‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 48 sur 162 · L.ri i : Lv G · texte numérisé non relu

L.ri i : Lv G

HISTOIRE D'OBflilH V.

hommes croient peu à lu vertu et à la foi jurée; mats si le voyage du roi Jean à Londres eut une. autre cause que l'honneur du souverain, c'était le désir d'avancer les affaires de la croisade. Le roi do Chypre et le roi d'Écosse, David 11, venaient d'arriver en Angleterre. Les quatre rois tinrent plusieurs conférences. Jean fut le plus ardent de tous à soutenir la cause des lieux saints. Il eut sans doute persuadé -iv roi d'Vtisleleire l'I à Celui dïicosse de traverser

les mers, mais il fut atteint d'une maladie incurable, et il mourut le 8 avril 1367t.

Les trots rois le pleinvivnt ; mais, plus que les autres, le roi de Chypre qui perdait en lui un ami et un compagnon d'armes. Des obsèques royales lui furent faites à Londres; après quoi ses dépouilles furent portées à Saint- Denis. Le roi de Chypre les suivit pieusement jusqu'au moment où on les descendit dans la tombe.

Ce roi fut appelé le lion à cause de sa grande douceur, 'fous ses sujets pouvaient l'aborder librement et lui exposer leurs griefs. Il avait de l'honneur et de la bravoure. Dans les batailles, on le voyait toujours au premier rang. Il eût fait le bonheur de la France, s'il avait joint la prudence à tant de qualités royales. Mais la prudence et la sagesse lui firent défaut, et l'État fut mis à deux doigts de sa perte. Toutes les brillantes qualités du roi ne servirent qu'à aggraver les maux de la France.

La divine Providence, qui veille au salut des royaumes, place ordinairement le remède à coté du mal. A Jean le Bon succéda le roi le plus sage qui se soit assis sur le trône de France. Il répara Imites les fumes de sou père. Urbain V lui écrivit pour le consoler de la perte qu'il venait de faire. Après lui avoir parlé de la douleur que toute la cour ro-

par ces paroles qui furent à la fois une grande leçon pour Charles V, et peut-être une prophétie de tout son règne : « Prenez confiance en Dieu, appliquez -vous à l'exercice

de toules les venus; tâchez, autant qu'il sera en vous, de ranimer par les douceurs de la paix et de la tranquillilé votre peuple brisé pur des guerres ffiti i.ïu ne I les. L'honneur du roi aime le jugement et la justice affermit son tn'me. Failes donc profession d'aimer la justice el ne l'abandonne/ jamais. A\ez un grand respect pour l'Église romaine, pour les autres églises et pour toules les personnes ecclésiastiques, afin de plaire à Dieu qui vous donnera un règne heureux, si vous savez vous le rendre propice. Pour nous, qui vous portons vous el voire royaume dans les entrailles de nuire diaril', a>MSH]en'/-iii>i:.-; comme eillance, et demandez-nous avec une ce qui peut procurer votre félicité et celle de loin le royaume. »

Cette lettre esl du 21 avril. Le 7 mai suivant, les obsèques du roi furent eclélirées d.ms la Chapelle papale, et enfin, le dimanche de la Trinité {1B mai), Charles V fui sacré à Reims en présence du roi do Chypre et d'une foule de seigneurs.

A la môme époque mourut à Avignon le légat de la croisade, le cardinal de Périgord, l'un des membres les plus illustres du sacré collège. Il appartenait à l'une des premières familles de France. Jean XXII le fit cardinal en 1331, à la prière de Philippe de Valois. Les liens du sang l'unissaient aux rois de Naples. Il facilita le mariage de Charles de Diirazzo avec Marie, sœur de la reine Jeanne, déjà promise à Louis de Hongrie par le roi Robert. C'est pourquoi on l'accusa d'être complice des princes Napolitains quand ie roi André périt si misérablement. Mais il lui fut aisé de se disculper. Innocent VI l'employa dans les alTaires les plus épineuses. Une fermeté d'ame à toute épreuve, un esprit fécond en ressources formaient le fonds de son caractère. Urbain V pensa que ses conseils pourraient être d'un grand secours aux rois de France et de Chypre, et qu'il pousserait la guerre sainte avec l'ardeur qu'il mettait en

