l'hérésie. Ils appartiennent à l'Église véritable.

Les peuples du Midi virent les Papes et les possédèrent. Ils purent apprécier leurs vertus, le zèle qu'ils déployaient pour les intérêts de la foi, l'ardeur qu'ils mirent à repousser les infidèles, le soin avec lequel ils veillèrent à la pureté de la doctrine. Le Pape, suivant eux, n'avait pas trahi sa mission, il était toujours le vicaire de Jésus-Christ, le successeur de saint Pierre, le chef naturel et légitime de l'Église. La foi, la doctrine, la piété, le zèle et la charité qu'ils avaient admirés dans le Pape ne pouvaient former le caractère de l'antechrist. Les peuples fermèrent donc l'oreille aux discours des novateurs; ils s'attachèrent de plus en plus à l'Église. Quand les protestants, imitant le précurseur de l'antechrist Mahomet, prirent les armes et

56 HISTOIRE D'URBAIlt V.

voulurent imposer leur doctrine par le glaive, brûlèrent les églises, iioinoli-rctii les prêtres el les vierges sacrées,

du Midi s'émurent et combat tirent ]>our leur foi. Elles eurent quelquefois la victoire, et purent venger l'honneur

déserta leurs drapeaux, et leur gloire fut parfaite, car après avoir donné à l'Église des soldats et des défenseurs.

Lorsque Luther el Calvin parurent el que leurs disciples vinrent prêcher dans le .Midi la révolte contre le Pape, le souvenir des Papes d'Avignon vivait encore. A peine deux générations avaient passé. Les enfants avaient appris de leurs pères la vertu austère de Jean XXII, qui ne parut jamais dans les pompes religieuses, vécut dans un cloître solitaire, renonça au faste et aux honneurs de la suprême puissance pour en garder seulement les soucis, la fatigue, la peine. On se racontait les miracles de tienolt XII. Le caractère si doux de Clément VI et sa charité inépuisable faisaient encore bénir sa mémoire. Innocent VI était resté célèbre par sa piété. La vie saime d'Urbain V et sa lin si belle, les discours qu'il tint au peuple sur son lit de mort, les miracles sans nombre qu'il opéra avaient laissé, dans les esprits 1111 souvenir ineffaçable.

De plus, cette cour pontilienln lam décriés avait formé de grands saints. Les noms de saint Vincent Ferrier, de Pierre de Luxembourg, du bienheureux Pierre Thomas, sont assez connus pour qu'on se contenta de les citer. Ce n'étaient pas là évidemment les traits sous lesquels l'anlechrist devait paraître. Ces Fapi's aux maies vertus, à la foi si viu\ qui [;:Ls;iîe:ii dus niirades après leur mort, ne pouvaient être comparés à \'hom»ir. de prriliiitm prédit dans les saintes Écritures. Les saints illustres qui vivaient à leur cour ne pouvaient être les instruments do l'enfer. Le peuple le comprit, et la France resta catholique.

En lisant l'histoire îles Papes d'Avignon, il semble qu'ils furent suscités pour opposer dons le midi de la France une

séc à ses ravages. Calvin le devina. Il vint s'établir aux portes de nos provinces pour mieux diriger ses attaques. Ses disciples se répandirent sur les bords du lilioneelde la UiLiance. Ils pénelivrenl dnii- les profondes vallées des Cévennes. Mais les Papes d'Avignon avaient pris d'avance leurs mesures. Ils avaient créé une foule de nouveaux sièges et rattaché les peuples par de nouveaux liens à l'Église romaine, ils érigèrent Toulouse en archevêché, établirent de nouveaux sièges épiscnpanx à Moniauban, h Sainl-Papoul, à Rieox, à Lombez, a Alet, à Saint-Pons, à Castres, à Condom, à Sarlat, à Saint-Flour, à Tulle, à Lavaur, à Mirepoix; ils multiplièrent autour d'eux les fondations pieuses, les universités, les maisons d'étude et les monastères qui furent comme des citadelles où la foi se réfugia et d'oii sortirent les défenseurs de l'Église.

