‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 8 sur 162 · I. Sandln!,p · texte numérisé non relu

I. Sandln!,p

accroissement, saint Pierre sortira d'Awioche; il ira établir à Rome le siège de l'autorité spirituelle. Home sera !e centre de l'Église universelle, le point oit Huiles les églises particulere? viendront aboutir et le trait qui les unira. Lus théologiens u'ofcn1. décider fi Jésus-Christ donna de

a pas une hardiesse excessive à vouloir résoudrela difficulté, je dirai que les deux systèmes se concilient aisément. 11 ne parait pas, en effet, dans l'Évangile du dans les lettres des apôtres, que Jésus-Cliiïsi ait donné cet ordre à saint l'i.-rr- >l i.' <l j.iir. lï .J.-i.ii.-- intiili-ff R"«e\ ses conquêtes, son agrandissement, son autorité reconnue partout, ht préparaient admirablement à. devenir le centre de l'Église après avoir été le centre du monde. Les empereurs firent plai e aux pontifes romains. I,' Empire Ini-mOme croulera, quand l'Église sera mère pour l'empire du monde, tomme un échafaudage tombe quand l'édifice qu'il soutenait ne réclame plus si pptii. Pendant huit siècles. Dieu

a travaillé à la grandeur de Home pour préparer celle de l'Église; et Home, après avoir régné par le glaive, devait régner par la crois. Le chef des apôlres comprit les desseins de Dieu sur Rome. Il devina les raisons que Dieu

dire, le Saint-Esprit le lui révéla. En venant à Home, il suivit l'inspiration divine, il entra dans les vues de la Providence, et rétablissement du siège apostolique dans la capilale de l'Empire est un fait divin, llellarmin avait donc raison de dire : n C'est une croyanee accréditée dans l'Église que le siège de Pierre ne peut Mrt* enlevé de Home. Jamais la Papauté ne pourra s'établir dans une autre ville d'une manière définitive. »

Nous devons donc admirer cette profonde sagesse qui devafç-iît l'avenir en même temps qu'elle avait préparé; le passé. Dieu prévoit que l'Orient deviendra la proie des

HISTOIRE d'uhbain V.

infidèles; que les villes si puissantes d'Aniiocuc, d'Alexandrie ci de Jérusalem seront dévastées; que le sacerdoce y sera opprimé; que le mouvement et la vie abandonneront peu à peu l'Orient. Les descendants de Sem ne commanderont plus à la terre. Les lils de Japhe! seront les maîtres do l'univers. Ils répandront partout les arts et les sciences. Leurs années soumetironl les plus grandes nations de l'Orient, et leurs floues parcourront toutes les mers. Ils découvriront de nouvelles lies, ils fonderont des villes puissantes, ils animeront les rivages les plus déserts. L'avenir appartient à l'Occident. Voilà pourquoi Dieu vent y établir le centre de son Église. Antiuctie et Alexandrie resteront aux mains des barbares, et Dieu les rejette ; car il ne conviendrait pas qui; l'autorité, do Jésus-Girist subît le joug des esclaves de Satan. Rome sera prise, il est vrai, par les barbares en punition de ses crimes; mais les barbares ne la posséderont pas longtemps et le règne de Jésus- Chrisl n'y sera pas interrompu. Voilà pourquoi Home est choisie.

Nulle pari au monde le pontife romain ne pouvait siéger avec tant de gloire et d'utilité pour les âmes : c'est à Rome que saint Pierre est mort scellant de son sang l'établissement qu'il avait formé, et laissant à l'église de celle ville son autorité divine avec ses précieux restes. Là, saint Paul a versé son sang; là, une foule innombrable de martyrs donnèrent leur vie pour Jésus-Christ; là. reprisent des milliers de saints, et nous pouvons suis crainte appeler Rome

l.es peuples obéiront volontiers aux urdres que Rome leur dictera. La grâce, et la raison inclineront les creurs à la soumission, les peuples s'oianl acnjuiemés i!"puis des siècles à recevoir de Rome des lois ci des eliefs. Après avoir obéi à ses empereurs, ils écoule roui ses pontifes. In si grand changement se fera d'une manière insensible. Les esprits

n'en seront pas troublés, et ptu à peu lu royaume de Jésus- Ce qui valu! auttvRiis a Home l'empire du monde, ce fui

