‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 5 sur 162 · Do Sudo, 1. 1 p. m · texte numérisé non relu

Do Sudo, 1. 1 p. m

S. Histoire -!r V ïglitt, Ht. XLIX.

C'était folie de revenir à Home; Benoît XII le comprit. 11 attend it qu'il plût à la divine Providence de faire naître des circonstances plus favorables au retour du saint-siège, et le premier il se balit une demeure plus digne des Papes que le couvent des frères prêcheurs ou le palais épïscopal. Les cardinaux imitèrent son exemple, et en peu d'années Avignon vit s'élever dans son enceinte de magnifiques palais.

Pétrarque n'a pu le pardonner à Benoît XII. Dans un jeu de mots impie, il ose comparer ce pieux pontife au cruel Nemrod : Turrificus ci terrifiais Xcmiod. Dans ses lettres il ne cesse d'accuser ISonoit XII. Mais sans y songer, et peutêtre par un dessein serrei oV la divine Providence, qui voulait se servir, pour venger la mémoire de ce grand Pape, de celui même qui l'outrageait, Pétrarque fait l'apologie de sa politique. Dans une de ses lettres il montre l'impossibilité où il se trouva d'approcher de Rome dans un voyage qu'il lit en Italie, la seconde année de Benoit XII. Arrivé à Civita - Veccbia, il ne put aller plus loin. Les Ursins tenaient la campagne. Pétrarque se dirigea sur Corneto, et vint se mettre en sûreté dans le château seigneurial de Capranica ; c'est de là qu'il écrivait û Jean Culonna ;

u La paix est la seule chose que je n'aie pas trouvée dans

de la nation â-t-il attiré le fldau de la guerre? Je l'ignore. Le berger va tout arme dans les bois pour se. défendre contre l'ennemi et non contre les loups. Le laboureur cuirassé se sert d'une lance au lieu d'un aiguillon pour piquer les bœufs; l'oiseleur couvre ses rets d'un bouclier; le pécheur porte une épée an lieu d'une ligne pour suspendre ses hameçons... On entend la nuit des hurlements affreux autour des murailles, et le jour des voix terribles, qui crient sans cesse: Aux armes! aux armes! Quelle musique au lieu fVs sons doux et hann'nreiiîi q:ie je lirais de mon luth à

Avignon! Celle contrée est l'imago des enfers. Tout y respire la haine, la guerre el lu carnage1, a

Après cet effrayant, récit, Pétrarque ne pouvait être écoulé du pontife quand il venait, à la sollicita lion des Romains, le prier, dans une épitre en vers, de revenir à Home ; car cette ville n'était pas moins agitée que la campagne. Elle, servait de retraite nus brigands qui in Testaient les chemins et dépouillaient les voyageurs. Les églises leur servaient de refuge; elles étaient comme leurs repaires. Rien de plus commun que le vol à main armée, l'adultère, le viol elle meurtre. Les hommes audacier.v faisaient, connue toujours, trembler les faible-; en. les menaeaiit du pillage et de la mort. IJ n'y avait plus de lois, plus d'autorité, plus de justice. La crainte des châtiments n'arrêtait plus les coupables, et les grands divisés entre eus ne s'unissaient que pour écraser le peuple -. 11 en était d>> nn'use dans toute l'Italie. La guerre était partout et chacun se frisait justice à son gré. Les clercs n'étaient plus respectés, on ne tenait plus compte de leurs immunités , et l'on vil sans élonneinent le seigneur de Vérone, Mastin.se jeter sur 1'évéque de cette ville el lui plonger son épée dans le cœur. BeDOlt XII fut donc réduit à la triste nécessité de rester eu France, il mourut avec le regret de ne pouvoir accomplir lu plus

Clément VI lui succéda en Ki.'ii. ['rince magnifique et vraiment digne de régner, la splendeur dont il s'environnait n'était pas au-dessus de son génie. Tout ce qu'il entreprit lui réussit. Il lit élire un empereur, força Casimir, roi de Pologne, à régler sa vie, refusa pour la fille do son frère la main du roi de Sicile, el, le premier des Papes d'Avignon, il vit à ses pieds les superbes Visconti. En un mot. Clément VI eut tant de qualités que Puirarque lui-

t. Famiiièna, li.. Il, ép. Mit.