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toutes choses. Sa mort fut un nouveau malheur pour la croisade.

décora du titre du patriarche de Constantinople. Saligoac, an diocèse de Sarlat, était sa patrie. Pendant son enfance, ses parents, trop pauvres pour le nourrir, l'envoyaient tous les jours mendier son pain. Mais la misère, qui avilit souvent les hommes, avait élevé l'esprit de Pierre Thomas, il aima avec ardeur la science dûs ses plus tendres années, il suivit les cours de grammaire et de rhétorique. Ses progrès furent si rapides qu'on lui confia l'instruction de ses condisciples. Il acheva ses études à Agen. Là, il sentit le goût des choses divines, et. renonçant au siècle où ses talents lui promettaient une brillante fortune, il revêtit l'habit du Carmel. Quand il fut prêtre, ses supérieurs l'envoyèrent a Bordeaux, puis à l'aris, pour y per-

logie à Cahors, Mais bien d'il h rliarge de procureur général de l'ordre des Carmes étant devenue vacante, on la confia à Pierre Thomas, qui vint habiter Avignon.

La cité ponliiicale offrit un vaste champ au zèle et aux talents de Pierre Thomas. 11 y prêcha avec une rare éloquence. Innocent VI, émerveillé de ses talents, le crut capable de réussir dans les mandations, et lui conlia plusieurs missions délicates. Envoyé comme nonce a Naples, eu Allemagne, en Hongrie, il y réussit au gré de ce Pontife qui lui donna en récompense l'évédié de l'atti, en Sicile.

Innocent VI, ajant t m le projet d'une nouvelle croisade,

voulut réconcilier le roi de Hongrie avec les Vénitiens, dont les Hottes élaient destinées à transporter les troupes chrétiennes eo Orient. Pierre Thomas fut chargé de la négociation. Il vint à Venise, et parla avec tant de force de la nécessité où l'on était de s'unir contre l'ennemi commun, que les Vénitiens furent convaincus et promirent de faire

la paix. Il cul plus (le peine à convaincre le rui de Hongrie. Il y parvint heureusement; il lit davantage encore, et disposa ce roi à. s'unir à la croisade. Louis prit la croix et lit serment d'aller eu Orient.

Cependant les envoyés de l'empereur Jean Paléologue arrivaient à Avignon. Ce prince, à peine monte1 sur le Irûne, avilit augure que c'en étuit fait de l'empire si le Pape et les princes chrétiens l'abundonnaienl. Il implora donc le secours d'Innocent VI. Mais craignant que le l'ape n'eùi pas égard à ses prières si lui et son peuple demeuraient dans le schisme, il promit d'embrasser la foi catholique et de reconnaître l'autorité du Pontife romain. Ravi do ces lionnes dispositions, Innocent VI envoya Pierre Thomas à

vailla sans relâche à l'union, et dans peu de temps il fit rentrer dans lo sein de l'Église une foule considérable de grands et d'hommes du peuple. L'Empereur avait des sentiments tout catholiques et s'occupait lui-même do la couversion des Grecs. Pour oliéir aux ordres du Pape, le légal passa de Cotistantinople dans Vile de Chypre, qui était à l'Orient le boulevard de h chrétienté. Il inspira au roi et à son peuple un courage héroïque; après quoi il alla vénérer les saints lieux. A son retour, Innocent VI le nomma évéque de Coron, et lui donna le litre de légat à lalere. Il quille de nouveau Avignon, vient à Venise, unit les galères de Venise à celles do l'ordre de Saini-Jean de Jérusalem, visite avec cette Hotte les ports de l'Asie Mineure et fait son entrée à Constanlinople ans cris de joie de toul un peuple qui voyaiL en lui son moniteur. 11 renforce l'année de Jean Paléologue et se dispose à prendre l'offensive contre les Tuccs. Il vient attaquer Lauipsaque dont les barbares avaient fait leur place d'armes. L'ardeur guerrière qui anime le légat lut fail braver tous les périls, et, par un coup de main des plus hardis, î! escalade les murs de

