‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 28 sur 162 · I. Aunala de GMu, Mumtwi . t. XVH · texte numérisé non relu

I. Aunala de GMu, Mumtwi . t. XVH

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ei répondit aux cardinaux par ces paroles : A Domino faetumesl isiud, ttalmirabilt m oculis "ostris. Les cardinaux lui ayant demande" quel nom il prenait, il dit qu'il voulait s'appeler Urbain, par la raison que tous les Papes de ce nom s'étaient rendus illustres par leurs venus. Peut-être

désir qu'il avilit d'aller habiter Home, la ville par excellence, et dese montrer ainsi vraiment Lrbain. Il fut intronisé le même jour dans la chapelle du palais. Les cardinaux l'adorèrent suivant la coutume, annoncèrent au peuple son élection et chantèrent l'hymne Ambrosienne. Le 5 novembre, fête de saint Léonard, Urbain V fut sacré ei couronné par le cardinal de Magnelone, évéque d'Ostie, dans la chapelle papale ', au milieu d'un grand concours de peuple.

C' iail l'usage t|!ii- 1rs P;i|ic; d'U ii'iiui), lu jour de leur couronnement, parcouraient achevai les rues de la cité, suivis de tous Ils cardinaux., des princes et dus évëques montés sur des chevaux richement enharnachés. I* peuple poussait dos cris de joie, les rues étaient ornées de pavillons, de ban de roi les, de riches tentures. Urhain craignit qu'il n'y eia quelque cliosr de tri']) mondain dans une pareille pompe. 11 ne sortit pas du i>ahis, ;tn grand regret du peuple k des rardinaiis. Chacun rumpril qu'on avait un Pape austère qui travaillerait à la réforme des mœurs et de l'Église. On rappelle que le cardinal de Périguettx parla ainsi du nouveau l'ape : « [Nous avons maintenant un Pape. « Nous honorions les au Ires par devoir. M;iis celui-ci nous » devons le craindre cl le révérer, parce qu'il est puissant « en œuvres et en paroles *. » Tout le peuple chrétien et l'Église universelle tressaillirent de joie à la nouvelle de cette élection. On se racontait !es vertus, la science, la

I, Cancellha-i, Storia tir i jwiiujt.

i, Mursiori, Senua Itulkvrum, i. III, psri. II.

HISTOIRE ll'URBATN V. 131

fermeté d'Urbain V, ce qu'il avait souffert à Milan pour

de grandes espérances. On espéra qu'il forait cesser les désordres qui iléslitmnraii'n! ie cloître, le clergé séculier, la cour pontificale, elle-même, qu'il reformerait les mœurs, qu'il ramènera ti l'ancienne discipline et rendrait à l'Église sa gloire passée.

tas peuples virent le doigt de Dieu dans l'élection d'Urbain V. On crut que Dieu prenait enfin pitié de son lîglise, qu'il voulait mettre un terme à sa captivité, la ramener aux lieux mi s'iint Pierre l'avait fondée, puisqu'il lui donnait un tel Pontife. Pétrarque alors en Italie exprimait la pensée universelle quand il écrivait au nouveau Pane : « Que personne, tros-Sâinl Père, ne cherche à vous tromper « et ne vous dise ((lie, parmi vos cardinaux, il s'en trouve « qui aient voulu vous faire Pape ; si on vous parle aulre-

<■ des droits a votre reconnaissance. C'est Dieu, je vous le « répèle, c'est Dieu seul qui vous a choisi, ce ne sont pas a les hommes. Il s'est servi de leur bouche, il a fuit ce » qu'il a voulu par le ministère de ceux qui avaient, chose ■i étonnante ! d'autres desseins que lui. Mais, puis- je sup- ■i peser que vous, le plus pénétrant de tous les hommes, h ignoriez une chose que les hommes du peuple savent euxii mêmes? Dieu voulait que vous fussiez Pape, il cacha son » dessein à ces hommes qui n'y auraient jamais consenti. « -Tandis qu'ils allaient au scrutin. Dieu mit à leur insu dans u l'urne voire nom, et, lorsque parmi tous ces noms ïllusa très que la pourpre romaine décore le nom de l'abbé de « Marseille retentissait, les méchants furent saisis de a crainte, les bons se réjouirent et espérèrent, tous res- (i tèrenl étonnés et comme frappés de stupeur. Cependant m leurs bouches s'ouvrirent, el chacun avec des sentiments n différents célébra les louanges de Celui qui fait seul des « choses admirables. Et main tenant si vous voulez savoir

