CHAPITRE XIII
Sources Thermales.
I. Ancienne source thermale : Origine. Son abondance. Las Bugados. Exploitation au XVI* siècle. Cuisson des œufs. — II. Etablissement hospitaliei'. — 111. Puits communal. — IV. Source Bidon. — V. Etablissement actuel. Nouveaux aménagements. — VI. Historique médical — Vil. Caractères physiques de l’eau minérale. Sa limpidité. Sa température. Analyse. Composition chimique. Dans quelle classe d’eaux minérales doit- on la mettre ? Conservation de cette eau minérale. Son débit. Conclusion. — VIII. Liste des propriétaires. — IX. Liste des médecins inspecteurs.
I. — Nous ignorons à quelle époque furent abandonnés les thermes romains, et si les hordes barbares qui traversèrent notre pays furent la cause de ce délaissement.
En 1500, la réputation de ces eaux s’était entièrement perdue ; car avant cette époque, la mare où elles se rassemblaient ne servaient que pour les lessives, c’est pourquoi on la nommait bugados (1).
Le plus ancien document connu est un bail du xvi" siècle au sujet des bains.
L’infirmier du chapitre de Maguelone arrente par un bail emphytéotique, à la date du 10 novembre 1517, les bains de Balaruc, pour l’usage de six sétiers de touzelle, avec réserve d’une des meilleures chambres de la maison dépendante des bains pour lui et les chanoines de Maguelone, lorsque leur santé les obligerait d’aUer faire usage des eaux. L’évêque voulut exiger des redevances plus considérables, et les chanoines, le prix de la ferme des bains ; les habitants refusèrent d’accéder à ces prétentions. Après de longs pourparlers, les consuls, au nom des habitants, passèrent, le 19 juillet 1587, une transaction avec Antoine Subget-Cardot , évêque de Montpellier, leur seigneur, au sujet des bains et des redevances (2).
Astruc cite une anedocte qu’il est intéressant de faire connaitre.
« Le baigneur, qui était préposé depuis 30 ans à la direc- » tion des bains, m’assura qu’il avait éprouvé plusieurs fois que la » chaleur des bains de Balaruc était aussi propre à faire éclore les » œufs, que la chaleur même des poules qui les couvent. Il avait
(1) Millin.
(2) Voyage historique et pittoresque autour de l’étang de Thau.
HISTOIUE DBS COMMl’NES DE L’ilÉIiAULT.
» rangé dans un vaisseau do verre dont l’ouverture était large, » couiine colle d’une cucurbile, quelques couches d’œufs sur dif- » férents lits de plume, et y avait placé ce vaisseau de telle ma- » nière que l’eau montait jusqu’au bord de l’ouverture sans pouvoir » entrer ; les œufs, exposez do cette façon à la chaleur douce et » toujours égale des bains de Balaruc, vinrent à éclore à peu près » dans le même nombre de jours que ceux que le baigneur avait mis » couver dans le môme temps sous une poule » (1).
IL — Depuis un temps immémoriâl, la station themialede Balaruc possède un hôpital civil et militaire, qui dépend de l’administration des hôpitaux de Montpellier. Le service médical est confié au médecininspecteur de la station. Il contient quatre-vingtr-quatre lits. Il y a des salles réservées aux civils, aux femmes et aux enfants ; d’autres aux militaires. Après la campagne de Crimée, les salles de ce jietit hôpital étaient encombrées de glorieux soldats atteints du scorbut.
C’est l’eau de l’ancienne source qui est administrée à l’hôpital; elle est employée en boisson , en bain de piscine, en douche , en boue minérale, etc. . . Par un traité passé entre l’établissement de l’ancienne source et l’administration des hospices de Montpellier, et en vertu d’un droit ancien confirmé par les tribunaux, l’établissement thermal doit fournir l’eau pendant certains mois de l’année, du 15 mai au 15 juin, et du 15 août au 15 septembre (2).
III. — En 1867, le conseil municipal, à la suite de démêlés survenus avec M. Fayard, fit creuser un puits communal, dont l’exploitation fut autorisée par un décret ministériel en date du 5 juin 1869.