HISTOIRE d'ukbàin V. 227 l.awpsaque et dévaste la ville. 11 revenait vers la flotte, quand les Turcs portent d'une embuscade, se jettent sur la petite armée et la dispersent. Le légat reste seul avec cinquante chevaliers de Rhodes comme lui insensibles à la crainte. Us tirent tous des prodiges de valeur. A mesure que les Turcs avançaient, ils les immolaient et se reliraient en combattant. Cernés par des flots d'ennemis, ils s'ouvraient un passage le glaive a la main, et la mort se mullipliait sous leurs coups. Enfin, leur courage lassa la fureur de l'ennemi. Ils purent joindre la floue qui rentra, chargée de dépouilles, dans lu port de Omstaminople.

Après cet exploit, ['irrreThomasparcourut la Crète, l'Asie Mineure et l'Ile de Chypre, dans le but d'y éteindre le schisme et d'unir l'Orient à l'Occident. C'était là une grande politique et la seule qui put sauver Constantinople. On l'oublia depuis ; niais alors ou le comprenait. La Crète tout entière abjura l'erreur et embrassa l'unité. Il en fut de même en Ch) pre, où le peuple et le clergé reconnurent l'autorité do l'Église romaine. Mais comme les Turcs faisaient de nouveaux efforts pour ruiner les affaires des chrétiens, et préparaient une invasion plus terrible que les premières, le légat décida le roi de Chypre, qu'il venait de sacrer, à passer de nouveau en Occident pour y solliciter les secours du Pape et des princes chrétiens.

A son retour, Urbain V. voulant récompenser Pierre Thomas, le transira de l'évéché de Coron à l'archevêché de Catdie. fuis, il l'envoya en Italie. Enfin, il le nomma patriarche de Constaniinople, légat de la croisade, et lui laissa les revenus des éidisi-s de dormi et de Négrepont. Les pouvoirs les plus étendus lui furent donnés par nue bulle en date du 10 juillet 136Ù. Le Pape lui remit des lettres pour tous les princes d'Italie et les évoques d'Orient. Bien n'était venu troubler l'affaire de la croisade, quand les Génois, irrités contre les habitants de l'Ile de Chypre et leur roi Pierre de Lusignan, ou mieux, jaloux de la préfé-

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rence que le Pape avait donnée aux Vénitiens, se disposèrent à déclarer la guerre au roi rie Chypre. I* doge de Venise, qui eut conn aisance ùVs préparai :fs de guerre des Génois, en avertit le Pape et, de plus, engagea les Génois a montrer de la modération. Ses bons offices ayant été repoussés, Urbain V envoya l'ierre Thomas aux Génois:. La haine que ce peuple portait au roi de Chypre était si vive qu'il lit une émeute à l'arrivée du légat. On lui lança des pierres, nn demanda à grands cris la guerre contre ic roi de Chypre. Pierre Thomas parvint à calmer les esprits. 11 fit de la part du Pape des menaces à ces hommes vindicatifs, et en même temps il tacha d'éveiller en eux des sentiments chrétiens. Il parla si bien que la haine se dissipa. Les Génois témoignèrent le désir de faire leur paix avec le roi de Chypre, et de renouveler l'ancienne alliance qu'ils avaient contractée avec lui : le Pape écrivit au roi de Chypre pour l'en féliciter.

