‹ Histoire de Bagdad dans les temps modernesChapitre 43 sur 93 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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cipaux de sa cour, et leur expliqua que la disette d'approvisionnements et la faiblesse de son armée en déroute l'empêcheraient de résister à ILYfyzh Ahmed; à la suite de la délibération qui fut tenue, on écrivit sur-le-champ des lellres au chah de Perse et on lui envoya les clefs de la forteresse en les conliant ù un traître nommé 'Abbds. En ces temps troublés, le cliAh de Perse, 'AbbAs I, était en campagne dans le pays de Qandahàr, Le messager traversa les contrées en promptitude, alleignil son but, présenta ses lettres et remit les clefs de la forteresse ; il fut revêtu de manteaux d'honneur par le chah, et reçut des cadeaux. IIoséïn-Khân, gouverneur duLouristan, Ahmed-Khàn, gouverneur d'Ardélân, Qâsim-Khan, chef de la tribu des Efchârs, et d'autres officiers du grade de

S2(lta)i ^\^ placés sous les ordres de Çafî-Qoulî-Khân, gouverneur de Ilamadân, se mirent en route en toute hâte pour retirer Békir des grilles de Ilâfyzh-Pacha et affirmer la prise de possession de la ville parles agents du chah de Perse. Dès la réception des ordres deChfih-'Abbâs, chacun de ses officiers se mit en roule de son côté, de façon à se trouver réunis au campement de Khâniqîn'.

A la nouvelle de la marche des Persans, Ilâfyzh x\hmed- Pacha, considérant qu'il serait déraisonnable et même tout à fait impraticable d'endiguer le torrent des troupes ennemies avec une armée fatiguée par la guerre et dégoûtée de la campagne, et de repousser en même temps, si elle se produisait^ une sortie de la garnison de la forteresse, eut recours à d'autres moyens. Il écrivit à Békir Çou-bâchy une lettre amicale et flatteuse qui lui promettait sa confirmation dans le gouvernement de Bagdad, son pardon entier et l'envoi de présents de la part du sultan des Ottomans. « Le passé est passé : qu'on n'en parle plus. Bagdad vous est promis sans changement ni

1. Bourgade sur la frontière turco-persane, qui forme une des stations de la route de Bagdad à Téhéran, à 159 Idlomètres nord-est de la première de ces villes. CF. G. Curzon, Persia, t. I, p. 50 ; V. Cuinet, La Turquie d'Asie, t. III, p. 12G.

o6 HISTOIRE DE BAGDAD

refus. Protégez la province impériale contre les étrangers, sinon vous serez cause de la destruction du monde entier. » Puis il se mit en sûreté.

Lorsque Békir Çou-bâchy apprit que Çafî-Qoulî-Khàn, dont nous venons de parler, était parti du relais de Khâniqîn après y avoir réuni son armée, suivant la promesse faite, et sétait dirigé vers Bagdad, il se repentit de ce qu'il avait fait ; résolu à se débarraser de celui qu'il devait considérer à juste titre comme l'auteur de sa perte irrémédiable, il commença par envoyer à la rencontre du général persan, en qualité de mihmândài' ou fourriers, plusieurs personnages de son entourage, le félicita amicalement et lui fit préparer un logement du côté de la porte dite Qara-Qapou (la Porte Noire), oii l'attendait un festin destiné à durer trois jours et où on lui présenta les cadeaux d'usage; il écrivit au général persan une lettre amicale remplie de compliments de bienvenue, lui disant qu'il était plein de reconnaissance pour l'aide qu'il était venu lui apporter, et en même temps il lui envoyait quelques bourses d'argent à titre de frais de route, et rien de plus. x\ la lecture de cette lettre, le Khan fut tout agité et entra dans une violente colère, ayant compris que ce n'était qu'une ruse pour gagner du temps et ditTérer la remise de la place; il s'écria : « Ce n'est pas pour recevoir des honneurs et pour amasser de l'argent que nous avons supporté tant de difficultés etalTronté tant de périls : je vais faire savoir au chah de Perse ce qui se passe/»

Après avoir répondu de cette façon aux avances trompeuses du rebelle, il écrivit un rapport sur cot incident et l'expédia par un courrier rapide à GhAh-'Abbàs qui revenait en Perse après avoir achevé la campagne de Qandahâr et s'était déjà installé à Ispahan, sa capitale. Il attendait justement des nouvelles de Bagdad lorsque arriva le messager qui venait lui apprendre que Békir Çou-bAchy avait rompu l'engagement souscrit. Saisi, lui aussi, d'une colère violente, il envoya sur-le-champ des courriers aux troupes du KhorasAn, de la

