Rafiuldi
dans ses redis. Aucun livre n'est plus propre à donner une juste idée de la prose italienne : mais c'est aussi la lecture la plus dangereuse, que l'on connaisse. Le Décamèron présente un grand intérêt historique. Il montre In décadence des mœurs au siècle où vivait Bocoace et le besoin qu'avait l'Église d'une réforme. Cependant on doit dire à la louange de Boccace qu'il ao repentit d'avoir écrit ce livre pernicieux. Il se convertit à Naples, et môme fut sur le point de
le monde, y vécut en prêtre pieux et repentant , et tâcha d'effacer par la prière et par une vie régulière les scandales de plus d'un genre qu'il avait donnés au monde.
Ses concitoyens employèrent plusieurs fois ses talents et lui confièrent plusieurs ambassades. Il alla, en 1966. déposer aux pieds du Pape les excuses de la république. Afin de lui faciliter si mission. Pétrarque lui donna des lettres pour Philippe de Cabassole et les autres amis qu'il avait a la cour avignonaise. Tous les cardinaux eurent pour lui de grands égards. Admis â l'audience du Pape, qui était déjà bien disposé envers lui, il parvint aisément à faire tomber les préventions que le Pape avait conçues contre les Florentins. Puis il traita un sujet plus important, le retour du Pape fi Home. Il avait ordre de lui offrir, au nom du grand conseil, cinq galères et einq cents hommes pour l'escorter, l'invita à visiter Florence en passant et lui promit un bon accueil1.
Ainsi, toute l'Italie soupirait après le retour du saintsiége à Rome. Urbain V n'hésitait plus. Il préparait de loin ^rin vny:i:e. nplnnir^-iii liiini's les rlillicii'iës. Sa prudence excessive et peut-être trop prévoyante eut voulu des plans mieux arrêtés; il ebt différé quelque temps encore son voyage: maïs Dieu, qui voulait consoler son Église et montrer a Rome ses pontifes, se servit de deux hommes d'un
1, De Suie, t. Ht.
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caractère bien différent pour déterminer Urbain V à quitter la France. Ces deux hommes furent le bienheureux Pierre d'Aragon et Pétrarque. Le premier était an homme rie Dieu et le second un homme du monde. Celui-ci dit au Pape ce que Home, l'Italie, la terre entière pensait de l'exil des Papes et les vœux que les peuples formaient pour le retour du saint-siège à Rome ; l'autre, au contraire, honoré de visions célestes et initié aux secrets divins, devait communiquer à Urbain V les volontés du Ciel.
Pierre était fils de Jacques II, roi d'Aragon, et de Blanche, fille de Charles 11, roi de Provence et de .Sicile ; il fui tour a tour préfet de la maison du roi, grand sénéchal du royaume, amiral de la flotte destinée à opérer contre Jacques, roi de Uayorque. Ayant perda son épouse, qu'il aimait tendrement, il ruinait tin (imfoiid el-:^nf:t dr- lirons de lu terre, et se retira dans un diàteai! solitaire pour y étudier la volonté de Dieu. Il priait Dieu de lui faire connaître sa vocation. .Ses pieux tlésirs furent rsaurés. Il eut une vision. Son oncle saint Louis, évêque tic Toulouse, lui apparut environné de gloire au milieu de Frères .Mineurs aussi brillants que lui. Le saint s'approcha, le baisa, lui dit que Dieu le voulait parmi les Frères Mineurs, et la vision disparut. Pierre d'Aragon s'empressa d'obéir aux volontés du Ciel : il partagea tous ses biens entre ses quatre enfants, Alphonse, qui revendiqua plus lard la couronne d'Aragon, Jean, qui devint sénéchal du royaume, Jacques, d'abord évëque de Valence, puis cardinal, enfin Éléonore, qui épousa I'ierre de Lusignan, roi de Chypre.
