CHAPITRE XIII
Suite du gouvernement de Dàoud-Pacba. — La Porte envoie une armée contre Bagdad. — Préparatifs de défense. — Sédition et émeutes.
'Ali-Nédjîb-Bey s'était nourri d'illusions. Peu de temps après, on apprit qu''Ali-Riza-Pacha, gouverneur d'Alep, était nommé définitivement à la place de Dâoud-Pacha. Celui-ci reprit alors ses préparatifs de défense. Il commença à mettre en mouvement les troupes qu'il avait préparées ; il fit camper les soldats réguliers en dehors de la porte du Grand-Imam, sous le commandement de l'émir-akhor, dans l'agréable plaine qui s'y trouve ; Yousouf, agha des IjacJièim ou serviteurs, fut envoyé directement à Kerkoùk avec un bataillon d'infanterie régulière et environ quinze cents cavaliers. Pendant que l'armée s'organisait, la peste s'abatlit rapidement sur la ville ; elle venait de Perse, et pour comble de malheur, le Tigre déborda, détruisit les deux cinquièmes de la ville, et retarda le départ des troupes. L'inondation se répandit en peu de temps dans les différentes régions de T'IrAq ; la plupart des habitants de Bagdad furent ruinés, et les troupes dispersées eurent le plus grand mal à se réunir'.
1. D'après le botaniste Auchor-I-lloy, l'agent politiquo anglais, M. Taylor, qui avait déconseillé, mais trop lard, l'exécution do l'envoyé de la Porte, s'entremit pour faire excuser ce crime auprès du gouvernement de Conslanlinople; ses propositions furent, paraît-il, appuyées par l'ambassadeur d'Angleterre, mais sans succès. ILopus, p. 327.
2. Aucher Êlov nous a laissé un tableau navrant de ce désastre. « Ceux
Cependant 'Ali-Riza-Pacha, confiant flans sa fortune, partit d'Alepavec neuf pièces de canon, dont deux obusiers et sept pièces de campagne ; il était suivi d'un bataillon d'infanterie régulière composé de trois cents hommes levés dans la province d'Alep, de deux régiments de cavaliers timarioles, et d'une foule de malheureux, non moindre de dix mille, gens de corde et de sac: celte masse sans organisation était décorée du nom d'armée de réserve. Il vint à Mossoul, tout en entretenant une correspondance active avec les différents districts de l'Inlq, par l'entremise de Rustèm-Agha et de Çàlih-Agha surnommé Akhou-Chauké, déserteurs du corps desmamlouks de Bagdad, qui se trouvaient auprès de lui. Çâlih-Tchéièbi, l'un des fils de Zohéïr, Çafoûq, chéïkh des Arabes de Chammar-el-Djerbâ*, Soléïman el-Ghammâm, l'un des chefs de la tribu d"Oqaïl, lui prêtaient également leur concours. Sur son passage, il traita avec égards les émirs, les notables et les gens considérables, en répandant l'argent à profusion. La peste et le débordement du Tigre lui servirent utilement en faisant disparaître presque toutes les troupes de l'Trâq; mais néanmoins il ne se départit pas de la conduite prudente et avisée qu^il s'était imposée, et il resta, lui et son armée, à Mossoul. Il fit du gouverneur de celte ville son lieutenant, et l'envoya par le chemin du désert à l'occident de Bagdad, en le faisant accompagner par l'ancien kelkhoda Hâdji Abou- Bekr-Agha d'Alep, l'un de ses hommes de confiance, par Çafoùq, cheikh des Ghammar-el-Djerbâ, et par Soléïman el- Ghammâm, avec leurs contingents et toute leur suite. Une fois arrivé à la distance de cinq ou six heures de marche de Bagdad, son nouveau lieutenant fit tenir secrètement à Tâhir-
qui n'étaient pas victimes de la peste périssaient sous les débris de leurs maisons, renversées par l'inondation; les rues étaient remplies de cadavres; les chameaux, les chevaux, les chiens et tous les animaux domestiques erraient en mugissant [aie) dans les rues ; quelques bandits seuls couraient de maison en maison pour piller; mais ils tombaient bientôt eux-mêmes chargés de leur butin. »> Ouvrage citi', p. 328.
1. Sur ce personnage, voir ma Notice sur les h-ibus arabes de la Afésofotamie, dans le Journal asiatique, VU» série, t. .\III (1879), p. 222.
