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élevé, se joignirent aux femmes qui contemplaient le cortèg-e du bord du chemin, et poussèrent des cris à fendre l'âme dès que le nouveau g-ouverneur fut arrivé devant elles. Elles le supplièrent, au nom de sa parenté avec Sa'îd et par égard pour la jeunesse de celui-ci, de lui pardonner ses fautes; tous les assistants furent extrêmement émus en entendant ces paroles, mais les gémissements et les pleurs de ces pauvres femmes n'eurent aucun effet sur des cœurs plus durs que la pierre. Quelques jours après, l'agha des janissaires reçut l'ordre de mettre à mort l'ancien gouverneur; il se rendit de nuit, vers trois heures après le coucher du soleil, dans l'appartement où se trouvait Sa'îd et frappa doucement à la porte. Le pacha avait posé sa tête sur les genoux de sa mère, et l'intendante s'était mise à chanter une berceuse : Sa'id s'était endormi profondément et poussaitdes soupirssans en avoirconscience. Il s'écria tout à coup : « Les voilà, ils sont venus, ils vont me tuer! » A peine eut-il prononcé ces mots, l'intendante se précipita vers la porte : « Qui êtes-vous? que voulez-vous? » ditelle. « Je suis l'agha des janissaires, répondit son interlocuteur, et j'apporte de bonnes nouvelles. Je voudrais m'entretenir avec notre maître; ouvrez donc la porte. » Quatre ou cinq personnes entrèrent à la fois. L'intendante voulut leur dire : « Restez ici, je vais vous annoncer, » mais ces individus se dirigèrent vivement vers l'endroit où se trouvait Sa'îd.
Pendant ce rapide colloque, la mère de celui-ci cherchait à le rassurer en lui disant que Dàoud-Pacha, esclave acheté avec l'argent de son père et l'objet de ses bienfaits, hésiterait à attenter à sa vie; mais Sa'îd refusa de la croire : « Je sais, dit-il, quelle sorte de traître et d'envieux c'est. » Cependant les acolytes de l'agha se précipitèrent dans la chambre, arrachèrent Sa'îd des bras de sa mère, l'entraînèrent dans un coin, et le massacrèrent, puis couvrirent son corps d'une vieille natte. La vieille mère, toute surprise, se mit à parcourir la maison en criant : « Où est allé mon Sa'îd? » Tout à coup, son pied broncha sur la natte qui recouvrait le corps de son fils. « C'est
lui ! » s'écria-t-elle; elle tomba à terre, prit dans ses bras le cadavre plongé dans une mare de sang, et expira.
Au jugement de Thâbil-Efendi', « l'avènemenl de Sa'îd- Pacha n'avait pas eu lieu de sa propre volonté, et fut elleclivement un effet nécessaire résultant de causes diverses ; mais sa rébellion évidente, sa fidélité douteuse prouvée par la frappe de monnaies en son nom, son refus, prolongé pendant quelque temps, de souscrire à sa destitution, avaient provoqué la sentence de mort portée contre lui par la volonté toute-puissante du sultan. Néanmoins, malgré cette sentence, malgré l'envoi d'un délégué spécial [moiibâchir], Dàoud-Pacha aurait dû, comme le fit à son endroit son successeur 'Ali-Pacha, ainsi que nous le verrons, et ce qui était nécessaire et peut-être même obligatoire, se saisir avec égards de Sa'îd, et l'envoyer sous bonne garde à Gonstantinople, en demandant sa grâce. Par malheur son intelligence ne sut pas se rendre compte de ces motifs, et le désir de la vengeance l'ayant emporté dans son esprit sur le plaisir de pardonner, il fit, comme nous venons de le dire, arracher des bras de sa mère le fils de son bienfaiteur, acte qui inscrivit à jamais le nom de cet infortuné sur les tablettes de l'histoire ».
Non content de s'être débarrassé de son prédécesseur, Dâoud-Pacha fil encore mettre à mort cet Hammâdî qui était son bras droit, le contrôleur desfinancesMohammedSa'îd-Bey, et 'Omar-Agha de la tribu des MîUî, l'un de ses khawâçç ou officiers particuliers. Ayant ainsi assouvi sa vengeance, il monta sur le siège du gouvernement pour l'occuper pendant quinze ans consécutifs, nombre fourni par le calcul de la valeur numérique des lettres composant son nom ».
Il rétablit le bon ordre des affaires qui, depuis le temps de Suléïmân-Pacha, étaient peu à peu sorties de leur voie régulière. Il battit et mit en pièces les rebelles qui se montrèrent alors et ramena par la suite la tranquiUité et le repos des habi-