Tiraboscbi, tl, liv. ni
■ 'l ii Marsile l-'iciti comme lient à I» fois une erreur e! une injusticf .
Mais les classiques grecs ne peuvent être séparé? des classiques latins. En étudiant Homère on désire connaître Virgile, et les pages brfilaiites de Démosttiène inspirent le désir de lire Cicéron. Le latin va de front avec le grec, et l'on voit le latin classique renaître là où l'élude du grec est florissante. Or, l'élude approfondie de la langue latinene commence pas au xvi'on an sv" siècle. La Renaissance recueillît le fruit d'une autre époque et profita des travaux accomplis dans les siècles précédents. Ce fut là tout son mérite. La langue latine renaît à Avignon : établissons sa généalogie.
Je cite d'abord Pétrarque, parce qu'il fut à la téle du mouvement littéraire qui agita le kiv° siècle. Le premier il sentit ce qu'il y a d'énergie, de noblesse et de grâce dans le latin de Cicéron. il comprit qu'il fallait étudier la langue ailleurs que dans Prudence, qui fut à proprement parler l'unique maître du moyen âge. Cîcéron, Sénéque, saint Augustin et Virgile deviennent ses auteurs favoris. !1 les lit le jour, la nuit : son style est un composé des qualités et des défauts de ces grands mallres. Animé de cet amour des lettres qui fera plus tard le caractère distinctif de la renaissance, il se passionna pour les auteurs anciens; il entreprit des voyages lointains puur découvrir des manuscrits inconnus jusque-là; il i^rivit eu Espagne, en Italie, en France, aux amis nombreux qu'il avait pour les prier de fouiller les bibliothèques et d'y chercher les anciens auteurs tombés dans l'oubli. Toute sa vie, il brûla du d-.'sir du compléter les li^-mln de Tite-Live ; ses efforts furent impuissants, mais la fortune le favorisa dans son voyage à Rome en 1350. Les Institutions de Quintilien lui tombèrent sous la main, et ce grand maître de l'éloquence allait, grâce à Pétrarque, donner de nouveau ses leçons à ceux qui cultivent les lettres. L'an-
leur que Pétrarque aimait le plus, c'était Cîcéron. Dès sa plus tendre jeunesse, il se nourrit de ses écrits. Son père le surprit un jour tenant un volume do Cicéron au lien des Paudecies ou du Code. Il lui arracha des mains le manuscrit et l'eût jeté aux flammes, si Pétrarque, tombant à ses pieds, n'eut fléchi son courrons; par ses larmes el par ses prières. Pétrarquo désirait qu'annule pa;:e de Ciréron ne fût perdue pour la postérité, et c'est lui, plus que Ions les autres, dont il eut voulu compléter les ouvrages, « l.a renommée, dit-il, que « je m'étais acquise par mou esprit et par mou savoir, ra'a- « vait fait beaucoup il . unis, et comme je me trouvais dans « une ville oii les éi rangers ;u: ai liraient en finie, quand ces " amis venaient prendre congé de moi ef me demandaient " suivant la coutume e>' que je pouvais désirer dans les pays a où ils retoiirnaieiil, je leur répondais : Nulle autre chose ii que les livres de Cicéroi). Que de prières j'ai laites à ce « sujet! que d'argent j'ai envoyé non-seulement en Ita- ■ lie où j'étais le [tins connu, mais encore en France, en « Allemagne, en Espagne, en Angletorrecl môme en Grèce!...
« antique monastère, je me disais : (.lui sait si je ne trou- « verai pas là-bas ee que je cherche? el je me détournais de » ma roule. » Il ne put compléler les œuvres de Cicéron, mais il eut le plaisir île déeouviïr quclinius-iuis de ses livres que l'on croyait perdus. Il trouva ses livres De la gloire, mais les ayant prêtés à sou ancien maître il ne put les ravoir, et l'ouvrage a péri, (irace à lui nous pouvons lire l'oraison pro Milo ne, les Philippiqnes, les Épltrcs familières, qui dormiraient encore dans la poussière des bibliothèques ou peiii-ètre cussi-tH été perdues pour toujours.