Tandis qn'l rh iin V ai-îivuil ni (Imdrm li's |nvpraiifs de la croisade, il tenait les yeux ouverts sur l'Orient, et se montrait attentif à tout ce qui s'y passait. Smyrne, dont la garde fut plus tard confiée aux chevaliers de Rhodes, était menacée par les Turcs. Ils en avaient commencé le siège, ils l'eussent prise sans la vigilance d'tlrbain V. Pour flatter l'orgueil national de la république de Gènes et la consoler du choix qu'il avait fait des galères vénitiennes, il nomma un Génois. Pierre Hachanelli, gouverneur de Smyrne. Rachanelli prêta sennent à Urbain V en ces termes : * Je jure obéissance et fidélité au bienheureux Pierre, à la sainte Église romaine, et a mon seigneur le Pape Urbain V, de même qu'à ses successeurs canoDtquement élus. Je défendrai de toutes mes forces la papauté, les régales de saint Pierre, et tous les droits do l'Église romaine, spécialement ceux qu'elle a sur cette cité. Je ne remettrai cette ville, ainsi que ses dépendances, qu'au légat du siège apostolique s'il en est un dans ces contrées, ou à telle per-

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sonne désignée soït par le Pape, soit par le légat. n Ce serment montre les droits que le P.ipe avait sur plusieurs villes de l'Orient depuis les croisades. Le droit public de l'époque le considérait comme le gardien de ces villes, en sa qualité de chef de la chrétienté.

Cependant, les Turcs se préparaient à une résistance désespérée. En voyant l'Occident s'unir contre eus. ils coururent aux armes de toutes parts, lis attaquèrent les chrétiens sur trois points différent : à Smynv\ en Chypre, en Grèce. Le grand maître de l'ordre de Saint-Jean en prévint le Pape. Effrayé à cette nouvelle, Urbain V écrivit aussitôt à Pierre de Lusignan pour l'engager a faire au plus vite ses préparatifs de départ et à voler au secours de son royaume. Le roi et le légal se rendirent à Venise, où la flotte et l'armée des croisés les attendaient. Heureusement, il y avait dans

repousser l'ennemi. Le royaume était délivré avant l'arrivée des croisés. Il n'en fut pas de même en Grèce. Les Turcs envahirent cette province par la Thessalie, s'emparèrent de Thèbes, entrèrent dans la Morée qu'ils ravagèrent.

Urbain V écrivit aussitôt à l'archevêque de Patras, aux évêquesde Grèce et aux Latins réfugiés à Négrepont et leur enjoignit de s'unir contre l'ennemi commun. Il accorda une indulgence plénière à tous ceux qui prendraient les armes conire les Turcs. Ses exhortations inspirèrent du courage aux chrétiens, el de toutes parts on s'apprêtait à la résistance. L'empereur de Constantinoplc mit de cùié toutes les anciennes jalousies de race, unit ses efforts à ceux des croisés, et promit au Pape de joindre ses troupes aux siennes. Cette résolution était sincère; dès lors était surmonté le plus grand de tous les obstacles qu'il y eût à la croisade. Ce qui avait toujours Tait échouer les expéditions de ce genre, c'était la ruse et les trahisons des Grecs. S'ilsavaient pu s'entendre avec les Latins, depuis longtemps l'Orient serait libre. Jean Paléologne choisit pour amhas-

sadeur un Génois, Michel Ualespina, et le chargea de porter nu Pape ses propositions. N ne mettait que deux conditions à l'union des deux races : la première était que les Latins ne comme tiraient aucune injustice contre les Grecs-, la seconde, que le l'une engagerai! la princesse Arme, sa sœur, qui avait cm liras*' la fui catholique, à revenir à Constan-

L'rbain V pria l'ambassadeur de réliciier en son nom l'Empereur, cl l'engagea liés- fortement à travailler personnellement à la conversion des Grecs. Enfin, il lui donna une lettre dans laquelle il exposait à Jean l'aleologue les plans de la croisade cl dissipait loutos ses craintes au sujet des Lalins, Quant à la princesse, le l'ape redouta pour elle des persécutions, et, se méfiant de la perfidie grecque, il pria l'Empereur de l'excuser s'il continuait à la garder en Occident.