Géorgie, du Gîlàn et du Mazandérân, les réunit et en lit une armée considérable avec laquelle il se mit lui-même en roule. Il ne larda pas à arriver à Bag^dad et il s'installa sous les murs de la citadelle. De son côté Békir Çou-bâchy passa en revue l'armée de Bagdad et se prépara à repousser l'ennemi. Çafi- Qoulî-Khân se transporta sur la rive occidentale pour s'en saisir et s'en emparer, ce qui terrifia Békir ; pour essayer d'entraver ce mouvement, il mit son kiaya 'Omar à la tête de quelques soldats, les fit passer par le pont sur la rive ouest, à droite du lleuve ; le combat qui s'y livra se termina par la déroule des troupes de Bagdad ; 'Omar, le kiaya, I.ïamza-Agha et plusieurs grands personnages tombèrent aux mains de l'ennemi.

Sur ces entrefaites, Chàh-'Abbùs arriva et investit la citadelle; il fit élever des parapets et des cavaliers, et creuser des mines. En outre des dommages causés à la ville par son feu, la disette dont nous avons parlé en vint à tel point qu'on vit des parents sacrifier leurs enfants pour se procurer la nourriture et la force pour une journée, et qu'on acheta les tripes d'un âne pour mille aspres. Au bout de quelques temps, la misère fut telle que, dans les nuits obscures, bien des désespérés descendirent des murailles et se rendirent à l'armée persane. Békir Coubâchy se trouva très faible, sans armée et sans munitions.

Voyant cette situation et poussé par les mauvais conseils du désespoir, Mohammed, fils aîné de Békir, qui était chargé de la garde de la citadelle intérieure et de repousser l'ennemi de ce côté-là, se résolut à trahir la cause de son père. En 1033 (année commençant le 25 octobre 1623), ayant encore à peine la force de résister et après avoir attendu quelque temps une délivrance qui ne venait pas, il profita d'une nuit sombre pour envoyer un messager au camp persan, en vue d'obtenir la promesse du gouvernement de Bagdad pour lui-même en offrant de livrer la citadelle. Or, au même moment, un chef persan, nommé 'Isâ-Khân, s'emparait sans aucune peine de la citadelle intérieure en s'y introduisant du côté de la campagne avec quelques milliers de Persans. Au matin, les

citadins, en entendant les appels de trompettes sur les tours et les murailles, comprirent ce qui s'était passé. On prétend que la terreur qui se répandit fut alors si grande, que des femmes enceintes avortèrent et que plusieurs personnes rendirent l'âme de saisissement.

Une fois la ville prise, de nombreux sunnites furent jetés au cachot; Noùri-Efendi, mufti delà province, fut mis à mort : les soldats appartenant au corps des janissaires indigènes [qoul-tâïfèsi) furent soumis à toutes sortes de tortures pour révéler les cachettes de leurs fortunes, et enfin mis à mort. Ensuite on revêtit Mohammed, fils de Békir, et ses partisans, de vêtements d'honneur, pour les récompenser de leurs offres de service; Békir et son frère 'Omar-Efendi furent faits prisonniers et torturés pendand deux mois au moyen d'un supplice qui consistait à les empêcher de dormir, et dont ils moururent. Les enfants des \izabs^ furent conduits comme ils ravaient fait à Mohammed Qanbèr, pieds liés, sur la place publique et brûlés vifs'.

Après ces exécutions, on proclama un pardon général. Certains individus, détenus en prison, furent relâchés; l'abondance recommença à régner pour les pauvres affamés par la disette. La plupart des gens zélés pour la cause de la religion et de la dynastie ottomane émigrèrent, néanmoins, en Asie- Mineure, pour s'y retrouver sur le sol turc et rechercher la protection des sultans de Constanlinople; ils obtinrent des grades élevés. Parmi eux se trouvait Nazhmî, père de l'auteur que nous suivons. Après s'être caché quelques jours, il se déguisa en derviche, abandonna son pays et accompagné de sa seule mère, tète et pieds nus, sans provisions, il se dirigea vers les contrées étrangères. Après s'être reposé quelques jours dans les bourgades de Ililla et de Kerbélâ, il

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