S. De Stàe, t. I, p. 3SU.

même célébra ses louanges. Le poêle Ht sur le nom du pontife un charmant jeu d'esprit, et avec son élégance ordinaire il dit :

IHgmim «Imm bilict.

S'il eût entrepris de reporter à Home le saint-siége, nul doute qu'il n'eût réussi. 11 ne l'a pas fait, il ne l'a pas . tenté, il parait même n'y avoir pas songé, et les historiens contemporains lui reprochent d'être demeuré indifférent à la perle des domaines temporels de l'Église. 1* trésor amassé par Jean XXII et augmenté par Benoit XII, trésor destiné à couvrir les dépenses que pourrait occasionner le retour du saint-siége à Rome, Clément VI le dissipa dans les premières années de son règne. Il disait que la plus belle qualité des princes, c'est la libéralité. Il semble donc coupable. Mais quand on examine les événements qui signalèrent son règne et l'enchaînèrent à Avignon, on l'absout aisément.

Le retour du saint-siége à Rome n'était' pas, comme l'ont cru les historiens, un dessein facile à exécuter. Il fallait préparer les votes, former des alliances avec les républiques d'Italie et s'assurer de leurs lionnes dispositions pour le saint-siége. Or, les guerres, la peste noire, l'hostilité des Romains envers le Pape et les représentants de son autorité furent, du temps de Clément VI, des obstacles au voyage de Rome. Clément VI était un politique trop habile pour tenter l'impossible.

La guerre venait de se rallumer entre la Franco et l'Angleterre. C'était le devoir de Clément VI de travailler à rétablir la paix. Quitter la France dans un pareil moment . l'abandonner à sa destinée, ce n'était pas aimer sa patrie. D'un autre côté, si Clément VI n'eut pas fait tous ses efforts pour amener une réconciliation sincère entre les

deux rois Edouard et Philippe et pour faire cesser une guerre qui devait coûter laot de sang aux deux nations, il n'eût pas montré des sentiments dignes du père de tous les chrétiens.

Mais Clément VI pouvait-il entreprendre le voyage de Rome! 11 est permis d'en douter, si l'on considère que le seul prince assez puissant pour aider le Pape dans cette périlleuse entreprise, c'était Philippe VI. Clément VI ne pouvait plus compter sur son appui du moment que la guerre so rallumait entre la France et l'Angleterre. Quand les Homains envoyèrent à Clément VI l'ambassade solennelle dont Pétrarque et Itienzi faisaient partie, pour l'engager à revenir en Italie, le Pape toucha celle raison et s'excusa de son refus sur la guerre des Anglais qui ne lui permettait pas de sortir de France.

Au reste, si le Pape avait eu la pensée de quitter Avignon, les propositions des Homains l'en eussent dissuadé. Dans l'audtenec publique que leur accorda Clément VI. les ambassadeurs offrirent au Pape, sa vie durant, la souveraineté de la ville de Home qui se donnait ainsi à Pierre Roger et non à Clément VI. Les Romains furent trop subtils pour inspirer de la confiance.

Vers la même époque mourait à Naples le seul homme assez fidèle pour maintenir en Italie l'autorité de l'Église et recueillir au besoin le Pape dans ses États, si les Homains venaient il se montrer encore ingrats et rebelles : c'était Robert, roi de Naples. Il laissa le trône à Jeanne encore enfant.

Tandis que le Pape perdait en Italie ce puissant allié, les Romains se révoltèrent ouvertement, oubliant que leur intérêt bien entendu c'était un redoublement de prudence et de fidélité. Ils mirent Itienzi à leur téle, rétablirent l'ancienne république avec des formes particulières et osèrent rêver l'empire universel sous le nom du 60» état. Celte ridicule comédie dura jusqu'en 13d7, époque à laquelle Hienzi,

excommunié par Clément VI, (ut obligé de prendre la fuite.

