‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 36 sur 162 · I. Pafri. t. IV · texte numérisé non relu

I. Pafri. t. IV

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pense qu'on y fait. 11 arrive que de grands talents ne peuvent se produire, parce que les familles Boni impuissantes à fournir à la dépense. Diminuer ces frais, c'est favoriser l'élude. Cette pensée inspira au pape Urbain V les belles lois so m plu aires qui réglaient les dépenses des étudiants. Leurs habits devaient être communs et grossiers. Les riches étoffes étaient proscrites. Ainsi le luxe des étudiants ne pouvait ruiner leurs familles. Les riches n'humiliaient pas les pauvres et ne les forçaient pas il s'éloigner des écoles. Ces mesures ranimèrent l'étude dans toute l'Kglise. Les jeunes gens vinrent en foule assister aux cours des universités. On croyait revoir les beaux temps d'Innocent III et d'Alexandre 111, quand des milliers d'étudiants accouraient à Paris, à Bologne, à Toulouse, bientôt le nombre des écoles devint insuffisant, et le Pape dut créer de nouvelles universités.

Les Polonais avaient de la peine à venir en France ou en Italie. Des guerres continuelles les empêchaient de se mettre en route. Urbain V, voûtant leur fournir le moyeu d'étudier, fonda l'université de Cracovie, et, dans une bulle datée du 1" septembre 136a, lui communiqua tous les privilèges des autres universités '. 11 institua les facilités de droit civil, de droit ecclésiastique, de théologie et de lettres. On pouvait y prendre dis grades; les étudiants qui fréquentaient les cours de cette université jouissaient des privilèges que le droit public de l'époque leur reconnais-

Il voulait accorrtrr la mëiit,: faveur à la ville de Vienne, il chargea le cardinal de Saint-Marc d'examiner si celle ville était d'un accès facile aux étudiants. (Je cardinal ayant donné un avis favorable, le Pape écrivit à ce sujet au duc d'Autriche Kodolphe. Mais diverses causes empêchèrent la réussite de cette affaire.

La ville de Prague fut plus heureuse. I rbain V y fonda l'universilé qui jeta dès Ils premiers jours l'éclat doui elle brille encore i'n Allemiigiic. Il était à craindre que cette université ne fût pas fivqi entée, f inie de maîtres h dîiles qui pussent inspirer de la confiance à la jeunesse s!udieuse. l'rbain V fit un appel aux ordres mendiants et les pria d'envoyer à Prague les religieux les plus savants qu'ils eussent. Sa lettre est du H novembre 1366. Enfin, il fonda les universités d'Orange et d'Angers.

Tandis qu'il créait des universités nouvelles, Urbain Y n'oubliait pas les anciennes. Il accorda d'immenses privilèges à celle de Bologne. L'université de Paris, qui fut pendant tout le niojon ii^r la maîtresse des études et allait devenir une véritable puissance dans l'Église il dans l'Étal, était bien déchue. Innocent VI avait formé le projet de la réformer et de lui rendre son ancien lustre. Il mourut sans avoir terminé celte affaire. Urbain V continua les négociai ions commencées par sim prédécesseur et confirma les pouvoirs du cardinal de iaii]l-M îrtiii-des-Munls, liilles Aisrelin de Montaigu, et du cardinal de Saint-Marc, Jean de lllundïac.

Les deux cardinaux s'adjoignirent plusieurs docteurs de l'université de Paris, discutèrent avec eux ce qui pouvait être utile aux éludes et à la bonne discipline. Lnlin, après deux ans de travaux, ils firent les règlements suivants, qui ont pour nous nu grand intérêt cl nous révèlent les coutumes de l'époque. La réforme s'étendit aux quatre facultés de théologie, de droit ecclésiastique, de médecine et des lettres. Les professeurs de théologie porteront toujours l'habïl ecclésiastique. Ile peur qui' l'abondance des matières n'empêche les étudiants de retenir tout ce qu'on leur apprenait, défense est faite aux prufesscurs d'Écriture sainte d'expliquer à la fois plusieurs chapitres. L'âge requis pour enseïguei sera dorénavant vingt-cinq ans. Les étudiants porteront une bible à la classe d'Écrilurc sainte.