Celte noble passion pour les lettres latines, Pétrarque l'inspire à tous ses amis. Coluccio Salutati reçoit les leçons du poêle et s'initie tellement au génie de la langue latine qu'il mérite dans le siècle de Pétrarque et de lloccace l'honneur d'être secréiaiie d'i ibain V avec son ami Fran-
"(THODUCTION. 00
çois Bruni. Zanobi de Strata, Gui Setlimo. qui sera plus tard archevêque de Gênes, Franco Sachetti, liarbaie de Sulmone , le doge de Venise André Dandolo , plus illustre par ses connaissances litiér.iires que par ses grandes actions, et son secrétaire, !\eri Morandi, se forment a l'école de Pétrarque. La renaissance était faim. Mais parmi les amis et les disciples de Pétrarque, il en est un qui recueillit tomes les bonnes traditions et sembla recevoir de soo maître d'une manière spéciale les saines doc-
Ravcnne.
11 Tut confié jeune encore à Pétrarque, par Donat, de Pralo-Vecchio, grammairien de Venise. I.e poète forma son goût et son oreille. 11 y réussit tellement que le disciple éclipsa le maître, et Jean de Havenne écrivit avec
[ l.i 1 1 ■[■•■: I "- * r . r ■) ■ p- V-lu-.'i" S iKiLili. yii
savait apprécier le mérite, en fait les plus grands éloges. Pétrarque lui-même l'eslimait au delà de toulce qu'on peut dire. A h mort de Pétrarque il enseigna quelque femps dans la ville de Padouc. En 1397, Florence, pleine d'admiration pour son talent, l'appela dans ses murs et lui confia le soin de sa jeunesse. Il y passa [ont le reslo de sa vie et y mourut au milieu de ses amis et de ses disciples. Les plus illustres littérateurs de la Renaissance proprement dite se formèrent à son école. L'Arétin, le l'ogge, Ambroise le Gamaldule, Mannetti, Guarini, qui ne le codent pour la pureté du goût ni à Sadolet, ni à Bambo, avaient reçu les leçons de cet habile maître.
L'influence de Pétrarque sur son siècle et sur le siècle suivant fut telle qu'à proprement parler il est le pire et le premier auteur de la renaissance. Mais Pétrarque, où s'élait-il formé lui-même? En Krancn, auprès des Papes d'Avignon. 11 faut l'entendre parler lui-même de la cour avignonnaise et de l'accueil qu'on y faisait aux savants. « Des <i hommes, disait-il, que la pourpre romaine rend si fiers,
« qui dédaignent Ion! In monde, qui fr.iiieiil avec hauteur " les princes eux-mêmes, on! daigné s'abaisser jusqu'à me ii montrer un fronl serein et à faire entendre â mon oreille u des paroles obli^i'unles. » Quand il eut quitté Avignon, le Pape Clément VI se souvint de lui, et Sucrai e. son ami, lui écrivait : 'i l.e souverain pontife demande sans cesse « où vous êtes, ce que vous faites, pourquoi vous ne reve- « nez pas, » llcl hommage rendu aux Papes d'Avignon, par deux hommes qui ne les aimaient guère au fond et qui s'expriment librement sur leur compte.
Il y uni à la cour d'Avignon d>s traditions- lii;éraires non interrompues depuis Clément V, dont la langue ressemble a celle des Pères de l'Église, jusqu'au Pape Urbain V, qui se plut à fonder des institutions où les enfouisse formaient h l'étude fies lettres et qui en I retenait à ses frais dans les universités de franc et d'Ilalie plus île mille jeunes clercs. Le cardinal Culonna tenait dans son palais une académie niisn réunissaient les hommes de lettres. Il écrivait luimême purement. On peut en dire autant du cardinal Oui de lloulogne qui cultiva les lettres et y réussit au. point démériter les éloges de Pétrarque, iris-sobre de louanges, comme on sait, envers les cardinaux français. Philippe de Cabassole. cvëque de Cnviillon et plus lard cardinal, aimait les lettres avec autant de passion que Plutarqiie. Son goût littéraire, son esprit, ses connaissances variées faisaient l'ornement de la cour pumilieale, h Pétrarque pouvait dira qu'il était un pirjif cuéquc fit un grand homme.