et la sagesse du sénat, ni le a>uragc cl les inn-urs austères du peuple, ne firent la grandeur de Rome. Sparte avait pratiqué les mêmes vertus que Rome; elle avait eu des chefs hardis, et cependant elle n'étendit pas son autorité au delà des limites étroites que la nature lui avait tracées. Borne eut l'empire universel, pince qu'elle était au centre du monde connu ; au centre de l'Italie, qu'elle domina bientôt au nord et au midi; au centre des Gaules, de l'Afrique, de l'Orient, de la (Jrècc ri de la tlormanic ; au cenlre de la mer, qu'elle couvrit de flottes innombrables. Dieu a choisi Home pour en faire le centre de l'Église universelle, parce qu'elle est aujourd'hui, comme autrefois, le centre du monde. La mer qui baigne ses rivages fut, dans les temps anciens, la voie publique des nations. Un jour les peuples abandonnèrent nue route; ils y revinrent Il [■rit dit, ci in ,.|vdia'!'i';iiu',i' l'-i aujoi: : il'lr.i : . roi tune autrefois, le point où les affaires de l'univers se traitent, où les peuples se rencontrent et sont prêts à livrer des combats pour la domination du monde. L'autorité* de l'Église ne pouvait donc être mien* placée qu'au contre oit les affaires du monde viennent aboutir.

La place du pontife romain est donc à Home, b'il s'en éloigne volontairement, il sera coupable, il méconnaîtra les desseins de Dieu. Quand j| ne sera plus à Home pour y tenir le gouvernail de l'Église, le plan de Jésus-Christ ne sera pas suivi. On aura de grands maux a déplorer et l'on verra toutes sortes d'abus. Le Pape ne pourra plus exercer une autorité libre et indépendante. Il sera soumis aui princes qui l'auront accueilli. Les liens de l'autorité spirituelle tendront à se relâcher; les peuples feront portés aux murmures et à la révolte. Home, principalement, souf-

frira de l'absence du l'api;, et ne verra plus un père et un époux dans le pontife qui l'abandonne et lui préfère une ville étrangère. C'est là ce que les écrivains ecclésiastiques ont reproché aux Papes d'Avignon, qui, d'après eux, se rendirent esclaves de la volonté des rois do France, et devinrent sons leur main un instrument de politique, préparèrent le grand schisme en habituant les peuples à recevoir des ordres venus d'une nuire ville que Hume, laissèrent dépérir les monuments de Home, et furent cause, par leur absence, de lviïnnalili' cnmi|iliun île ses habitants.

Je dois l'avouer, ces reproches, les Papes français les mériteraient en partie si l'amour de la patrie les avait tenus éloignés de Itnme. Mais quand on songe aux malheurs des temps, quand on sait que les iiimliks ùV l'Italie leur firent une nécessité devenir en France, on les excuse, on les absout. Si leur ébignement eut des suites funestes, ceux-là sont coupables qui forcèrent les Papes de prendre la fui le, et t'est uniquement sur eux que doit tomber le blâme des historiens.

Mais soit que Dieu prête à son Eglise une assistance

gulie.iv, leur séjour en France n'eut pas ions les résultais fâcheux qu'on avait lieu de craindre, et l'on peut dire qu'il y a beaucoup d'exagération et de partialité dans les reproches que les historiens leur adressent. Les abus ne furent , pas aussi nombreux qu'on l'a dit. Tout a été exagéré dans un esprit hostile aux Papes d'Avignon. On les a faits solidaires de tous les malheurs de l'Fglisi», et. pour les rendre plus coupables aux yeux de la postérité, on a pris plaisir à altérer les faits et à fausser l'histoire. Il me sera facile de venger l'honneur de ces Papes.

Le premier gr:eT q:-e les Iiisloriens élèvent contre eux, c'est la servitude où ils réduisirent l'I^'h-e, On .1 dil qu'ils

se plièrent à ions les désirs îles mis de France ot <|ii'ils secondèrent leur politique. Mais ce reproche n'a rien de fondé. Les soixante-dix ans de ce que les Italiens appellent la captivité de Babylone forment une longue suite de refus et de protestations énergiques. Ces Papes, qu'on a représentés comme des hommes vendus au pouvoir séculier, tirent des

<tt'irri|-( li("; piiliiiqm'S \w,r [î'iiv.'r.-vt' la politique des puis

de France et les empêcher d'atteindre ce degré de puissance qui pouvait être menaçant pour la Liberté de l'Église.

Six conclaves se tinrent en France, Les cardinaux y furent libres autant qu'aux derniers conclaves de Rome, do Naples et de Pérou», où furent élus Célestiu V, Boni-

vrnrent à placer sur le trône de saint Pierre un homme de leur choix. Je doute même qu'ils aient osé le tenter.

