Diarbokir
(leMossoul, et le généralissime turc s'en retourna à Mardîn, Les officiers persans marchant sur Hilla y étant arrivés, campèrent devant la place et entamèrent plusieurs combats où ils furent défaits la plupart du temps. Le Chah, furieux de cette déconvenue, s'y rendit en personne avec des troupes choisies. Khalil-Pacha fit tous ses efforts pour résister; à plusieurs reprises il défit les Persans; le siège dura trois à quatre mois; mais, réduit à toute extrémité par le manque de secours, il renonça à la lutte, profita d'une nuit obscure pour monter à cheval avec quelques hommes et passa à travers le camp persan; tout en se ballant, il parvint à se sauver. Cette sortie audacieuse remplit de crainte le cœur des assiégeants, et bien que plusieurs de ceux-ci fussent partis à sa poursuite, ils ne l'atteignirent pas. La bourgade de Ililia, une fois privée de son héroïque défenseur, fut pillée et dévastée parles troupes persanes ; depuis le commencement de la nuit jusqu'au matin on n'entendit que le cliquetis des sabres et les détonations des fusils. Au lever du soleil des crieurs proclamèrent la fin du pillage. Les Turcs qui avaient échappé reçurent Tautorisation de regagner l'Asie-Mineure, et le Chah de Perse lui-même retourna dans son royaume. Sur son ordre, on commença à élever la construction, telle qu'elle existe actuellement, du tombeau de l'imam 'Ali ; on éleva une citadelle pour contenir la bourgade de Hilla, on creusa et on approfondit le fossé. Bien des maisons et des jardins de pauvres gens furent détruits; laforteresse fut élevée au prix de dépenses considérables; mais on la détruisit bientôt après, sous la considération que, si elle tombait entre les mains des Turcs, il serait impossible aux Persans de la reprendre, du moment qu'un Khalîl-Pacha avait montré tant de bravoure derrière de simples barricades !
En ces jours de désordre, Çafî-Qoulî-Khàn, gouverneur de Bagdad, vint à mourir'. C'était un Persan fanatique, très
1. Cl". Tavernier, Voyages, t. I, p. 288, qui parait d'être l'ait l'écho duuo versioa romanesque, mais inexacte.
rapace dans les affaires mondaines; il remplit ces fondions près de huit ans. Le Chah fut très afflig-é de cette perle ; il fit venir les astrologues, examina les horoscopes des divers officiers sur lesquels pouvait porter son choix, et comme Bektâch-Khàn avait le meilleur ascendant, il lui confia, pour ce motif, le gouvernement vacant. Ce qui démontre que le proverbe a raison : « Dieu a dit vrai, et les astrologues en ont menti », c^est que ce fut précisément sous son gouvernement que le sullan Mouràd IV s'empara définitivement de celte ville.
Le palais à l'aspect agréable qui est aujourd'hui le siège du gouvernement, le jardin délicieux qui y confine, un bain public et un autre jardin sont l'ouvrage de ce Çafi-Qoulî- Khân,
GOUVERNEMENT DE BEKTACH-KIIAN
Beklâch-Kliùn, ayant été nommé gouverneur en 1041 (1631- 1632), s'entoura de débauchés et passa son temps dans les plaisirs. Tout le monde imita son exemple. L'immoralité devint générale et s'étendit à tous, comme une épidémie.
Dans le mois de cha'ban de Fan 1045 (janvier 1G36), la peste se déclara dansT'Irâq et régna jusqu'à la fête de la Rupture du jeûne de cette même année (9 mars). Elle régna surtout pendant le mois de ramazân et causa des pertes innombrables : d'aucuns devinrent fous. Cette calamité ramena un inslanl la ferveur religieuse. La peste cessa au début du mois de zou '1hidjjé (7 mai). Ces perles nombreuses firent que beaucoup d'individus devinrent riches (par héritage ou autrement) et, la peste une fois passée, se livrèrent do nouveau au dévergondage.