Quand il se fut dépouillé de tous ses biens, Pierre d'Aragon vint à Barcelone demander au ministre des Frères Mineurs l'habit de son ordre. 31 le reçut en 1358. au milieu d'un immense concours d'hommes du peuple et de nobles édifiés par ce grand exemple. Un noviciat moins long que de coutume l'initia tout ensemble à la perfection religieuse etaux études idéologiques. Il en sortit plein de vertu et de
talent pour la prédication. Le pane Innocent VI ayant voulu l'entendre, Tut ravi de son éloquence1. 11 parcourut l'Espagne et le midi de la France, prêchant au peuple et convertissant des milliers de pécheurs. Le don des visions lui fut accordé. Itavi en extase, il entendait la voix de son Dieu et recevait la révélation de ses secrets. Peu de temps après l'exaltation d'Urbain V et quand l'univers était encore étonné d'uni? élection aussi étonnante, Dieu lui montra les desseins caches qui avaient présidé à l'élection de ce Pape. Il lui ordonna d'aller le trouver et de lui parler en son nom. Pierre vint à Avignon, raconta au Pape sa vision, lui dit que Dieu lui ordonnait de quitter Avignon au plus tôt r.l d'aller à nome travailler à la réforme de l'Église universelle. Il donna sans doute au Pape des signes de sa mission. Urbain V promit d'écouler les ordres que le Ciel lui transmettait par son ministère, et. pour montrer le cas qu'il faisait de ses révélations et l'estime qu'il avait pour sa vertu, le chargea de porter aux habitants de Montpellier, qu'il aimait beaucoup, un bras do saint Louis, évéque de Toulouse. Pierre d'Aragon devait le remettre lui-même aux mains des frères Mineurs de cette ville : mais l'homme de Dieu, poussé par un excès de piété dans la dévotion qu'il portait à saint Louis, voulut enrichir l'Aragnn de ce trésor. Il revint en Kspagne sans passer par Montpellier. Le peuple de cette ville, se voyant frustré dans ses espérances, écrivit au Pape pour se plaindre de Pierre d'Aragon. Urbain V excusa le religieux , dont les intentions pures lui étaient connues. Cependant il ne put souffrir qu'un prince lui désobéit ainsi à la face de toute t'fôglisc. Dans un langage un peu sévère il lui rappela la mission qu'il lui avait donnée et lui enjoignit de rapportr-r aussitôt à Montpellier les saintes reliques qu'il lui avait confiées. Le prince s'était déjà repenti d'avoir transgressé les ordres du Pape. Il était
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venu à Montpellier de son propre mouvement, et les Frères Mineurs de cette ville avaient reçu le bras de saint Louis à la grande joie de la ville entière.
Mais bientôt le Pape fut engagé à faire le voyage d'Italie par un homme qui tenait au xiv* sîèclo le sceptre de l'opinion. Il écrivit an Pape une lettre devenue fameuse. Son histoire se mêle dès lors a cello d'Urbain V. Avant de l'entendre, il faut le connaître. Cet homme était Pétrarque.
Son pi're était gibelin et notaire à Florence. Quand Charles do Valois vint pacrlicr la ville au nom do Boniface VU!, il fut exilé avec Dante. De là cette haine farouche que Pétrarque porta aux Français, autours, comme il le croyait, de la disgrâce de son père. Pélracco et sa jeune épons* Eletta Canigianiallèrents'élabliràAreMO. C'est là que naquit François Pétrarque, le 19 Juillet 130^. li eut deux frères et une sœur. L'un de ses frères mourut au berceau ; l'antre, Gérard, sa fil moine à la Chartreuse de Monlrieux près Toulon. Apres un exil de sept ans, les parents de Pétrarque demandèrent à rentrer à Florence, et, ne pouvant l'obtenir, il» vinrent chercher un reruge a la cour d'Avignon. Leurs faibles ressources ne leur permettant pas de vivre dans nne ville on la grande affluence des étrangers avait fait renchérir la prix de tontes choses, ils allèrent s'établir à Carpmtras. C'est là que Pétrarque Ht ses premières études. Ayant découvert un Cicéron, il le dévora, et se fit de ce moment une idée juste du style et de l'éloquence. Sa vocation était déterminée. A Carpentras, il vit les soldais envahir le conclave et les cardinaux prendre la fuite, ce qui l'amusa beaucoup. En 1318, il alla étudier le droit à Montpellier. Il n'y fit pas de grands progrès. Virgile et Cicéron avaient plus de charmes pour lui que les Pondectet et tes Décrétâtes. Son père voulut essayer d'autres maîtres, et l'envoya, au bout de quatre ans, étudier avec son frère Gérard à Bologne. Il y avait dans cette ville un célèbre professeur, Jean André, à qui Pétrarque adressa
dans la suile plusieurs lettres très-spirituelles. Sa fille, versée autant que lui dans la science du droit, venait prendre an plarr quand il était malade. Comme elle était fort belle , elle avait soin de se couvrir d'un voile pendant qu'elle en sel gn ait.
