An<Ui ténWiclirw, décembre, p. Ï
tige d'ofi sortirent tant de rameaux illustres, avait perdu son ancienne gloire. L'église, le monastère, le cloître tombaient en ruine , les ronces croissaient dans les sentiers et les champs n'offraient aucune trace de culture. Les ruines morales n'étaient pas moindres. Les moines avaient banni la ferveur primitive. La tiédeur, la paresse honteuse et leur sœur l'ignorance régnaient au Mont-Cassin. Le spectacle de tant de misères pénétra de douleur l'âme de Guillaume. 11 pleura, il fit vœu de faire sortir le monastère de ses ruines, d'y rétablir IVinciiTiiie discipline, si jamais il avait quelque pouvoir dans l'Uglise. Il lie Se doutait pas que les cardinaux, assemblés en conclave, venaient de lui conférer la dignité suprême et l'avaient appelé a la Papauté. Le même jour, les députés, du conclave, qui avaient suivi les traces do Guillaume, l'atteignirent au Mont-Cassin. Us lui enjoignirent, au nom des cardinaux, de revenir an plus vite, le sacré collège voulant avoir son avis sur une affaire de trosgrande importance. Us lui cachèrent tout le reste, craignant avec raison que les Domains ne prissent des mesures pour le retenir A son passage.
Innocent VI était mort le 11 septembre 13G2. Homme juste, intègre, ami des sciences et des lettres qu'il favorisa, il fut sévère envers les méchants, récompensa le mérite et commença la réforme de l'Église. On le disait très-versé dans l'étude du droit. Il n'eut pas une politique aussi habile que Clément VI, et pourtant il accomplit de plus grandes choses que lui. Il abattit les tyrans qui opprimaient l'État romain, il lit rentrer l'Église dans tous ses droits. Home l'eût vu sans doute si les infirmités, qui atteignirent sa vieillesse, lui eussent permis de se mettre
Urbain V n'avait succédé à ce pieux pontife.
Après les neuf jours du deuil ecclésiastique, les cardinaux entrèrent au conclave, qui se tini dans le palais apostolique d'Avignon. Ils «aient au nombre de vingt et on,
en y comprenant le cardinal Androln, l'ancien abbé dp Cluny. Innocent VI l'avait chargé de plusieurs négociation*. 11 n'avait réussi dans aucune. Mais il est des hommes qui arrivent aui honneurs par «ne longue suite de fautes. Moins ils montrent de génie et plus ils s'élèvent. Enfin quand ils sont devenus pour le souverain qui les emploie un obstacle et un embarras, s'ils font une dernière faule, on les éloigne des affaires en leur conférant les premières dignités. Le cardinal Androln était un homrno de ce caractère. Arrivé aux honneurs par ia voie des fautes éclatantes, il venait de conclure la malheureuse paix de Brétigny et le Pape lui avait donné la pourpre sacrée eu récompense. Il vint à Avignon recevoir le chapeau. Il entrait dans le palais apostolique, quand le Pape expirait. On douta s'il serait admis au conclave. La question fut soumise à l'examen de deux cardinaux qui votèrent pour l'affirmative.
Un pareil exemple ne s'était présenté qu'une fois. C'était dans le conclave de Benoit XI. Plus tard, à l'élection du Pape Eugène IV, la présiwi' du cardinal Capranica souleva les mômes difficultés. Eugène IV, qui avait sans doute des raisons pour exclure ce cardinal, fit une constitution qui défendait d'admettre au conclave tout cardinal à qui le Pape n'aurait pas ouvert la bouche. Plus tard, saint Pie V corrigea la constitution d'Eugène IV (26 janvier 1571 ). Dans le cérémonial de l'élection des Papes, approuvé par Grégoire XV, il est dit qu'un cardinal nommé peut donner son vote. Le cardinal d'Esté et deux autres cardinaux, qui n'avaient pas reçu le chapeau, entrèrent au conclave d'Innocent X*.
Les vingt et un cardinaux réunis à Avignon procédèrent à l'élection. Au premier tour de scrutin, la majorité des suffrages se porta sur le frère do Clément VI, Hugues Roger. Il eut quinze voix, mais dans un sentiment d'hnmf-
1Ï8 HI9Ï01HE D'UBBAIN V.
lité qui l'honora devant ses collègues, il ne voulut pas consentir a l'élection. On alla de nouveau aux vois. Le cardinal de Toulouse, Raymond de Caniltiac, évOque de Préneste, eut onze voix, un autre dix, un autre huit, et la division se mit parmi les cardinaux. Les uns voulaient un Limousin, les autres un Français. Enfin, par les sages conseils de Guillaume d'Aigrefe.uillc, les suffrages se portèrent sur Guillaume de Grimoard, dont la doctrine, le courage et la piété étaient connus de tous les membres du sacré collège. Us cardinaux gardèrent le secret, et restèrent au conclave. Les prières qu'on faisait dans toule l'Église continuèrent comme si le l'ape n'était pas élu. Guillaume de Grimoard n'ayant pas encore donné son consentement, l'élection n'était pas terminée.
Guillaume obéit aux envoyas du sacré collège. Suivant le droit établi par le premier concile de Lyon, les cardinaux qui gouvernaient aulrefois l'Église, pendant la vacance du sainl-stégo , ne peuvent s'occuper d'aucune autre affaire que de l'élection d'un i'ape. Ils n'ont pas même le pouvoir de révoquer un légat, à moins que des raisons très-graves n'y obligent1. Les cardinaux en rappelant Guillaume durent trouver une raison de ce genre pour motiver les ordres qu'ils lui donnaient. Leur lettre est perdue. Dans h: premier volume du ïtégesie d'Urbain V, se trouve la lettre où le sacré collée notifiait au cardinal Albornos la mort d'Innocent VI. On y cherche en vain la lettre des cardinaux a Guillaume. Celte lettre aurait un grand intérêt historique si on la découvrait.
Dans son humilité, Guillaume se crut indigne d'un pareil honneur. Il y a toute apparence que, dans le cours du voyage, les députés du sacré collège s'étaient ouverts à lui et ne lui avaient pas laissé ignorer le vote qui l'appelait à la tiare. Ce qui est certain, c'est qu'il voulut d'abord