GOUVERNEMENT DU VIZIR MOURTÉZA-PACHA, POUR LA DEUXIÈME FOIS
Mourtéza-Pacha, comme nous Tavons vu, avait déjà été chargé une fois du gouvernement de Bagdad, puis il avait été nommé à Diarbékir, envoyé en Asie-Mineure pour combattre Abaza Ilasan-Pacha, et renvoyé à Bagdad en qualité de gouverneur.
Abaza Ilasan-Pacha s'était révolté en 1068 (1657-1658), et c'est, ainsi que nous l'avons mentionné, Mourtéza-Pacha au-
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(]m>l lesnllaii.ivail CDriCK! le soin ilo. le cDiiihallro (il de disperser ses partisans ; le titre de serd/tr, qu'on lui conféra à cette occasion, lui donna la liaule niaiu sur les vi/irs et les mirmirans (jui turent chargés de le seconder. Il réunit des troupes eu nombre considérable et se mit en marche au bout de fort peu de temps. Il vint à llghin*, localité située près de la ville de Qonya, et de là sema l'épouvante dans le cœur des ennemis. Abaza, de son côté, avait réuni l'élite des troupes de l'Asie- Mineure ; son adversaire, qui agissait avec une folle présomption et méprisait l'ennemi qu'il avait devant lui, n'avait pas encore rangé son armée en bataille qu'il fut entouré par les bataillons serrés des troupes d'Abaza et contraint de lutter. La victoire se tourna du côté des révoltés. Les mauvaises dispositions adoptées par le général ottoman et l'elVroi irréfléchi dans lequel il tomba l'empêchèrent d'atteindre le but qu'il se proposait ; son armée fut taillée en pièces, ses biens et ses bagages pillés par les vainqueurs; il s'enfuit à bride abattue et arriva, tout seul, en fugitif, devant la forteresse d'Alep. Malgré cette défaite, son armée, qui avait étési promptementdispersée, fut par lui rassemblée de nouveau et présenta bientôt un ensemble formidable, tandis que l'ennemi souffrait de la famine et de la cherté dans la ville de Killîs, entre Alep et 'Aïn-Tâb. Mourtéza-Pacha adopta alors d'autres dispositions. Par le moyen d'intermédiaires, il réussit à tromper les révoltés en leur promettant son appui pour obtenir leur pardon de la Porte, et grâce à ces fallacieuses promesses, obtint que Hasan- Pacha, Ahmed-Pacha, fils de Tayyâr-Zâdè, Kèn'ân-Pacha dit le Blond {ç^iri/), ainsi que plusieurs mirmirans et autres officiers supérieurs, vinssent le rejoindre; il les logea avec beaucoup d'honneurs, les gratifia de largesses abondantes, et pendant plusieurs jours se livra avec eux aux plaisirs et aux démonstrations d'amitié. Après avoir endormi leur méfiance par ces démonstrations, il fit, dans le courant de l'année 1069.
1. Voir CI. Huart, Konia, la vill<; des derviches tourneurs, p. 121,
mettre à mort tout d'abord Hasan-Pacha, puis se débarrassa des autres en remettant à leurs hôtes le soin de les faire disparaître; ensuite il envoya leurs têtes à la Porte, avec un messager rapide.
Après avoir ainsi délivré l'empire d'un de ses plus grands dangers, il revint à Diarbékir, chef-lieu de son gouvernement, et sollicita celui de Bagdad, à la condition de faire réparer le canal de Dodjéïl ou du petit Tigre*, qui était ruiné par la suite des ans, de rétablir la balance des recettes et des dépenses du trésor de la province, qui souffrait de l'accumulation des impôts arriérés, d'envoyer chaque année au Palais impérial cent bourses d'argent sous le titre à'irml'vjyk (envoi de fonds), et d'adresser à l'arsenal de Gonstantinople deux mille batmans* de poudre à canon par an,
La Porte admit ces propositions et lui conféra ce gouvernement. Il se mit immédiatement en route pour s'y rendre. A son arrivée, au lieu de faire son entrée dans la ville, il descenditproche du campement de l'ancien gouverneur Mohammed-Pacha, prit pour prétexte Fexamen des comptes du trésor, et tout en se montrant à la fois sévère et triomphant, il fit monter la dette de ce pacha à plus de six cents bourses, qu'il s'empressa de réclamer avec force insistance. Mohammed-Pacha était excusable, mais comme il était mal vu du grand-vizir Kieuprulu Mohammed-Pacha, il dut, pour se défendre, avoir recours aux sollicitations et aux intercessions; finalement il obtint une réduction de cent bourses sur cette somme, paya intégralement et comptant cent soixante bourses; il donna des gages en garantie d'une partie du reste, et il s'en remit, pour le payement de Tautre partie, au moment où il serait devenu à l'aise. Le nouveau gouverneur entra alors dans la ville, effaçant le passé et supprimant toute cause d'ennui et de gêne; il invita Mohammed-Pacha au sérail, lui