Efendi Sîroûzî-Zâdè^ molla de Bagdad, une copie de l'ordre viziriel dont il était porteur,, et qui annonçait à tous les nouvelles fonctions de l'ancien g-ouverneur d'Alep. Le molla, à son tour, s'en ouvrit à certains notables de la cité, et après avoir reçu leur promesse qu'ils ne s'opposeraient jamais aux mesures édictées par la Porte, leur tint ce discours: <( Tant que Dûoud-Pacha résidera dans son palais, personne n'osera détacher le peuple de son parti ; or, le lieutenant du nouveau gouverneur, ne pouvant entrer dans la ville, vous considérera tous comme des rebelles ; plutôt que de vous laisser soupçonner de déloyauté, il vaut mieux expulser le pacha de son palais et le tenir sous bonne garde, puis se porter à la rencontre du lieutenant et l'installer au siège du gouvernement ; vous prouverez, par ce moyen, votre fidélité à l'Empire ottoman. » Ces gens promirent de s'employer à pousser le peuple dans cette voie, puis ils s'en retournèrent chez eux.
La plus grande partie des soldats de Dàoud-Pacha, îles gens de sa maison, de ses serviteurs, et quarante à cinquante de ses mamlouks, restés en ville ou partis pour les environs, étaient morts '. Il avait envoyé l'émir-akhor Suléïmân-Agha pour lever des troupes à prix d'argent ; celui-ci était parti pour accomplir sa mission sans tarder, lorsqu'il tomba malade à Khâliç et y mourut, ce qui amena la dispersion des gens qu'il avait déjà rassemblés autour de lui. Ceux qui l'avaient accompagné prirent le trésor qu'il avait apporté, retournèrent à Bagdad et y annoncèrent sa fin. Pendant ce temps, Dâoud-Pacha lui-même avait été atteint par l'épidémie, bien que faiblement, et ne pouvait s'occuper de la direction des affaires. Lorsque l'épidémie cessa et que les fuyards revinrent dans la ville, y compris Maçraf Mohammed-Efendi, Dàoud, bien que ce der-
1. Comparez Auciier-Éloy, ouvrage cité : « Tons les gens de Daoul- Pacha furent victimes de ce flt''au: il ne lui resta que quatre hommes; lui-même fut atteint de la peste. Il se trouva alors dans le plus grand abandon, n'ayant personne pour lui apprêter à manger; ses femmes étaient toutes mortes ou hors d'état de lui rendre le moindre service. Une vieille femme seule eut pitié de lui, et lui préparait ses aliments. »
nier fût sans caractère, pusillanime, d'une intellig-ence faible et sans jugement, le nomma à la place de l'émir-akhor Suléimûn-Agha, so fiant à l'accord qui existait entre lui et Mohammed-Pacha, fils de Khàlid-Pacha de la famille de Bâbàn, homme brave et d'un esprit pénétrant, qui attendait, en dehors de la ville, à la tête de quatre à cinq cents cavaliers kurdes, le retour de Maçraf. On confia à ces deux personnages le trésor considérable dont nous avons parlé; ils partirent par le chemin de Mendéli et de Khàniqîn. Comme ils passaient par la route de la bourgade de Bèhrouz pour s'y procurer des renforts, une correspondance s'échangea entre le chéïkh des Chammar- Toùqa, Mohammed-el-Berdî, et Çafoûq, à la suite de laquelle le premier reçut Tordre de ne laisser passer personne venant du côté de Bagdad. Ce chéïkh, poussé à la fois par le désir de montrer ses bons offices et par Tespoir de s'emparer d'un butin considérable, se porta à la rencontre des officiers de Dâoud- Pacha, suivi, non seulement des gens de sa tribu, mais encore d'un grand nombre de Bédouins pauvres. Mohammed- Pacha se défendit vigoureusement, ainsi que les braves qui l'accompagnaient, mais il ne put leur résister, parce que les munitions vinrent à lui manquer et qu'il était éloigné de l'eau ; il se retira néanmoins sans se rendre. Mohammed- Efendi, après avoir été dépouillé de ses vêtements, parvint à se sauver clopin dopant; le trésor qu'il portait fut entièrement pillé.
