‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 64 sur 162 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Délivré du souci de la croisade et reconnaissant que les hommes de son siècle n'ont pas assez de foi pour comprendre tout ce qu'avait d'humiliant pour la chrétienté la désolation des lieux saints, Urbain V tourna ses regards vers Rome et s'apprêta à y rentrer. Il n'insista pas pour tirer de leur assoupissement les princes de l'Europe. Il craignit mémo de perdre en efforts inutiles un temps qui lui était nécessaire pour préparer le retour du sainUstége à Rome.

Le moment était bien choisi. Le bruit des guerres avait cessé en France, en Italie, en Allemagne. Albornos supplia le Pape de venir en Italie, où sa présence était désirée par le peuple. Il lui peignait dans ses lettres les tyrans abattus, les villes soumises, les factions étouffées, les Guelfes et les Gibelins fusionnant ensemble et ne formant plus qu'un grand parti national dévoué a l'Église. Ce grand homme ne considérait pas comme achevée la conquête de l'état pontifical tant que le Pape ne viendrait pas y mettre le sceau par sa présence.

\ la lin de l 'année précédente les Romains, rentrant en eux-mêmes, songeant à la gloire de leur cité comme aux pertes nombreuses que leur faisait éprouver l'éloignement des pontifes, envoient une ambassade solennelle à Urbain V pour le prier de hàler son départ. Le Pape accueillit avec bonté les ambassadeurs, cl les chargea de porter aux Romains des proies d'< spéraiice'. Home devina qu'elle le verrait bientôt et fit éclater la joie la plus vive. Toute l'Italie éprouva les mêmes sentiments De tous cités arrivèrent à Avignon des félicitations et 1rs offres les plus généreuses.

A la même époque, les l-'loieniius envoyèrent au Pape une ambassnde célèbre. Urbain V doutait s'il pouvait compter sur le dévouement de celle république lorsqu'il serait à Home. Redoutant ses défiances éternelles, il disait publiquement que les Florentins ne servaient l'Église qu'en paroles. Les Florentins en furent émus; et pour calmer la colère du Pape, ils lui députèrent un de leurs concitoyens qui avait rempli plusieurs ii!ii!iassrui?3 en Italie et dont

On ne sait pas au juste quelle était sa patrie. L'opinion la plus commune le fait naître en France, et à Paris. Il suivit son père à Florence. De bonne heure il lit briller d'heureuses disposiifons pour i'étude. Comme ii joignait à une mémoire prodigieuse un goût exquis et une grande rectitude d'esprit, il devint l'un des hommes les plus orudits de son siècle et l'écrivain le plus pur de l'Italie. Pétrarque était sou ami. Les quinze livres de la Généalogie dm Dieux, la Ttuiàiàt, qu'on ne lit plus, et le Dicamiron, qu'on lit trop, furent ses principaux ouvrages. Le Dicamiron est un chefd'œuvre de style ; pcut-éi re même est-ce celui de la langue italienne. Par malheur, Boccace. le composa aux temps les plus orageux de sa vie. La licence de ses meeurs passa

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