‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 21 sur 162 · VillanE · texte numérisé non relu

VillanE

msToine d'urbain v. 103 aotels. Alphonse, roi de Castille, l'admit dans ses conseils el loi donna toute sa conGance. Albornos fit réussir toutes les affaires confiées a sa prudence et à son zèle. L'archevêché de Tolède étant venu a vaquer, le roi y nomma son ministre. Albornos devint le conseiller particulier et l'ami intime de son roi. Rien ne se faisait dans le royaume qu'il n'eut donné son avis. Ses conseils sauvèrent en 1340 la Castilleet le Portugal. Le chef des Maures avait fait prêcher dans tout* l'Afrique la guerre sainte. 11 mit six mois a verser sur la cote d'Espagne ses nombreux escadrons. A la prière d'Albornos, le roi de Gastille et celui de Portugal oublièrent leurs vieilles rancunes et s'unirent contre l'ennemi commun. Déjà les Maures ont investi Tariffa et en forment le siège. Le roi de Castille joint ses troupes à celles de l'autre roi. et tous les deux volent au secours de la ville assiégée, A celte nouvelle, les Maures sortent de leur camp et courent au-devant des chrétiens.

Mais avant d'accepter le combat, les deux rois voulurent implorer la protection divine; l'.-ircluivèqiie de Tolède célébra l'auguste sacrifice au milieu d'un recueillement solennel. Au moment de la communion, toute l'armée se leva : les soldais et les capitaines, marchant a la suite des deux rois, reçurent des mains d'Albornos le ]>;tiu des forts; puis le roi de Castille prit lapa rôle pour i'\lior(er les soldats chrétiens h combattre vaillamment et dwiiia li.> signal de l'attaque. Les Maures s'av.incciii de leur noté. Le sang coule i Ilots. L'ardeur est égale de part et d'autre, mais tout à coup le roi de Portugal gravit ta montagne où l'armée ennemie avait appuyé un de ses flancs, et tomba sur elle à l 'improviste. Le roi de Castille en fit de même à l'aile droite. L'archevêque est a ses côtés: il a voulu suivre son roi pour vaincre ou mourir avec lui. Désespérés par cette double attaque, les Maures font des prodiges de valeur ; un moment la victoire indécise sembla se déclarer pour eux. Le roi de Castille, emporté par son courage, allait se jeter dans un gros

d'ennemis ci exposer par sa mort l'armée chrétienne à une déroute. Albornos l'arrête. Les espérances que l 'excès de sa valeur avait fait concevoir aux infidèles s'évanouissent; ils plient, ils fuient, el la victoire se fixe irrévocablement du cola des chrétiens. La déroute des Maures fut complète; leur roi perdit trois enfants et celui même qu'il destinait à l'empire. Le butin fut si riche que le prix de l'or diminua. Celte victoire illustra le règne d'Alpiniste, qui mourut dix ans après, laissant le trône à son indigne fils Pierre le Cruel.

Pierre se souilla de débauches. Albornos l'exhorta vivement à change] de vie pour le lion exemple de ses peuples

qui épia l'occasion de se venger d'un conseiller si hardi. Mais le prudent ministre a déjà lu dans les yeux du tyrau la mort qu'il lui prépare, il feint une cause particulière, demande quelques jours de repos et part à la haie pour Avignon, où il vient meure au service de l'Église ses talents, son courage, sa longue expérience des affaires.

Clément VI vit en lui un secours inespéré que ta divine t'ros idi'tiee lui envoyait parmi des difficulté!; sans nombre. Il le revêtit de la pourpre. Mais il ne put faire servir à ses desseins particuliers la prudence ci. la fermeté d'Albornos, il mourut quelques mois après l'arrivée de ce grand ministre.

Innocent VI nomme Albornos évoque de Sabine, et le destine ù rétablir l'autorité du saint-siège en Italie. Le cardinal eut bientôt formé une petite armée composée de Krançais, d'Allemands et de basons dévoués au Pape. [) déploie le drapeau de l'Église, qui depuis longtemps ne flottait plus en Italie, reçoit les vecux, les conseils el la bénédiction d'Innocent VI. et, le oicur plein d'espoir, il part pour Home.

