‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 29 sur 162 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

A peine monté sur lu imne apostolique, L rbain V étudia les desseins de Dieu sur lui. Il se demanda ce. que le ciel s'était proposé en l'élevant si haut, il chercha les moyens d'îiitciiidre oïli- (in. Il vil l'Iv^-lir-c pcui'hi-e vits sa mire et déshonorée par la vie mondaine des ecclésiastiques, il en entreprit la réforme lopins longtemps Home appelait le Pape, les États romains veuaient d'être arrachés par les victoires d'Albornos au double lléau de la tyrannie et de l'anarchie; le temps était venu de ramener le saint-siége à Home, fcnlin, Jérusalem gémis.=;iii sans le jnng des infidèle» dont la puissance croissait de jour en jour et menaçait

l'Ocndi'iit. Il l'alhil présf l'uT l'Il: i it > j v ■ <U> leurs iiirirsimii-, leur enlever le Saint- Sépulcre, renouveler l'héroïsme des croisades. C'est là en peu de mots le plan hardi qu'l.' rbain V conçut, te plan il l'exécuta en partie avec ta sagesse, et h vigueur des plus grands pontifes.

Depuis le x" siècle, on n'avait pas vu une corruption de mœurs aussi grande. I. a peste de tlifiS fut la première caose de tous les désordres. Les hommes, au lien de s'humilier sous la main de Dieu qui les frappait et de se repentir de

leurs crimes, devenaient plus criminels encore. Quand la poste Éclatait dans une ville, les habitants couraient se réfugier aux champs, et là, vivant au gré de leurs désirs, n'étant plus retenus par la crainte des lois et du scandale, ils se jetaient dans tous les excès de la débauche, comme s'ils avaient cru éloigner la mort par les plaisirs. Peut-être aussi la crainte de la mort leur inspirait le désir de consommer dans les plaisirs le peu d'instants qu'il leur restait encore à vivre. Les moines et les vierges sacrées partagèrent la frayeur générale, brisèrent aux approches du fléau les barrières qui les retenaient dans le cloître. Ils firent de la liberté un usage criminel. L'autorité de l'Église n'était plus reconnue. Les évéques prenaient la fuite, comme les autres, se renfermaient dans leurs p.ilais, du (Manient leur temps h donner les derniers sacrements à la foule des mourants. Pendant six mois et plus, le gouvernement de l'Église fut suspendu.

La peste s'abattit sur Avignon et la désola. Plus de cent évèques moururent, l-e Pape, renfermé dans son palais, ne communiquait avec personne.

Rm lin le lerrihlo II. 'nu s'éloigna. Las moines rentrèrent dans leurs mon asti'1 tes, les religieuses dans leurs cloîtres. Mais, les uns et les aillées avaient puisé l'esprit d'indiscipline et le goût di'S plaisirs dans les sociétés mondaines. Ils vécurent dans leurs pieux asiles comme ils l'avaient fait dans le monde. Si des témoins oculaires, si les saints n'avaient pris soin de nous dire eux-mêmes les désordres du cloître, on aurait peine à y croire. La clôture n'était plus gardée par les vierges sacrées. Elles sorlaient à volonté, recevaient toute espèce de visites et n'observaient aucun des vœux qu'elles avaient faits à l'Église et à Dieu. Les moines rougissaient du saint fiabil qu'ils portaient. Ils lui donnaient la forme des habits mondains. On avait de la peine à les distinguer des séculiers. Les clercs vivaient la plupart dans le concubinage. Chose plus triste à dire, ils

n'en rougissaient pas cl montraient sans lionie le fruit de leurs crimes1. Les bénéfices se vendaient. Quand de pauvres clercs manquaient du nécessaire, on voyait quelques prélats cumuler les dignités, unir les abbayes et les évêchés, dévorer le bien de l'Église. Knlin, les évoques no résidaient plus. Ils allaient chercher à la cour d'Avignon ou à celle des princes de l'or et des dignités nouvelles.

Les exemples que donnaient les princes de l'Église , étaient imités par les princi du sircle. Di s guerres continuelles les divisent el le sang ne cesse de couler. Il n'est pas une province, pas une cité, qui soit en paix. La vengeance et la haine désolent la terre.

En Espagne, Pierre de Castille affiche la débauche et l'adultère. Quand une épousa lidùlr lui demande raison de tant d'outrages, il la fait mourir et se délivre ainsi de ses remontrances. A Milan , Ualoas et Barnaho Visconli conjurent la mort de leur oncle, empoisonnent leur frère, exercent mille cruautés. A Mantoue, les deux seigneurs de Gonzague percent de leurs épees leur frère Lgolin. On connaît assez les tragédies qui se passaient à Maples sans qu'on les rappelle. Au nord de l'Europe, c'étaient des crimes plus odieux encore, et la cour de Suède se livrait à des excès inouïs en ces rudes climats.

Comme la vie des princes forme les mœurs du peuple.ee fut bientôt un débordement effroyable de crimes. La corruption ne connut plus de bornes. Les femmes avaient perdu la modestie naturelle à leur sève. Les hommes s'occupaient iii]i([in'[i!fiH des coÎJiH de la parure. Ils passaient des heures et des heures à donner une forme agréable à leur chevelure. On inventa les modes les plus bizarres. Pétrarque gémit de tous ces désordres, h plaint en particulier sa nation autrefois grave et pleine de retenue d'avoir

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