‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 13 sur 162 · I. Tinbmcbi · texte numérisé non relu

I. Tinbmcbi

et de noble qui n'a rien de pareil dans aucune langui!. La poésie italien ni! n'avait pas encore la grâce, la délicatesse, la naïveté qui la distinguent. Elle vint s'épurer auprès des poêles provençaux aux mêmes lieux où elle avait pris

iamais la poésie des trouvères n'avait jrlé autant d'éclat qu'aux temps des premiers Pap>'S d'Avignon. La cour pontificale faisait ses délices des poètes provençaux Pierre de Ventadour, Arnaud Daniel, Pierre Vidal, Arnaud de Merveil, Anselme Faydil, Pierre d'Auvergne et les autres. Les anciens tournois, où les hommes [«Tissaient misérablement, cédèrent la place aux tournois littéraires où quelques fleurs devenaient le prix d'un esprit Élevé et d'un cœur tendre. Les Jeux Floraux étaient institués à Toulouse. En 1323, les habitants de celte ville, dans une circulaire en vers provençaux, promirent une violette d'or an plus habile poète. Animés d'une vive émulation, tous les poètes proveni;aiiï soumirent lt-nrs ti-nvrr-s ai) jugrmenl drs Toulousains. Ce fut Arnaud Vidal, de Castelnaudary, qui reçut le prix.

Tandis que le midi de la France se passionnait pour la poésie des trouvères, un jeune Italien, exilé de Florence avec son père, venait chercher un refuge auprès des Papes d'Avignon. Comme ions h-s grands poètes, il sentit des aspirations vagues pour un idéal qu'il ne savait comment définir et se livra à l'éiiul' des belles-leur 's. Envoyé par son père à Montpellier on la jeunesse allait apprendre le droit.il négligea cette science aride pour un art qui lui souriait davantage, il lut Virgile, les trouvères. Virgile lui inspira de l'ardeur pour la poésie latine, il fit des vers latins sans y réussir et l'on ne lit plus aujourd'hui son

quèrent ce goût délicat et pur, celte tendresse de sentiment qui le distinguent parmi Ions h s poêles de l'Italie; il sentit la présence du feu sacré et devina qu'il était poète. Quand il fallut choisir la langue où il écrirait, il hésita longtemps

entre le provençal ci l'italien, liais Pétrarque aimait trop sa pairie pour écrire dans une langue étrangère : il choisit l'italien, il écrivit dans cette langue ses chansons et ses sonnets. Dès ce moment une nouvelle langue était créée, l'italien moderne.

Quand on compare les écrivains de la renaissance awc Pétrarque, on est frappé des traits de ressemblance qu'ils ont entre eux. C'est la même poésie et le même accent, c'est la même pureté de goût, et, si j'ose le dire, les mêmes défauts. Pétrarque est parfois prétentieux et exagéré comme on le fut à la renaissance. On le concevra aisément, si on pense qu'autour de Pétrarque se forma une école nouvelle qui transmit à la renaissance ces traditions de bon goût littéraire, de pureté de siylc, île délioaresse de langage qu'elle avait reçues du maître. Les sonnets de Pétrarque circuleront île bonne heure en llnlie; on en lira des copies innombrables. Tous les poêles de l'Italie y formèrent leur goût on, pour mieux dire, le réformèrent. Enfin, ils profitèrent si bien des leçons de Pétrarque qu'ils l'égalèreiil presque, l'éirarque inspire llocr.nce qui est le modèle des prosateurs comme l'autre l'est des poètes.

Mais on doit remonter au delà de Boecace et de Pétrarque, si on veut suivre le fil de ces traditions littéraires. Pétrarque est redevable aux trouvères de toutes les qualités qui !e distinguent comme poète ; il se forma à leur école, leurprit leur génie, leurs rhylhmes, leurs pensées, et, ce qui est plus, leurs tours et leur langage. Celui qui mettrait en regard les sonnets, les chansons de Pétrarque et les poésies des trouvères qu'il a pillées et imitées, ferait un livre des plus intéressants. L'abbé de Sade l'a essayé: on regrette qu'il n'ait pas complété cette étude. Les Italiens conviennent eux-mêmes des plagiais de Pétrarque; on ne doit pas craindre d'appeler plagiaire un tel maître, quand on a pour soi Salvini, Bemlw, Crestembini.

Si les poêles provençaux curent une part si large à la

renaissance des lettres, les l'aies d'Avignon sont les premiers auteurs de ce mouvement littéraire, c'est il leur cour que se forma Pétrarque. C'est la que l'Italie et la Provence si? rencontrèrent, cl de la fusion des deux langues sortît la lunque de Pétrarque, l'italien moderne. Le calme qui régnait dans le midi de la France permit aux Papes de protéger les lettres. Les palais des cardinaux étaient tout autant d'académies où les poêles provençaux et italiens essayaient leur talent. Si les Papes fussent restés à Home, le liruit des guerres et le choc des armes eût couvert la voix des poètes, la civilisation moderne périssait, on du moins elle était retardée de deux ou trois siècles. On eût

Home, qui avait été jusqu'alors la lumière de l'Occident, était plongée dans les ténèbres, la guerre en avait banni les arts, les sciences, l'étude, l'éliarque fait cette remarque, singulière, qu'à IVpoquo de sou premier voyage en Italie, l 'histoire et les monuments de Home n'étaient nulle pari ignorés comme à Home; il y trouva deux hommes seulement qui purent lui expliquer ses ruines, Elicnzi et Jean de Saint-Vit, frère du cardinal Colonnn, si lias était descendue cette maîtresse des études. Les lettres doivent donc une reconnaissance éternelle aux pontifes qui les sauvèrent de l'oubli et se réfugièrent dans une ville oii il fût permis d'étudier et d'écrire.