Ici commence une des plus belles entreprises du moyen âge. Un homme seul, un prêtre n'ayant d'autre force et

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d'autre appui que sa prudence et un espril fécond en ressources, fera face à des ennemis puissants, se signalera par une suite non interrompue de victoires, détruira avec une poignée d'hommes les armées les plus puissantes, fera la conquête d'un vaste État, assoira le pouvoir temporel des Papes sur les bases les plus solides, fondera l'État ecclésiastique et montrera ce que peut dans un homme l'éclair de l'intelligence uni à la valeur.

Albornos se mit en route vers la (in du mois de juin 1353. Son neveu Gomez Albornos, habile capitaine, Fernand Blasco et Gardas Albornos, qui lui étaient unis par les liens du sang, enfin l'archevêque de Saragosse,. firent partie de IVxpiitiiikm. Albornos se dirigea sur Milan qui lui ouvrit ses portes. Jean Viscunti alla au-devant de lui : il ne se doutait pas des coups qu'Albornos devait porter à sa puissance ; peut-être le cunfundit-il avec ces légats impuissants qu'il avait vus tant de fois descendre en Italie. 11 crut n'avoir rien à craindre d' Albornos, le combla d'honneurs et lui promit des secours. De son côté, Albornos ne voulut pas irriter l'archevêque en élevant des prétentions qu'il n'était pas en état de soutenir par la force des armes. Son dessein n'était pas d'attaquer l'Italie du coté du nord, il y trouvait trop d'imérùts unis contre lui ; il voulait attaquer des ennemis isolés, ne se croyant pas assez fort pour les attaquer tous ensemble. S'il se déclarait a Milan, l'archevêque lui fermerait la route de l'Italie : il valait mieux dissimuler.

De Milan, Albornos se dirige sur Pise et sur Florence, qui le reçoivent comme elles auraient fait le Pape luimême. Florence s'émeut de jnie à sa venue et vole tout entière au-devant de lui. Le bruit des cloches, le son des clairons, les cris populaires se confondent. Le légal est placé sous le dais; les nobles croient s'honorer en venant tenir les renas de son cheval. Ce fut un triomphe.

Les mêmes honneurs attendaient à Sienne le cardinal. Cependant la division se mettait parmi les habitants de

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Pérouse; la guerre civile allait éclater. Les Pérusins envoient des députés au iégat pour l'engager à venir terminer les troubles et recevoir, au nom de l'Église, l'hommage qu'ils lui font de leur cité. Ravi de cette offre, Albornos entre à Pérouse avec son armée, en prend possession et met la paix parmi les habitants. Après quoi, il voulut gagner ta grande compagnie, campée aux environs de Todi. Il ne put y réussir, la grande compagnie voulut rester libre. Albornos pria seulement Fra Morial de ne pas prendre parti pour Jean de Vico, ci de laisser l'Église combattre ses ennemis. Fra Morial ie promit, et, pour ne pas troubler les opérations d'Albornos, il leva le camp et se dirigea vers les Marches.

Albornos commença par offrir la paix à Jean de Vico. Le préfet posa des conditions si humiliantes qu'on ne pouvait les accepter, et le iégat se décide à combattre l'ennemi de l'Église. Mais l'hiver qui approchait ne permettait pas d'entrer en campagne. Albornos envoya une partie de ses troupes hivernera Home, ei lui-même prit avec le reste de l'armée ses quartiers à Montcfiascone. Cette ville était restée fidèle à l'Église parmi la défection des autres cités. On pouvait aisément s'y retrancher, et comme elle se trouve entre Vïterue et Orviélo, les deux places fortes de Jean de Vico, Aiboruos empêchait ces deux villes de communiquer entre elles. Mais l'hivernage eut de fâcheux résultats pour Albornos : les subsides promis par le Pape n'arrivaient pas, le légat ne savait comment payer ses soldats -, la défection se mitdans leurs rangs. Pour comble île disgrâce, iesOrviélains ayant montré quelque volonté de livrer la ville au légat, Jean de Vico envoya son frère contre eux. Les Orviétains furent battus et leurs chefs condamnés à mort.

