‹ Histoire de Bagdad dans les temps modernesChapitre 39 sur 93 · Hammor, f. V, p. 22i ot · texte numérisé non relu

Hammor, f. V, p. 22i ot

était encore dans la cité des khalifes, ses hommages et des gages de sa soumission; mais il faut croire que malgré ces démonstrations purement extérieures de vassalité, il continuait d'agir en prince indépendant, car nous voyons qu'en 953 (1546), Ayàs-Pacha, alors gouverneur, fut chargé de le châtier. Quand il eut terminé ses préparatifs, il se mit en marche, visita sur sa route le tombeau d"Ali, livra un combat au cheikh de la tribu de Qoch'am qui refusait de se soumettre et était devenu d'ailleurs le tyran de toute cette contrée, le tua et poursuivit sa marche vers Bassora. Les infortunés qui essayèrent de lui barrer la roule furent complètement défaits: Rùchid, eiïrayé et hors d'état de résister, s'enfuit. Le généralissime entra dans la province, en organisa l'administration et joignit à l'empire le canton de Wâsit et ceux des îles.

En 954 (1547), Elqâç-Mîrzâ, frère de Châh-Tahmâsp, se réfugia à la cour de Suléïmàn; cette année fut marquée par la reprise de Van sur les Persans. Cet Elqàç-Mîrzâ reçut l'aulorisation de passer l'hiver à Bagdad ; il y resta tranquille quelque temps, puis il oublia ce qu'il devait au prince hospitalier qui l'avait accueilli et l'obéissance due au sultan; il chercha un appui parmi les tribus kurdes et se réfugia dans leurs montagnes. Ghâh-ïahmàsp se trouva alors pris de deux côtés à la fois.

Deux ans plus tard, en 956 (1549), les Bédouins pillards des îles de Bassora se mirent à infester les routes et se livrèrent au brigandage. Pour les châtier, le sultan nomma généralissime 'Ali-Pacha Témérrud, gouverneur militaire de Bagdad, qu'il remplaça dans ces dernières fonctions par le mirmiran de Sîwâs, Baltadji Mohammed-Pacha, qui vint, accompagné d'un certain nombre de janissaires. Après avoir terminé ses préparatifs, le généralissime se mit en route et vint planter ses tentes dans la plaine de Wâsit. Le sandjak-bey de ce canton, 'Ali-beg, de la tribu de Qoch'am, vint le recevoir, puis ils joignirent leurs troupes et partirent ensemble dans la direction de l'ennemi . Les troupes impériales et les bateaux qui portaient

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les bagag-es et les provisions arrivèrent devant la forteresse de Médiné, résidence du fils d"01ayyàn, gouverneur des îles; les Arabes commencèrent la lutte, mais furent battus; ils voulurent profiter de la nuit pour fatiguer les troupes ottomanes par des escarmouches, mais les feux de l'infanterie les tinrent à distance. Au matin, le combat reprit; la forteresse fut enlevée d'assaut et le fils d'Olayyàn forcé de s'enfuir. C'est en 9S7 (1350) que les clefs en furent livrées au général. Mais commeil était resté, dans les environs de lapiace, des Bédouins qui continuaient à se livrer au brigandage, 'Ali-Pacha fit élever des fortins et des redoutes dans tous les endroits qui lui parurent nécessaires, et il entra sans difficulté en possession des cantons des îles, puis il regagna le chef-lieu de son gouvernement.

Dans sa marche conquérante sur Bagdad, le sultan Suléïmàn s'était arrêté devant la forteresse de Chèhri-zor, dont le maître, nommé Békè, s'était soumis et avait même livré comme otage son fils Ma'moûn-beg dont la garde fut confiée à Suléïmùn- Pacha, gouverneur de Bagdad. Ce Ma'moùn-beg, après avoir exercé les fonctions de gouverneur de plusieurs l/và^ relevant de Bagdad, s'était retiré avec la principauté de Ililla. La forteresse de Chèhri-zor était donc considérée comme faisant partie de l'empire ottoman, lorsqu'en 959 (1352) les Persans, unis aux Kurdes des environs, s'en emparèrent.

