Hisluirt des ordres retinieui, t. V; Walding, t. VIII
Urbain V ne pouvait oublier l'ordre de saint Benoit dont il était membre. Pour faire revivre l'ancienne discipline, il travailla à reformer le monastère qui était le premier de l'ordre, puisque saint JlcnoiL y avait établi sa demeure et en avait fait comme le centre de tous les autres.
Quand le Pape Innocent VI l'avait envoyé à Naples, il s'était arrêté au Mont-Cassin. Les ruines du monastère et les mtrurs relâchées doses religieux lui arrachèrent des larmes. Il promit, s'il avait un jour dans l'Église quelque pouvoir, de faire refleurir la discipline et les lettres dans l'antique asile de la science et de la piété. Quand il fut Pape, il se souvint de son vœu. Il lit d'abord rendre au monastère toutes ses franchises, supprima le siège épiscopal que ses prédécesseurs avaient érigé au Mont-Cassin, et plaça du nouveau le monastère et son territoire sous l'autorité de l'abbé. Ensuite il consacra les grands revenus du Mont-Cassin à relever les cloîtres et les cellules qui étaient en ruine. Le premier pas à faire (Puis la réforme des ordres religieux, c'est d'y établir la régularité extérieure, une honnête aisance, une modeste propreté. Urbain V procéda d'après ces principes.
Quand le monastère fut sorti de ses ruines, il voulut y établir une ccmiimmaiiié édilianle. Les moines ignorants
furent appelés au Mont-Cassin. I! en vint de ions les pays. On semblait voir le peuple juif revenant de la captivité de Babylone pour relever les murs de Jérusalem.
Mais ces mesures pleines de sagesse ne parurent pas suffisantes au prudent Pontife. Les meilleures communautés se relâchent si elles n'ont pas à leur tête des cbefs capables de les gouverner. Urbain V fit donc chercher dans tous les monastères de son ordre un homme pieux, austère, aimant l'élude, pénétré des saintes traditions de la grande famille de saint Benoit, qui pût entrer dans sa pensée et
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achever son œuvre. Soit que le Pontife exigeât trop de grandes qualités, soit que l'ordre de saint [Senoïl fût partout relâché, tous les efforts du Papa demeurèrent impuissants, et son ii'iivrc eût péri avec. lui. Maïs il chercha parmi les Moinrs lllmien l'homme qu'il ne pouvait trouver
tout
refus, plus il donna au Poniife une haute idée de sa vertu. Urbain V exigea que le moine loi obéit. Le frère André accepta le fardeau, partit pour le Mont-Cassin. gouverna avec tant de prudence cette illustre abbaye, qu'elle reprit en prit de tempe c<m mirienne gloire '.
De là serait sortie la réforme de tout l'ordre bénédictin, peut-être même celle de l'Église fntiiTo, si le grand schisme et les guerres qui en furent la suite n'étaient venus troubler la paix de celte heureuse solitude.
C'est ainsi qu'Urbain V aimait ses frères. Il ne se contentait pas de relever leurs monastères, de les enrichir de reliques, d'indulgences ci de privilèges, d'honorer de la pourpre romaine quelques-uns d'entre eux. II entreprit de les réformer, sachant qu'une vie pure et une discipline sévère sont le plus bel ortienieiH de l'ordre mi>n;isiique et deviennent comme les sources fécondes d'où sortent les grands hommes et les grandes choses. Là où la règle est souveraine, où régnent le silence et la piété, l'étude fleurit, les
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questions les plus ardues de la science divine sont abordées franchement, les vieilles annales sont explorées, et des trésors d'érudition et do doctrine s'amassent pour l'instruction et l'édification du monde. Au contraire, dans les monastères où la ferveur ancienne a disparu, lu dissipation s'empare de l'esprit et du cœur, la vie monastique s'éteint. Le corps est au milieu du cloître, niais l'esprit erre oisif parmi les sollicitudes mondaines. On n'écrit plus, on ne lit plus, on ne pense plus. Les ténèbres de l'ignorance et de l'erreur se répandent dans le cloître, et ceux qui devaient consoler l'Église par leurs vertus et leurs travaux en font quelquefois la honte et le déshonneur, deviennent pour elle un sujet continuel de soucis, de troubles, d'amertume. C'est pourquoi Urbain V s'appliqua surtout à faire revivre dans les monastères l'ancienne discipline. Déjà il avait rétabli la pureté de la règle primitive h Saint -Germain d'Auxerre, a Saint-Victor, qui étaient, après Ctteaul et Cluny, les deux centres les plus célèbres de la grande famille bénédictine. Quand il fut Pape, il réforma la première abbaye de l'ordre, afin que la vie, se répandant du chef dans les momhres, ranimât ce grand corps qui a fait, dans tous les siècles, des choses si grandes, et a rendu des services immenses aux lettres, aux sciences, à l'Église, a la société civile elle-même.