‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 35 sur 162 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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Le Pape voulait établir la réforme (|U'il av;iit entreprise sur des bases solides el durables. Il ne voyait pas seulement le temps présent, il Irav.iillait pour l'avenir. Le même /Me. qui le poussait à corriger les mm tirs lui fit entreprendre la réforme des études.

La science aide l'homme à pratiquer la vertu, Elle élève son esprit au-dessus d-s choses terrestres, lui fait oublier le monde, les plaisirs, tout ce qui détourne de Dion. Par elle, nous nous unissons à Dion; car Dieu est la. vérité, et la science n'est pas autre dusse que ht nrherche ei la connaissance de la vériuS. Dans la contemplation des vérités naturelles ou révélées, l'esprii se fortifie, s'élève, grandit. Il prend de l'empire sur la matière qui forme la moitié de notre être, la chair est soumise à l'esprit, les sens à la volonté, les passions à la raison. L'étude qui produit la science est un travail qui absorbe toute l'attention de l'âme, l'empêche de voler d'un sentiment à un autre, la fixe sur des objets qui la charment : elle n'a pas le temps de concevoir des pensées de crime. Occupez l'esprit d'un homme, donnez une pâture à cette activité de l'âme qui

pense au mal quand le lion, le juste et l'honnête ne l'attachent plus, et vous aurez réformé tout son être. Voilà jxtnrijtioi. lorsque la science est florissante, toutes les vertus naissent autour d'elle. An contraire, l'ignorance et la barbarie enfantent le crime. Du sein de la nuit qu'elles produisent sortent des vices effroyables. Depuis la fondation de l'Église, cette vérité est devenue plus évidente. Le siècle des Augustin, des Jérôme, des llasile. des Ambroise. le siècle où les «m ri Les piisa ; ■ -ëi t les has>'s de la plus sublime théologie, était aussi le siècle des grands saints. I.e siècle qui vit un Innocent III sur le siège de saint Pierre, qui recueillit les enseignements d'Albert le Grand, de saint Thomas, de saint lion aventure, etc., fut encore le siècle des croisades et du plus pur ascétisme. Mais quand les évêquea négligent la science divine, qu'aucun homme ne parait pour instruire l'i^lise. que les cbefs de la société civile déclarent ne savoir écrire, attendu leur qualité de nobles, on voit nu horrible dérèglement de mœurs, la cruauté unie à la luxure, on voit le siècle de fer.

Je sais que saint Paul a dît : « La science enfle l'esprit de « l'hommed'iin vain tirKue!!,irii]disi(iie l'esprit vivilie.sfieii- « [iniii/(.i[. "Maisil parle deiaseience mondaine, de la fausse science, de celte science qui va sans la modestie et l'humilité, ses complues ordinaires. Il n'a pas en vue la science qniafait la gloire de l'Église. Bien loin d'inspirer l'orgueil, elle pousse l'hiimme à s'abaisser devant la majesté divine. Aussi, quand les Papes ont voulu ranimer dans l'Église la vie spiritnelli- uni s'affaiblissait, ils eut inspiré autour d'eux le goût et le désir de la science, ils l'ont encouragée pardes récompenses, et I;i réforme s'est opérée toute seule.

Urbain V le comprenait. Pendant son pontificat, il ne cessa pas de favoriser l'étude. II accorda de grands privilèges au* universités, promut aux dignités ecclésiastiques les clercs qui se distinguaient par leur savoir, s'entoura d'hommes de lettres et ranima partout le goût deiaseience

