‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 93 sur 162 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

L'obstination des Florentins donna tout à coup aux affaires d'Italie une direction qui pouvait avoir pour l'Église beaucoup de dangers. I) fallait au Pape et à ses conseillers autant de sagesse que d'énergie pour maîtriser les événements qui se préparaient. Dans les guerres générales, il est impossible à un État de garder la neutralité. Les neutres sont toujours des ennemis cachés. Quand l'occasion leur parait favorable, ils se déclarent et deviennent les plus dangereux de tous les ennemis. Florence refusant de se liguer avec le Pape, l'État romain était ouvert de tous cotés a l'ennemi, qui pouvait exciter ainsi à la révolte les villes soumises au saint-siége.

\\i inomi'ul o il le- oiisuicl'.'s .-'i'k'v:iitn[ di'v.ml l.'rlnm V, il perdit le seul homme qui pouvait sauver l'Église el l'État par son courage et par son esprit. Le cardinal Mbornos n'avait cessé d'être malade depuis le retour d'Urbain V. Bientôt on désespéra de le sauver. Il vit arriver la

mort avec ce courage qui l'avait suivi sur les champs de bataille et s'y prépara en chrétien. 11 fit un testament où il légua aux pauvres tout son bien. Lu souvenir des fortes études qui avaient forme sa jeunesse lui venant à l'esprit, il voulut procurer aux jeunes gens studieux mais pauvres le bieufait d'une éducation élevée, et laissa des fonds pour bàlir à Bologne un collège où ils seraient instruits et nourris. Ce collège existe encore. La gloire de son fondateur semble avoir rejailli sur lui. Après avoir pris les mesures les plus sages pour assurer le sort de cette belle institution , il mourut à Viterbe le 24 août ) 367. Homme unique dans l'histoire de l'Église, il sut allier les qualités les plus diverses. I! fut dévoué à l'Église, plein de piété et de courage, invincible à la tête d'une armée, il passa pour le plus habile politique de son siècle. Jamais il n'essuya de défaite, et sa prudence démasqua toutes les ruses des ennemis de l'Église. Versé dans la science du droit, il donna les lois les pins sages à l'Etat qu'il avait conquis; il en lit ainsi. deux fois la conquête, par les armes et par les lois. Sans autre appui que lui-même, sans autre ressource que la souplesse de son esprit, il accomplit l'œuvre la plus difficile du moyen âge. 1! fil tout seul la conquête de l'État romain, et monlraqu'il ne faut souvent qu'un homme pour faire triompher les causes les plus désespérées. S'il eût vécu plus longtemps, s'il eut pu seconder les grandes pensées d'Urbain V, on eut vu revivre les plus beaux temps de l'Église, et le saint-siége eut repris en Europa l'empire qu'il exerça autrefois avec tant de gloire. Mais Dieu, voulant ménager au Pape de ni des épreuves, lui ravit ce grand homme quand son courage et sa prudence lui étaient le plus nécessaires.

L'estime et la vénération qn'Albornos avait inspirées éclatèrent à sa mort. Urbain V le pleura. Pondant plusieurs jours, il refusa de se montrer en public, ne permit à personne de venir jusqu'à lui et défendit de rompre, sous

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aucun prétexte, le silence où il s'ensevelissait. La consternation fut générale dans li: peuple, qui perdait son libéra-

allligés. Ils prévoyaient le moment oii les impies lèveraient la tête et forceraient de nouveau le Pape à repasser les mers. On eût dil qu'on célébrait, comme autrefois, le deuil de l'un de ces pères de la patrie à qui la fortune publique semblait attachée. Suivant le désir d'Albornos, qui avait tout prévu, son corps fut déposé dans l'élise d'Assise auprès des saints tombeaux jusqu'à la mort de Pierre le Cruel. Ses restes furent ensuite porlés d'Assise à Tolède. Urbain V voulut donner un grand témoignage d'estime et d'affection à un homme aussi cher à l'Église. 11 accorda des indulgences à tous ceux qui porteraient sur leurs épaules le cercueil où sa dépouille mortelle était renfermée, et l'on vil, depuis Assise jusqu'à ToKde, une fuide inimitié défenseur de l'Eglise romaine. Cet hommage singulier fait l'éloge du l'unlife qui le décerna, de l'homme qui le mérita, des peuples qui le rendirent avec ce religieux empressement.

Urbain V s'aperçut bientôt du vide que laissait Albomos.

jaloux celle foule d'étrangers qui avaient suivi Urbain V. Les cœurs s'envenimaient de jour eu jour. L'urage finit par éclater. Le 5 septembre au soir, les serviteurs du cardinal Albeni et ceux du cardinal Bragose, élant venus puiser de l'eau à la fontaine de la grande place de Vi tertre, se prirent do querelle avec quelques hommes du peuple. La dispute s'écliaulTaiil, en en vint rutx mains. In habitant de Viierbe fut tué. Le peuple se souleva pour le venger1. 11 se rua sur les serviteurs des cardinaux et en massacra plusieurs.

1, Chroniqtu d'Qrviilo.

HiSTUinE d'urbain v.

Puis il se porta en tumulle sur la demeure des deux cardinaux en proférant d'horribles menaces. Le cardinal Bragose chercha un refuge dans la citadelle auprès du l'npe. Le cardinal Alherti en fil autant après avoir revêtu la bure dis Frmvs Mineurs prmt' assurer si fuite. TrnuijH-s dans leurs désirs de vengeance, les émeutiers pillèrent les palais des deux cardinaux, et vinrent tonner le siège de la citadelle, où le Pape et le sacré collège se tenaient renfermés. Ils firent tout autour des retranchement. Personne ne pouvait arriver jusqu'au Pape. Les rues de Viterbe retentissaient de ce cri ; « Mort à l'Église et vive le peuple! »

Le Pape resta six jours assiégé. Mais bientôt les villes voisines, apprenant le danger qi.i le menaçait ', vinrent le dégager. De tous côtés les secours arrivaient. La ville d'OrviélO fut la pins empressi-e. Kl le envoya au secours du Pape tous les habitants capables de porter les armes. Urbain V pouvait se venger d'un peuple ingrat. Il ne le fit pas. 11 défendit ans troupes il'atiaipiiT Yiferhe pour éviter l'effusion du sang. Les liabitants de Viterbe effrayés posèrent, les armes et demandèrent pardon au Pape de l'outrage qu'ils loi avaient fait, Urbain V leur pardonna, mais il exigea la punition des chefs de l'émeute. Le peuple les livra. On les mit en jugement, et le maréchal du palais les lit exécuter. Deux furent pendus devant la porto du cardinal Bragose, le 11 septembre. Deux jours après, on en pendit cinq autres en face du palais du cardinal Alberti 3. Tout rentra dans l'ordre, et les troupes venues au secours du Pape sortirent de Viterbe.

Cette sédition remplit de douleur l'âme du Pontife. Il comprit que les temps n'étaient pas murs pour le retour du saint-siège en Italie, qu'il lui serait difficile de s'y maintenir. I! prévit le moment où il serait force" de revenir

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