L'entreprise d'Albornos était manquée, s'il n'eut réussi à opérer une défection parmi les soldats de Jean de Vico. Une grande partie de la cavalerie du préfet l'abandonna et passa sous les drapeaux de l'Église. Albornos sort aussitôt

de ses quartiers d'hiver et lient la campagne. Auprès d'Orviéto était une église dédiée à saint Laurent, fortifiée comme une citadelle. Les troupes de Jean de Vicu l'occupaient. Albornos s'en empare. Jean de Vico veut la reprendre. 11 est repoussé, une bataille générale s'engage sous les murs de la ville. L'armée du préfet est mise en déroute. AJboraos, voulant tirer quelque profit de sa victoire, alla mettre le siège devant Toscanella, position importante au nord de Viterbe. 11 s'en empare. En même temps de nouvelles troupes et une forte somme d'argent lui vinrent de la part du Pape, et comme les bonheurs arrivent tous a la fois, il reçut les secours que l'archevêque de Milan lui avait promis. Jean de Vico fut vaincu une autre fois sous les murs d'Acquapen dente. Cette bataille fui décisive. Les villes se soulevèrent à l'envi et se donnèrent à l'Église. Il ne restait au préfet qu'Orviéto, Viterbe et Civita-Vecchia.

Les Romains, qui avaient momentanément reconnu l'autorité du Pape à la chute de llaroncelli, virent avec plaisir les victoires d'Albornos. Ils lui envoyèrent une armée de dix mille hommes. Le légat ravagea les alentours de Viterbe pour obliger cette ville à capituler. Jean de Vico n'osa se mesurer avec des forces aussi imposantes et se tirât renfermé dans les murs de Viterbe. Albornos marcha sur Orviéto. Apeine en a-t-il commencé le siège que les habitants lui ouvrent leurs portes. C'était [ait de la puissance de Jean de Vico. Le préfet le comprit, fl implora la paix et promit de rendre Viterbe à la condition que le cardinal lui laisserait deux ou trois villes, on il pût vivre avec quelque honneur, lui, sa femme et ses enfants. La condition ayant été acceptée, on lui donna Corneto, Civita-Vecchia, Rispampani, et le légat fit son entrée solennelle dans Viterbe. Pour s'assurer la possession de cette ville, il bâtit la citadelle qu'on y voit encore.

La soumission de Viterbe et d'Orviélo décida du sort de l'Ombrie et de l'Emilie. Nanti, Sutri , Assise , Nocéra se

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donnèrent au légat. Civita-Castellana ayant voulu résister, Àlliornos en forma le siège et la prit d'assaut. Spo.lete se soumit. Albornos la fortifia et en Ht une place de guerre importante, puis i) se dirigea vers les Marches, se disposant à faire tomber sur les Malatesta tout le poids de la guerre.

11 n'y avait pas encore un an que la guerre était commencée, et déjà le légal avait range" sous l'autorité du Tape la moitié de l'Élat ecclésiastique. La nouvelle de tant de victoires fut accueillie par la cour romaine avec des transports de joie. On ne s'attendait pas à tant do succès. Le Pape témoigna sa reconnaissance au légal dans une lettre pleine de louanges. Il ne le blâme que sur un point, c'est d'avoir fait grâce a Jean de Vico et laissé trais villes en son pouvoir. Il veut qu'Albomos retire la parole qu'il a donnée au préfet et lui fasse une guerre d'extermination. Albornos s'excusa de ne pouvoir obéir. Manquer à sa parole, c'était s'exposer à tout perdre et mettre des obstacles à la soumission des villes et dos seigneurs qui voudraient faire la paix avec l'Église. Ce n'est pas la seule faute commise par Innocent VI dans cette guerre.

Quand Albornos partit, le Pape voulut que ttionzi l'accompagnai, le crojatil guéri de sa fnllc ambition, Kienzi combattit, il est irai, contre Jean de V;c> sous les drapeau» de l'hglise. mais eu nieme temps il noua dt* nouvelles intripiics avre lis Humains venus au suco.irs d'Mbomos, A Pérou», f se lia intimement avec les deox frères de Kra Morial, qui lui fournirent de l'argent. Puis il vint trouver a Monti'fiasrone le légal, qui te disposait à passer dans les Ma relie», et le pria de l'envoyer a Home avec le titre de sénateur. Le cardinal y consentit pour flatter les instincts du peuple romain et le soutenir contre les nobles.

