‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 135 sur 162 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

La papauté triomphait à Rome et jetait un éclat qu'on ne connaissait plus depuis un siècle. Son influence se faisait sentir jusqu'aux rMrémités de h terre, sus envoyas allaient

plus qu'une Église. Les chefs des deux empires étaient venus reconnaître la suprématie de la puissance spiri^ luelle. Borne avait vu l'empereur d'Occident mener le cheval de son Pontife, et l'empereur d'Orient vénérer humblement celui que ses prédi-Ves^urs avaient tant du fois persécuté. Depuis i-nviron sept siècles Home n'avait pas vu l'empereur d'Orient, Urbain V devait avoir la gloire de l'amener à Rome.

Ainsi tout scmi>brt pmspVrr au gré du Pontife, qui se fut applaudi d'avoir transporté le saint-siége à Rome, si les troubles qui s'élevèrent en Italie n'étaient venus empoi-

llH IU9T0IBË D'UBBAIW V.

BODDer la joie du Pontife et le forcer à revenir en France.

Urbain V, connaissant l'esprit inquiet et turbulent des Romains, n'avait pas. on la pensée de s'établir à Rome eu revenant eu Italie. A l'exemple de ses prédécesseurs Urbain IV, Clément IV, Benoit XI, il ei'it voulu demeurer dans l'une des villes fortifiées de l'Éïai [lomiilcal. 11 avait d'abord choisi vïterbe; mais l'émeute qui éclata quelques jours après son arrivée le dégoûta de celle ville; il désigna ensuite Pérouse, se proposant d'y faire sa demeure '. Il demanda aux Pérusins les clefs de leur ville. Les Pérusins étaient liostiles à l'Église depuis que le cardinal Albornos avait soustrait à leur autorité Assise et CiUa-di-Casiello. Sous le pontifical d'Urbain V, ils avaient déjà donné des preuves de leur mauvais vouloir et s'étaient rendus coupables de révoltes envers l'Église en prenant la défense des fralicelles contre les ollicicrs du Pape, l'eut-ëtre aussi les fralicelles souillaient dans Pérouse l'esprit de discorde. Quoi qu'il en soit, les Pérusins refusèrent de donner les clers de leur ville à Urbain V; ils poussèrent plus loin la désobéissance et levèrent publiquement l'étendard de la révolte

C'était pendant l'été de 1309; Urbain V avait quitté Home après les solennités de Pâques et, comme l'année précédente, il était venu respirer l'air pur de Monterascono. La cour romaine, que cette ville ne pouvait contenir tout entière, était dispersée aux environs; !a plupart des cardinaux et des prélats habitaient Viterhe ou Orviélo. Au premier bruit de la révolte des Pérusins, Urbain V quitta Monteliascone et vint se réfugier dans la citadelle de Viterbo. Il agit prudemment, car bientôt les Pérusins lui déclarèrent la guerre et se mirent en campagne. Tous les hommes en élat do porter les armes s'enrôlèrent. Enfin,

1. ITatujQ. leitie dû prieur cl du goiifalonior des Florentins, ï. Chronique de llîmiai.

les Pérnsins prirent à leur solde Jean Hawkwood et ses routiers, et vinrent sous la conduite Je ce chef audacieux assiéger Urbain V dans Vilerbe. Le Pape avait eu le temps de mettre en ordre sa petite année, il fut bien défendu. Les Pérusins, désespérant du succès, levèrent le siège et sa retirèrent après avoir fait des dégâts effroyables dans la campagne de Vilerbe1.

Urbain V était assiégé pour la seconde fois dans celle citadelle par ses propres sujets. <;>st ainsi (pie le peuple des États romains comprenait son devoir et ses intérêts. Les attentats des habitants do Vilerbe et de Pérouse sont la plus belle juslilicaiiun des papes d'Avignon. Oui osera blâmer Urbain V d'être revenu en Franco après de tels attentats? Qui pourra blâmer les sages conseils que les cardinaux français donnaient à Urbain V? La plupart de ceux qu'il avait amenés de frauce lacèrent la vie à Vilerbe; il y eut une grande mortalité de prélats et de cardinaux pendant le siège, six cardinaux moururent, et dans ce nombre les deux en qui Urbain V avait le plus confiance, les cardinaux Marc de Vilerbe et Guillaume d'Aigrefeuillc '.

Urbain V eut besoin de toute son énergie pour ne pas succomber à sa douleur, ou mieux. Dieu lui donna la force nécessaire pour sauver l'Église et le sacré collège. Il renlr-i dans Home aussitôt qu'il put le faire, et fit venir à la hâte de Bologne son frère Anglic. liologne, dans celte circonstance, montra son attachement pour le saint-siégo; le peuple fondit en larmes au départ du cardinal, chacun voulait le voir une dernièra fois, comme s'il les avait quittés pour toujours; tous le suppliaient de ne pas les abandonner, du revenir au pins vite.

Urbain V voulait s'entendre avec son frère sur les mesures à prendre pour réduire les rebelles. Il lui ordonna

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