De tels maîtres ne purent inspirer à Pétrarque le goût des étudeg sérieuses . 1) élnit appliqué uniquement à la letlure des poules et des orateurs, et ne s'occupait que de la forme des ouvrages d'esprit, sans songer au fond. I) avait ce faui enthousiasmi de la renaissance qui ne produisit que des œuvres stériles. S'il eut pu appliquer son esprit aux formules abstraites du droit, il eut modéré cet excès d'imagination qui faussa son jugement et l'empf'Cha d'acquérir cntte raison solide dont on remarque l'absence dans la plupart de ses écrits et de ses théories. Son esprit se portait (nujours au detiï du vrai, il nii savait garder en rien de la masure. L'amour do la patrie, qui dans tous les hommes est une vertu, chez lui devi'iviti un £,t;ivc défaut. Il repoussait tout ce qui ne venait pas de l'Italie. Il forma pour elle des rêves de puissance et de grandeur qui ne pourront jamais s'accomplir! il jeta dans les esprits une semence éternelle de mécon lentement et de troubles. Son style se ressent des défauts de son esprit; ses poèmes Intins et ses lettres accusent peu de goût et de délicatesse. Il y a de la recherche, de l'exagération, une rhétorique excessive. Un doute qu'il fut allé a l'Immortalité sans les sonnets et les Cantoni qu'il fit comme à son insu.
Son parée! sa mère étant morts, il quitta Bologne. C'était en 1326. Il ombrassa l'état eccidsi astique ainsi que son frère Gérard, et parut à la cour de Jean XXII. Désireux de plaire, il passa tout son temps * séparer, accusant sa destinée toutes les fois que le souffle du vent jetait le désordre dans sa chevelure, A. quelques mois de distance, il connut deux personnages dont l'un lit le bonheur et l'autre le malheur de sa vie, le cardinal Jean Colonne et Lnure de
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Noves. Laure lui apparut pour la première fois dans l'église de Sainte-Claire, le 6 avril 1337. Elle était belle et vertueuse. Toute sa vie elle résista à la folle passion de Pétrarque. Les sentiments les plus tendres exprimés avec un an infini, une poésie enchanteresse, la grande réputation de celui qui la chantait ot la rendait immortelle ne purent la toucher. Cette rare vertu explique la passion de Pétrarque et montre combien Laure méritait d'être aimée.
Le cardinal Colonna, qui était comme le Mécène de la cour pontificale, recevait dans son palais la foule des beaux esprits. Il leur fit connaître Pétrarque, se déclara son protecteur, lui concilia l'amitié de tous les Colonna,' et sollicita pour lui li s faveurs de lean XXII el de Benoit Xll.
En 1327, Jacques Colonna ayant été nommé évèque de Lombes, il le suivit avec ses deux amis, Lcllo et Socrate. Il passe un été charmant à l.ombez, puis se met à voyager afin d'oublier la passion qu'il avait pour Uure. Il parcourt la France et l'Allemagne, qu'il peint des plus noires couleurs. Rien n'était beau pour lui que l'Italie. Revenu à Avignon en 1333, il assiste à la mort de Jean XXII et a l'élection de Benoit XII. Il croyait Laure effacée do son cœur, mais quand il la revit sa passion se ralluma. Laure fut insensible comme autrefois à ses chansons et à ses sonnets. Pétrarque tombe alors dans le désespoir et forme des liens criminels avec une inconnue. !1 en eut deux enfants, Françoise et Jean. On a contesté la naissance de ces deux enfants. Qu'on lise les letircs de Pétrarque, et on sera convaincu. S'il restait des dômes, ils tomberaient devant une pièce originale tirée du Regeste de Clément VI. C'est un bref qui légitime l'enfant de Pétrarque, né, y est-il dit, suivant la formule de ïoiulo cl soluta.
