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Séïd Hàdji Mohammed, dans Hamtner, l. X, p

98 HISTOIRE DE BAGDAC

arrivé |dans l'Inde, le souverain s'empara des présents que portail l'ambassadeur, et le renvoya; son retour eut lieu également par Bag-dad, où il passa, se rendant en Asie-Mineure, dans le courant de l'année J069 (1659).

En cette même année 1067 (16o6-l637), un ambassadeur du Chah de Perse, nommé Kèlb-i 'Ali, portant une lettre qui contenait des propositions de paix, ainsi que des présents, fut reçu à la cour et devint l'objet des faveurs impériales. Il réussit dans sa mission : pour porter la réponse et remettre certains cadeaux considérables, Ismâ'îl-Agha fut envoyé par la Porte au Chah de Perse avec une grande pompe; celui-ci, après avoir terminé ses affaires, revint à Bagdad, où il mourut et fut enterré dans le voisinage de la mosquée du Grand-Imam.

Il y eut, dans cette même année, par suite de pluies abondantes, une inondation; le Tigre et l'Euphrate débordèrent, se réunirent à travers les plaines basses de la Mésopotamie et couvrirent les campagnes avoisinant la ville; les environs de la forteresse ressemblaient à la mer. Le torrent d'eau se déversa dans le fossé; la tour de la Victoire {Fèth-qouL'èsi), non loin de la Porte Blanche, fut rasée; en beaucoup d'endroits les tours et les courtines furent ruinées. Le gouverneur prodigua l'or et l'argent et ne marchanda pas ses peines; il fit reconstruire cette tour et les autres points atteints par le désastre; il lit achever ce travail avec une telle solidité que les architectes les plus savants et les ingénieurs les plus méticuleux applaudirent son zèle. On fit, à cette occasion, le chronogramme suivant :

Mohammed-pacha a rétabli cette tour privilégiée.

Ce qui donne, par le calcul de la valeur numérique des lettres, l'année 1068. A cette époque le gouverneurlui-mème, gêné par l'inondation, quitta la localité de Mintaqa et alla habiter l'agréable palais fjui est k l'occident df la ville. L'eau de l'Euphrate ayant tiouvé le moyen de se déverser dans le Tigre

par celle même localité de Mintaqa, des canaux au cours rapide se formèrenl et interrompirent lacirculalionde diiïérents côlés ; pendant longlemps les allants et les venants ne purent traverser ces canaux que par le moyen de ponts qu'on établit dans deux endroits; il fallut, dans d'autres localités, se servir de kélè/cs et de barques pour passer d'une rive à l'autre. Enlin le pacha dressa ses tentes dans ce même endroit, y rassembla une foule de gens et, grâce à la corvée, fit élever deux digues formidables, dont il avait conçu le plan lui-même, et renforça les digues placées dans d'autres endroits qu'il importait de tenir barrés. Jusqu'à présent ces travaux sont une facilité pour les voyageurs, qui bénissent sa mémoire.

La chute des murs de fortification qui couvraient Bagdad est un événement qui fut vite connu dans les différentes régions de l'empire; aussi le gouverneur d'A.mid (Diarbékir), Mourtéza-Pacha, ainsi que ceux deKerkoùket de Mossoul reçurent l'ordre de contribuer, avec les troupes de leurs provinces, à la défense de la place devenue ville ouverte; ils vinrent, et couvrirent de leurs escadrons la plaine de Bagdad. Mais après qu'ils y eurent séjourné un court espace de temps, un ordre décisif du sultan fut remis à ce Mourtéza-Pacha, et lui enjoignit de se rendre en Anatolie pour y combattre le fameux vizir Abaza Hasan-Pacha, célèbre par sa désobéissance, qui s'était révolté ainsi que plusieurs vizirs et mirmirans séduits par ses ^propositions. Ce gouverneur jpartit donc et se dirigea vers l'Asie-Mineure.

