‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 91 sur 162 · I. Parodito M Giauati · texte numérisé non relu

I. Parodito M Giauati

HISTOIRE D'URBIIN V. 3(|7

nombreuses invasions des Français et des Allemands. La politique inaugurée par Urbain V fut celle des grands papes des siècles suivants : elle fit la gloire d'Alexandre VI, de Jules II, du Léon X, de Clément VII. Elle prépara la grandeur de l'Italie, qui tint le premier rang parmi les États de l'Europe par ses richesses, par les sages institutions qui la régirent, par l'énergie qu'elle opposa à l'invasion, par les grands hommes de toute sorte qu'elle produisit.

I! en sera de même quand les Italiens comprendront leur intérêt et se grouperont autour du Pape, leur chef naturel, pour former, non une confédération qui blesse leur susceptibilité excessive et enlève aux petits États leur indépendance, mais une ligue et une alliance solide basée sur l'estime mutuelle et les intérêts nationaux bien compris. Le grand dessoin qu'Urbain V avait conçu, il l'exécuta avec cette persévérance et cette sagesse sans lesquelles les plus belles pensées demeurent stériles.

II crut que les divers États d'Italie accéderaient à la ligue. Les hommages qu'ils lui avaient rendus, la joie qu'ils firent éclater à son arrivée, l'empressement qu'ils mirent à lui envoyer des ambassadeurs pour le féliciter, lui tirent augurer que ses propositions ne seraient pas rejetées. Florence lui avait envoyé en ambassade ses citoyens les plus illustres. La ville de Sienne avait fait de même1. Us esprits paraissaient généralement disposés à entrer dans les vues d'Urbain V. Les bases de la ligue italienne avaient été posées l'année précédente, quand le marquis d'Esté et Malatesta, le Hongrois, vinrent à Avignon. Urbain V confia la négociation à un homme dont la prudence et l'esprit lui étaient connus depuis longtemps, Arnaud Alberti, archevêque d'Auch. Le Pape lui avait donné de pleins pouvoirs dans une bulle datée d'Avignon

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et rapportée dans le cahier où se trouve le texte de tous les traites conclus par le Pape Urbain V l.

dans le palais apostolique de Viterbe et signées par l'archevêque d'Auch . par les ambassadeurs de l'Empereur et du roi de Hongrie, le 26 juillet 1367. Le 31 du même mois, les députés du duc de Mantoue, et Albert d'Esté, Dis d'Obizïon d'Esté, marquis de r'errare, stipulant pour

États. Celui qui le tentera sera traité en ennemi par tous les alliés, et la ligue lui déclarera la guerre. Les confédérés ne pourront faire alliance avec un prince étranger que de l'avis de tous. Le Pape voulut que son allié, François de Carrare, seigneur de Padoue , fut admis a la ligue. La reine de Naples et les républiques italiennes étaient invitées à y entrer. On leur donnait deux mois pour se décider. Ces divers articles furent signés par les parties contractantes dans le palais de Viterbe, en présence de Nicolas Spinelli, chancelier du royaume de Naples, et du cardinal Anglic.

La reine Jeanne s'empressa d'entrer dans la ligue et n'attendit pas le délai fixé par les alliés. Elle envoya ses plénipotentiaires à Viterbe et s'unit aux confédérés. Dans le prologue du traité qu'elle conclut avec Urbain V, il est dit que cette alliance avait pour but do rendre la paix à l'Italie. Les articles sont, à peu de chose près, les mêmes que ceux dis premier traité. Cette ligue devait, comme celle de l'Empereur et du roi de Hongrie, durer sept ans. Elle fut signée le 28 août'. La ville de Sienne et celle de Péronse imitèrent l'exemple de la reine Jeanne.

i. M», du Vsiicao, W50.