Dàoud-Pacha n'avait pas encore repris ses forces ; tous les deux ou trois jours, il se faisait porter à bras de son harem jusqu'à la salle de réception oii il s'asseyait ; puis on ouvrait les portes, les Turcs échappés à la peste venaient contempler le visage de leur maître, et après une courte séance, l'on se séparait. Dans le palais, il n'y avait que cinq à dix esclaves ou domestiques qui passassent la nuit ; dès le milieu de l'aprèsmidi, chacun avait permission de rentrer chez soi. On entendait le bruit du canon d'alarme de Qâsim-Pacha, qui était arrivé avec son armée près de la bourgade de Kâzhimiyyé.
Sur ces entrefaites, un jour que, selon la coutume, chacun s'était retiré, une troupe d'environ deux cents hommes armés, tous citadins, se montra, une heure avant le coucher du soleil, du côté du quartier du Chéïkh et attaqua le palais ; elle mit le feu à l'intérieur de la porte et se retira. L'enquête qui fut faite révéla que cette attaque, suivie d'une retraite subite, n'avait d'autre but que de faire comprendre à Dàoud-Pacha qu'ils désapprouvaient sa rébellion et à Qâsim-Pacha qu'ils étaient prêts à exécuter les ordres de la Porte.
Cet incident effraya le gouverneur. Jugeant qu'il n'était plus en sûreté dans son palais, il monta sur un cheval de somme cette même nuit, encore tout tremblant de peur, se fit accompagner par un de ses esclaves, un Abyssin nommé Firoûz, et sans savoir où il pourrait se réfugier, sortit et se rendit dans la maison de Habibé-Hânoum, veuve de Mohammed-Agha, l'un des fermiers de l'impôt indirect appelé qarahubèr ou « du poivre noir ».
Le lendemain, quand on connut cette aventure, les ulémas et les chefs de la ville et de la province allèrent le trouver dans cette maison et l'en firent sortir avec toutes sortes d'honneurs et de marques de respect. On le conduisit dans la demeure de Çâlih-Bey, fils de l'ancien Suléïmân-Pacha, à qui on fit signer un acte par lequel il s'engagait à remettre Dâoud entre les mains d"Ali-Riv:a-Pacha, le nouveau gouverneur de la province, à son arrivée. Enfin on porta ces incidents à la connaissance du lieutenant de ce dernier, en lui donnant l'avis de se hâter de prendre possession du siège du gouvernement. Celui-ci répondit immédiatement à cet appel, et les ulémas, les grands et les notables se portèrent à sa rencontre et l'accompagnèrent jusqu'au palais.
Tout semblait donc rentré dans l'ordre, et les agents de la Porte se trouvaient maîtres de Bagdad, lorsque tout fut remis en question par de nouveaux incidents. Lorsque le lieutenant du nouveau gouverneur se vit installé, il conçut l'ambition de conserver la province pour lui-même, avec l'aide de Çafoùq et
de Soléïmûn el-Ghammum, au détriment d"Ali-Riza-Pacha; mais il comprit qu'il ne pourrait arriver à ses fins qu'en se débarrassant de Dàoud-Paclia, dos mamlouks et des Turcs. Il fit donc lire son bouyourouldou et voulut ensuite faire comparaître DAoud-Pacha devant lui; mais le conseil n'y consentit pas. La seconde nuit qui suivit son entrée, vers une heure et demie après le coucher du soleil, il monta en barque et se rendit à la demeure de Çàlih-Efendi sise sur la rive du Tigre, et lui demanda de faire venir Dâoud-Pacha. (iâlih voulut le décourager; mais le lieutenant du gouverneur, qui, dit-on, puisait son courage dans des libations, insista avec colère, de sorte que Çâlih ne trouva d'autre moyen d'échapper à ses demandes que de les admettre en principe, quitte à remettre au lendemain leur exécution : « Si je ne vous ai pas encore livré cet homme, dit-il, c'est que je sais que vous voulez le tuer. On le soupçonne d'avoir de grandes richesses; si je vous cédais, on ne manquerait pas de prétendre que nous avons partagé, et l'on nous demanderait compte de son argent, ce qui nous mettrait tous les deux dans un grand embarras. Du moment que vous insistez, attendez au moins jusqu'à demain pour que je puisse vous le remettre en plein jour, en présence du conseil et du moUa, comme il m'a été remis à moi-même, et pour que je reprenne l'acte que j'ai signé, et qui engage ma responsabilité. » Le lieutenant fut satisfait de cette réponse; il retourna au palais et attendit, tout joyeux, le matin.