Du reste, si l'on médite le grand acte de l'établissement de la Papauté à Avignon, on verra quelle profonde sagesse y a présidé, on rendra hommage à celle prévoyance de Clément V, qui voulut avant loin assurer la liberté de l'Église, . fi d !,Pa ' à ra-

ces villes apparlenntil îi Philippe le Bel, il eftl été toujours SOUS la main de ce roi. Il préféra la ville d'Avignon, qui n'avait ni palais ni église et qui passait pour la moins agréable des villes de France; c'est dit moins le portrait qu'en trace Pétrarque. Mais Avignon était aux portes de l'Italie. La fuite était facile si le roi de France voulait attenter à la liberté du Pape. Ho plus, ta ville d'Avignon n'appartenait pas au roi de France. Elle était soumise au roi de ISaplcs, qui ne pouvait gêner en rien la liberté de l'Église, d'abord parce qu'il était loin, ensuite parce qu'il était vassal du Pape. A quelques milles d'Avignon était le Comtat Venatssin qui fut donné en 127!| à Grégoire X par le roi Philippe le Hardi. Si le roi de Naples eut voulu relirer

quelque iivauiii^i.' du l'imspiKililé qu'il iliitin.iil ju Pape CI troubler le gouvernement de l'Église, le Pape pouvait aisément se réfugier dans les domaines du sainl-siége.

On fait un reproche aux Papes d'Avignon d'avoir créé tant de cardinaux français. C'était, dit-OD, enchaîner l'Église et la livrer aux rois de France qui avaient plus d'empire sur des cardinaux français que sur des italiens. Si on veut juger sainement cette question, on doit se souvenir que Home et l'Italie n'offraient plus aux Papes une demeure sûre et tranquille. Il fallait donc aitendre en France la fin des troubles. C'est dans ce but que Clément V et Jean XXII prirent des mesures pour faire élire après eux des Papes français. Le moyen était facile. Il fallait créer des cardinaux français et leur donner la majorité dans le sacré collège. Les Papes d'Avignon devaient le faire, s'ils ne voulaient pas exposer l'Église aux divisions intestines qui à la mort de Clément V firent différer si longtemps l'élection de son successeur. Il fallait encore qu'une nation dominât dans le sacré collège si on voulait éviter des brigues et des discussions interminables. L'Italie fut sacrifiée, on le conçoit aisément.

Cependant l'Église n'était pas livrée à l'influence exclusive du roi de France. Deux partis divisaient le sacré collège. Il y eut les cardinaux gascons et les cardinaux français. Les cardinaux gascons représentaient l'Angleterre alors maltresse de la Gascogne ; les autres cardinaux représenta ienl la nation française.

Les Papes d'Avignon poussèrent plus loin encore la prévoyance. Dans h crainte que la liberté de l'Église ne fut menacée pendani In tenue dr>s conclaves et que le peuple avignonnais ne voulût imposer au sacré collège un Pape de son choix, ils se firent une règle de ne revêtir de la pourpre sacrée aucun Avignonnais. Philippe de Cabassole fut le seul cardinal avignonnais, et le Pape Urbain V ne lui accorda cet honneur qu'après le r°lonr du saint-siégo à Rome.

Les historiens de l'Italie ont murmuré, cela devait être, coDlre les Papes qui négligèrent les Italiens et donnèrent de préférence la pourpre aux Français, Ils les ont crus trop attachés a la France et pleins de haine pour l'Italie, ils ont attribué à l'esprit de nationalité ce qui éiail l'effet tl'imt sage politique. Les Papes d'Avignon se déliaient si peu des

restée italienne. Les Italiens avaient tous les emplois. Ils venaient en foule s'établir à Avignon. Les peintres, les poètes, les écrivains de l'Italie affluèrent à la cour ponti- ■ ficale, Villanï rapporte qu'Innocent VI ayant appelé à la défense de la ville tous les officiers de sa cour, quatre mille Italiens prirent les armes. Ils étaient deux fois plus nombreux que les autres. C'est la preuve de la faveur dont ils jouissaient auprès des Papes d'Avignon '.

Ainsi la Papauté n'était pas devenue française comme nu l'a supposé. Elle demeurait indépendante et libre, et ne subissait pas le joug humiliant des rois de France. Tranquille pour le présent, elle n'avait rien à craindre de l'avenir, et les maux effroyables qui suivirent la mort de Grégoire XI no peuvent lui être imputés.

Il faut être injuste ù l'excès pour voir dans le séjour des Papes à Avignon la cause du grand schisme, comme l'a fait Rohrbacher1. Le grand schisme tient à d'autres causes. Le séjour des Papes à Avignon n'a pu opérer celte déplorable rupture. Quand les peuples n'auraient pas été habitués ù voir un Pape à Avignon, le schisme tout de même aurait eu lieu. Avec l'esprit de division qui animait les cités et les royaumes de l'Europe à la mort de Grégoire XI, un Pape pouvait être à Home et l'autre à Bologne, à Bénévent, à Naples, partout où l'on voudra, Chacun sait que Clément VII séjourna quelque temps à Naples, et ne vint a

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