'Ali-Pacha, alors gouverneur de Bagdad, le fit savoir à Constantinople, et la réponse ne se fit pas attendre; il fut destitué et la faveur impériale choisit pour le remplacer cet ancien mirmiran de Sîw;\s, Mohammed-Pacha, que nous avons vu remplir l'intérim des mémos fonctions pendant la campagne de Bassora. 'Osman-Pacha, mirmiran d'Alep, fut mis, en qualité de sèrdâr, à la tête d'une armée composée de régiments de janissaires et de troupes feudataires tirées de plusieurs provinces. Dès l'arrivée de l'ordre relatif à cotte campagne, chacun s'empressa de se préparer; Mohammed-Pacha, une fois mis en possession du gouvernement de Bagdad, envoya à

'Osman-l*acha les janissaires qui formaient la garnison de cette ville, après les avoir munis de fusils et de canons. Le généralissime investit la ville avec ces tronpes et les contingents des émirs kurdes, dont il pouvait disposer, et dressa des batteries destinées à pratiquer une brèche dans les murailles ; mais la canonnade et la fusillade n'eurent aucun eiïet. Le srrdar imagina alors d'élever une autre forteresse en face de la première, pour la contenir; mais il mourut pendant ce travail ; ses troupes se débandèrent et les janissaires de Bagdad rentrèrent dans leurs quartiers.

Mohammed-Pacha, le gouverneur de la ville, reçut alors le rang de sèrdâr et fut chargé de prendre, à la place de feu 'Osman-Pacha, les mesures nécessaires pour réduire la forteresse. Il s'y dirigea en laissant comme son lieutenant Suhéïlbe)^ gouverneur de Roumûhiyya. Un vieillard nommé Békobey, qui était l'un des chefs des Kurdes, et un homme avisé appelé Vélî-bey, entretinrent une correspondance avec Sourkhâb, gouverneur de Ghèhri-zor pour les Persans, et lui firent entendre que s'il facilitait la reddition de la place, on lui réserverait les fonctions de kiaija ou lieutenant du généralissime. Une aventure qui le touchait de près emporta son consentement. Pendant qu'^Osman-Pacha assiégeait la forteresse, l'épouse de ce Sourkhâb avait été faite prisonnière par les Turcs; le sèrdâr la lui renvoya, et ce galant procédé attira ce personnage à la cause des Ottomans, 11 se soumit, conclut la paix avec le généralissime, fit sortir de la ville ses biens et ses provisions, et livra la forteresse en 961 (4554). La province de Ghèhri-zorfut de nouveau jointe à l'empire ottoman. Le sèrdâr garnit la place d'un nombre suffisant de défenseurs et en nomma gouverneur Vélî-bey, avec le grade de mîr-livâ. Il se dirigeait ensuite vers Hamadân, lorsque le sultan Suléïmân, qui se trouvait alors avec son armée dans la plaine de Nakhtchèvàn, ayant appris que Châh-Tahmâsp regrettait d'avoir perdu Bagdad et songeait à s'en emparer par surprise, lui envoya l'ordre de retourner en hâte à la tête de son gouvernement.

Puis Siiléïmàn partit en campagne contre les Hongrois et mourut pendant la guerre. Son successeur, Sélîm II, en montant sur le trône^ nomma comme g-ouvemeur de Bagdad Mourâd-Pacha, qui y fit construire la mosquée qui se trouve dans le Méïdàn, à la date de 978 (1570-71) qui nous a été conservée par ces vers turcs de Fazlî, fils de Fozoùlî :

l -*j tL 5»e.L cj,^ <-\j^l.^ (^b^j dUL-iT X t^\j.^ ^>U1 J5f^ Jj^

V^ cj/^y. >^c j ^>P 1^1 ^*:x.l^y jjJ3\ Qi\ ^^^ j->— 9 ^^9 <^>-^L

Le sultan à la fortune heureuse, ce roi juste dont le ciel suprême s'est fait le serviteur, ce prince de l'islamisme, maître des contrées, possesseur du saint oratoire (de la Mecque), refuge du monde, a nommé gouverneur de Bagdad un homme généreux dont les soins ont élevé la présente mosquée, Mouràd, pacha dont le rang égale celui du firmament, à qui le Maître suprême a, de toute éternité, donné gloire et grandeur. Fazlî a dit, sincèrement, pour cette mosquée, ce chronogramme : « Viens à la mosquée, loi dont les intentions sont pures, et exprimes-y tes vœux. »

Pendant les huit années du règne de Sélîm II, il ne se passa pas d'autres événements à Bagdad, à en juger par le silence de notre historien.