« ce que je penso de ce grand événement, je vnns dirai. « autant qu'un oiseau de nuit peut fixer le soleil, et qu'un « misérable pécheur peut scruter les desseins de Dieu, je « vous dirai qu'à mon avis, le Christ notre Dieu comu menée à prendre pitié de ceux qui l'aiment. Il veut, j'en «suis persuadé, guérir tous nos maux qui sont bien h grands. 11 veut faire revivre l'Age d'or et ramener à son « antique siège l'Église qu'il a laissé errer si longtemps « pour châtier les crimes des hommes '. »

Mais au milieu de la joie universelle, un homme seul se livrait à la tristesse. C'était h- l'ape. La charge apostolique l'effrayait. On a vu ce que pensait, ce que disait toute l' Eglise catholique par la bouche de Pétrarque. Les sentiments d'Urbain V sont plus beaux encore. Dans la lettre qu'il écrivit aux patriarches, aux primats, aux archevêques, aux évéques, aux abbés et aux généraux d'ordres pour leur apprendre son élection, il tenait ce langage :

a .\(i(ri'-Si>^iieiii' lé-:e.-;.!|['i.~i ayant pilié du u'tire humain frappé de mort par lu faute de noire premier pore, a daigné du sein de la gloire descendre sur la terre pour y

fonder sou l-ylise s-iime i i i lii luariiir- ■. Il l'a (nrliui-e ilan? ses disciples par la foi, il l'a soutenue par l'espérance, perfectionnée par la charité. Éclairée par ses discours, et par ses exemples, alin que les fidèles renfermés dans son sein, comme dans l'arche de Nue, reçoivent la grâce du salut; cette L'glise. il l'a confiée aux mêmes disciples, mais il a établi princes et chefs de toute l'Église l'ierre qu'il a appelé Céptns et ses successeurs, alin qu'ils arrachent du champ de l'Église ce que sa main n'y a pas planté, et qu'ils établissent ce qui peut amener à la pratique du bien le peuple qu'il a racheté de son sang. Le méuio Seigneur Jésus-Christ a prévu et prédit que son Kglise passerait par

i. stuiia, m>. vit, ppim. i.

de grandes tribulations; mais il la soutient par ses promesses en lui assurant que sa vertu puissante serait toujours présente pour l'assister : ce qu'il figura autrefois dans son premier vicaire, quand il permit que sa Barque, image de la saint!' Église, fût ballottée par les flots, sans faire naufrage. La sagesse admirable de Dieu figurait dans les premiers temps ce que l'Église devait accomplir dans la suite des siècles et jusqu'aux temps présents, quaili] sou vicaire sur la terre et le successeur de saint Pierre passant, comme nous devons pieusement, le croire, des travaux et de la fatigue au repos, de cette vallée de misère aux délices de la cour céleste, il a donné un successeur à ces pontifes, préserve de tout danger et consolé l'Église qui, exposée à périr, était plongée dans une noire tristesse. En effet, la veille des ides de septembre, noire prédécesseur le Pape Innocent VI, de pieuse mémoire, étant entré dans la voie de toute chair, et son corps ayant été déposé dans l'église d'Avignon après des obsèques solennelles, pour être plus tard transféré au lieu qu'il a choisi lui-même quand il était encore en vie ; nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine, après avoir dévotement célébré, au temps voulu et suivant les saints canons, une messe solennelle, prié le Saint-Esprit do les assister de sa grâce dans l'élection qu'ils allaient faire, se réunirent dans le palais apostolique d'Avignon, où noire prédécesseur habitait, pour lui donner un successeur. Après les préliminaires qu'une aussi grave affaire exigeait, nos frères ont dirigé leurs regards vers nous qui remplissions en Italie une légation dont nous avait chargé noire prédécesseur, et nous élurent a l'unanimité souverain ponlife et pasteur de l'Église universelle. Nous qui ne sommes que cendre et poussière, nous avons été étonné avec raison d'un pareil chois, car nous voyions clairement notre impuissance et nous reconnaissions que ni les forces physiques, ni le mérite de nos vertus, ni la science que nous