Ainsi, le Pape dominait dans les conseils de l'Europe. Sa parole puissante avait ranimé la foi dans les âmes. Les rois et les peuples s'unissaient pour la cause du Christ el de la civilisation, La floue des croisés, réunie dans le port de Venise, allait mettre à la voile. L'Europe entière avait les yeux tournés sur elle. On attendait des merveilles d'une armée si bien composée et d'un chef aussi vaillant que. le roi de Chypre. Mais tout à coup la profonde paix où les sages conseils d'Urbain V avaient amené l'Europe fut troublée par les leniaiives de Pierre le Cruel et de Charles le Mauvais, en France et en Castille.

Charles le Mainais cru; ail avoir des droits sur ie duchd de Bourgogne, et les revendiqua les armes â la main. Le roi do France avait pris la résolution de ne jamais commander l'armée en personne. Il faisait la guerre du fond de son cabinet par le moyen de ses frères et de ses capitaines, se gardant bien d'exposer avec sa vie le salut et la tranquillité de l'État. Charles le Mauvais vit une lâcheté dans cette sage politique et crut triompher aisément du

histoirf. d'ukbai* v. 231 jeune roi. Il vole, avec ses troupes, sur les pas de Charles V qui allai! se faire sacrer à Reims, dans le dessein de troubler cetle cérémonie et d'enlever la Bourgogne au roi de France. Sa présomption le perdit. Le maréchal de Boucicatit et Duguesclin prirent l'offensive el lui enlevèrent Hante et Meulan.

Humilié par la perte de ces deux villes, Charles appelle auprès de lui de puissants renforts de Navarre el de Gascogne, et veut prendre sa revanche. Évrcux devient son centre d'opérations et le rendez-vous assigné a ses troupes. \'n détachement de Bretons, commandé par ltohémond de Laval qui venait au secours du roi de France, s'étant un peu trop rapproché d'Évreus, tomba entre les mains de l'ennemi. Duguesclin s'avança avec toute l'armée royale pour venger cet affront. La rencontre des deux armées eut lieu a Cocherel, tout près d'Évreiix. L'armée française se composait de trois corps : les Bretons, commandés par Duguesclin; les Français, par le comte d'Au serre, et los Bourguignons, par Robert Knolles, ce clief de routiers qui avait saccagé Auxerre. L'armée de Charles le Mauvais était aussi divisée en trois corps : les Anglais, les Gascons et les Navarrais. Elle était commandée par le captai de Ituch, général d'une rare prudence et d'une bravoure a tonte épreuve. Le captai attendait les Français de pied ferme, croyant qu'ils donneraient avec leur fureur ordinaire, et qu'après s'être ainsi épuisés en efforts inutiles, ils pourraient être aisément accablés. Mais Duguesclin n'eut garde de commettre une si grande faute. 11 ne voulut pas attaquer dans ses retranchements l'armée navarraise, et pour

tomba dans le piège et se mit à sa poursuite. 11 s'était déjà répandu dans la plaine quand Duguesclin s'arrête et fait volte-face. Une mêlée affreuse s'engage. A ia lin ies Français tirent plier l'armée navarraise et la mirent en complète déroule. Le captai de Rnch et les principnux chefs

furent pris, ('.lia ries le Mauvais n'avait |>! us d'armée. Le régent de Navarre, Louis frère de Charles, marche au secours do son frère avec une armée puissante. H voulut secourir la Cliari té-sur-Loire qu'assiégeait l'armée royale. Ce fut en vain. La place s'était rendue avant son arrivée. Il vint rejoindre le roi, son frère, en Normandie, où l'armée française, victorieuse sur tous les points, le serrait de près.