ils y suivront l'explication que fora le professeur. A la classe de théologie, ils auront le livre du maiire des sentences. On suivait, encore a l'université <le Paris ce livre qui avait formé tous les théologiens du moyen âge. Il régnait à celte époque un grand abus qu'il était nécessaire d'extirper. Les professeurs de théologie' traitaient pendant leur classe des questions de physique ou de physiologie. Le nouveau règlement le leur défendit. Ils ne devront traiter que des questions dogmatiques. L'usage avait prévalu que les professeurs de théologie apportaient en classe leurs cahiers et les lisaient, ce qui nuisait aux études, l'esprit des étudiants ne pouvant être captivé i>ar une simple lecture. Un article du nouveau règlement défendit aux professeurs iii' théologie d'employer p'i:e méiliode. Un leur permit seulement d'avoir quelques notes écrites indiquant les divisions de leur cours, les textes des saints E'cres, ceux des conciles et de l'écriture suinte ainsi que les 'principales difficultés. Aucun professeur ne pourra donner ses cahiers à copier s'il ne les a soumis au chancelier de l'université el au collège des professeurs de théologie.

Quant à la médecine et au droit ecclésiastique, on établit pour n'^lo qoe h s t-i udiiinl* qui voulaient prendre dis grades suivraiem les cours cl étudieraient ces deux sciences dans les livres approuvés par le saint-siège et par les règle- Les étudiants en théologie, en droit et on médecine avaient le privilège d'être assis sur des bancs. Les deux cardinaux voulurent maintenir cette coutume, mais ils défendirent l'usage des bancs a ceux qui étudiaient les belles-lettres. Ils devaient, par respect pour leurs mailres, s'asseoir à terre. Enfin, pour rendre les études moins onéreuses, on défendit aux professeurs de lettres d'exiger une rétribution quelconque de ceux qui voulaient prendre des grades en leur faculté. Quand un étudiant se présentera aux examens pour recevoir le grade de licencié, il jurera

qu'il n'a rien donné. Si quelque |> r« resseur avait exigé une somme d'argent, on lui fait une obligation de conscience d'en restituer le double à l'Église de Paris.

Ce règlement fut si^né à Avignon le 3 juin 1366, par les cardinaux de Blandiac et de Montais», et par les chanceliers de l'université de Paris en présence du maiire du sacré-palais, de l'auditeur de la chambre et de plusieurs

Ainsi le Pape Urbain V put terminer celte grande affaire commencée sous Innocent VI. On y travailla sous ses yeux. Il donna ses conseils aux deux cardinaux. Grâce a lui, ou vit revivre les bi lles années de l'université de Paris. Les études relie il rirent, le concours des étudiants fut immense. L'université prit de jour en jour plus d'empire dans l'Église et dans l'État. Elle devint un corps puissant que les rois et les Papes consultèrent, il en sortit des légions de théologiens et de juristes, Kiilrn, pendant lo grand schisme, elle usa de toute son influence pour mettre un terme 3tix maux de l'Église. Sans elle le schisme aurait duré plus longtemps. Il est vrai que sa gloire a été un peu éclipsée par la doctrine de (ierson et de Pierre d'Ailly sur la prééminence des conciles n.'cuméniqnes. Mais il n'y a rien d'étonnant que des hommes attachés d'ailleurs à l'Église et au saint-siège aient exagéré la puissance ui les droits du concile œcuménique, lorsque le concile était l'unique remède aux maux de l'Église. Quoi que l 'un puisse dire contre Gerson et Pierre d'Ailly, l'université de Paris aura toujours la gloire d'avoir provoqué la fin du schisme et d'avoir réussi à l'éteindre. Cette gloire rejaillit en particulier sur le Pape Urbain V, qui réforma cette université, en corrigea les abus, y rétablit la discipline et les fortes études, la rendit, comme autrefois, la maîtresse des arts et des sciences.

t. Histoire de l'Université rfc Paris, t. IV.

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