Bieczi entre à Rome. Le peuple lui fait un bon accueil ; mais les barons, qui redoutaient sa vengeance, prennent la fuite, vont se renfermer dans leurs places fortes et arment

lie tous eûtes contre le tribun. Rienzi se dispose à les attaquer. Il enrôle des mercenaires. Avec le prestige qu'il exerçait sur le peuple, il pouvait triompher des barons et raffermir son pouvoir. Que sait-on7 il eût compromis peutaire l'œuvre d'Albornos et fondé quelque chose de durable, mais il n'eut aucune suite dans ses desseins et il commit plusieurs fautes capitales. Fra Morial était venu de Pérouse à Home, comptant sur la reconnaissance de Hienzi. Il pensait que le tribun se souviendrait des services que ses frères lui avaient rendus, il crut pouvoir se confiera sa bonne foi. llieini lu lit ?;iîsir jeter t-n prison. Un le mil à kl torture. Le vieux condottiere offrit tous ses trésors poursa rançon. Rienzi ne voulut rien écouter. On lui lit son procès, il fut condamné à mort. Fra Morial se souvint alors qu'il était chrétien ; il demanda un prêtre qui le préparât à la mort et marcha au supplice avec courage. 11 dit qu'il s'estimait heureux de laisser la vie aux lieux où saint lierre et saint Paul avaient subi le martyre; il protesta contre la perfidie de lltenzi; enfin, on lui trancha la léte au bas de l'escalier du Capltole.

Ses deux frères s'élant plaints de celle injuste condamnation, Rienzi les accusa d'avoir mal parlé du pouvoir et les lit jtiier en prison. Le peuple murmura. Itienzi commença a se défier du peuple. De la méfiance a la tyrannie le pas est glissant. Rienzi devint le tyran de Rome. Il fit arrêter injustement les citoyens qui lui inspiraient de la crainte, augmenta les impôts, commit toutes sortes de vexations. Le peuple n'y tint plus. Le 8 octobre 1354, une émeute formidable éclate dans Rome. De tous Côtés ces cris retentissent: Vive le peuple I mort au tyran Itîenzil Des flots de peuple envahissent le Capitule. One foule tumultueuse d'hommes, de femmes, d'enfants assiègent le palais de Rienzi en poussant de grands cris. Le tribun parait, commande le silence, veut en vain se faire entendre. Les cria redoublent, une grêle de pierres fond sur lui.

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Il rentre. 11 prend la résolution de mourir en brave les armes à la main; il y renonce bientôt et cherche à se cacher. A la Tin, s'apercevant que le peuple va mettre le feu aux portas du palais, il se noircit ie visage, il jette sur ses épaules un vieux manteau , et, chargé d'un matelas, il sort. On le prit d'abord pour un homme du peuple accouru au pillage; mais bientôt on le reconnut; un homme obscur le perça de son épée, et chacun vint tremper ses armes dans son sang, puis la populace (raina son corps jusqu'au palais Colon na.

Ainsi finit Rienzi dont la fortune étonna les contemporains. Il eut des qualités et des défauts. La fortune le servit au delà de ses espérances, mais il ne sut tirer aucun parti de cet avantage. La prospérité l'ébloui!, le poussa à des démarches inconsidérées qui le rendirent la fable des Italiens; l'adversité lui ôta tout sou courage; il neprit aucune mesure pour se défendre. Les rois furent un momeni éblouis de sa gloire ; ils doutèrent s'il fallait compter avec

lui ou le rnn.'iidi'iïTnmiiiii' un aveiiluri'-r vulgaire l'iiilipp1

de Valois fut le seul qui le jugea sainement; il eut pour le tribun un profond mépris et ne cessa pas de le considérer comme un fou. Pour se venger, Rienzi suscita un prétendu fils de Louis le Hutin, le roi Gianint. On ne crut pas en lui, et cette œuvre de ténèbres s'évanouit avec les autres œuvres de Itienzi '.