Sa profondeur est de 3 m. 70, sa largueur moyenne de 2 m. 45. L’orifice a environ 45 centimètres ; sa température est de 24°. Son débit est peu considérable ; elle n’est pas exploitée.
IV. — Quelques années plus tard, M. Bidon, dans un terrain vague attenant au périmètre de l’ancienne source, trouva une troisième source qui fut autorisée le 8 décembre 1873 ; sa température est de 20° . Cette source a été achetée en 1878 par le propriétaire de l’ancienne source.
V. — L’établissement actuel fut fondé en 1712 ; il fut construit un local pour abriter la source et une piscine de forme carrée, pou-
(1) Astruc.
(2) Balaruc-les-Bains, par le Dr Planche.
B ALARUC-LES-BAIN S .
vant contenir cinq ou six malades, pour le service des indigents, à côté du principal réservoir destiné aux malades payants (1).
Ce ne fut qu’en 1807, que la faveur d’un périmètre fut accordée au propriétaire de la source : des bornes furent plantées pour former le pourtour de l’enceinte dans laquelle il était défendu de faire des fouilles sans l’autorisation du possesseur de ce privilège.
Le parc date de 1833 ; on y aménagea des allées et des massifs d’arbres pouvant résister à l’atmosphère salée, produite par les émanations de l’étang de Tbau. Un pavillon qui communique avec l’établissement des bains fut élevé sur le parc en 1847.
L’ancienne source est la seule exploitée; elle réunit tous les aménagements nécessaires pour l’exploitation des malades.
On trouve dans l’établissement une buvette. L’eau thermale s’écoule d’un robinet par jet continu, et celle qui n’est pas utilisée par la boisson, se perd constamment dans le canal de fuite. Pour arriver à ce résultat, l’eau est puisée dans un bassin dans lequel elle se rend directement en émergeant du sol par une machine à vapeur (2) ; elle est élevée ainsi jusqu’au premier étage , dans un réservoir qui la laisse constamment s’écouler. Celle qui est destinée à la boisson ne séjourne pas dans le réservoir , et la machine h vapeur en puise tout le temps consacré au service balnéaire. Une partie descend dans le conduit de la buvette, et si elle n’est pas employée, elle se perd dans le canal de fuite. Celle qui séjourne dans les réservoirs doit servir aux bains et aux douches pour tempérer la chaleur native de l’eau thermale.
Il y a deux piscines, on ne s’en sert pas. Une d’entr’ elles cependant est consacrée au service de l’hôpital. On y compte seize cabinets de bains et quatre salles de douches. Il y a encore une ancienne salle d’étuves qui date de 1712 (3), où l’on peut prendre des bains de vapeur, de bras, de jambe. En résumé, le bassin de captage se
(1) Délibérations de l’hôpital général des 12 novembre 1752 et du 29 juillet 1753 ; Etrait d’un relevé de la propriété de la source, tiré des archives de l’Hérault
de l’année 1753 :
« Item une maison, porche, cour, membre, boutique et membre où est la « source des bains.
*. Avons estimé les bains, chambre, boutique, sans comprendre le bain des « pauvres, que nous n'avons pas à relever, à 400 livres de rente ».
(Notice et précis historique sur Balaruc-les-Bains, par l’abbé Bousquet).
(2) L’installation de cette machine à vapeur et son tuyau de cheminée ont fait croire que l’eau de la source était chauffée.
(3) La date se lit sur la clef de voûte.
HISTOIRE DES COMMUNES DE d’hÉRAULT
trouve sous la cour de la buvette, et par un conduit souterrain l’eau va se déverser dans l’étang de Thau (1),
Des aménagements nouveaux viennent d’étre opérés, les salles de bains sont plus nombreuses, le parc a été embelli et un bassin permettra un arrosage continuel , qui procurera une température des plus agréables.
VI. — M. le docteur Jacquemet a publié, dans V Illuntration , une notice sur les bains ; nous en avons extrait le passage relatif à leur historique médical.
« Ces thermes furent des premiers à reprendre faveur après le long chaos du moyen âge. Avec la Renaissance commença pour eux une ère nouvelle de prospérité et de bienfaits.