Le mouvement littéraire pani d'Avignon se communiqua bientôt au reste de la France. line ardeur fébrile s'empare île tous les esprits. La langue latine est étudiée avec soin. On s'efforce de réussir à l'écrire avec élégance. On recherche les beaux modèles de l'antiquité, et Pétrarque a de nombreux imitateurs. On avait pu voir sur le Iront rf« dnei couronnés, comme le dit Pétrarque, faisant une allusion maligne à l'ignorance de Philippe VI. Mais il faut que
loi» cède au torrent, et la cour de France elle-même favorise le mouvement littéraire. Jean le Bon se livre à l'étude à l'insti de son père. La duchesse de Bourgogne, Jeanne, qui était nièce du cardinal Gui de Boulogne et qui partageait les idées de son oncle, activa le mouvement ei lit traduire en langue vulgaire plusieurs auteurs anciens. Jeanne de Bourbon, épouse de Charles V, favorise les lettres; son époux In seconde, l'nr ses soins Arislote, l'iolémée, Ovide et Tite-Live furent traduits en français. On doit les meilleures traductions de l'époque à Nicole Oresme, à Évrard de Conti, médecin de Charles V, ainsi qu'à Haoul de l'resle, son avocat. Le Bercheur traduisit Tite-Live avec i'aide de Pétrarque.
Le roi Jean avait commencé une bibliothèque, Si les livres n'étaient pas nombreux, du moins ils avaient beaucoup de prix. Charles V augmenta ce trésor et parvint à former une collection de 1.200 volumes arrachés pour la plupart à l'oubli cl à la poussière des bibliothèques. Le roi payait très-largement la découverte d'un manuscrit, et par là il concourut autant que Pétrarque à sauver de la ruine la plupart des auteurs latins. 11 fut admirablement secondé dans ses recherches par un chanoine de iSoire-Dame. Hardi, chancelier de l'université de Paris et grand ami de Pétrarque. Plein d'amour pour les lettres, il entreprit un travail immense, recueillit mus les discours de saint Augustin, en découvrit plusieurs qui éi.iieni restés jusqu'alors inconnus. Si le docteur de la grâce est pour nous orateur autant que philosophe et théologien, nous le devons à Bardi.
Cet amour des lettres gagna l'Angleterre. On y vil une foule d'hommes d'élite s'adonner à l'étude des lettres latines. Parmi tous se distingua liiehard de Bury, qui voulut imiter Pétrarque, et se livra comme lui à la recherche des auteurs anciens. 11 fut assez heureux pour en découvrir un grand nombre. Plein d'un respect religieux, il ne voulut pas confier le soin de les transcrire à des maius merce-
noires. Il faisail trêve aux nombreuses occnpïiions que lui imposait sa double charge de trésorier et de chancelier d'Angleterre, pour les copier de sa main.
Ainsi l'Église, qoî, au x" siècle, au sein de celle barbarie universelle appelée siècle de fer, sauva les lellres de l'oubli, les sauva une seconde fois au moment où une barbarie nouvelle produite par l'anarchie et les guerres allait succéder à la civilisation du moyen âge. Les Papes réfugiés à Avignon ranimèrent les études, protégèrent, accueil liront à leur cour et comblèrent de hii-u faits les hommes de lettres. Ils purent le faire aisément au sein du repos qu'ils
des lettres qui est toujours le signe ou le germe d'une civilisation plus avancée. C'est donc à ces pontifes que la Renaissance remonte, et [es temps modernes commencent avec eux. Ceux qui aiment les arts, les lettres, le progrés de la civilisation, leur doivent plus de reconnaissance qu'à
Tel est renseignement que je trouve dans la translation du ç;iinl-sii'gu ii Avignon. L'cM^iipii' tins. pontifes ;i\ ii;iionn,iis
voir les lettres briller d'un vif éclat et la civilisation moderne apparaître. Ce grand événement nous donne une autre leçon plus importante encore. 11 nous prouve que le Pape ne peut habiter Rome qu'à la condition d'en être le maître et le seigneur, et d'un autre côté la longue absence des Papes, laissant aux Italiens le pouvoir de se constituer comme ils l'entendaient, sans qu'ils aient réussi à fonder quelque chose de stable, démontre aux sectaires modernes que la grande plaie de l'Italie et la source de tous ses malheurs est ailleurs que dans le pouvoir temporel des Papes.