Albomos ne perdit pas son temps à intervenir dans les affaires des Romains, persuadé qu'il les mettra aisément à la raison quand il aura terminé la conquête de l'État ecclésijslicjue. A ];< lin ik- l'Iiivi.T il commença les u|itY;iliu!)s dans les Marches. L'ennemi qu'il allait combattre était plus puissant que Jean de Vico. Les Malatesta avaient des alliés nombreux, des troupes aguerries, des villes bien for-

f. Voir Dissertation historiavi sur Jtoa I, jinr M. dn Mou marqué. Pur!», 18*4.

liliées. Albornos combina un plan de campagne fort savait 1. Gentile Motfano, tyran de Fermo, étail en guerre avec les Malatesta. Albomos lui propose de s'unir avec lui contre leurs ennemis communs. Le tyran hésite; mais, forcé par le peuple qui prit le parti de l'Église, il est obligé d'ouvrir les portes de Fermo aux troupes dti cardinal. Le légat parcourt les Marches en iriora plia leur et reçoit la soumission d'une foule de villes et de châteaux forts. Mais la présence de l'Empereur vint un moment interrompre le cours de ses victoires.

Charles IV était entré en Italie. 11 allait, suivant la coutume, recevoir à Home la couronne impériale. 11 eût voulu qu'Albornos la posât sur son front. Le légat déclina l'honneur qu'on voulait lui faire. It prouva au Pape que sa présence était nécessaire dans les Marches. Le cardinal d'Ostie fut désigné au défaut d'Albomos.

Cependant les Mala testa se préparaient à la guerre. L'Empereur ayant, à son retour de Rome, congédié ses troupes, ils les prirent à leur solde. Albornos, voyantque le Pape l'oublie et ne lui envoie aucun secours d'argent, prend une résolution héroïque. Il vend tout ce qu'il possède, paye les troupes de ses deniers et enrôle sous ses drapeaux les mercenaires que les Visconti venaient de licencier. Puis, il divisa son armée : une partie alla former le siège de Itirnini ; le reste demeura dans les Marches avec lui. Les Malatesta firent de même. Galeotto vole au secours de Riraini avec un corps d'armée imposant. Les autres troupes défendirent les Marches. Tout à coup et pendant la nuit Albornos lève le camp, se porte sur Uimini à inarches forcées, et présente la bataille à Galeotto qui arrivait à peine. L'armée des Malatesta se battit vaillamment. La victoire resta longtemps indécise. A la fin Galeotto, blessé grièvement, ayant été Tait prisonnier, ses troupes se débandèrent. L'armée de l'Église les poursuivit et en lit tin grand carnage, lesi et Maeerata furent le prix de cette journée.

Abattus par cette défaite, les Malatesta comprirent que la résistance était impossible. Ils demandèrent la paix.

Mcolas A//ayii»li, ^mui si'îiii-dinl <itî \iiplrs, qui se Irem-

vait alors dan.1; 1rs Marches, en fut lu négociateur. Les Malatusta durent rendre toutes les villes qu'ils occupaient, à l'exception de Rimini, Fano, Pésaro et Fossombrone. Ils s'engagèrent do plus à servir l'Église pendant cette guerre. Ils tinrent parole.

Le tyran de Faenza, Mainfredi, celui de Césène et de Forli, Ordélafli, se doutant que l'orage allait fondre sur eux, se préparèrent à la guerre. Ils voulurent prendre à leur solde la grande compagnie. Albornos déjoua ce projet et réussit à faire éloigner le comte de Landau qui la commandait. Le tyran de Ravenne, de son coté, voulait se défendre; mais le patriarche d'Aquilée, que l'empereur son frère avait laissé on Italie avec quelques troupes, vint mettre le siège devant cette ville et la força bientôt à

Les soldats d'Albornos vont former le siège de Faenza. Mainfredi marche à leur rencontre cl leur présente la bataille. Il combattit vaillamment. A la fin il fut obligé de céder au nombre et à la valeur dus soldats d'Albornos. Il se réfugia dans Faenza. Albornos vint investir la place. Mainfredi se rendit à discrétion.

