‹ Histoire de Bagdad dans les temps modernesChapitre 44 sur 93 · isji^^ J^C · texte numérisé non relu

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2. Ces (■vfMicmonls, ainsi quo les diiïcrences que présente \c récit de rtiistorien Na'imû, ont été étudiés dans le Journal asiatique, 9" sér., l. XIV (1899), p. 175 et suivantes.

se rendit auprès deHâfyzh Ahmed-Pacha alors en roQle pour délivrer T'Irâq des mains des oppresseurs. Il le connaissait de longue date ; il suivit ce pacha eu Asie-Mineure, et grAco à sa protection entra au service de plusieurs vizirs et mirmirans, qui l'enrichirent. Gela le consola d'être éloigné de son pays.

Plus de cent mille innocents, filles, garçons, et femmes veuves, furent vendus au marché comme esclaves, les uns par suite de la faim, les autres parce qu'elles n'avaient plus personne, et disparurent à jamais dans les provinces de la Perse. Békir s'était révolté en l'an 1028(1619); sa domination néfaste dura cinq années, jusqu'en 1033 (1623-24).

Après la prise de Bagdad par les Persans, Qyrtchyghy-Khân, à la tète d'une foule de troupes çafawides, poussa des incursions sur le territoire ottoman et y commit toutes sortes d'excès, motivés par son fanatisme chiite. Quand il arriva à Mossoul, la plupart des habitants s'enfuirent dans le désert ; il confia le gouvernement de la ville à Qâsim-Khân, pilla les environs de Diarbékir et de Mârdin, puis revint sur ses pas, s'empara également de Kerkoûk et de Chèhri-Zor dont il donna le gouvernement à Ahmed-Khân, et enfin rentra en Perse. Le héros connu sous le nom de Kutchuk-Ahmed, voïévode de Mârdin, se lança à sa poursuite avec une petite troupe, et s'avança pour reprendre Mossoul; le général persan, n'osant pas se mesurer avec lui, s'enfuit. Ce voïévode fut remarqué par le sultan pour avoir délivrer cette province.

Cependant le chah de Perse avait chargé Çafî-Qoulî-Khân de diriger la province de Bagdad et était ensuite retourné dans son pays. La ville était à moitié démolie, les medressés et les mosquées, souvenirs des khalifes abbassides, tombaient en ruines et étaient transformées en écuries; les maisons des simples particuliers avaient été mises à sac dans ce malheureux jour de l'assaut. La cité resta quelque temps dans cet état.

En 1035 (1625-1626), le sultan Mourâd IV nomma vizir Ilàfyzh Ahmed-Pacha et le distingua par le titre de sevdàr ou généralissime. Ce vizir, désireux d'accomplir la mission qui

lui avait été confiée, de reprendre sur les Persans la capitale des khalifes, se mit en route suivi des troupes de Roumélie et d'Analolie, des corps d'armée d'Egypte et de Syrie, ainsi que d'une certaine quantité de munitions et de ce qu'il avait pu réunir en fait de canons et de boulets. Comme il méprisait l'ennemi qu'il allait avoir devant lui, il ne s'était pas préoccupé de réunir les moyens de mettre un siège en règle devant la place; sans autre réflexion et sans s'aviser des ruses auxquelles ses adversaires pouvaient avoir recours, il était parti. 11 marcha très posément. Croyant à tort que les clefs de Bagdad viendraient toutes seules se placer entre ses mains, il ne tint nul compte des considérations qui pouvaient s'offrir à son imagination; et comme il était impossible, pendant l'été, de mener à bout cette expédition, il se hâta de battre la campagne qui entourait la ville. Enfin il se mit en devoir d'attaquer le corps de la place et de dresser des batteries armées de pièces de siège. Il avait commencé la lutte lorsque les bourgades de Ililla et de Kerbélâ furent, à ce moment, arrachées des mains des Persans par les soins de Mouràd-P.acha; les défenseurs de ces deux places qui résistèrent furent massacrés, ce qui mit fin à la lutte. Du côté du généralissime, l'armée ottomane tenta un assaut général ; à plusieurs reprises on attaqua les murs de la forteresse à l'aide de mines, en tentant de les ébranler; plusieurs milliers d'hommes furent sacrifiés des deux côtés, mais il ne fut pas possible néanmoins de s'en emparer. En outre, dès que la nouvelle du siège parvint au chah de Perse, celui-ci envoya, pour renforcer la garnison, quatre-vingt mille hommes sous le commandement de Zéïuel- Kh;\n. Celui-ci, marchant en grande hâte, vint camper dans la localité nommée Chèhribàn, qui dépend de Bagdad.

Comme nous l'avons dit, Qàsim-Khàn avait évacué Mossoul et s'était enfui, sans combattre, devant Kutchnk Ahmed-Pacha. Son lils Kelbi Ali, désireux d'ell'acer par une action d'éclat l'insuflisance de son père qui l'avait fait jeter en prison, réunit cinq cents Persans, les chargea chacun d'une bourse pleine

de poudre et se dirig^ea, à leur tête, en hûte vers Bagdad : au point du jour, il passa à l'improviste à travers l'armée ottomane cl se jela dans la place, lui apportant le secours de ses hommes et de sa provision de poudre. Cet acte de bravoure et d'audace eut pour contre-coup de délivrer son père de la prison où son incapacité l'avait fait jeter.

Zéïnel-Kliàn s'approcha ensuite de la station de Bèhroùz; il disposa un pont de baleaux, l'amena sur la Diyûla, à l'abreuvoir dit Çafwè, à trois ou quatre heures de dislance de la ville, et l'y lança. Quand le généralissime ottoman eut vent de cette tentative hardie, il chargea Mourùd-Pacha, gouverneur de Diarbékir, de remédier à celte ruse ; mais après un combat, celui-ci fut obligé de ballre en retraite.