C'est une erreur assez commune que la renaissance des lettres commence à la chute de Constantinople. Des moines !,"recs chassés de leurs cloitres passèrent eu Occident, y apportèrent Platon, Homère. \énoplnm: ils euseignèrenl la langue d'Homère et de Platon, et inspirèrent à de nombreux auditeurs cette pureté de ^oùt qui distingue la littérature grecque. Sans doute, la chute de Constantinople fut utile aux lettres, et la venue des Crées à [lome, à Florence, à Paris, exerça quelque influence sur le mou-

vement littéraire du m* siècle. Mais il faut chercher ail- Ipurs les ailleurs do la renaissance.

L'étude île la langue grecque élait négligée : Clément V

comprit l';iv:un:ii:e que l'Occident pouvait lirer de n-llf langue dans les rapports journaliers qui s'établissaient enire Constantinople et la cour poniilicale, depuis que la Papauté, libre et dégagée dos entraves qui la gênaient dans uni' contrée agitée par la guerre, était moins occupée !i se défendre et veillait comme autrefois aux grands intérêts de la chrétienté, à l'union des Églises, à la destruction des infidèles. Il fit un décret dans le concile de Vienne qui rendait obligatoire dons foules les universités l'étude du grec. Une généreuse émulation gagna tous les esprits,

peu dans l'Occident; on comprit l'importance de cette étude quand on vît les Grecs affluer à la cour avignoiiiudsc pour implorer des secours et travailler à l'union des deux Églises. Gra.cc à l'étude du grec, on vil de nouveau l'Orient et l'Occident fusionner, et les deux Églises s'unirent par des actes solennels. Quand les empereurs de Constantinople vinrent à la cour des Papes d'Avignon, ils y trouvèrent des hommes parlant leur largue; les actes de la réunion furent écrits en grec. Les originaux sont encore aux archives du Vatican. Du temps de Pétrarque, l'élude du grec fut reprise ; on peut lire dans ses écrits et dans ceux de ses biographes l'ardeur qu'on y mil.

Un Grec, nommé liarlaam, éi.:ul. venu auprès de Benoit XII

des entretiens fréquents et le pria de lui apprendre sa langue. D'Avignon, le moine vint à Naples, y rencontra Paul de Pdrouse et se lia d'amitié avec lui. Quand i! fut rendu a Constaulinople, il lui envoya une immense collection d'auteurs grecs, inconnus aux savants de l'Occident. Quinze ans après. Pétrarque vit un autre Grec a la cour d'Innocent VI, Nicolas Sigeios; il demanda et il obtint

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un exemplaire d'Homère. C'esl à la infime époque, je pense , qu'on doit faire remonter lus premiers essai» de grammaire grecque. Richard de Bury, chancelier el grand trésorier d'Angleterre, posa les règles de cette langue et trouva, au milieu de ses graves occupations, le temps de les enseigner aux autres. Knlin, Boccaee connut un Grec de Thessalonique, élevé du moine Barlaam , homme habile s'il en fut dans l'élude du grec; il s'appelait Léonce Pilate : il enseigna le grec à Boccaee qui l'attira ^ Florence, où il eut assez de crédit pour lui faire donner une chaire de langue grecque. Léonce Pilate eut pour disciples des hommes célèbres, Boccaee, le prieur des Saints-Apôtres, Coluccio Salutali, François Uruiii etZanobi. Emmanuel Qirysoloras lui succéda dans sa chaire. Plus tard, Léonard l'Arétin avouait qu'il était redevable à Coluccio Salulati de ses connaissances en grec ' ; Boccaee fil une collection nombreuse d'auteurs grecs, c'est lui qui nous l'apprend dans sa Gàtùtlvtiir dru iii'\ux 1 ■ Fui equiuVtii ipse insuper qui primus meis suniptibim llomcri titrros et atios quosdam Gr&cos in Etruriam revocavi, ex i/ua multis unira sac uîis Mbiera ni non rcdiluri. L'étude du grec se répandit en Italie, en France, en Angleterre, au point que les Grecs purent parler leur langue et elre compris dans le concile de Florence, quatorze ans avant la prise de Constantinople. Ce n'est donc pas au temps du cardinal Bessarion, de Marsile Ficin, de Pomponali, de Pic de La Mirandole que la renaissance commence aveé l'élude de la langue grecque. Remontez plus haut, et vous trouverez Pétrarque, Boccaee, Clément V et les autres Papes d'Avignon qui propagèrent celle étude et attirèrent à leur cour les Grecs illustres qui pouvaient donner la clef de leur langue. Ceux qui s'arréient au cardinal Bessarion

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