S. Ms. SU50.

Ainsi, grâce à l'esprit élevé d'Urbain V, tous les États de l'Italie ne formaient qu'un seul peuple uni contre ceux qui voudraient attenter à la liberté de la naiion et à celle do l'Église. Quels que fussent les desseins de Ilarnabo sur la Romagne et les autres provinces de l'État pontifical , il lui était difficile de rien entreprendre. A la moindre tentative d'invasion , il eut rencontré partout des ennemis disposés à l'arrêter et à défendre l'État de l'Élise. L'Église devenait en Italie la puissance prépondérante. Mais cette influence fil ombrage à la république de Florence. Elle craignit la puissance du Pape plus que celle de Barnabo , a qui des traités particuliers la liaient. Elle n'imita pas l'exemple des autres États de l'Italie et resta en dehors de la ligue. Urbain V en conçut du chagrin. Il écrivit aux Florentins et leur dit qu'il voulait traiter avec eux des grands intérêts de l'Église et de la république. Les Florentins se rendirent aux désirs du Pape. Ils lui députèrent quatre nobles, mais sans leur donner des pouvoirs spéciaux pour conclure un traité, comme le Pape le voulait. Urbain V accueillit avec sa bonté ordinaire les quatre ambassadeurs. Deux ou trois jours après, il les fit appeler dans une chambre secrète du palais et leur parla en ces termes :

« Si nous voulions faire la guerre à la reine Jeanne, à la fille de ces rois qui furent dans tous les temps vos amis, ou à quelque autre de vos fidèles alliés, le dévouement de Florence à l'Église est si grand que vous préféreriez, nous n'en doutons pas, le service de Dieu et de notre sainte religion à toute affection humaine. Vous prendriez aussitôt les armes; aucune crainte ne vous retiendrait. Vous voudriez courir les mêmes dangers que nous. Mais aujourd'hui nous venons vous oiig^er à vous déclarer contre vos ennemis et les nôtres, contre l'ennemi le plus dangereux qui ait menacé votre république, cette maison desVisconti qui, depuis cinquante ans, vous ne l'ignorez pas, vous a causé tant de mal, depuis l'excommunié Barnabo jusqu'à Galéas, Azzo,

Luchin et l'archevêque Jean , qui lous, comme a l'envi, ont cherché votre ruine, non-seulement en soutenant vos ennemis et en leur fournissant des armes, mais encore en venant eux-mêmes ravager vos terres. Si jusqu'ici Barnabo n'a fait aucune tentative contre votre cité, je pense que vous ne tarderez pas à perdre loule confiance en celui qui inspira une juste défiance à son propre frère; chacun sait que Mathieu fut empoisonné par ce perlide. Barnabo vous déclarera la guerre, soyez-en certains, quand il sera maître de Bologne et des terres que l'Église possède dans la Bomagne, car alors il lui sera facile d'envahir votre

territoire L'Empereur va descendre en Italie avec une

armée puissante. Il l'a promis. Il envahira le Milanais, mettra le siège devant Milan, chassera ces perfides et déloyaux vicaires de toutes les cités , de tous les châteaux forts qu'ils ont ravis injustement, J'espère donc que votre république voudra concourir avec la sainte Église et l'Empereur à arracher du sol heureux de la Lombardie cette plante funeste. Nous vous donnerons des grâces et des privilèges égaux à ceux que vos ancêtres reçurent de la libéralité d'Urbain IV, d'heureuse mémoire, il y a un siècle environ, quand Mainfred ayant été vaincu, l'Église, la Toscane et l'Italie tout entière goûtèrent les douceurs du repos après avoir secoué le joug do la plus cruelle des tyrannies. Le même dessein nous amène en Italie, et c'est dans ce but que nous vous avons appelés. Faites comprendre à votre sénat nos pensées; ce n'est pas encore assez, montrez-lui clairement où se trouve le bien detous, et amenez-le à se liguer avec nous, afin qu'au mnment où l'Empereur sera entré en Italie avec la bénédiction de Dieu, nous puissions tous ensemble prendre les armes contre l'ennemi commun'. »

Quand le Pape eut achevé son discours, le plus ancien

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