Albornos allait trouver enfin un ennemi digne de lui, dont le courage et lus laleins ruilit.iiivp égalaient les siens, Ordélalïl, tyran de Césène et de Forli. Césène passait pour imprenable, Ordélafli en confia la garde à Cia, son épouse, et se tint renfermé dans Forli. Albornos n'ose l'attaquer avec des troupes fatiguées par des combats continuels. Il appelle autour de lui tous ceux qui aiment l'Église, publie une sentence d'excommunication contre le tyran, fait prêcher la guerre sainte a Florence, à Pise, à Gênes, à Milan même. Une foule d'hommes prirent la croix et vinrent grossir son armée. L'argent lui arrivait de tous cotés, il

entre en campagne. Après avoir ravagé les environs de Forli, il vient assiéger Césèna. Il serre de près la place et donne tous les jours l'assaut. Cia lui oppose une résistance inattendue; elle anime ses soldats par ses paroles et par son exemple. Albomos tente un effort suprême, fait pénétrer dans le eccur de Ions ses soldats l'ardeur dont il est animé. Il donne un dernier assaut : il est maître de Césène. A la vue de l'armée rie l'Église qui couvre les remparts et se jette dans les rues de Césene, Cia ne se laisse pas abattre.- Elle veut résister encore et se réfute dans la citadelle. Un de ses capitaines ayant parlé de se rendre, Cia lui (il trancher la tête pour montrer à sa petite troupe qu'il fallait vaincre ou mourir. L'n assaut général est donné. Cia se défend comme le font les liéros. A mesure que le bélier abattait les murs, Cia construisait des barricades où elle se retranchait. blnlin les remparts de la citadelle ont croulé tout autour. La résistance devient impossible. Cia recule encore et va organiser mie dé le use quelconque dans le château, où elle se renferme avec son fils et quatre cents braves. Son père demande au cardinal qu'il lui permette d'aller parler à sa fille. 11 traverse l'année de l' Église. Arrivé auprès de Cia, il la presse de se rendre, Llle répondit: » Mon père, quand vous m'avez donné à mon époux, vous m'avez commandé de lui obéir. 11 m'a confié la garde de cette forteresse, je lui obéirai jusqu'à la mort. •> Albornos fait miner ie château, une tour s'écroule, le reste menace ruine; une grêle de pierres fond sur les assiégés. Cia se rend à discrétion.

Albomos tourne toutes sas forces contre forli. Déjà la ville est cernée, et le cardinal la menace du son de COsùiie. Les habitants, glacés de peur, forcent Ordélaffi à capituler. Les ennemis de l'Église étaient partout vaincus. L'État romain appartenait de nouveau à ses maîtres légitimes. La guerre était terminée.

Albomos voulut aller lui-même annoncer au Pape le suc-

114 mutoiii d'usbmn ï.

ces de ses armes ; mais, avant de partir, il confia la garde des villes et dos châteaux forts à des hommes dévoués au saint-siége. Enfin, quand il ont étendu sur toutes les provinces le roseau d'une sage administration, il remit ses pouvoirs à l'abh/ de Clum . Anilroïii, et partit pour Avignon aux premiers jours de septembre,

La cité papale l'ai t'. ici [lit avec des transports de joie. Le peuple, les grands, les cardinaux, le Pape lui-même, allèrent à sa rencontre. Dis cardinaux sont désignés pour lui

jusqu'au palais apostolique. Arrivé là, Albomos fit, en présence du Pape et de tout le sacré collège, le récit des grandes choses qu'il venait d'accomplir. Le Pape ravi lui donna mille louanges, l'appela le père et le soutien de l'Église; enfin, pour exprimer sa reconnaissance, il le nomma chef suprême après lui des Ktats romains. Le séjour d'Albomos dans la ville papale fut un long triomphe. Mais bientôt de tristes nouvelles vinrent empoisonner sa joie. Il résolut de partir.

L'abbé de Cluny n'avait pus assez de prévoyance et de vigueur pour tenir en crainte les ennemis de l'Église. Les tyrans levaient la tête, les bandes ennemies se montraient de nouveau, la vieille flamme des dissensions s'était rallu-

les factieux et fait rentrer dans le silence les tyrans qui s'agitaient.

Un seul, Barnabo Y'isconti, qui avait succédé avec son frère Galéaïà l'archevêque de Milan, ose s'opposerait légat. Pendant le siège de Césène, il soutenait Ordélani. lui faisait passer de l'argent et des troupes. Albomos l'avait su. Il attendait une occasion pour se venger. Elle se présenta bientôt.