D'un autre côté, certains émirs de la suite particulière de Dâoud-Pacha et quelques notables avaient eu vent des allées et venues du lieutenant du gouverneur; le peuple était plongé dans la terreur, en voyant la manière d'agir, à laquelle il n'était pas habitué, des cohortes armées appartenant aux tribus arabes venues à la suite de Çafoùq et de Soléïmân el- Ghammâm. Tout le monde était dans l'attente de ce qui allait se passer. Les partisans de Dâoud-Pacha, prévenus par luimême ou par Çâlih-Efendi, se rassemblèrent dans la maison de celui-ci, malgré Theure avancée de la nuit, conférèrent
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entre eux et décidèrent de faire disparaître Qâsim-Pacha, le lieutenant du nouveau gouverneur, en vue du salut commun.
Au matin, Qâsim-Pacha convoqua les membres du conseil, comme cela avait été convenu, pour se faire remettre Dâoud- Pachaen leur présence. Ceux qui n'étaient pas au courant des incidents de la nuit répondirent à l'invitation du lieutenant, mais un certain nombre de ceux dont la présence était absolument nécessaire retardèrent leur arrivée, de sorte que le lieutenant résolut de faire périr sur-le-champ ceux qu'il tenait sous la main, en remettant à plus tard la mort de ceux qui ne s'étaient pas encore jetés dans ses filets; mais les premiers arrivés, ayant vu autour d'eux des mines qui leur déplaisaient, commencèrent à filer sans bruit l'un après l'autre, tandis que les citadins armés commençaient à affluer en foule. « Quel est ce bruit? » s'écria Qâsim-Pacha. « Ce ne sont, lui répondit-on, qu'une troupe méprisable de gens qui ne se connaissent pas eux-mêmes et que nous allons repousser tout de suite. » A ces mots on se prépara à la lutte, et les troupes des 'Oqaïl, au nombre de plus de trois mille hommes, qui se trouvaient à l'intérieur du palais, en fermèrent les portes et se préparèrent, avec Qâsim-Pacha et Hâdji-Békir-Agha, à se défendre derrière les murs du siège du gouvernement.
Ces 'Oqaïl étaient des gens courageux et d'une bravoure à toute épreuve, tandis que la plupart des habitants de la ville ignoraient entièrement l'emploi des armes; il paraissait probable que ceux-ci ne pourraient pas tenir devant les gens de Qâsim-Pacha; mais si ceux-ci restaient confinés derrière les murs du palais sans en pouvoir sortir, on le devait à la présence, au milieu des citadins, des mamiouks et de ce qui restait des Turcs de Bagdad. Les deux partis commencèrent à se fusiller derrière les murs et les parapets ; puis une troupe d"Oqaïl composée de sept à huit cents hommes et qui campait à l'occident de Bagdad vint, sans y être invitée, se joindre aux habitants ; Ser-Tchèchmè Molla Huséin, qui se trouvait dans la citadelle intérieure, se mit d'accord également avec ceux-ci
et leur envoya des munitioas, de la poudre et des canons, tout en couvrant le palais do bombes.
L'intervention du commandant de la forteresse intérieure fut décisive; elle plongea les assiégés dans le désespoir. Derwîch-Agha, qu'on surnommait le qâim-maqâm ou le lieutenant parce qu'il avait rempli ces fonctions à diverses reprises, et qui était un homme pieux, doux, sincère et honnête, s'échappa du local où Qàsim-Pacha l'avait fait enfermer et se joignit aux assiégeants; il réussit à faire sortir avec lui 'Ali-Djénâb- Efendi, fonctionnaire arrivé en même temps que le nouveau gouverneur, et un nommé ('âdiq-Bey, appartenant à une ancienne famille d"Aïn-Tâb, que les instances d"Ali-Riza-Pacha avaient décidé à l'accompagner à Bagdad; ces deux personnages furent traités avec la plus grande humanité. Enfin, vers le milieu de l'après-midi, Qâsim-Pacha et le voiévode de Mârdîn se rendirent.
Malgré cette défaite, Hâdji-Békir-Agha, l'ancien kiaya d'' Ali- Pacha, et Soléïmân el-Ghammâm se refusèrent à suivre ce parti et résistèrent jusqu'au coucher du soleil, où ils mirent au pillage le trésor, avant la tombée complète de la nuit, et incendièrent Varz-odasy ou chambre des réceptions ; puis, le sabre nu à la main, ils se précipitèrent au dehors. A ce moment, les citadins étaient rentrés chez eux, et il ne restait plus personne sur les batteries. Les fuyards sortirent par la porte du Grand-Imam et s'échappèrent avec une telle hâte qu'ils semèrent sur le chemin les pièces d'or, fruit de leur pillage.