Depuis quarante ans cibvirui], nri<- opinion singulière s'csl répandue en France, en Italie, à Home. En I8I18, elle gagna la bourgeoisie cl la partir la moins saine, du clergé italien. Ou uiudrail que le Pape se contentât dr la souveraineté Spirituelle el abandonnai aux mains des laïques les rênes du pouvoir temporel. « 11 continuerait, dit-on, à habiter Rome a avec sa cour, mais il n'aurait plus de part au gouveme- « ment. A cote" de lui trônerait un prince, un dictateur, le « président d'une république, au choix ■ li 1 peuple. » C'est le rêve de quelques esprits o;i délire qui (uni de la politique au gré du cœur ou de l'imagination et ne comprennent pas toutes les raisons d'être qu'a le pouvoir temporel des Papes dans l'état actuel de l'Europe. Le séjour des Papes à Avignon démontre qu'ils ne peuvent habiter Home qu'a la condition d'en être les princes temporels. Si Home s'insurge contre eus;, si un prince ou une république s'élève à coté (le leur irène, ils fuiront liome, ils devront la fuir.
Cette question est au-dessus des préoccupations d'une politique vulgaire. Si dans un sujet de cette importance on considère seulement l'intérêt de Home et des États pontificaux, les progrès de l'industrie et du commerce dans l'Italie centrale, on est en dehors de la quesiiou, on s'expose à de graves méprises. Qu'importe que Home soit bien ou mal gouvernée, que les prêtres ne soient pas entendus au manii'iniTiL des aliaircs temporelles, ce qu'on n'a pas encore démontré, qu'une foule d'abus se soient glissés dans le gouvernement pontifical, que les finances aient élé longtemps en désordre! la question est ailleurs. Je suppose Rome plus mal gouvernée encore que ses ennemis ne le prétendent, le désordre plus considérable, la justice plus mal administrée, les fonctionnaires moins intègres, il faudra maintenir le pouvoir temporel des Papes. Pourquoi?
7!| HISTOIRE d'iuiHais V.
Parce que lus rois et les peuples de l'Europe, on établissant 0». peur mieux dire, en reconnaissant ci'tie souverainetd, avaient on vue quelque chose do plus grand et de plus noble que le bien île Rome ou do l'Italie, le bien de l'Église universelle, la tranquillité des peuples, l'équilibre do l'Europe. Ils ont compris que le chef do l'Église ne devait être soumis à aucun pouvoir. La liberté nécessaire au gouvernement de l'Église 01 l'iionneur qui est dû a une autorité aussi élevée font du pouvoir temporel une nécessité.
fondé ion 1 nalurellemeni. 1,'aiKnrit.'! des pontife. plus ■ -it-Eidue que celle îles empereurs rondins, puisque la terre entière la reconnaissait, cette autorité, vers laquelle accourait de tous les poinisde l'univers ce qu'il y avait de plus grand t-\ ilo plus l'esprit;! il le, devant qui li s rois, les évrques, les grands génies, venaient se prosterner, devait peu a peu, et comme insensiblement, attirer tout à elle dans la ville de Homo. Constantin le comprit, et admettant toutes les conséquences de la ]*>litiqiie qu'il avait inaugurée eu se faisant chrétien, il enit que limue ni- pouvait être à la fois le siège de l'Empire et celui de l'Église. Il craignit que la majesté des Papes n'elTaeàt celle des eéstrs; it quitta Rome, et alla faire de Constaiilinople le contre do l'Empire. Tlonna-l-il au Pape la souveraineté de Itonie. par un acte solennel, comme le moyen Age l'a prétendu? Je n'userais l'assurer. Ce qu'on no peut nier, c'est que le pape devint alors le premier citoyen de Rome, et peu à peu alisoiLa ions les pouvoirs. A mesure que l'autorité des empereurs déclinait, celle dos Papes grandissait. Quand on vil saint Léon, plus puissant que les empereurs, forcer !e fier Attila à s'éloigner des murs de Borne, les Papes ses successeurs aider Borne do leurs trésors, soulager toutes les misères, réparer loules les ruines, consoler et dérendre un peuple abattu, on s'accoutuma peu à peu à ne voir d'autres raallres à Borne que les pontifes. Le pouvoir temporel des Papes était fondé.