En 1067(1657), les troupes ottomanes reprirent aux Vénitiens l'île de Ténédos (Bozdja-ada), qui, par la négligence des gouverneurs, avait été enlevée dans lecourantde Tan 1066*; ensuite, par les soins dusultan et do son grand-vizir Kieuprulu Mohammed-Pacha, la forteresse de Yanova (Jenœ) tomba aux mains des Turcs en 1068 (1658) ^ Quand la nouvelle en parvint à Bagdad, les réjouissances durèrent plusieurs jours.

1. Comparez HammiT, op. laud., t. XI, p. 26. Z.Id.op., t. XI, p. 38.

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Mohammed-Pacha veillait à l'enlrelien des établissements de bienfaisance et des monuments publics; apprenant que la coupole du mausolée d"Olhmàn, le troisième khalife, situé dans le cimetière de Baqf à Médine, était ruinée par la suite des temps, il dépensa l'or et l'argent nécessaires, envoya un exprès porteur d'un voile de qouhbé et fit construire à nouveau une coupole brillaule et réparer le mausolée. Ses œuvres existaient encore à l'époque où l'auteur écrivait. Il fit en outre achever deux minarets de la mosquée d'Ali, à Nédjef. Ayant su que des religieux chrétiens avaient construit une église dans le voisinage du tombeau du cheikh Mohammed Azharî, alors que ni église ni couvent n'avaient été élevés à Bagdad depuis sa fondation, il la ht démolir, et construisit une mosquée à la place. Voici le chronogramme que le père de notre auteur composa pour fixer la date de la construction de ce temple :

Mosquée lumineuse du «i/i/irfâr Mohammed- Pacha. (=:1069}.

Pour bien comprendre l'allusion contenue dans l'expression de mosquée lumineuse, il faut savoir que ce pacha avait été surnommé le Père de la lumière (Aboù'n-JNoùr) quand il était gouverneur-général d'Egypte.

Il détermina les fondations pieuses qui devaient être affectées à l'entretien de cette mosquée, en nomma les employés ainsi que le personnel nécessaire; mais sa mort étant survenue pendant qu'il se livrait à ce travail, le monumentrestaincomplet et abandonné, lorsque, en 1077 (1666-1667), le vizir Ouzoun Ibrahîm-Pacha le fit achever et le livra au culte. Plus tard, en 1079 (1668-1669), parles soins du vizir (JaraMouçlafa-Pacha, des appointements furent distribués par le fisc aux serviteurs de celte mosquée; enfin, en 1094 (1683), quand le silahchoùr impérial Mohammed-Bey, qui avait été élevé dans le service de Mohammed-Pacha, vint à Bagdad pour y remplir une certaine mission dont il avait été chargé par la Porte, il répara et acheva ce monument, le revêtit d'arabesques dorées et d'ins-

criptions dignes du calligraphe Yaqoùl el-Mosla'çémî ; il y joignit une fontaine publique [sébil] d'aspect agréable, et augmenta les revenus et le nombre des serviteurs do la mosquée. Notre auteur composa le chronogramme qui fixe la date de l'achèvement de ce temple :

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« Quand Moliammed-Paclia, qui jouit aujourd'hui do la miséricorde de Dieu,, était gouverneur de Bagdad, demeure du salut, cet éminent personnage, dans son effort sincère, bâtit cette mosquée; mais comme la vie ne lui permit pas de l'achever, Mohammed-Bey, silahchoûr de l'empereur, fit revivre les œuvres bienfaisantes de celui qui l'avait élevé. 0 Dieu ! fais que soncommencement et sa fin soient agréés et que, par un effet de ta miséricorde, le constructeur de ce monument habite le paradis! La vieille raison m'a d'un seul coup soufflé ce chronogramme : « Mosquée de la Lumière, d'Aboû 'n-Noûr Mohammed-Pacha. «

Le gouvernement de ce pacha dura deux ans, dix mois et sept jours, du 1" séfer 1067 (19 novembre 1656) au 7 zou '1hidjjé 1069 (26 août 1659).

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