Cf. Hammer, op cit., t. XI, p
130 HlSTOir.E DE BAGDAD
((Bravo! bonne nouvelle qui semblés une révélation divine, heureuse annonce, toi qui apportes le récit des incidents des hauts lieux, messager à la bonne poste!
« ... Pour vœux du dernier vers, dis en guise de chronogramme pour sa naissance, cet hémistiche : Le soleil de la lumière d'Ahmed a paru au sommet de l'Empire. » ^Mètre ramal^.)
Il est positif que ce poème de circonstance plut beaucoup au gouverneur; il fit tracer le chronogramme en encre d'or sur une feuille de papier qu'il envoya à certain de ses amis de la Porte.
A cette même date, on répara les bâtiments qui forment le mausolée du chéïkh Ghihâb-ed-dîn Sohrawèrdî, à l'intérieur de la ville; ces constructions manquaient d'eau et étaient toujours à sec; elles restaient sans réparation et abandonnées des hommes. Le gouverneur fit élever sur le grand Tigre un puits profond et construisit, pour amener l'eau jusqu'à ce mausolée, un aqueduc dont notre auteur parle en ces termes : « Le pacha éleva un mur jusqu'au seuil du tombeau de ce saint et fit couler de l'eau douce par dessus le mur. » Cette eau fit revivre le jardin qui entourait le monument; on établit même à deux endroits des fontaines, de sorte que, grâce aux ciïorls du gouverneur, cet endroit devint aussi verdoyant que la plaine de Damas et servit de promenade publique.
Le vizir I.luséïn-Pacha établit un bazar ou marché couvert à la porte de la Mostançiriyya, et acheta plusieurs propriétés, qu'il constitua en ^^'a^/ (fondation pieuse) pour l'entretien de cet établissement; ces œuvres existaient encore ù l'époque de notre auteur.
En cette même année le Tigre déborda dans la bourgade du Grand-Imam, démolit plusieurs maisons de pauvres gens, détruisit des jardins et des vignes. Le gouverneur lit connaître à la Porte cette catastrophe et pria que le trésor impérial lui remît assez d'argent pour construire en cet endroit
1. L'auteur ne cite que le premier et le dernier vers de son poème. J'ai imprimé j,ji,, conrormémenl à l'usage des Turcs, pour le persan jk,a,.
une digiio énorme; ce qui fut admis par le sultan, qui ordonna d'en acquitter la dépense sur le montant des sommes que le trésor tirait de Bagdad à titre d'irsâlii/yè; on lit les réparations nécessaires et l'on posa même la première pierre de la digue dans une certaine place; mais la destilulion du gouverneur vint entraver l'œuvre entreprise.
Le mausolée du chéïkli Ibrahim el-Fadhl étant sur le point de s'écrouler par suite de sa vétusté, le kiai/a du pacha, 'Iwaz- Agha, prodigua son argent et fit construire, sur cet emplacement, une mosquée avec coupole et portique, en y ajoutant tout ce qui était nécessaire. Or, bien que le pacha fût connu pour son bon caractère et sa pitié, il ne laissait pas que d'être très simple et ne se méfiait pas des ruses et des intrig-ucs de ses subordonnés ; il avait confié laconduite desalfaires du g'ouvernementà des gens malintentionnés qui surent imputer au kiaya des fautes imaginaires ; il le destitua et le punit, le fit emprisonner pendant plusieurs jours, confisqua ses biens k son profit et l'exila à Bassora. On donna, à la mosquée dont nous venons de parler, le nom du gouverneur, comme si le kiaya l'avait bâtie au moyen de l'argent dérobé aux revenus de son maître, de sorte qu'elle est connue aujourd'hui sous le nom de mosquée delluséïn-Pacha.
En cette même année, l'intendant particulier du gouver^ neur Mouçtafa-Agha, surnommé Djérrâh « le chirurgien », homme célèbre, éprouvé par la fortune et l'infortune, fit orner la mosquée et mausolée d"Abd-el-Qâdir el-Gîlànî parla construction d'un kiosque élevé {tàrim) et en y dressant, à différentes places, des estrades et des oratoires.
Le gouvernement de Huséïn-Pacha dura trois ans, quatre mois et vingt jours, du 1" moharrem 1082 (10 mai 1671) au 20 djoumâda'1-oula 1085 (22 août 1674).
GOUVERNEMENT DU VIZIR 'aBD-UR-RAHMAN-1*ACMA
'Abd-ur Ratimàn Pacha était un ministre respectable, habile à manier les affaires. Voici ce qui l'amena sur les rives du
Tigre. Du temps de son prédécesseur, le faux bruit avait couru de l'approche de l'ennemi du côté de Bagdad, bruit qui fut, pour certains individus malintentionnés, un prétexte de troubles où les pauvres gens eurent à souffrir. Sur ^ces entrefaites, les Polonais, qui avaient sauvé leur vie en souscrivant à certaines conditions*, rompirent bientôt le pacte, de sorte que le sultan fut conlrainl de retourner faire campagne contre eux; c'est à ce moment que des nouvelles effrayantes parvinrent de Bagdad à l'oreille du souverain. Celui-ci enleva au corps des janissaires 'Abd-ur-Rahmàn qui remplissait les fonctions d'agha ou colonel-général de cette troupe, et l'envoya en hâte à Bagdad en lui confiant le gouvernement de cette province ^ Le nouveau gouverneur, dès son arrivée, prit des mesures sages, rétablit la sécurité, contraignit les rebelles à rentrer dans le devoir, répara la forteresse et les tours, augmenta les approvisionnements et le parc d'artillerie et rassura tout le monde. Il fit en outre cesser les extorsions qui se pratiquaient par suite de la tyrannie et de la rapacité des émîns (administrateurs des impôts en régie) et de l'insouciance et de la paresse des gouvernants; il empêcha les gens avides d'opprimer les faibles. 11 y a beaucoup de bonnes institutions, dues à son initiative, qui existaient encore du temps de l'auteur.
C'était un homme généreux, qui récompensait les artistes et qui avait toujours sous la main des bourses toutes prêtes pour les distribuer aux poètes. Il fit réparer la mosquée du chéïkh Ma'roùf Karkhî, sise à l'occident de Bagdad ; notre auteur composa à cette occasion le chronogramme suivant :
« Ce fut le rôle de ce ministre d'accomplir cette (ouvre de bienfaisance'. »
1. L'tiumiliante paix de Riicsacs (IS septembre 1072) n'avait pas été observée longtemps par les Polonais. Voir, sur les événements qui suivirent, Hammer, op. [aud., t. XI, p. 392 et suivantes.