Cette guerre fratricide pouvait traîner en longueur et faire échouer la croisade. Il était à craindre que l'armée des croisés ne put se recruter si la guerre civile durait plus longtemps. L'rbain V écrivit aux deux rois, les conjura de poser les armes et d'accepter son arbitrage. Il leur envoya l'abbé do Saint-Miche l, du diocèse de Turin, pour négocier la paix. Le légat vit les deux rois, leur parla de la part du Pape, et les amena à conclure une paix aussi durable et aussi sincère qu'on pouvait l'attendre de pareils ennemis.

Mais tandis que la France rentrait dans le calme, la guerre civile agitait l'Kspaçiie. Charles le Mauvais, dont la nature inquiète et jalouse ne pouvait être en repos, après avoir fait ta paix avec le roi de France, déclara la guerre à t 'Aragon et s'unit au roi de Castille Pierre le Cruel.

Ce roi faisait revivre Néron dont il imitait les crimes. Il inaugura son règne en livrant a la cruelle jalousie desa mère sa rivale, la malheureuse Éléonore de Gu/.man dont Alphonse XI avait en cinq enfants. Elle périt dans les supplices. Ses fils jurèrent de venger sa mort. Henri de Translamare était l'aîné. Prince courageux, prudent , digne en tout de régner s'il n'avait été le fruit du crime, il se signala parses exploits du temps du rot Alphonse son père. A l'avènement de Pierre le Cruel, il se retira auprès du roi d'Aragon. Craignant pour lui le sort de sa mère, il attendit que le roi de Castille se fui rendu odieux à ses sujets par sa tyrannie et ses débauches. Pierre avait fait demander la main de Blanche de Bourbon, sinur de Jeanne de Bourbon,

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l'Épouse de Charles V. Celle princesse n'était pas encore arrivée fii Castille, et déjà Pierre le Cruel avait formé des liens criminels avec une aventurière, Marie de Padilla. Blanche ne put gagner son cœur par sa douceur, sa piété, sa beauté même. Il la chassa du palais. I* peuple murmura, les grands prirent ouvertement la défense de manche. La passion aveuglait Pierre, il ne tint pas compté de ces manifestations. Innocent VI lui envoya à plusieurs reprises ses légats pour le rappeler à la pratique de ses devoirs, lui ordonna de mettre un terme au scandale et à l'adultère. 11 lança conlre lui l'excommunication et mit la Caslille en interdit. Les avis du Pontife, les murmures du peuple, les menaces des grands le remplirent de fureur, il voulut d'un seul coup mettre mi lernw à toutes as importunités et se défaire de l'dbjtH de sa haine. Il fit mourir l'innocente Blanche. Deux juifs l'étoulfèrent entre deux matelas. Elle était à peine âgée de vingt-cinq ans. Le roi de France Jean le Bon ne put venger sa mort. 11 était alors prisonnier en Angleterre. Quant au Pape Innocent VI, accablé d'infirmités, et sur le point de descendre dans la tombe, il n'eut pas assez d'énergie pour accabler sous les foudres de l'Eglise le monstre qui déshonorait le trône par de tels forfaits. Mais le ciel prit la défense de Jeanne. Un personnage mystérieux apparut à Pierre un jour qu'il était à la chasse, el lui annonça les malheurs qui signalèrent la fin de son règne.

Ses deux frères illégitimes Pierre et Jean eurent le sort de Blanche. Knlin, il n'épargna pas même son frère légitime, don Frédéric. A la demande d'un roi maure, son allié, il le condamna à mort, et.ee qui excita l'horreur de l'univers, il voulut être lui-même son bourreau : il perça d'une lance le sein de sou frère et lui trancha la tête*.