La meute année sévit en Italie ectteépidéuiie cruelle qui, sous le nom ûcprsic noiir, parcourut toute la terre ei lui enleva la moitié de ^es liabiiauts. Elle dura trois ans. En 1348, elle s'abattit sur la Provence. Elle y lit de grands ravages, mais millo part ne fut aussi terrible qu'à Avignon, [lue foule de cardinaux et d'évoqués moururent. Au récitdc Vîllani, Clément VI, pour échapper au lléau, se renferma dans son palais où l'on allumait jour et nuit de grands feux qui purifiaient l'air.

Enfin la peste cessa. Il semble que lohipe pouvait alorss'oeotiper de son départ. Il n'eu est rien : les peuples, livrés à eux-mêmes quand le lléau décimait les villes, avaient contracté une ftinesio habitude d'indépendance et de liberté. Les villes des Liais romains connurent cette tendance et levèrent l'étendard de la révolte. Kaenza commença; un traître, Jean de Fepoli, livra Bologne aux Viscontt. Rome ne fut pas plus sage, el si en apparence elle obéissait encore à Clément VI , de fait elle vivait indépendante, il n'est pas d'insulles. qu'elle ne lit essuyer aux ledits, du Pape. Aux approches du jubilé. Ci ■i:u 'i I \ t, sdulruil -uN'iur f's dispositions des liornains à son égard, leur envoya, comme légat, le cardinal de CecCanO. Reçu partout et même à Milan avec les honneurs dus à sa dignité, il est accueilli à Rome par une émeute formidable. Le peuple lança des pierres sur U- \atieau où le légal était descendu, l'appelant hérétique et l'utiirin. Les gens du cardinal voulurent défendre le palais; la colère el l'acharnement des M >:tni:is redoutèrent. Le cardinal se frappait la tôle de douleur. Enfin , se montrant au peuple, il lut dit : « Romains, nosavez-vnuspas qu'en agissant ainsi vous empêchez le retour dit Pape? Le Pape ne serait pas le maitre ici. » On ne peut calculer les résultais qu'aurait eus cette émeute si le commandeur du Saint-Esprit n'avait eu assez d'empire sur les Romains pour les calmer.

Une autre fuis, le même cardia il 1, traversant les rues de Home, fut atteint à la tête de plusieurs dards qu'on lui lira d'une fenêtre . Les assassins s'enfuirent ; on prit seulement un prêtre qui refusa de révéler ses complices, neutre* au palais, le cardinal de Ccceauo raconta celte perfidie au cardinal de Saipt-Chrysogone qui lui dit avec indignation ; « Si on voulait ramener à de meilleurs sentiments cette ville, on devrait la raser et la reconstruire de nouveau. » Peu de temps après, le lésai quitta Rome pour aller en Gampanie visiter sa famille. Il fut empoisonné et mourut on route. Les Romains firent d'atroces plaisanteries sur l'étal du cadavre, qui fut apporté à Home. Bien loin de lui rendre les honneurs dus à un légat du Pape, on lui refusa ceuide la sépulture chrétienne. Aucun prêtre ne vint recevoir ses restes à la porte de Saint-Pierre, on lui creusa dans cette église une fosse uù on le jeta à la hâte, la tête tournée de côté. C'est ainsi que les Romains traitaient les envoyés du Pape. Ils ne l'auraient pas respecté lui-même s'il élait venu parmi eux.

Dans la lettre que sainte Brigitte écrivit au vicaire du Pape, elle fait du peuple et du clergé île liome un portrait effrayant qui autorise toutes les suppositions '. Pendant le jubilé de 1350, les Romains commirent toutes sortes de crimes : en volait siii' 1rs pbers publ iqiii>. ou iissassinaii en plein jour, ou enlevait les femmes piètres qui faisaient la visite des basiliques, et suinte Itrisille défendit à sa fille sainte Catherine d'aller gagner Ses imlulgi'uees sans être escortée. D'après l'auteur de sa vie, ces sages précautions ne l'eussent pas sauvée; car, à deux reprises différentes, un seigneur romain fut sur le point de l'enlever a sa mère ; elle n'échappa que par miracle'1.

Clément VI avait cédé aux pressantes sollicitations des

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