Le général persan, après être resté quelques jours dans ce campement, en partit et vint établir un pont dans la localité nommée Çoùqâwchân; les Persans le passèrent sans discontinuer et vinrent gêner considérablement les opérations du siège. Les Ottomans luttèrent pendant deux mois environ, mais le siège n'en fut pas moins, en réalité, abandonné et ceux qui étaient dans la forteresse purent jouir d'un peu d'aise et de repos. En outre le chah de Perse s'avançait lui-même à la tête d'une armée nombreuse; il ne tarda pas à rejoindre Zéïnel-Khân. Petit à petit le côté des Persans devenait de plus en plus fort, tandis que l'armée ottomane s'affaiblissait à vue d'œil. A chaque instant les premiers attaquaient de concert le camp turc. Pour se fortifier, les Ottomans durent s'entourer de redoutes et de fossés ; néanmoins ils furent investis à leur tour. Les Persans repoussèrent les ânes et les âniers, ainsi que les autres allants et venants chargés d'apporter des provisions, du fourrage, du bois à brûler, de la paille ; les Turcs étaient tellement pressés qu'un jour de danger, le général ottoman se mit à la tête desestroupesetsortitlui-même àchevalpour combattre. Pendant la lutte, un homme inconnu, un Kurde, vint trouver le général ottoman en lui apportant une lettre de Chûh' Abbàs. Le serdàr jeta un regard négligent sur la lettre, conçue dans

]e sens suivant : « Voilà bien des jours que nous faisons des incursions dans ces alentours, et que nous avons ouvert les portes du combat et de la dispute. Il est très indigne de votre zèle et de votre énergie qu'on n'ait encore rien vu de votre part. » Immédiatement le général, qui était un homme instruit, prit sa plume, et de sa propre main répondit : « On sait que le faucon^ occupé à chasser le pigeon, n'écoute pas les croassements lointains des corbeaux et des corneilles; le lion ne s'inquiète pas du cri du chacal. » Puis il remit cette réponse au messager, qu'il congédia avec de magnifiques présents.

Notre auteur rapporte celte anecdote d'après un témoin sûr et digne de confiance, qui était justement présent au conseil à ce moment.

Malgré de nombreuses charges des troupes ottomanes pour élargir le champ de l'investissement et la fuite désordonnée des troupes persanes, malgré la disette qui régnait dans l'intérieur de la place, les Turcs ne firent de progrès ni d'un côté, ni de l'autre; au contraire, les Persans ne tardèrent pas à prendre l'avantage ; comme ils se renforçaient sans cesse, ils empêchèrent toute arrivée de provisions et amenèrent une grande famine dans le camp ottoman. Cette situation dura neuf mois; ni provisions, ni renforts ne purent atteindre le campement turc; la corruption de l'air de cette localité, certaines maladies dont le traitement était difficile alïaiblirent l'armée ottomane et la réduisirent au désespoir. Des critiques s'élevèrent : un certain nombre d'audacieux, laissant leurs bagages en place, puisqu'ils n'avaient plus de bêtes de trait et de somme pour les emporter, détruisirent les munitions, mirent hors de service les canons en les renversant sens dessus dessous, et se dirigèrent vers l'Asie Mineure. Les Persans se mirent à leur poursuite et les harcelèrent pendant quelque temps ; mais les dispositions prises par le général ottoman qui, entraîné par les fuyards, avait pris la direction de la retraite, firent qu'ils revinrent au camp sans avoir fait (l'uvre utile. Ce Mouràd-Pacha, dont nous avons parlé, était un

homme à moitié fou qui passait son temps à injurier le généralissime; comme ses intempérances de langage mettaient en péril le salut de tous, il eut la tète tranchée,

La vérité est que les nouvelles des troubles de l'Asie-Mincure, de la révolte d'Abaza et des meurtres ordonnés par le sultan Mouràd IV remplirent le camp de terreur, que les troupes, dans leur présomption, ne furent aucunement impressionnées par le supplice de Mouràd-Pacha, et que pendant neuf mois on avait vécu sans provisions et sans espoir de secours ni de renforts. La prise de la ville était la seule raison qui les avait fait maintenir en place et qui avait tant prolongé leur séjour; mais le bonheur de s'en emparer était réservé au souverain lui-même.

Ceux qui avaient été enfermés dans la place sortirent alors pour piller le camp abandonné : délivrés de la faim, chacun assouvit son désir sans se préoccuper si les aliments qui leur tombaient sous la main étaient ou non autorisés par la loi. Les musulmans qui, malades, étaient restés sous les tentes, furent partagés entre les riches de la cité ; et quand, à la suite du traitement médical, ils recouvraient la santé, ils s'empressaient de disparaître vers le rivage du salut.

Ensuite Chcih-'Abbâs lui-même rentra en Perse. Il y mourut en 1038 (1628-1629) et fut remplacé par son petit-fils Çafi- Mîrzà, qui monta sur le trône de l'Iran.

Cette même année le grand-vizir Khosrëv-Pacha fut nommé généralissime et chargé en cette qualité de poursuivre la campagne contre Bagdad. Parti de Scutari, il arriva à Mossoul où la tribu de SohrânS Kurdes pillards, lui fournit des moutons pour son armée ainsi que le moyen de passer la rivière d'Alloun-Kieupru. Il campa à Chéhri-zor, dont il répara la forteresse démantelée par les Persans : Zhâlim-'Alî, Mé'moùn- Khàn et Mourâd-Khân, chefs des clans qui s'étaient réfugiés dans des localités inaccessibles et se cachaient dans des mon-

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