Au lieu d'appeler dans ses conseils, comme le firent ses

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ancêtres, les grands de la nation, les évéqucs, de savants religieux, il s'entoura de juifs. d'Arabes et de magiciens. Il dépouilla les églises pour enrichir les mosquées. Quand Urbain V monta sur le trône, Pierre venait de déclarer la guerre au roi de Grenade. Il ravagea le royaume ennemi à la téte d'une armée nombreuse. I,e roi de Grenade.se voyant impuissant à lui résister, implora la pais. Pierre feignit d'écouter ses pniposiimNS. On (imposa un entrevue. Le roi de tlrenade vint à Séville muni d'un sauf-conduit. Pierre le fit garrotter lui et les seigneurs de sa suite. Enfin il conduisit au milieu de la plaine qui environne Séville ces illustres captifs, et se précipita sur eux a la téte de sa cavalerie. 11 voulut tuer de sa mata le Toi de Grenade. Les pieds des chevaux écrasèrent les autres.

Fier d'un pareil succès, il déchira le traité de pain qu'il avait fait l'année précédente avec le roi d'Aragon, et vint lotit à coup mettre le siège devant CalMnjuba. Les habitants se défendirent vaillamment. A la fio il fallut céder au nombre, et Pierre le Cruel entra dans la ville par la brèche. Celte hflle féroce se baigna dans le sang des habitants. Il en lit mettre à mort en un seul jour plus de six mille qui n'étaient pas en état de porter les armes. Pierre d'Aragon, ne pouvant se défendre contre un ennemi aussi puissant, appelle à son secours Henri de Transi a mare qui était alors en France , et lui donne des pouvoirs pour enrôler a son service les grandes compagnies.

Charles le Mauvais épousa la cause de Pierre le Cruel. Une vive sympathie pour le roi de Cas tille, le désir de se venger du roi d'Aragon, furent les deux mobiles qui le déterminèrent. Urbain V tacha d'éteindre cet incendie a sa naissance. La guerre élaii à peine déclarée qu'il envoyait au roi de Castille l'ahhé de Saint- Michel avec la mission de lui faire entendre des paroles de paix et de lui montrer tous les malheurs qu'une telle guerre allait attirer sur la chrétienté. Sa letire était touchante. Il donna ordre au

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légat d'aller faire la même prière an roi d'Aragon. Il évoqua devant son tribunal les démêlés dp ces deux rois, et promit de leur fui ru justice. Mais il parlait à des Meurs endurcis. Son langage ne fut pas compris de Pierre le Cniel. Quelque effort qu'il fasse, l'Espagne va devenir le champ de bataille on les rois de Castille, d'Aragon, de Navarre, le prince de Galles et l'armée française vont se livrer des combats sanglants. En rléVIar.-int le premier la guerre, Pierre le Cruel avait préparé la voie aux ven-

Ln légat, envoyé par Urbain V an roi d'Aragon ponr l'engager à faire la paix avec le roi de Castille, traitait avec lui une autre affaire. Ce roi, prenant prétexte des guerres nombreuses qu'il avait eues à soutenir, et des frais énormes qu'elles lui avaient (iccisitmiiés, étendit la main sur les biens ecclésiastiques. La spoliation de l'Église n'est pas une chose nouvelle ; elle a toujours souri aux princes. Pierre confisqua les biens des cardinaux etdesévéqucs qui étaient en cour do Rome, sous proteste qu'ils ne résidaient pas. Il oubliait que le chef de l'Église peut appeler auprès de sa personne les chefs des diocèses pour les employer au service de l'Église, et les dispense du devoir de la résidence quand la nécessité ou l'utilité de l'Église le di-mandi'. 1. ibain \ prit h défense île rt-s évëoues et parla au roi avec beaucoup de fermeté. Il le somma de rendre les revenus qu'il avait séquestrés. Le roi refusa d'obéir, alléguant l'avis de son conseil et l'impossibilité où il était de restituer. Son trésor était vide. Urbain V le cita devant lui et le menaça de l'excommunication1. Il est probable que ces menaces obtinrent leur effet, que le roi d'Aragon obéit au Pontife. Il n'est plus question de cette affaire snus le pontificat d'Urbain V.

L'n autre sujet de querelle s'était élevé entre lui et le

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