La ville de Bologne était gouvernée par Jean d'Oleggio, qui avait su se concilier l'affection des troupes et des habi-

HISTOIRE Il'l'USAIS V. 115

Uiiils. Il crul |jwiivoîr se rnuhe ijulépenthril ei secoua le joug de Barnabe Le Milanais, runtpi'ftjaiit l'importance d'une ville comme Bologoe, la fit assiéger par son armée. Jean d'Oleggio vit qu'il ne pouvait résister longtemps. Il redouta la cruauté du Barnabo, et, plutôt que tin se rendre au tyran, il offrit Bologne au légal. Albornos, ravi d'une pareille proposition, deinand.-i l'avis d'Innocent VI. Quand il '.-ut sa rt:p(>[)s<', il [il vnii'i.'i' S'js troupes diitis Bologne, et nomma Gonitv. .Ml--i>ri]i)s i.'dik^i'ucii!' de la ville au nom dp l'Église. C'était au mois do mars 1360. A cette nouvelle. Barnabo entre en fureur, se plaint au Pape de l'entreprise d'Albornos, l'accuse de violer le traité de 1352, qui lui laissait pour six ans encom la possession de Bologne et renforce l'armée qui assiégeait cette ville.

Le Pape porta cette affaire devant le consistoire. Les cardinaux discuteront loittjleiiips. Knliii l'entreprise d'Albornos fut approuvée. Bologne rentra sous l'autorité de l'Église. Il était juste que la trahison fit perdre aux Visconti une ville que la trahison leur avait acquise, innocent VI menaça Barnabo de l'excommunication s'il ne relirait à l'instant ses troupes.

Barnabo ne tient compte ni des menaces, ni des prières du Pape. Il ourdit à Bologne et à Forli do nouvelles trames, mais les complots sont découverts et les traîtres punis. Barnabo presse- le siège de llolngne. Il fait construire trois redoutes qui coupent les communications de la ville avec le dehors. Les vivres n'arrivant plus, la famine va forcer Bologne ù capituler. Albornos, voyant le daoger, appelle à son secours le roi de Hongrie, qui lui envoie une partie de son armée. Les Hongrois s'avancent à marches forcées. Déjà ils sont près de Bologne. Barnabo épouvanté levé le siège et prend la fuite. Albornos fil son entrée dans Bologne à la téte de la cavalerie hongroise. Le peuple l'accueillit avec des frémissements de joie. Mais le prudent cardinal comprit que Barnabo ne tarderait pas de reparaître avec

des forces imposantes; il mil Bologne en élat de faire une longue résistance. Les mesures qu'il prit excitèrent l'admiration des hommes de guerre les plus en péri inentés. Ce qu'il avait prévu arriva. La discorde se mit parmi les Hongrois : on les licencia, liarnalm reprit eonliance, fit pendant tout l'hiver <li s prep iv.it ifs i ni ; m ']].=(••:, enrôla de tous côtés de nouvelles troupes; enfin, au mois d'avril suivant ;i:ïdl), il vint investir Holoj;ii.\ Alonrnos suri de la ville pour nïtro pas envelopp ; dans sa ruine si elle ne peut résister et pour travailler ii sa délivrance.

La campagne s'annonce favorable à Barnabo. Tool seconde ses vœux. Il amène des troupes fraîches, nombreuses et bien pourvues. Albornos est dans la détresse. Ses alliés, comme il arrive toujours, se séparèrent de lui quand ils virent que la fortune l'abandonnait ; mais la cour romaine lui resta fidèle.

Il fallait un homme plein de courage qui allât porter a Barnabo les ordres du Pape et au légat des encouragements. L'abbé de Saint-Germain parut être l'homme de la circonstance. Innocent VI l'envoya en Italie en qualité de légat apostolique. Guillaume de Crimoard dut se mettre en roule au mois d'avril ]K61, comme l'indiquent les lettres d'Innocent VI à liarnaho el au cardinal Albornos'. L'évêque de Ferma, qui venait de remplir une mission <.t 'Albornos auprès

treuse de Villeneuve . Jean de Vnavilla, l'ami de cœur de Guillaume de Grimoard, raccompagnèrent dans sa légation. Il dut se rendre d'abord a Ancone, où était le cardinal Albornos, pour lui transmettre les ordres du Pape et l'encourager dans son entreprise '. Il dut vérifier le dégât commis autour de Bologne par li>s Milanais el s'informer du nombre des troupes occupées au siège de cette place. De là, il se

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