Comme l'autorité spiritiii 11 ■ est au-ilosus de tous les pouvoirs, il est naturel qu'elle attire tout à cl lu. l'orlotit où deux pouvoirs sont en puas uce, lu plus fort absorbera le plus faible, tout pouvoir, que! qu'il sott, tondant toujours à son agrandissement, (/est ià ce qui eui liuu à Hume. On ne pouvait y voir autre chosu. La dignité du l'ape est st cïevée dans la chrétienté qu'on ne peut la concevoir, dans l'état actuel do l'Europe, sans la souveraineté temporelle et l'indépendance naturelle à la royauté. Imagine/., d'un côté, le l'api' filant devant si ut tribunal los rois et les empereurs, déliant les sujets du serment de fidélité, on l'a vo encore de nos jours, reconnaissant, consacrant les droits des dynasties nouvelles, râlant les affaires les plus graves qui puissent se traiter dans le monde, donnant, sinon l'autorité réelle, du moins une autorité murale incontestable aux rois et aux princes qui sont en communion
santS; et, d'un nuire cûté, le mùrin- l'api1 sujet d'une république ou d'un petit prince, .subissant des luis et des règlements qu'il n'a point faits, obéissant à une autorité quelconque, lui qui commande en souverain à toutes les autres, vous touchez à l'absurde et votre raison se révolie.
Mais dans la personne dit Pape, il y a plus que le rang et la première dignité de la terre : il y a l'exercice d'une juridiction souveraine qui s'étend partout sur les rois comme sur les peuples, et embrasse tout l'univers. Celle juridiction doit être libre, et la souveraineté temporelle du Pape garantit sue indepi ndance. Si le l'ape était sujet d'un roi ou d'une république, on craindrait qu'un intérêt temporel, habilement déguisé, ne fût le mobile de la puissance spirituelle. Le prince temporel de Home dicterait des décrets au Pape ou lui forcerait la main. Un lui défendrait de prendre tulle mesure utile à l'Église universelle; on lui en prescrirait une autre qui pourrait
être nuisible. Il n'y n pas un roi de l'Europe, il n'y a pas un peuple qui consentit à recevoir Ira ordres du Pape, si te Pape obéissait à un souverain quelconque , et pouvait être l'instrument d'une politique plus ou moins ambitieuse.
C'est pourquoi la sagesse des siècles a établi le pouvoir tem|>orel des Papes, Nos pères comprirent que sans lui le gouvernement de l'Église était impossible, et ce principe a prévalu dans toutes les cours, morne celles séparées de l'Église, que le Pape doit être à la fois le ebof spirituel de l'Église et le prince temporel de lionie et de l'Étal pontifical. La paix du monde y est intéressée.
C'est la raison qui poussa ani n-fuLS les Papes à sortir de Home. Quand ils ne furent plus libres, que le peuple et les familles princières lui disputèrent l'autorité souveraine, ils quittèrent Home, ils eliereh'Veitt un refuge à l'érousc, à Naples, à Auagni. Enfin, n'espérant pas recouvrer de sitùt avec le souverain domaine de lionie l'indépendance et la liberté nécessaires à l'exercice de leur autorité, ils s'établirent en France. Mais quelque part qu'ils aillent, ils feront comme a Home; ils attireront à eux tous les pouvoirs; ils se rendront, par la force des choses, indépendants de toute autorité. La ville où ils établiront leur demei;:v I ■ ■ . i c~ :-,j>j!«rljrmii-;i bii-ii rnr . Avignon tvomnaissnil pour maître le roi de Naples quand les Papes s'y établirent. Mais bientôt le pouvoir judiciaire et le pouvoir administratif passèrent dans leurs mains. Ils exercèrent de fait la souveraine puissance avant même que la reine Jeanne eût vendu au i'ape Clément VI Avignon et son territoire. Celte cession ne fut au fond qu'une formalité qui consacra une autorité universellement reconnue, et vint unir le droit au fait.
