CHAPITRE VII
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Pierre de Lusignan, mi de Chypre, venait d'arriver en France. Jean le Bon était allé à sa rencontre, et tous les deux Grent leur entrée à Avignon le 2S mars 1363. Ijj roi de Chypre venait solliciter les secours du Pape et des rois de l'Europe, leur peindre le triste état où Jérusalem et la Palestine étaient tombées, les dangers qui menaçaient les chrétiens de l'Orient.
L'Égypte, la Palestine, l'Asie Mineure tout entière étaient au pouvoir des infidèles. Les Iles qui formaient à l'orient le boulevard de l'Europe allaient devenir leur proie. Ijea Ottomans, race, nouvelle et bouillante d'ardeur, ravivaient l'ancien fanatisme et rajeunissaient l'empire de Mahomet, Il y avait tout à craindre do ce peuple dont le génie égalait le courage.
Si les rois, si les peuples de l'Europe s'abandonnent à une dangereuse sécurité et ne paraissent pas disposés comme autrefois à voler à la défense des saints lieux, un pontife est assis sur le trône de saint Pierre qui comprend
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les dangers de l'Europe et la nécessité où sont les princes de se liguer contre l'ennemi commun. Avant l'arrivée du jeune roi de Chypre, l'rh.'iin V avait déjà résolu d'unir l'Europe contre les infidèles. La présence de ce prince hâta la réalisation de sos projets ; peut-être aussi les nouvelles qui lui vinrent d'Orient le déterminèrent à publier la croisade plus tùt qu'il n'aurait voulu.
Tandis que les Grecs, affaiblis par les divisions, ne songeaient guère à se défondre, les Tares avaient fait des ar-
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le détroit des Dardanelles avec nue armée <ie soixante mille boulines, se jette sur Uallipoli et la prend d'assaut. De là il se porte sur Andrinople et s'en empare après tin siège très-court. Il est maître de toute la Tltrace et menace la Grèce. Cette nouvelle jeta l'effroi dans la cour romaine. Le Pape fut consterné, il pensa qu'il fallait se bâter de secourir l'Orient si on voulait sauver l'Europe. Le vendredi saint, il fit dans la chapelle haute du palais un discours qui arracha des larmes à tous les assistants. Il dît le triste, état de l'Orient, l'andaee des ennemis de Dieu, les dangers qui mena^ié-nt rÉ»liw et toute la chrétienté, si les princes de l'Europe n'étaient pas émus ;i la nouvelle de tant de désastres. Quand il eut tracé ce tableau, il publia la croisade contre les Turcs, invita les assistants à prendre la croix et à voler au secours de leurs frères. Il leur promit une iuduliK'iKv plénière et le pardon de leurs fautes.
Les paroles du Pape, son émotion, les cérémonies de ce jour de tristesse, le souvenir du sangque Jésus-Christ avait à pareil juin' vi-raj sur le Caiv.iire lirenl s;ir tous lt s ururs une vive impression. Le cri des croisades retentit sous la voûte du temple. L'ancien enthousiasme semblait revivre, les siècles de foi renaissaient. Les deux rois s'approchèrent de l'autel, reçurent la croix des mains du Pape et jurèrent de s'enrôler sous les bannières du Christ. Le mi de France, qui avait une foi très-vive, attribuait ions ses
histoire d'urbain v. 175 malheurs et ceux de son père au refus que fit Philippe de Valois dépasser en Orient avec une armée, comme il l'avait promis au Pape Jean XX! I. M voulut réparer celte faute, et ce fut là surtout ce qui l'engagea à prendre !a croix'. Une foule de grands p'Tsoiuiagi's suivirent l'exemple de ces deux rois et s'enrôlèrent. Le Pape donna un délai de deux ans pour réunir les troupes. Il permit au roi Jean de prélever des décimes sur tous les biens du clergé. Les évèques reçurent l'ordre de faire prêcher la croisade dans leurs églises. Le cardinal de Talleyrar.d-I'érigord, homme d'un courage à toute épreuve et qui valait à lui seul une armée, fut nommé légat de la croisade ; le roi de France reçut le titre de généralissime des croisés. Le Pape frappa d'anathème tous ceux qui voudraient attaquer le roi de France et le détourneraient do la guerre sacrée. 'Dans la bulle où les pouvoirs de général issinn- étaient donnes à Jean le Bon, Urbain V tenait ce langage digne à la fois
s vous rappelons que la nation perfide des Arabes, emic du Sauveur cf de la fui nHiuiihiV, :i depuis ^tctnps envahi la terre sainte, grâce à In coupable négoce des chrétiens et en punition de leurs péchés. Ce pie occupe encore et souille de crimes la terre sa in lu : ent sous le joug la cité qui devait être la reine des ions. A ces mallirurs viennent se joindre les maux cauaux chrétiens par la tyrannie des Turcs, main qui s'agvenl tous les jours davantage. La rage des Turcs, qui va issant et qui aspire à répandre le sans chrétien, menace n grand danger la chrétienté, si les fidèles ne s'unist et ne viennent réprimer la léim'riié présomptueuse ces hommes qui se confient dons leur férocité. Inspiré s doute par le Saint-Esprit, notre cher fils en Jésus-
Christ, Pierre, roi de Chypre, a redouté pour la chrétienté des malheurs plus grands encore si l'on n'emploie des moyens efficaces pour les conjurer. Connaissant l'état où se trouvent en ce moment les infidèles, il assure qu'ils sont affaiblis, anéantis par la peste et par la discorde, autant que par la prise de Satalieh el de plusieurs autres places que le même roi, par son industrie, par ses travaux et par son or, a pu arracher des mains des infidèles, ce qui les a remplis de crainte. Ce prinre magnanime et dévoué a bravé, pour le service de Dieu, les périls d'un long voyage; il s'est présenté devant le saint-siège, il est venu nous dire quelles voies il fallait suivre, quels moyens prendre pour recouvrer la terre sainte et briser la puissance des Turcs et des Arabes •>
Le Pape eut avec le roi de France des entretiens secrets où le plan de la croisade fui arrêté. Le roi avait un tfrcmd désir de passer en Orient. S'il eut vécu, on eût vu se renouveler ces grands exploits par lesquels se signalèrent en Orient Louis VII et l'biliiipf-Aupisle. Après avoir pris congé du Pape, il retourna dans son royaume pour préparer celte grarîdc expédition. Il vint à Paris en traversant la Bourgogne. De son côté, le roi de Chypre alla parcourir toutes les cours de l'Europe et solliciter des secours en Italie, en France, en Angleterre, en Allemagne, en Pologne, en Hongrie. Il fit partout les récits qui avaient tant ému la cour d'Avignon. Le Pape ne resta pas inaclif. Il ordonna des prières publiques pour l'heureuse issue de la croisade, envoya dans tous les royaumes de l'Europe des prédicateurs de la croisade qui avaient mission d'enrôler tous ceux qui voudraient prendre la croix. Il accorda en partie au roi de Chypre les revenus des plus riches églises de l'Orient. Les amendes infligées par les olficialïtés et les aumônes des fidèles fuient affectées à la croisade. Enfin