[His«niiiniis nr pouvaient suifire à nous faire porter atl fait" de la puissance ani>shiliqui> ci tjm- jius ép;uiles étaient trop faibles pour soutenir le pesant fardeau de l'univers entier. Mais faisant réflexion qu'une longue vacance de l'Église romaine pourrait présenter quelque péril en des temps si difficiles, espérant que ce Dieu qui nous a choisi quoique indigne pour paître les brebis de son nombreux troupeau donnera pour sa gloire, pour notre salut ut celui de tout le peuple chrétien, dans le gouvernement de ce même peuple, la force au faible, la science et la vertu à celui qui ignore tout, nous avons obéi avec crainte et tremblement à la volonté divine, et adhérant aux vœux rie nos frères les l'urdinain. nous ;ivnns présent'1 nuire cou au jong de la servitude apostolique. Hier, huitième jour avant les ides de novembre, nous avons reçu la grâce du sacre et de la bénédiction, ainsi que les insignes du couronnement, suivant la coutume... Donné à Avignon, le septième jour avant les ides de novembre, l'an premier de notre pontificat '. »

Apris avoir parlé aux évoques et à tout le clergé, le nouveau Pape s'adresse à l'Empereur et aux princes. Dans un langage à la fois humble et ferme, il les engage d'abord à persévérer dans la crainte de Dieu et dans son amour, à observer ses préeeptes. à suivre les règles de l'Église ; puis il les invite, autant qu'ils peuvent le faire, à procurer ia paix à tout le peuple chrétien. Il termine eu mettant sous leur protection l'Église de Dieu. Cette vigueur apostolique, cet amour de l'Église plurent aux princes. [ rhain V avait gagné leur cœur. Il put compter sur leur dévouement. Presque tous Tirent le pèlerinage de Rome ou d'Avignon pour voir ce grand Pape et déposera ses pieds leurs pieux hommages.

Le premier roi qui vint à Avignon, ce fut Jean le Bon,

i. RtQ»t* fUrbaia V. t. t.

roi de France, qui voulait en sa qualité de Ois aîné de l'Église devancer les autres souverains. Il était sorti de

parole des rois est plus précieuse que leur liberté. Il était

Ayant appris qu'un de ses sujets venait d utre élevé à la Papauté, il sYn iiijouh, il n ul ([in: k: nouveau Pape entrerait dans ses plans. Il demanda la permission de venir lui rendre ses hommages et lii son entrée solennelle à Avignon le 20 novembre. Il assola avec toute lit cour pontificale a la translation des restes d'Innocent VI, qui furent déposés dans la chartreuse de Villeneuve, le jour de Sainte- Cécile. Quand ce pieux devoir fut accompli, le roi Jean entretint le Pape d'une affaire qu'il avait à cœur : il le pria d'interposer son autorité pour faire épouser à son fils, le duc de Touraine, la reine Jeanne.

Ce prince était le plus jeune de ses enfants ; il l'aimait plus que les autres, l'ayant vu a la bataille de Poitiers combattre à ses côtés quand ses autres fils et son propre frère prenaient la fuite, il voulait donner une récompense à la bravoure et à la fidélité. Le Pape promit d'engager la reine Jeanne à conclure remariage. Mais le prince ne pot convenir à Jeanne, qui redouta la puissance du roi de France et craipait de se mettre en tutelle en épousant son (ils. Préférant un prince pauvre et sans alliance, elle se bâta d'épouser Jacques, lils du roi de Majorque, qui était sans fortune, sans crédit, sans amis, et réunissait toutes les

qiinlitOs qu'i'lii' cxigt-nil. Les f uTidit.iims ((D'elle lit ;'i hc-

ques n'étaient pas brillantes, comme on le voit dans le traité qui fut signé par les deux parties le U décembre 1362. Le prince accepta loul ce qu'on voulut et le mariage fut aussitôt célébré.

Jean demanda ensuite l'autorisation de lever les décimes pendant trois ans dans tout son royaume, afin de pouvoir payer sa rançon à l'Angleterre ; il désirait aussi que le

Pape fil quatre cardinaux do son choix. Urbain V lui répondit qu'il voulait prendre l'avis de son conseil. Il n'est pas nécessaire que le roi attende la réponse à Avignon. Le Pape la lui fera connaître plus tard. Le roi partit mécontent du nouveau Pape.