Au milieu du tumulte, on ne put songer à éteindre le feu qui, de la chambre des réceptions, ne tarda pas à gagner les autres appartements du palais. Tout fut détruit ; les richesses qui avaient échappé aux 'Oqaïl pillards devinrent la proie de vagabonds et de voleurs *.
1. Au rapport de Tliùbil-Efendi, il s'y trouvait « des quantités considérables d'argent monnayé, des vases d'argent et d'or, des sabres, pistolets et poignards, des bdr-khânèh (bagages, sacoches, bissacs préparés pour le
Les citadins, qui s'étaient imaginé, en s'emparant de Qâsim- Pacha, avoir détourné les calamités qui menaçaient Bagdad, craignaient maintenant l'arrivée du nouveau gouverneur^ 'Ali-Riza-Pacha. Le pillage du palais ayant resserré les liens qui existaient entre les diverses classes de conjurés, les Turcs, les indigènes, la garnison de la citadelle intérieure et les contingents des 'Oqaïl se rassemblèrent tous en un lien, et décidèrent qu"Ali-Ri7.a-Pacha avait perdu leur confiance, que le meilleur parti à prendre, pour se sauver du danger qui les menaçait, était de travailler au maintien de Dâoud-Paclia, ou tout au moins de s'etrorccr d'obtenir la nomination de liàdji Çàlih-Bey comme gouverneur, et que, si 'Ali-Riza, poursuivant sa route, arrivait à Bagdad, tous se missent d'accord pour se défendre. « Pour un 'Ali-Riza, disaient-ils, l'Empire ne voudra pas ruiner une grande province. »
Tel fut le résultat de leur délibération, et ils rédigèrent deux pétitions destinées à être présentées au sultan, qui furent expédiées et transmises par l'intermédiaire de M. Taylor, consul général d'Angleterre, Tune par la voie de Damas et l'autre par les routes de Perse. Lis écrivirent également à 'Ali-Riza-Pacha qu^à la suite des derniers incidents, ils ne se considéraient plus comme en sûreté, qu'ils attendaient tranquillement la manifestation de la volonté souveraine à la suite des pétitions envoyées à Constantinople ; et ils priaient le nouveau gouverneur de renoncer à venir prendre possession de son siège, parce qu'ils ne le recevraient pas à l'intérieur de la ville et se lèveraient pour le combattre. Cette lettre fut envoyée à destination par les soins d'un émissaire nommé Sofyàn-Éfendi, qui faisait partie de la suite des mamlouks.
voyage) ornés d'or et de pierres précieuses, des perles, des pastilles parfumées {chèmdmé), de l'ambre gris, des fusils et autres armes à l'eu, des châles du Kachmîr, des 5(U(d/ti (?), des étolfes de l'Inde empilées dans des coffres, et bien d'autres objets extraordinaires ot rares » (op.ldud., p. 62, adcalcem). Dans le temps de sa prospérité, Dàoud avait déployé un luxe et une magnificence inouïes ; l'or, les perles, les pierreries brillaient de toutes parts; ses femmes, ses esclaves, ses soldats étonnaient par la richesse de leurs vêlements. Auchcr-Éloy, ouvraye cité, p. 325.
Le maiiilien de Dâoud-Pacha comme g-ouverncur étant évidemment un signe de rébellion ouverte contre la Porte, on décida de le laisser comme auparavant dans la maison de Hàdji Çàlih-Bey et de choisir celui-ci comme gouverneur intérimaire, jusqu'à l'arrivée des ordres de Conslantlnople.
Thàbit-Efendi, qui avait vu de ses propres yeux le brouillon des requêtes adressées au sultan, affirme qu'en échange du pardon qu'ils sollicitaient, les citadins offraient de payer au trésor, en une seule fois, la somme de vingt mille bourses, d'élever la contribution annuelle de Bagdad, qui était de deux mille bourses, à dix mille bourses, en donnant la première année quatremille, et les années suivantes mille bourses de plus jusqu'à ce qu'on atteignît graduellement la somme offerte, et enfin d'acquitter toutes les dépenses de l'armée d' Ali-Riza-Pacha, tous s'en portant garants pour la province entière. Dans le cas où la Porte choisirait un nouveau gouverneur qui ne serait ni Dàoud, ni Hâdji Çâlih-Bey, ils déclaraient que leur engagement n'avait plus de valeur.