‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 51 sur 162 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

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1,'etnpereur Charles IV voulut entretenir un si grand Pape des destinées du monde et de l'Église. Ce prince, qu'on appelle à tort l'empereur des prêtres, avait de la piété, un amour sincère pour l'Église. 11 obéit au saintsiége ou delà de ce qu'on aurait cru quand il quitta Rome au terme fixé par Innocent VI.

Pétrarque lui écrivit plusieurs fois au nom de Rome, de l'Italie, de tous les esprits dévoyés qui ont voulu, depuis Dante, l'unité de l'Italie au prix de sa liberté. Pétrarque lui disait : « C'est in qu'esi le centre de votre monarchie, jamais l'Italie ne désira' aussi vivement l'arrivée d'un prince étranger. Vous êtes son unique ressource... Voyez Home à vos pieds... Rome attend son époux. « L'Kmpereur ne se laissa pas séduire. Il ne descendit pas en Italie, par respect pour les droits du saint-sïége et un peu par politique ; il se sentait trop faible pour tenter une pareille entreprise. Ce qui semblait n'être que vertu cher, lui, était aussi la suite de son irrésolution. Il ne sut pas défendre le

2f[2 histoire d'urbain v.

Pape et l'Église romaine contre leurs ennemis, sa vie fut une longue suite de lâchetés et de faiblesses. Il fut tin jour arrête" à Worms par le bouclier de sa maison qu'il ne payait pas faute d'argent ; la foule l'entoura, elle eût peutêtre attenté à ses jours si l'évêque de Worms n'eût payé sa dette. Ce trait peint l'homme. Le seul acte auquel il attacha son nom, ce fut la bulle d'or, qui donna une constitution à l'empire. Un moment le pape Urbain V eut confiance en lui, il espéra trouver quelque appui dans Charles IV pour l'exécution de ses grands desseins; il ne savait pas quelles déceptions lui préparait ce fantôme d'empereur.

Charles lit sou entrée dans la cité papale au mois de mai 1365, le jour de la Pentecôte. Il était suivi d'une foule de princes et de barons allemands; le pape célébrait ce jour-là la messe solennelle; l'Empereur y assista revêtu de tous les ornements impériaux, le front ceint de la couronne, tenant d'une main le sceptre et de l'autre le globe d'or.

Le Pape et l'Empereur eurent plusieurs conférences. Après avoir traité de quelques affaires particulières à l'empire d'Allemagne, on en vint à la croisade et au retour du saintsiége à Home; Urbain V eût voulu que l'Kmpereur l'appuyât dans ces deux entreprises. Kn acceptant le fardeau de la papauté, il crut que le ciel avait des mes sur lui et l'avait choisi d'une manière miraculeuse pour ramener le saititsiége à Rome ; son esprit était constamment tourné vers l'Italie: il eût voulu s'y rendre dès la première année de son pontificat, mais il était arrêté par les difficultés de l'entreprise. M ne s'agissait pas seulement de quitter Avignon par une folle précipitée et d'aller s'établir à Rome : l'affaire principale c'était de s'y maintenir longtemps, chose que mettaient en doute la plupart dos cardinaux français. L'État romain était libre si l'on veut et désirait le Pape, Home elle-même paraissait revenir au respect de sou

DISTD1BE D'iTHUAlN V.

prince légitime. Mais au nor^ de l'Italie, Bamabo menaçait l'Église.

Il était à craindre que ce tyran ne tomnnt.it des troubles dans l'État dn l'Église quand In Pape serait à Borne ; peutêtre les villes de Florence, de Sienne et de Pise verront d'un œil jaloux la papauté reprendre l'éclat et la puissance d'autrefois et dominer Ins petites républiques d'Italie. Ne s'il ni raient-elles pas avec Barnabe? Le l'ape le craignait, il vil les dangers qui mena'/iieni le saim-siége à Borne, et l'événement a prouve qu'Urbain V ne se trompait guère. Il voulut conjurer tous ris dangers eu se lignant avec l'Empereur et en implorant son appui. Charles, qui aimait l'Église, promit au l'ape son concours.

In autre obstacle au retour du saint-siége à Home , c'étaient les compagnies. La paix que l'Église fit avec Barnabo produisit en Italie le même effet que la paix de Brc'tigny en France, [.es Anglais, les Allemands, les Hongrois, les bandit.-; italiens parc.wraii'iil l'Italie et raneuunaient les villes; les ravages qu'ils commirent dépassèrent tout ce que l'on avait vu jusque-là. Tantôt ces compagnies s'unissaient pour piller ri partager le butin, tantôt elles se livraient entre elles d'affreux combats. Il y avait là un grave danger pour l'Église ; le Pape tomberait infailliblement au pouvoir de ces bandes indisciplinées, s'il n'était appuyé par l'Empereur.