» Rabelais en vante la merveilleuse puisance (2). Rondelet les conseillait dans plusieurs maladies, et par leur usage obtint, en 1568, une guéi’ison inespérée sur sire Guillaume de la Chaume, seigneur de Poussan (3). Six ans plus tard, Nicolas Dortoman, professeur à rUniversité de Montpellier, puis médecin d’Henri IV, publia son grand ouvrage sur les eaux de Balaruc.
» Sous Louis XIV, on venait beaucoup à Balaruc. On peut voir dans M®® de Sévigné ce qu’on en pensait alors. Le chevalier de Grignan, colonel d’un régiment de cavalerie, était goutteux des pieds à la tête, et son service eu souffrait; il voulait se guérir à toute force. Les eaux de Balaruc lui étaient eonseillées par bien des gens, mais il craignait leur activité trop grande. Cependant les Capucins, ayant été consultés à cet effet, approuvèrent V ordonnance , et le brillant officier fit le voyage en 1689. Il pris trois bains d’une heure chacun, et la goutte ne résista pas à ce remède violent. Le chevalier reAÛnt guéri ; il avait perdu cette tournure de goutteux qui le faisait ressembler à M. de la Rochefoucauld; en un mot, « trois jours passés à Balaruc, dit M®® de Sévigné, ont fait un miracle que le mont Bore et Barèges avaient été impuissants à produire . Mais le
(1) Balaruc-les-Bains, par le D' Planche.
(2) Peu de temps après le bon Pantagruel tomba malade, et fut tant prins de
l’estomach qu'il ne povoit ni boire ni manger Et en avez en France en
divers lieux, selon qu’elle priut son cours ; et l'on appelle les bains chauds , comme à Cotterets, âLimous, à Dast, à Balleruc. . . ., etc. Pantagruel, liv. II, Ch. 33. (Note de l’auteur).
(3) Rondelet était mort depuis quelques années, lorsque le seigneur de Poussan se décida il suivre le traitement que Rondelet lui avait indiqué de son vivant. (Note de l’auteur).
tes anciens bains
BALARUC-LES-BAINS Avenue de réteblissemeni des bains .
BALARUC-LES-BAENS .
podagre n’était pas garanti contre les rechutes ; il en fit la périlleuse expérience, car les accidents terribles d’une rétrocession mirent bientôt sa vie en danger. Pendant sa convalescence, la marquise conseilla au chevalier goutteux de passer l’hiver en Provence, de rester près du soleil, surtout* après les eaux de Balaruc, excellent moyen d’éviter les récidives si faciles en un climat froid.
» Chirac, le médecin du Régent, soumit son royal client à l’usage des eaux de Balaruc, et réussit à dissiper les douleurs que faisait endurer à ce prince une blessure reçue , en 1706 , au siège de Turin.
» Sous le premier Empire et sous la Restauration , Balaruc vit affluer à ses bains, parmi une foule de malades, des célébrités de divers genres, qui laissèrent dans l’eau minérale sciatiques rebelles, tristes paralysies , vieux rhumatismes , ressentiments d’anciennes blessures, amaurose, surdité, etc.
» M. de Sémonville (1) avais pris Balaruc en affectueuse reconnaissance. Cet illustre diplomate s’y était guéri d’une certaine paralysie qui siégeait sur le poignet et sur le coude-pied, là où avaient porté les fers pendant sa longue captivité en Autriche.
» De même, le célèbre Paganini, en 1840, éprouvant une fatigue particulièi'e des dernières phalanges des doigts, vint à Balaruc, et ne tarda pas à récupérer la subtile tactilité qu’il avait poussée à un si haut degré. Nous pourrions citer un résultat analogue, obtenu par l’action de ces eaux, sur un grand financier, dont les doigts étaient atteints de ce qu’on appelle la contracture des écrivains. »
Un des frères Montgolfier est mort aux bains. Pendant plusieurs années son corps fut déposé dans un caveau construit dans l’intérieur de l’église de N.-D. d’Aix. On y peut voir encore l’inscription suivante sur une plaque en marbre adossée au mur.
MONTGOLFIER Les amis des arts SEP. IN HAC ECC'^