C'est ainsi que la France doit en partie la conservation de la foi aux Papes d'Avignon, et leur en garde une vive reconnaissance. Que l'Italie réclame ses pontifes, qu'elle regrette leur longue absence, qu'elle vienne pleurer à leurs pieds et solliciter le pardon des injures qu'elle leur adressa, qu'elle éclate en reproches quand ses prières sont repoussées, qu'elle cherche même à ternir la mémoire des pontifes qui siégèrent en Franco, on le conçoit aisément, mais pournous, Français, nous devons nous applaudir du séjour des Papes dans notre patrie, nous devons bénir l'heureuse influence qu'ils exercèrent sur la contrée qui les posséda, nous devous les voir à regret partir d'Avignon et laisser le calme i.i'i iis vivaien; puur aller s'exposer aux i rouble-., aux séditions, aux guerres civiles de l'Italie. Ah ! pourquoi ne restaient-ils en France un an encore, et l'Église était sauvée! Elle n'aurait pas vu le schisme horrible qui la déchira.

Sans le grand schisme, le séjour des Papas à Avignon aurait eu le plus beau de tous les résultais : la renaissance des lettres, el, ce qui valait mieux encore, uns renaissance clin'lii'iiue. Ile l'union des ilcns liUeïnltiies italienne cl

provençale serait sortie la renaissance ; non cette littérature païenne et pour la forme el pour le fond qu'enfantèrent les esprits légers et sn plique- iln \\Y siècle, mais une littérature chrétienne, pure comme celle de Laclance, de saint Jérôme et de saint Augustin. Peut-être même on aurait vu comme un nouveau siècle des Pères de l'Église. C'est là que tendaient les Papes d'Avignon. Mais les disputes interminables du grand schisme, le trouble qui agita les esprits, les guerres civiles que le grand schisme alluma, vinrent arrêler ce mouvement. Les études s'affaiblirent, la science Tôt délaissée, on n'arriva plus aux dignités par In culture des lettres comme au temps des Papes d'Avignon, mais plutôt par l'intrigue, la flânerie el la simonie. Il fallut un siècle environ pour que la civilisation reprit sa marche. Les grands esprits du xiv siècle s'éteignirent, mais leur œuvre ne fut pas entièrement détruite, et le dépôt des lettres fut transmis intact au ivi" siècle.

Une erreur présent i^i"un':ra li ■ attribue la renaissance des lettres au xvr> siècle. On ne va pas au delà. Pour être juste, il convient de remonter aux sources de la renaissance et de rechercher les auteurs véritables de ce grand mouvement littéraire. Ne vous arrêtez pas à Érasme, à Sadolet, à Bembo, à Marstle r'icin, à Polilien lui-même. Allez plus loin. Pétrarque, les Papes (î'Avignon, les poètes italiens et les

IKTR0DUC1 ion.

trouvères, tels sont les piiitniors ;uiif(irs do la renaissance.

Léon X reçut le titre de restaurateur des lettres, et le siècle où les lettres brillèrent d'un si vif éclat porte son

élégants de l'époque. I) leur prodigua les honneurs et les dignités. Les savants se montrèrent reconnaissants au point d'être injustes envers les pontifes qui eurent plus de part que lui a la renaissance des lettres. Les Papes d*\vignon lui avaient (ion i:é l'exemple. C'est à leur cour que lessavanls venaient puiser le goût des lettres, chercher des conseils et des encouragements. Ces Papes jirïri ni plaisir à répandre sur eux lettre bienfaits. Ils se lireut une loi de promouvoir aux dignités ecclésiastiques les humilies de lettres à l'exclusion des autres. Ils ne firent pas languir dans l'ombre et la misère les clercs studieux, ne leur laissèrent ni le temps, ni la honte de demander une part aux largesses de l'Église. De tous les points de l'Italie les savants accouraient à la cour pontificale. Les lettres clviissées de l'Italie par la gncrrecivile

se réfugièrent autour des ponlilés. Us lïislnnens. les poêles, les grammairiens abondé rem auprès d'eux, et leur cour fut sans contredit la plus brillante et la plus littéraire du l'époque. C'est là que se formèrent les écrivains les plus élégants : Pétrarque, Boccace, Bruni, Coluccio Salutali, Zanobi et une foule d'autres. On trouvait à la cour d'Avignon tout ce qui peut favoriser la culture des lettres, une aimable liberté tempérée par le sentiment du devoir et des convenances, des bienfaits répandus à l'envi sur les nonimesqui se dévouaient à l'étude. Enfin la terre habitée par la cour pontificale était comme la terre classique du goût et des sentiments délicats.