Enfin, le séjour des Papes à Avignon démontre jusqu'à l'évidence que leur autorité n'est pas l'unique obstacle à l'unité de l'Italie ; qu'en dehors du pouvoir temporel il est
dirent des jours meilleurs. Ils laissèrent, pour ainsi dire, ans Italiens el aux llomains le pouvoir tir faire tout ce qui leur semblait bon. Ils n'avaient à Rome qu'une autorité impuissante. De loin en loin un légat s'y montrait, mais bientôt on le forçait à prendre la fuite. Rome fut maltresse de se donner un gouvernement de son choix pendant soi\anle-diï ans.
On me dira peut-être qu'on ne songeait pas encore à l'unité de l'Italie ; mais ce projet avait déjà des partisans. Les écrits de l'éiranpir soin remplis de cette idée; c'était S'in riVe favori ri l'unitpzr bonlionr qu'il dr-irail peau sa patrie. On ne peut lire ses pages brûlantes sans être touché de son patriotisme; on no regrette qu'une chose, c'est qu'un esprit aussi [îûnélraiil et qui voyait de si loin cherchât avec tant d'ardeur une chose impossible. Trois fois il écrivit à Charles IV pour lui promettre l'appui de tous les Italiens et le supplier de passer eu lialie, d'y venir i*i-mmin-l'. r <i \ • i •'-■■r I- 11^-- •!■ I 1 mpi- .1 l<<< |-- 1 ;i.n Home et l'Italie soupirant après sa venue, désirant do l'avoir pour maître, voulant former sous son empire une seule et grande nation. 11 disait vrai. Une foule d'hommes partageaient les opinions de Pétrarque et rêvaient l'unité de l'Italie.
Ricnzi parlait de la môme manière à Uiarles IV. u L'ein- « pereur, lui disait il, doit se réveiller el ceindre l'opue : « car, de même qu'il ne doit pas tenir les clefs, ainsi le « Pape ne doit pas porter le glaive, le glaive ayant été ii donné d'en haut à IVmporeur et refusé à l'jcnv. Il faut •1 en outre remarquer que les ecclésiastiques se sont mala- « droitemenl servis du glaive. Les autres villes et les « autres États agités par des tempêtes jouissaient quel- « quefois du calme el du repos. Mais Home et son lerri- 11 foire, placés sons l'autorité des prêtres, avaient toujours » à souffrir de leur mollesse et de leur avidité. Il van-
■ lirai I bien mieux que chaque pouvoir fût exercé selon
a soi) but, que l'on rendit à Dieu ce qui est h Dieu et à
a l'empereur ce qui est à l'empereur '. " Charles IV vînt deux fois en Italie, mais toutes les villes,
redoutant cette unité que rêvait Pétrarque, lui fermèrent leurs portes. Milan, asservie à des tyrans, ne fut pas seule à donnercet esemple; les cités les plus libérales et les plus désireuses du bonheur de la patrie commune firent le même accueil au libérateur de l'Italie ; Pise, Sienne, Florence ne voulurent pns recevoir dans leurs murs celui qui pouvait, en l'absence des Papes, fonder l'unité de l'Italie, (l'est ainsi qu'on avait reçu autrefois Louis de Bavière el Henri de Luxembourg.
Rome livrée à ses destinées n'eiti pas une seule fois l'idée de s'unir au royaume de Naples ou aux républiques de l'Italie centrale, pour faire avec elles une seule nation. Elle passa d'une révolution à une autre durant l'espace de soixante-dix ans; aujourd'hui elle choisissait un sénateur, demain elle le chassait ; au gouvernement des nobles succédait bientôt celui du peuple; une assern- HliV élue réiiiiliiTimuTii pour houvit-tht Home «lait forcée, quelques mois après, à résigner le pouvoir entre les mains d'un tribun sorti de l'émeute. Un seul homme eut des pensées plus élevées. Rienzi, disciple de Pétrarque, initié à ses rêves de grandeur pour l'Italie, voulut travailler â son unité sous le nom de bon État. Quand il fut matlre de Home, qu'il vit son autorité affermie, les nobles humiliés el désarmés, le peuple dévoué à son gouvernement, il donna suite à ses projets; il invita les républiques d'Italie à s'unir à lui, à concourir au bonheur et à l'unité de la commune pairie; ses hérauts parcoururent toutes les villes, pour les inviter aux fêtes brillantes qu'il préparait; des étendards significatifs furent envoyés dans ce but a
I, Ha. de Peliel.