Tahmàsp-Châh mourut empoisonné en 98 i (l'J7G), tandis que Mouràd III régnait àConstantinople depuis le7 ramazan 982 (21 décembre 1374). Lefilsaînéduchâh de Perse, Ismâ'îl-Mîrz;\, jusqu'alors enfermé dans la forteresse d'Alûmoùt, lui succéda. Sous le règne do Mouràd III, le gouvernement de Bagdad fut confié à Ali-Pacha Elvènd-Zàdè. Sous ce gouverneur, on construisit, à Kerbélà, la mosquée surmontée d'une coupole où est le tombeau de l'imam Iloséïn. On composa à ce sujet le chronogramme suivant :

jL^ t^i ^'j-M J-i bl Je :>U^ Jlj J 4ir ^,.*--J

jij\>- ^J-\y^ jDj o-\)'L» (^1 ^ jlj 1-V>* (ji <„*-£• ^^Ia *j l* ^

Louange à Dieu! puisque, par son aide, le serviteur exemplaire du Roi des Martyrs, le souverain conquérant des contrées, le grand empereur Mourâd, fils de Sélîm et petit-fils de Suléïmân, a construit ce lieu semblable au trône divin, afin que les anges viennent y réciter ses louanges, grâce aux efTorts parfaits du gouverneur de Bagdad, 'Ali-Pacha, fils de l'illustre Elvènd. Un pauvre diable calculait l'année de la date de ce tombeau, mais, faute d'une unité, il ne pouvait arriver au total, lorsque tout à coup une voix mystérieuse lui cria : « 0 toi qui restes impuissant ii parfaire ton ouvrage, pose un cierge sur ce tombeau et tu trouveras ce que tu désires dans le sépulcre pur des martyrs. »

Ces derniers mots sont une énigme dont voici la solution : le calcul de la valeur numérique des lettres du dernier hémistiche ne donne que 990 ; en ajoutant le chilTre 1, déguisé sous

l'appellation de « cierge », c'est-a-dire représenté par la lettre i,

on a 991, qui est la date exacte*. Le même gouverneur construisit encore le mausolée du chéïkh 'Abd-el-Qàdir el-Gîlâni et la mosquée des Purifiés [djâmi-iMotahharîn).

Châh-Ismâ'îl, qui s'était écarté de la doctrine chiite pour se rapprocher de celle des sunnites, ne tarda pas à périr empoisonné; ce fut son frère Mohammed Khodâhendè qui lui succéda. En 993 (1587), il mourut dans les chagrins, en voyant

1. Notre auteur donue ici la date de la mosquée de ^àïr, surnoiumée la seconde Ka'bé (974 = 1566-67) et de celle du minaret d'Engocht-i yâr{\e doigt de l'ami), 982 (1574-75).

l'état troublé de son empire, et fut remplacé par son fils 'Abbâs- Mîrzâ. En 990 (4o90-9o), Sinân-pacha, fils de Djig-hâl, devint gouverneur de Bagdad; il fit construire le caravanséraï connu aujourd'hui encore sous le nom de khâ7i de Djighàl-Zâdè, ainsi que le café qui s'y trouve et le soùq ou marché qui l'environne.

Mourâd III mourut en l'an 1003 (1594-95) et son fils Mohammed III lui succéda. En ce temps le vizir Ilasan-Pacha était g-ouverneur de Bagdad; c'est lui qui, en 1004 (1595-96), fit construire le portique qui entoure la grande mosquée également connue sous son nom.

Après vint le règne du sultan Ahmed I, sous lequel l'ancien kdimakmn ou lieutenant du grand-vizir, Qâsim-Pacha, fut nommé gouverneur de Bagdad et fit mine, bon gré mal gré, de se rendre à son poste ; toutefois, au lieu de pousser son voyage jusqu'au bout, il se contenta de rester dans les environs de Brousse. Quand le sultan apprit ces délais, il en fut tellement mécontent qu'il le fit mettre à mort et le remplaça par Moçiafa-Pacha, surnommé Çarijqtchy (faiseur de turbans).