Quand il fut sorti d'Avignon, Urbain V écrivit au cardinal Albornos pour le confirmer dans sa charge et l'engager à montrer la même fermeté qu'autrefois. Il commença contre Barnabo les procédures qui précèdent l'excommunication. Elles durèrent jusqu'au mois de mars suivant.

Le pontificat d'Urbain V s'annonçait déjà comme l'un des plus orageux du moyen à^v. Ce l'ape allait tenir d'une main ferme le gouvernail de l'Église, combattre avec éner-

uii' les l'niH'iuis de liieii. i ■[([■;) y.. t le- piïjres, renverser lotis

les obstacles. Il avait besoin d'une assistance particulière de la grâce divine, il fallait des miracles. Dieu en lit pour honorer les commencements de ce règne et rendre l'autorité d'Urbain V vénérable. Il était à peine intronisé qu'il tomba sur Avignon et sur son territoire une rosée céleste semblable à la manne. C'étaient de petits grains de couleur blanche qui s'attachaient ans feuilles des arbres et des plantes. Le goût en était exquis, on recueillit ces grains, on les employa comme remède dans les maladies. Des témoins dignes de foi garantirent la vérité de ce miracle dans le procès-verhal de la canonisation d'Urbain V '.

Mats le ciel ne devait pas toujours se montrer aussi favorable. Les historiens rapportenl ijue des froids précoces et rigoureux se firent sentir dans le midi de la France. Les étangs, les rivières, les fleuves se glacèrent. Le lihùne et la Durance offrirent un passage aux cavaliers et aux chariots. Les arbres périssaient : les poissons étaient gelés au fond des eaux : les petits enfants, ne ]wuvant supporter la rigueur du froid, mouraient par milliers. Comme les eaux

présentaient Line surface aussi dure que la pierre, les fossés ne pouvaient plus servir de défense. Les routiers qui ravageaient la France en profilèrent pour escalader les murs des villes et des châteaux forts. A Arles et à Tarascon, le peuple s'amusait à courir sur la glace. Il arrivait souvent que la glace, moins épaisse qu'on ne l'avait supposé, se fendait tout à coup, et le fleuve engloutissait de nombreuses victimes.

Urbain V vint au secours de tant de misères. Il fit distribuer aux pauvres des aumônes nombreuses, Il employa la menace des peines ecclésiastiques contre ceux qui s'exposaient au danger de périr sous la glace, et défendit sous peine d'excommunication les jeux imprudents qui faisaient les délices des habitants d'Arles et de Tarascon. Sa voix fut écoutée. Les jeux cessèrent, et s'il y eut de nouvelles victimes, on ne put attribuer leur mort qu'à l'imprudence et à la témérité.

C'est à la même époque qu'on fait remonter la bulle d'exemption de l'abbaye de Saint- Victor. Urbain V la donna, suivant Denis de Sainte-Marthe, le 2 janvier 1303. Us moines de Saint-Victoren produisaient une autre datée d'Avignon, le 9 avril 1368. Ces deux bulles ont donné lieu à de longues discussions entre Launoy et les moines de Saint-Victor. Cette abbaye n'existant plus, il est superflu d'examiner les arguments produits de part et d'autre. On ne peut s'empêcher cependant de faire remarquer que Launoy opposait aux moines de Saint-Victor des raisons qu'ils avaient de la peine ù réfuter. Les moines de Saint- Victor ne produisaient que des copies de ces deux bulles. Les originaux étaient perdus, ce qui semblait un pou étrange pour des huiles de cette importance. Dans la première, il est dit qit'irbain V fit profession à Saint-Victor, lorsque tout prouve qu'il accomplit ce grand acte an monastère de Chirac. La seconde, donnée à Avignon, porte la date du cinquième jour avant les ides d'avril de l'an 1368.

Or, celte nnnée-là, Urbain V était à Home. Ni l'une ni l'autre de ces bulles ne se trouve dans le Régule d'Urbain V. Il faut, comme les moines de Saint-Victor, avoir un grand intérêt à les défendre pour ne pas être arrêté par ces graves difficultés.

An reste, l'abbaye de Saint-Victor jouissait depuis longtemps du privilège de l'exemption. Avant le pontifical d'Urbain V, les abbés de Saint- Victor eu faisaient mention dans leurs actes et prenaient ce litre : .Vos Dei gratiAabbas Monasterii Simai Victoria Himsiltcnsis ad Romanam ecdesiam nMo mtdio pertinente.

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