HISTOIRE D'URBAIN V. 3Î
nourriture était celle des pauvres. Ils portaient des habits rapiécés. Aucun d'eux n'avait reçu les ordres sacrés. Ils s'en croyaient indignes. Tant de singularité dans les habits et dans les principes excita des murmures à la cour d'Urbain V. On les maltraita, on les injuria, on alla même jusqu'à les accuser d'hérésie. Mais Urbain V et le cardinal Anglic prirent leur défense, le Saint-Esprit donnant aux saints comme un sens particulier pour distinguer la sainteté véritable. Urbain V chargea le cardinal de Marseille de les examiner. Le cardinal Sudre s'adjoignit un inquisiteur et un notaire, et fit subir à Jean Colombini et à ses compagnons un interrogatoire minutieux. Les Jésuales sortirent victorieux de cette épreuve. Leurs réponses jetèrent le cardinal Sudre dans l'admiration. Quand Urbain V l'eut appris, il voulut témoigner aux Jésuales la joie qu'il éprouvait et l'estime qu'il faisait de leur pieux institut. 11 leur donna de sa main une tunique blanche, un capuce de même couleur et une ceinture de peau. Son frère Anglic leur donna un manteau d'une forme particulière et de couleur brune. Ils prirent, par urdre d'Urbain V, des sandales de bois. Enfin, le Pape approuva solennellement le nouvel ordre et lui accorda des grâces et des privilèges.
Jean Colombini ayant obtenu la confirmation de son ordre et reçu de la bouche du Pape les plus sages avis et la règle que son ordre suivit pendant deux siècles, fit ses préparatifs de départ. Lui et ses religieux sortirent de Viterbe, marchant deux à deux et chantant des cantiques. Toute la ville accourut pour les voir. Ils se dirigèrent vers le lac de Bolsena. Là le bienheureux Colombini fut pris de la lièvre et porté par ses disciples à Acquapendcnte, où il reçut les derniers sacrements avec une piété qui édifia tous les assistants. Puis il ordonna qu'un le portât à Sienne dans son monastère, où il voulait. rendre le dernier soupir. 11 n'eut pas le temps d'y arriver. Il mourut en
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route le 31 juillet. Son disciple et son ami, Vincent de
Mino, le 9uivit de près dans la tombe'.
Pie II approuva le culte du bienheureux Jean Colombini. [I l'eût canonisé si la mort ne l'eût surpris. Son ordre subsista jusqu'en 1008, époque à laquelle Clément IX le supprima. Les Jésuaies n'eurent aucune règle écrite Jusqu'en 1426, dpoque a laquelle un de leurs prieurs, devenu archevêque de Ferrare , leur donna celle de saint Augustin, avec des constitutions particulières. En 1606, Paul V leur permit de recevoir les ordres sacrés , et porta ainsi atteinte à l'ancien esprit de l'ordre.
Cependant Urbain V prenait en main les rônes du gouvernement. Prince plein de sagesse et de prévoyance, il comprit bientôt que l'Église, livrée à ses seules forces, ne pourrait faire race à ses nombreux ennemis. Au nord de l'Italie était un tyran redoutable qui pouvait aisément faire irruption dans les Romagnes, y jeter la division et la révolte, arracher à l'Église ses plus belles provinces. L'État romain était parcouru par des bandes indisciplinées qui menaçaient de s'y établir si le Pape ne prenait des mesures efficaces pour les réprimer et les détruire. De plus, l'Italie, divisée en plusieurs petits États, ne pouvait se défendre contre l'étranger. Or. l'Italie soumise aux étrangers ou à quelque prince^italien , ne formant plus qu'un
liation de la papauté. Ces graves considérations effrayèrent Urbain V. Pour maintenir l'intégrité de l'État romain, assurer la liberté des souverains pontifes et celle de l'Italie, qui en est inséparable, il conçut le projet hardi de grouper autour de lui tous les États de l'Italie, et de former une ligue italienne dont il serait le chef. Dessein fécond en grands résultats! Cette forme de confédération sauva l'Église et l'Italie au xv* et au \vie siècle parmi les