Cf. Layard, Discoveries in Nineveh and Babylon, p
2. Sur lebatman de Bagdad, dont la valeur était de 6 ocqaes, voyez Rousseau, id. op., p. 117.
prépara un festin, lui fit un présent de la valeur de quinze bourses en monnaie de bon aloi, de treize mules et d'une fourrure de martre d'apparence royale; il donna un magnifique poignard à son frère et un autre à l'enfant qu'il avait adopté pour son fils. L'ancien gouverneur accepta malgré lui ces cadeaux et échappa, au prix de mille peines, aux filets de l'oppression.
Mourtéza-Pacha, étant monté avec pompe sur le siège de son gouvernement, envoya des ordres aux villages et aux cantons, rassembla et fit venir des paysans sur l'ancien canal Dodjéïl, fit creuser et nettoyer ce canal pendant trois à quatre mois par trois ou quatre mille terrassiers sous la direction d'ingénieurs habiles, réparer les bourgades et leurs mosquées, inscrire avec équité les impôts dus par les sujets et les produits de la dîme; il satisfit les pauvres paysans en leur permettant de semer et de travailler dans cette même année. La règle qu'il établit était encore suivie, et les monuments qu'il a laissés duraient encore lorsque notre auteur écrivait.
Entre autres réformes il supprima les sûliyânés (traitement annuel) dépassant les cent bourses d'argent assignées annuellement sur le trésor pour permettre au gouverneur et aux deftèrdârs ou directeurs des finances de vivre à leur aise, ainsi (\UQ\es khôçç ou affectations propres qu'ils possédaient*; il anéantit la valeur de principauté acquise par certains sandjaks; il détermina la somme destinée à être expédiée à la Porte ainsi que la poudre à canon qu'on devait lui envoyer; il fit inscrire ces deux dépenses sur les registres et en exposa les conditions. Jusqu'à l'époque de l'auteur, le trésor de Bagdad supportait cette noble charge. Les dispositions qu'il adopta pour régler la balance des receltes et des dépenses du trésor sont les suivantes : les impôts établis sur le peuple, qui s'étaient accumulés par suite des arriérés dont nous avons
1. Sur retffi sorlo dt^ propriôlt^ voir Bi^lin, tAiule sur la pmprii^li' fouciV/v, p. 13G; iJu ré-jime des fii'fs inilKaire^i duns l'i'^linni'^inf, p. 43.
DANS LES TEMPS Mf)DERNES 10?)
parlé, furent perçus on une année à litre de payement anticipé; la différence de l'année lunaire arabe et de l'année solaire grécosyrienne fut le moyen qui permit de régler cette question; les biens des pauvres gens qui avaient été rassemblés par un dol manifeste et à titre de payement anticipé, furent oubliés en vertu de la règle : « On ne parle pas du passé » (proverbe arabe). C'est ainsi qu'on équilibra les entrées et les sorties, qu'on inscrivit sur les feuilles des registres. En outre ce même gouverneur envoya des présents royaux à ceux qui, à la Porte, tenaient les rênes des affaires, et distribua des cadeaux aux allants et aux venants ; telle fut la règle, qui est restée imposée aux gouverneurs jusqu'au temps de notre auteur.
Malgré les protestations de loyauté de ce gouverneur à l'égard de la Porte, appuyées, comme nous venons de le voir, d'arguments décisifs, et malgré les services utiles qu'il rendit à son gouvernement, il faut avouer que le poids des impositions retombant sur le peuple devint excessif et suscita des révoltes contre les autorités, ce qui, par un cercle vicieux, contribua à augmenter de plus en plus le chiffre des impôts. Jusqu'à cette date, une piastre valait quatre-vingts aspres pour le trésor de Bagdad; par ordre de ce pacha, la valeur s'en éleva à quatre-vingt-dix; sur son avis également, on perçut un para de plus sur chaque piastre qui entrait dans le trésor, mesure qui valut aux percepteurs des vignes sur la montagne, et aux contribuables cautère sur cautère *.
Ce gouverneur ne tarda pas à se livrer à des actions déshonnêtes et qui ne convenaient pas à un vizir; à deux reprises, il lit dresser dans la campagne des tentes réservées à la débauche, donna dans cet endroit un festin public où tout le monde fut admis, et tint une séance avec des femmes de mauvaise vie et des chanteuses, ou au milieu d'une société de gens insouciants 011 les hommes et les femmes étaient mêlés; il devint célèbre parmi le peuple pour cette méthode d'organiser les plaisirs.