Pour éteindre le brandon de discorde allumé par Mohammed, fils d'Ahmed Tawîl, qui, étant beulukbâchy à Bagdad, s'était rendu indépendant par la négligence et la mollesse des gouverneurs, le vizir Naçoùh-Pacha, gouverneur de Diarbékir, descendit dans les plaines de la Mésopotamie à la tète de plus de quarante mille soldats, en 1017 (1608). Ce Mohammed, fils de Tawil, marcha à sa rencontre; mais il n'y eut pas de combat, parce que, à la suite de la trahison des segbâns qui faisaient partie de l'armée de Naçoùh-Pacha, le révolté réussit à s'entendre avec son adversaire et fut confirmé dans le gouvernement de Bagdad. 11 ne jouit pas longtemps de son triomphe pacifique, car, au bout de quelque temps, il périt de la main de Mohamined-Tchélèbi, qui est le cunstrucleur du couvent des derviches tourneurs ou Mevléviijtjcs. Sa situation passa à son frère cadet Moçlafa.

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xMahnioùd-Pacha, lils de Djighàl*. qui était alors à Édesse (Orfa) en quartiers d'hiver, entretenait de longue date des rapports d'amitié avec les tribus d'Abou-Kich, de Qoch'ani, de Séïd-Khàn, de Ilùkiin-Sobrùn, et autres clans kurdes et bédouins; il fut nommé gouverneur de Bagdad et chargé du soin de délivrer cette ville et de la ramener sous l'autorité du Divan. Il s'y dirigea donc à la tète d'une armée. En arrivant à Mossoul, il adressa secrètement des lettres d'avis aux bculukbàc/ujs et aux qol-aghasys établis depuis longtemps à Bagdad; ces lettres d'avis ne manquèrent pas leur eiïet, car la nuit môme qui suivit l'arrivée de cette correspondance, ceux à qui elles étaient adressées se soulevèrent, massacrèrent les segbâns qui se trouvaient dans la ville et au matin mirent le siège devant la citadelle intérieure, qui est située en face du Serrudj-kliâné ou. Sellerie. En même temps ils se hâtaient de faire connaître la situation à Mahmoùd-Pacha. Celui-ci se mit immédiatement en marche, franchit rapidement les étapes et arriva aux environs de la ville au commencement du mois de rébi' II 1018 (juillet 1609), ce qui donna un grand ascendant à ses partisans. Les assiégés firent néanmoins, sous le feu des canons, de fréquentes sorties qui restèrent sans succès; mais ils lassèrent ainsi la patience des assiégeants. 11 y avait, dans la citadelle intérieure, des pièces de siège et plus de vingt mille hommes de garnison, entre cavaliers et fantassins. Finalement il intervint, à la fin de ce même mois, une capitulation aux termes de laquelle le sandjak de Ililla fut conféré à Moçtafa; la région de Bagdad fut ainsi délivrée de la présence de ces révoltés. Le vizir prit possession de la ville et en garda le gouvernement'.

1. « On le surnomme Cigal Ogii; c'est-à-dire, fils de Cicala; parce que son père était Cicala, ce fameux renégat, qui fut si longtemps capitaine de la mer, et comme amiral du Grand-Seigneur sur toutes les mers du Levant ». Pielro délia Valle, Voyages, t. II, p. 234.

2. Mahmoùd-Pacha, après avoir été deux fois gouverneur de Bagdad, avait acquis de grands biens dans cette province; et lorsqu'il fut destitue, il se retira dans une bourgade qui était sa propriété et qu'on nomma, de

En 1019 (commençant le 26 mars 1610), 'Ali-Pacha Qâzi- Zâdè, beylerbey de Roumélie^ fut chargé de ce gouvernement; puis ces mêmes fonctions passèrent, après lui, aux mains de Ûilâvèr-Pacha, deMoctafa-Pacha et de Hàfvzh Ahmed-Pacha.

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