L'i j i b, Go

i'('i']i:si;isli(|ii'-. Il' piia Pétrarque de venir le joindre. On connaît l'estime que le poëte avait pour le l'ontife, maïs on no sait pas assez quel grand cas le Pontife faisait de Pétrarque. IPlui écrivit souvent, il recevait ses lettres et les lisnit avec plaisir, sans se laisser dégoûter par les rudes vérités que le poète laissait échapper contre la France et la cour avignonaise. Il le combla de bienfaits. Zanobi de Strata, secrétaire apostolique, étant mort, Urbain V efil voulu que Pétrarque acceptai celle fonction. Il ne put l'obtenir. Le

l'ontife i.'l le poi'ri'. Ilniiii r:<lip:e;i. sous h'.; y nu d'I riiain Y. res brefs et ces bulles qui font notre admiration; il sut, en un mot, conserver les belles traditions de la chancellerie de Clément Y et de Jean XXII. Je ne sais rien de bien écrit, eu mie époque fl:>nii-b;ir'h.,ir\ ™ie:tie le /!•' '/■".vf/ il'l rb.iiu V. Ses

profonde que les écrils de Nicolas Oresmc et ceux même de Pétrarque. On y trouve p:irri>is des iimw barbares que réprouve l'élégance latine, mais on doit reconnaître que tous les canoniales parlaient ainsi. Les DèerèUiks. le StXU, les Clémentines fourmillent d'expressions semblables. Pourquoi en faire un reproche à ijrbain V plutôt qu'aux autres? l'rbain V avait pour chapelain Amaury Augier, de l'ordre des Auttustins. prieur du monastère de Sainte-Marie

d'Kspira dans lr> diiic-'-se île l'erpiitnait. hésireilx d'avoir sous les yeux les exemples îles Pontifes ses prédécesseurs il engagea Amanry Angier a imiter l'exemple d'Anastase le bibliothécaire fit ■'■crivani l'Iiisioire abrégée des Papes. Le chapelain se mil a l'œuvre; en peu de temps il eut terminé son iivro. Comme Urhain V lui eu avait donné la première idée, il le lui dédia.

11 s'adresse an Pape en commençant, lui dit le plan qu'il se propose de suivre. « Au reste, ajottte-t-il aussitôt après, :i ce livre s'>ra plus utile aux Pontifes romains qu'à tout

« autre, puisqu'il («ut servira augmenter leur prudence, « suivant cette maxime de droit que; l'élude des temps passés « donne plus d'expérience à l'homme, ce qu'approuvait un « de vus prédéces seurs, saint Grégoire, quand il disait : « Les traits qu'on a prévus font une blessure moins grave." ii Je vous offre donc, Tres-Saint-Père, le livre que j'ai com- « posé, ce livre où se trouvent les actes de vos prddécesii seurs, les noms des martyrs el des cardinaux, l'énumé- « ralion des reliques insignes, l'histoire des croisades. Je " le soumets à la correction de votre sainteté. «

lirbain V étudia ce livre, si' pénétra des lieaux exemples île ses prédécesseurs et s'efforça de les imiter. Le nom d'Aman ry est célèbre dans l'histoire ecclésiastique. L'un des conlinuateiirs des annales de Baronius en parle ainsi : o On ne mure pat à celtr tjwqur tPkistorini plus fidèle et plus exact que lui '. •< Cependant, il faut mettre quelque restriction à ces éloges. Muratnrî fait remarquer avec raison qu'Aman ry Augicr n'a pas su dégager son livre des fables et des erreurs universellement reçues à cette époque. Cet écrivain moiilre peu de critique lorsqu'il raconte la vie des Papes antérieurs à Innocent III. Entre antres fables, il admet celle de la Papesse Jeanne, il croit que Sylvestre 11 s'était livré à la magie; mais depuis Innocent 111. i! est fidèle et attachant dans ses récits. Il révèle beaucoup de faits propres à résoudre certaines difficultés