Mais Urbain V avait un autre but, la croisade. 11 n'oublia rien pour y faire entrer l'Empereur, Le plan qu'il proposait était fort simple et accuse un esprit éminemment pratique : il voulait à la fois purger lTiinipi; de la présence des compagnies el l'ai ri' servir ces hommes courageux à une 'œuvre utile et honorable. Si les princes avaient compris la pensée de Guillaume de Grimoard. l'Europe était délivrée de tous ses ennemis. L'Empereur admira les pensées profondes de ce grand politique, et comme les hommes faibles sont ordinairement prompts à faire des promesses, il s'engagea

su

a fournir des vivres aux compagnies depuis les frontières de France jusqu'en Hongrie. Le rot de Hongrie devra ensuite les nourrir et leur donner un passage sur ses terres; si le roi de Hongrie refuse de le faire, Charles consacrera la moitié des revenus de la Bohême à équiper une flotte qui portera les routiers en Orient. Le maréchal d'Audeneliam alla en Hongrie traiter cette affaire au nom du Pape et de l'Empereur. Urbain V voulut faire entrer dans ses vues le roi de France ; il lui Écrivit pour lui exposer ses plans et le prier d'employer ses bons offices auprès du roi de Hongrie. L'Empereur retourna bientôt en Allemagne, après s'être fait couronner par l'archevêque d'Arles, Guillaume de la Garde, roi du royaume d'Arles, qui comprenait autrefois la Provence, la Savoie, le Daiiphttié, ainsi que la Franche-Comté. La reine Jeanne protesta contre cette vaine cérémonie. Mais Urbain V apprit à connaître quel était Charles IV dans les longs entretiens qu'ils eurent; il vit qu'il y avait peu à compter sur lui, et pensant avec raison qu'il devait agir lui-même tout seul s'il voulait obtenir

hors de Francc'et à les forcer de s'enrôler dans la croisade en soulevant contre elles tous les citoyens, projet digne d'un esprit aussi élevé que le sien I

Déjà l'année précédente (le 26 février 136Ii). il avait engagé le peuple a s'unir contre les compagnies. Il s'exprimait ainsi dans une circonstance mémorable : a De quelle douleur notre Ame est remplie quand nous voyons cette multitude d'hommes qui appartiennent au troupeau de Jésus-Christ, montrer la rage et la férocité des loups I Quel deuil pour notre sainte mère l'Église quand ses enfants, qui devraient être ses défenseurs el ses soldais contre les nations barbares, deviennent ses bourreaux et vivent comme des païens! Quel sujet de larmes pour les fidèles quand ils se voient affaiblis par des ennemis intérieurs! i> 11 termine en accordant les indulgences de la croisade à

tous ceux qui prendront les armes contre les routiers.

L'n mois avant l'arrivée de l'Empereur il avait adressé aux évoques de Kram.v ];j bulle suivante, où il retrace les horreurs commises par les routiers, et indique l'unique remède qu'il y eût à d'aussi grands maux :

« Urbain, serviteur des serviteurs de Uieu : ad futuram rci memoriam. Le sang innocent d'une multitude de chrétiens versé injustement cric vers moi de l:i terre ; la foule des orphelins, des veuves, des exilés, de ceux qu'on a dépouilles de leurs biens, crie vers moi. Les églises violées el incendiées, les monastères aiin ndomiés, les nobles, le peuple, les riches et les pauvres du royaume de France demandent à grands cris que nous punissions ces hommes sortis du sein de l'Église, qui s'acltarnent contre leurs frères cl affligent le peuple chrétien a la manière des infidèles, que nous nous levions pour réprimer leur méchanceté et les arrêter dans cette voie avec l'autorité du siège apostolique qui, du moment qu'il ne peut plus attendre qu'on se corrige, doit s'opposer au crime et venir au secours du malheureux qu'on opprime. Comme tout le peuple chrétien le sait, des enfants de malédiction qui suivaient la carrière des armes ont pris le nom de compagnies, et, brûlés du feu de la cupidité, ils ont pillé, versé le sang