Parmi les Papes d'Avignon, quatre voulurent s'attacher Pétrarque. Lorsque sa patrie le repoussait et refusait <ie lui rendre son patrimoine, Benoit XII, Clément VI, Urbain V lui donnèrent à profusion des titres cl des revenus. L'arrivée d'un homme <!e lettres à ta cour d'Avignon était

fêtée cummc celle d'un prince. Il avait ses entrées chez les cardin;iu:(, chez le Pape lui-même qui faisait (rêve aux plus graves affaires pour l'Écouter. Ses écrits volaient de main en main. Le poète était devenu un homme sacré comme au lumps de l.inus es d'Orphée. Hienzi vaincu dut ii <■<< titre In eoiisiïiTaiîon de sa vie quand il fut prisonnier de Clément VI. Les juges nWrenl condamner à mort un poète, Pétrarque l'aflirme. Les annales du xvt" siècle ne présentent pas un plus hel Dommage rendu aux lettres.

Tous les caractères de la renaissance apparaissent au xiv" siècle. Ce qui distingue ci-ik littérature, c'est d'abord un goùl pur qui sr rapproche dis écrivains anciens, s'attache ù la forme comme au fond et répudie le style barbare des écrivains du moyen âge, et en second lieu c'est une élude approfondie et savante lies langues anciennes. La langue grecque pénètre en Occident. La vraie langue de Cîcéron et d'Ovide est pariée avec une élégance et une pureté qui feraient envie au siècle d'Auguste. Voilà la renaissance. Or, la première impulsion de ce mouvement littéraire est partie d'Avignon. C'est à la cour avigiionnaiso que la littérature s'épura, que la langue italienne se forma au contact de la littérature provençale.

IJiiniiil km il: l'Kurijpc éluil p^ugéi' dniis les ténèbres dr la barbarie, le midi de la I Vauce élait en foyer de lumière. Les lettres y étaient cultivées avec passion. Les comtes de Toulouse et de Provence avaient attiré à leurs cours une foule d'esprits distingués qui s'essayèrent à former des rhythmes harmonieux, inventèrent un langage nouveau, et créèrent la poésie moderne. On les appela trouvères, comme on avait appelé en Grèce poêles ou créateurs leurs devanciers Orphée, Hésiode, Homère. Us s'en allaient de cour en cour, de château en château, faire entendre leurs chants. A leur voix la Provence et le Languedoc se transforment. Une cmlisaiion si un vu] le jaillit du sein de la barbarie et les siècles modernes commencent.

[KTI10DUCT10N. 61

Les trouvères passèrent en Italie, en parcoururent les diverses cours, s'arrêtèrent à Naples, a Florence, à Ferrare, et inspirèrent partout le goût de la poésie. C'est l'opinion générale que la poésie italienne est lillo de la poésie provençale. L'historien érudit mais souvent partial de la littérature italienne est force d'en convenir '.

Le premier qui passe en Italie est Foulques, de Marseille. Il est attiré à la cour des seigneurs de Ferrare et y chante ses sirvenies, Nicolet, de Turin, imita son exemple. l'iris viennent Calvi, de Gènes, et Guaglia, d'Mbnnga. Enlin, Surdello, de Mantoue, vient en Provence à l'âge de quinze ans, apprend la langue et la poésie provençale et s'en va chanter ses chansons à la cour des seigoeurs l'Esté. Charles d'Anjou ayant reçu en lie!', du pape Clément !V. la couronne de Naples. amène avec lui une foule de poètes provençaux, et la langue provençale devient la langue des cours italiennes. Tous les poètes italiens écrivirent dans celte langue : ce n'est qu'à la fin du xin" siècle qu'ils firent quelques essais dans colle de leur pays, en employant les rhythmes des trouvères. Les trouvères furent donc les premiers maîtres des poêles italiens, et riante lui-même sentit leur influence. Sa poésie est celle des trouvères qu'il dépassa de toute !a hauteur de son génie, si l'on veut; mais enfin il s'inspira auprès d'eux. Il sullit de le lire pour s'en convaincre. Deux fois il vint à la cour de Charles I", roi de Naples, y entendit les chansons des trouvères. Exile" en 1 302, il se réfugia dans le nord de l'Italie OÙ florissait la poésie provençale.

Mais la pùésii- dantesque est une langue à part; elle brilla sans aurore et sans crépuscule au sein de la nuit. Hien ne lui ressemble. Elle s'éloigne autant de la barbarie du moyen âge que de la délicatesse de la renaissance. C'est je ne sais quoi de rude et de sublime, de nerveux

Page 1