Sienne, ii Florence, à Péruusc, à Cènes, à Vunise. Le croirait-on? ses plans ne furent pas goûlés. Il fut partout considéré comme un rêveur et un insensé. Quelques villes lui envoyèrent leurs députés, mais avec défense do rien conclure; ces dépuliis assistèrent aux Tètes de Htenzi comme des curieux ou des acteurs, et non comme des ambassadeurs qui venaient terminer une aussi grande affaire que l'unilé de l'Italie. Les autres villes, Florence entre autres, tournèrent le tribun en dérision ; elles ne prirent pas la peine de se faire représenter dans cette assemblée d'Amphiclyons, trouvant avec raison que les projets du tribun étaient des rêves, nienzi tombé, l'anarchie régna dans Rome. Les Romains aimèrent mieux subir toutes les horreursdela guerre civile que le joug d'une autre ville, d'un roi, d'un empereur. S'ils l'eussent fait, s'ils eussent ainsi concouru à l'unité de l'Italie, si l'une des grandes républiques italiennes, Florence, fisc ou Gènes, eût poursuivi ce grand dessein et s'était mise à la taie du mouvement, si les rois de Naples, déjà si puissants, ou mieux si les Visconti, seigneurs de Milan et de la Lombardic, eussent entrepris la conquête de l'Italie et l'union de tous ses peuples sous un sceptre commun, les Papes d'Avignon n'auraient pu s'opposer à celte entreprise. Ils se seraient sans doute servis des armes spirituelles pour défendre leurs droits; mais les Visconti, les Pisans, les Génois et les Florentins faisant alors très-peu de cas des excommunications, et les Papes d'Avignon n'ayant pas d'armée, ne pouvant opposer aucun chef militaire aux habiles capitaines des républiques italiennes et des seigneurs de Milan, Rome et l'État pontifical eussent été bientôt envahis et l'imité de l'Italie était fondée. Il y eut des obstacles plus grands que le pouvoir temporel des Papra à la réalisation de ce réve. C'était l'opposition de toutes les villes d'Italie qui ne voulaient pas d'une patrie unique, trouvaient le suprême bonheur à s'administrer comme elles l'entendaient, préféraient la
liberté, qui la gloire qu
HISTOIRE u'riin.UN V.
leur donnai! le bunheiir, à la pui
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le
Pape
'unique Obï
lui et l'Église, cherchent à ruiner la foi dans les âmes, vont de cour en cour peindre le gouvernement pontifical avec les couleurs les plus sombres, pour forcer les rois à le sacrifier, lui suscitent au dedans et au dehors millcdifficultés; à ces hommes passionnés, je citerai l'exemple d'Avignon, je montrerai le pouvoir ii-mpoivl dis J'npcs rtélruît pendant soixante-dix ans, les Papes laissant le champ libre aux râves et aux expériences, l'Italie ne pouvant s'entendre pour fonner quelque chose de gi;md. Je leur dirai : L'histoire est une suite d'expériences qui se ressemblent; ce qu'on a vu hier se renouvellera demain. Que le lJape s'éloigne de Home, que l'exil de soixante-dix ans recommence, on aura les mûmes résultais qu'an moyen âge. fous les efforts des sectaires seront impuissants, on dévoiera des trésors immenses, on sacrifiera des multitudes d'hommes pour fonder quelque chose de durable, on n'y réussira pas; et quand le sang des hommes aura coulé à flots, que le fer et la flamme auront ruiné les villes et désolé les campagnes, quand l'anarchie du moyen àgi1 repa-
convaincu que l'unité de l'Italie est un rêve et un délire. L'Italie rappellera ses pontifes, et, bien loin de voir en eux ses ennemis, elle les acclamera comme les auteurs de son repos, de sa liberté, de sa gloire.