féroces. Livrés à leur sens réprouvé, ils semblaient ne pas voir et ne pas sentir qu'ils conjuraient leur ruine quand ils se levaient contre Dieu et contre le peuple chrétien, à [a manière des païens, par des entreprises détestables, et que réunis en troupes ils accouraient de divers pays dans ce royaume, non pour y défendre la société humaine, mais pour la dissoudre et ruiner la foi chrétienne. Pour extorquer aux fidèles cet or dont ils ont soif, ils portaient l'incendie dans les champs et dans les maisons, ils arrachaient les vignes et les arbres, ils enlevaient les troupeaux, ils imprimaient au pauvre peuple une terreur si grande qu'ils le

forçaient de quitter ses travaux ; i.K|ii!T, ils us<1i'sïi':iii.'ii[, ils einaliissaieni. ils pillaient, ils incendiaient les villes, les châteaux forts cl autres lieux appartenant aux églises et aus monastères, aux seigneurs et aux communes de ce royaume. Lucifers, enflés d'orgueil, s'appuyant sur leur malice et leur grand; nombre, croyant follement qui: personne ne pourra s'opposer à leur fureur audacieuse, ils menaçaient do cliasscr les seigneurs, de les dépouiller do leurs terres ot de s'y établir en leur place. Pour montrer qu'ils étaient des hommes de sang pareils à des bêles féroces, et afin que tout l'univers eût. horreur de leur cruauté et de leur puissance, ils mettaient à la torture les malheureux qu'ils pouvaient surprendre et leur faisaient souffrir des tourments incroyables pour en tirer de l'argent. Ivres de fureur, fermant leur cœur à tout sentiment de pitié, n'épargnant ni la condition, ni l'âge, ni le sexe, quand ils se rendaient maîtres d'une ville ou d'une terre, ils ne se contentaient pas de passer au fil de ' l'épée les hommes qui, en se défendant, défendaient aussi leur patrie cl leurs familles, ils massacraient encore avec une rage farouche les femmes, les vieillaz'ds, les jeunes hommes ut même les enfants à la mamelle. Ils ont fait violence aux jeunes filles, aus vierges sacrées, ainsi qu'aux femmes mariées dont plusieurs, illustres par leur origine , après avoir été leurs victimes, furent roi en tics captives; sans égard pour leur faiblesse, ils leur faisaient porter leurs armes, comme si elles fussent de viles esclaves. Ne craignant pas d'attirer sur leur tête la colère céleste par d'horribles sacrilèges, ils pillaient, ils livraient aux ibiluiies les églises et les iiioiuiMi'-res. ils s'emparaient des ecclésiastiques, ils les chargeaient de chaînes, ils les tourmentaient, quelquefois même ils leur donnaient la mort. »

Après avoir tracé ce lugubre tableau, Urbain V lança l'excommunication contre les compagnies et leurs fauteurs, jeta l'interdit sur toutes les terres qu'elles traverse-

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raient. Il déclara maudits les enfants des routiers. Enfin, il engagea les fidèles par les raisons les plus puissantes à se lever contre les compagnies.

« Comme il est écrit qu'où doit répondre aux insensés

Dieu et des hommes : qu'on prenne les armes, qu'on les combatte vaillamment, qu'on s'oppose à leur passage ; que, pleins de conlianee en Dieu, les fidèles les poursuivent vivement, que l'univers entier ne cesse pas do combattre contre ces insensés '. n

Non content de travailler à la mine des compagnies françaises, Urbain V cherchait à détruire les compagnies italiennes. Il voulut qui; la rrîiin'Jeainio, li s deux cardinaux Albornos et Anifruui, les princes lombards, 1rs doges de Venise et de Gênes ainsi que les républiques de la Toscane s'unissent contre les compagnies. Marc de Viterhe et Buct» furent chargés de celle négociation. Urbain V voulait une insurrection générale contre les routiers. Il désigna Bologne comme centre de la ligue; il recommanda d'empêcher la jonction des divers corps drs routiers ; enfin, il proposa le même plan qu'il avait exposé à l'Empereur, qui était de forcer les routiers à sortir d'Italie et à passer en Orient, soit par la Hongrie, soit par la voie de mer. Quand l'Empereur fut arrivé en Allemagne, Urbain V lui écrivit pour le faire accédur à la ligue indienne, lui et les électeurs do

Les princes et les villes d'Italie entrèrent dans les vues du Pape. Seule, Florenco refusa d'accéder à la ligue, soit défiance, soit désir de trouver un appui dans les compagnies en cas de guerre avec l'iso et les autres villes de la Toscane. Le Pape en fut indigné. Dans une lettre adressée au prieur, nu gonfalonier, ainsi qu'à la commune de

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