Pétrarque avait revêtu l'habit ecclésiastique. Sa conduite dut lui attirer les reproches de Benoit XII. De là vient sans doute la haine qu'il portait à ce grand Pape, ainsi qu'à
histoire d'urbain v. 385 Jean XXII qui ne lui conféra aucun bénéfice, il fait de l'un et de l'autre dans ses lettres un affreux portrait.
Pétrarque partit pour l'Italie en 1337. Dans quel but? On l'ignore. Peut-être son crime fut découvert el on l'obligea de fuir. Il vint à Home, en explora les ruines, en constata la désolation et la misère. Son cœur fut touché de pilié, mais il ne comprit pas que la cause des malheurs de Rome c'était l'inquiétude séditieuse de ses habitants. De Rome il écrivit à Benoît XII pour l'engager à revenir. Sa lettre passa inaperçue, et l'année suivante il revint à Avignon. Le Pape l'avait nommé chanoine de Lombez et l'avait délivré des soucis de l'avenir. Mais comme le tumulte de la cour avignonaise et la présence de Laure venaient le distraire de ses études, il sortit d'Avignon et alla chercher à Vaucluse le repos et le silence dont son esprit avait besoin.
Au fond d'un riant vallon s'élève une montagne aride taillée à pic; sur le flanc de la montagne est une grotte large et profonde; une eau limpide semble y dormir. L'onde monte lentement, s'épanche tout autour sur les rochers et se précipite en tlots d'écume et d'azur au fond de la vallée. Le calme de la fontaine transparente comme une glace et le bruit de l'onde qui coule à travers les cailloux font un agréable contraste. A droite, sur la crête d'un rocher, se dressent les raines du château des ôvéques de Cavaillon, autrefois seigneurs de Vaucluse. Ces beaux lieux plurent a Pétrarque. Il acheta une petite maison sur la rive de la Sorgues, au-dessous de la cascade; il y transporta ses livres ; il lut, il écrivit, il rêva ; il Gt des courses dans les montagnes et les prairies. L'évêque de Cavaillon, Philippe de Cabassole, venait quelquefois le surprendre dans sa solitude et avait avec lui de longs entretiens.
Cependant la réputation de Pétrarque croissait de jour en jour. Ses lettres étaient admirées. On se les disputait, ses sonnets et ses Canzoni faisaient les délices de l'Italie. Il
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passait pour l'homme le plus énidit et l'écrivain le plus brillant de son siècle. Hcureui s'il avait pu se contenter du bruit qu'il faisait dans lu monde et du repos qu'il goûtait à Vaucluse 1 Mais l'ambition troubla son eccur. Il brûla de recevoir la couronne de poèti^ au Capkole, et s'embarqua en 1341 pour Naples, où le roi Robert, le prince le plus lettré de son temps, lui fil subir un jugement solennel. Pétrarque sortit avec gloire de cette épreuve, lot devant le roi son poëmede l'Afrique qui lui avait déjà coûté plusieurs années de travail, puis il prit le chemin de Rome, Le peuple romain lui décerna de grands honneurs, liufln, le jour de Pâques il reçut au Capitole la couronne de laurier. Des jeunes gens vOtus richement entouraient le poète. Le peuple battait des mains et criait : Vive le Capilolt ! Vivt It Poitt ! Le sénateur lui délivra un diplôme qui lui permettait d'écrire des livres, de porter l'habit de poêle, et lui donna le titre de citoyen romain. Pétrarque fut ivre de joio. il était à l'âge où les hommes se repaissent de fumée. Plus tard, il jugea plus sainement cette vaine cérémonie. A la fin de sa vie, il en parlait ainsi : « Les lauriers qui vinrent ceindre mon front étaient trop verts ; si j'avais été plus mur d'âge ou d'esprit, je ne les eusse pas recherchés. Les vieillards aiment seulement ce qui est utile, et la jeunesse tout ce qui jette de l'éclat. Cette couronne ne me rendit ni plus savant, ni plus éloquent : elle n'a servi qu'à déchaîner l'envie contre moi »
Il disait vrai. Tous les hommes de lettres conçurent de la jalousie. On supposa une lettre de Sennuccio où le triomphe du poète était décrit avec la plus sanglante ironie *. Ce fnt tout le fruit que. Pétrarque relira de son triomphe. A son retour, les Cornige le retinrent à Parme, et loi firent donner la dignité d'archidiacre. Revenu h Ari-