Urbain V avait pour sacriate un autre Augustin, Pierre Amfiiiw, natif d'Alet. Grégoire XI le fit plus tard évéque de Sinigaglia, archevêque de Tarente, enfin patriarche de Grade et d'Alexandrie. C'est lui qui décrivit en vers latins l'Itinéraire de Grégoire XI. Il ajouta, pour obéir à lirbain V, un livre à VOrdo Romain, qui est le quinzième de la collection. Il y consigna les usages particuliers à lacha-

pelle papale au mV siècle. Le Pape faisait, comme aujourd'hui, son entrée dan» lu chapelle entre deux cardinaux. Il portait la mitre et la ciiape. Des qu'il était assis, lus cardinaux allaient à l'obédience. Chaque fois qu'un cardinal chantait la messe en présence du pape, il devait prêcher. Le Pape lui-même faisait un discours a l'Évangile quand il célébrait la messe les jours de grande fête. L'usage ne permettait pas aux femmes d'assister aux repas du Pape . Les reines et l'impératrice elle-même étaient exclues comme les autres. Jean XXil, Benoit XII, Clément VI observèrent celte règle. Urbain V s'en affranchit, et son exemple a été soivi par ses successeurs.

lin homme qui avait aussi la couihnce d'Urbain V. Arnaud Alberti, archevêque d'Audi, neveu d'Innocent VI, vicaire d'Urbain V pour le youveriK'mt'iïl l'L'glise d'Avignon, enûn camerlingue de la suinte Église, composa, sous les yeux d'Urbain V, un traité des privilèges, droits et revenus de l'Église romaine. Son manuscrit n'a pas été édité, on le trouve à Paris à la Bibliothèque impériale.

Urbain V montra, par d'autres actes, l'estime qu'il avait pour la science et les belles-lettres. 11 entretint à ses frais dans les diverses universités de l'Europe mille, d'autres disent mille quatre cents étudiants '. Il leur fournissait des livres et di s \vu:menis, jxmrvoyuit à leur nourriture et veillait sur eux. Lorsqu'ils avaient achevé leur cours d'éludés, il donnait à d'autres leurs places. U plupart de ces clercs jouèrent un grand râle dans l'Église, devinrent évéqnes cl parurent avec gloire nu\ conciles de Pise et de Constance.

Urbain V avait réuni ceut jeunes étudiants dans un prieuré dépendant de. Saint-Victor ù quelques lieues d'Aix. Ils vaquaient, fous la direction des moines, à l'élude de la grammaire et de la rhétorique. Lefournier. religieux de

15H HrsTniFiB d'urbain v.

Sainl-Viclor, ciie «ne lettre île la commune île Marseille priant le Pape d'admottre dans ce monastère quelques clercs sans fortune appartenant à la cité.

Le Pape avait étudié et pmfessé le riroii wlrtsiasiique à Montpellier. Il porta depuis nue vis e affection à celle ville. Il en donna des preuves en fondant un monastère dédié ;ï saint Benoît et à saint Germain, ainsi qu'un collège d'étudiants animant au monastère. La huile de fondation fut expédiée à Home le 22 janvier 1 SGh. Kl le |mne qu'il y aura toujours vingt moines i iutvi-nut, !;;. douze praires séculiers pour les offices du jour ni de la nuit, enfin seine religieux choisis par l'abbé de Saint- Victor, qui iront étudier à Montpellier le droit ecclésiastique De temps immémorial la médecine était enseignée à Montpellier. On y venait de bien loin apprendre celle science.: la réputation de l'école de Montpellier croissait de jour en jour. Urbain V y fonda

institution sulisisia jusqu'à la révolution française et fit bénir pendant quatre siècles la mémoire de ce Pape.

Urbain V eut voulu voir fleurir tous les ans et toutes les sciences. Il n'en est point qui n'ait reçu de lui des encouragements. Il CDiiipreiuiii combien les chants harmonieux donnent d'éclat et de majesté aux cérémonies de l'Église; il voulut former des hommes sociaux qui connussent la musique et pusseiii renseigner. !l établit donc a Toulouse une école de chant, il conliaà des maitres choisis le soin de former à cet art do jeunes i-nfams qui chantaient pendant la messe solennelle dans l'église de l'université et inspiniienL .lies, assistant;;, par la I n ■ ■ ; 1 1 l t <. ; de leurs vnix. le imi'n

de la musique 3.

Mais le grand obstacle aux longues études, c'est la dé-

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